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CandeuTy éclat

M. DU LUOE. 4i5

capitaine Franget donna encor plus de soleil et de jour à la valeur de M. du Lude qu'il n'avoit. Le capitaine Franget pourtant , si avoit-il esté en son temps en réputation d'un des hardis et vaillans hommes de guerre; mais ce fut là un grand malheur pour luy d'avoir ainsy perdu son cœur. Il en arrive de pareils ainsy, ordinairement, à plusieurs vaillans, dont ils se doivent bien recommander à Dieu de ne leur oster leur cœur et entendement; et, pour cela, j'ay ouy dire à de grands capitaines qu'il n'y a gens qui se doivent plus recommander à Dieu que les gens de guerre.

Le roy François en fut si despit qu'il lui en voulut faire trencher la teste, à Lyon ; et rien, disoit-il, ne lui devoit faire son procès, sinon la deffence et résolution de M. du Lude, qu'il fist et monstra là. Toustesfois le roy, lui faisant grâce de la vie, le fit desgrader des armes, punition, certes, qui estoit cent fois pire que la vie, n'estant si chère de beaucoup que l'honneur, et mesmes à qui en faict profession ; en quoy est une fort belle question, que je fais en autre endroit.

Or, pour retourner encor à M. du Lude, qu'on nommoit messire Jacques de Daillon, et, de son temps, le rempart de Fontarrabie, à acquis telle réputation et aux guerres d'Italie, de Lombardie, de Ferrare et de France, qu'on l'a tenu un très bon capitaine et vaillant; car de ceste race ilz le sont tous. Il estoit fils de feu M. du Lude*, qui gouvernoit le roy Louys XI. Il

i . Jean de Daillon, sei^^near du Lude, chambellan et caprtaine de la porte de Louis XI, gouverneur d'Alençon, du Perche, de Dauphiné (i473), d'Arras et d'Artois (1477), lieutenant général en RoussiUon, puis en Picardie, mort en 1480.

falloit bien qu'il fût quelque chose de poix, car ce roy se cognoissoit bien en gens. Ce messire Jacques de Daillon laissa un Blz' qui, pour 3es mérites, fut gouverneur de la grande Guyenne jusques au port de Pilles, y mettant le Poictou et autres pays. Il la gouverna très sagement, et jamais l'Espagnol n'osa rien entreprendre de son costé; pour le moins, aucunes entreprises qu'il fit, M. du Lude les fit esvanouir et aller au vent.

Après lui mort, M. du Lude, messire Guy de Daillon', le dernier mort, fut gouverneur de Poictou, de laquelle charge il s'est acquicté dignement, et mesmes durant les guerres civilles, où il eut beaucoup à desmesler, car la pluspart du pays et des villes tenoient pour )a religion, de laquelle ils estoient fort touchez. Cestoit u seigneur fort brave, vaillant, homme de bien, d'honneur et de grand' magnificence et libëralité. 11 avoit esté en ses jeunes ans guidon de M. de Nemours, en quoy il fit beaucoup parler de luy, et mesmes au siège de Metz, où il eut le guidon, par la mort de M. du Paillé, qui fut tué.

Ce M. du Lude a laissé un filz' qui promet beaucoup de luy et desjà a faict belles preuves de soy.

Voyià comment ceste noble et brave race va germant tousjours de bien , je ne diray pas de mieux en

i . Jean de Daillon, premier comte du Lude, sénéchal d'Anjoa, conseiller et chambellan du roi, gouverneur du Poitou, Aunis, etc., lieutenant général en Guyenne, mort à Bordeaux le 21 août 1557.

2. Guy de Daillon, comte du Lude, gouverneur de Poitou, sénéchal d'Anjou, mort à Briançon, le il juillet 1585.

3. François de Daillon, comte du Lude, marquis d'IUiers, sénéchal d* Anjou, gouverneur de Gaston, duc d'Orléans.

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