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M. DU LUDE

des ennemis aussi , mais pourtant plus des nostres, sur lesquels les Vénitiens s'achamarent par trop, et n'en pardonnarent à aucuns de ceux qui tombarent entre leurs mains, mais ils le payèrent bien tost après *.

Le chasteau fut aussitost assiégé, barricadé et retrenché fortement du costé de la ville, et canonné si furieusement qu'on y fit une grande bresche, qui fut pourtant si bien gardée et soustenue Tespace de dix jours, que M. de Nemours eut loysir de les secourir; encor de secours de guerre ne s'en- fussent-iiz point souciez, si non pour celui de la faim : car là dedans s'estoient jettez tant de gens, que le magazin n'y pouvoit plus fournir.

Cet exploict, avec plusieurs autres, donna grand' réputation de vaillance et conduite à M. du Lude; si que, quelques temps après, le roy François l'envoya dans Fontarabie son lieutenant général, que l'Espaignol vint assiéger'; où il fit très bien, car il y endura le siège l'espace de treize mois, combattant et soustenant tous les assauts plus que vaillant homme ne sçauroit faire, n'estant pas seulement assailly ne combattu de la guerre, mais de la famine, jusques là qu'il leur convint manger les chats et les rats, jusques aux cuyrs et parchemins bouillis et grillez, ainsy que je l'ay ouy raconter à madame la seneschalle de Poictou sa sœur et mia grand'-mère, qui m'en contoit des choses estranges des extrêmes nécessitez qu'ilz endurarent là. Mesmes n'a pas long temps que dans le tré-

i. Voyez le Loyal serviteur ^ ch. xlviii.

i. En 1521.

sor et papiers de Dostre maison, j'y Irouvay une lettre dudict seigneur du Lude et de trois ou quatre gentilshommes des siens qui estoient léans, que, lorsqu'ilz furent désassiégez, escrirent à madicte dame sa sœur les grands combats, assauts, misères et famine qu^ilz pâtirent dedans^ et la grande extrémité à laquelle ils furent réduicts ; qui est certes admirable et incrédule *, encor que ceste place ne fut si forte conune je Tay veue despuis, car ils n'en pouvoient plus; dont bien servist le secours et le lèvement de siège c^ue donna et fist m: de La Pallice.

Lequel M. du Lude, ayant congé d'aller trouver le roy, qui lui fit un très grand honneur et recueil et très bonne chère, et de là s'aller raffreschir en sa maison, mit en sa place le capitaine Franget', qui avoit esté lieutenant de M. le mareschal de Chastillon, qu'on vint assiéger au bout de quelque temps; lequel, au lieu de s*y deffendre de* la résolution de son prédécesseur, la rendit subitement et dans huict jours, et fort mal à propos, ce qui donna davantage de gloire à M. du Lude et à sa valeur; ny plus ny moins qu'on voit un excellent peintre qui, après avoir faict le portraict d'une fort belle et agréable dame, luy appose auprès d'elle, ou quelque vieille, ou quelque esclave more, ou quelque nain très laid, afin que leur laideur et noirceur donne plus de lustre et de candeur^ à ceste grand beauté et blancheur. Ainsy la faute du

1 . Incrédule, probablement une faute de copiste pour incrédible.

2. Voyez le Journal dun bourgeois de Paris sous François /^, p. 92.

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