‹ Œuvre complètesChapitre 42 sur 267 · Cest-à-dire Taplanissement du terrain · texte numérisé non relu

Cest-à-dire Taplanissement du terrain

pratique si l'on n'invante de nouveau, encor qu'on die qu'il n'y a rien qui n'ait esté invanté et fayt.

Ce Dragut fust aussi cause de ceste grande deflaicte chrestienne aux Gerbes* ; puis, quelques temps après, il vint à mourir au siège de Malte, Sultan Soliman le tenant si grand capitaine, qu'il commanda nommément à Rostan bascha' qu'il n'entreprist rien sans l'advis et conseil de Dragut, lequel n'estoit venu du commencement si tost là devant comme Tannée, s'amusant à amasser les vaisseaux et forces d'Alger; où estant arrivé, il trouva comme desjà on avoit assiégé le fort Sainct Elme ; et de prime abord il y trouva fort à dire, car il y vist la batterie se faire de si loing que de long temps on ne l'eust pris. Par quoy il commanda de l'approcher, que luy y estant si près, pour la voir mieux faire, fust blessé d'un esclat de pierre dans la teste, dont il mourut aussi tost; ce qui vint bien à poinct pour les chrestiens, car, s'il ne fust mort, ilz n'en eussent pas eu si bon marché qu'ilz eurent, ainsi que j'ay ouy dire à M. le grand-maistre, qui en fust très aise de sa mort, et à qui j'ay veu louer ce Dragut beaucoup. Dieu les garentit tous par la mort de cet homme, car il estoit très dangereux en faict de guerre. Voylà la fin de Dragut.

L'Ouchaly*. Or, j'ay veu plusieurs mariniers et capitaines de

1 . Où la flotte chrétienne fut détruite par Piale, en mai i 560.

2. Rustem-Pacha était mort en 4 561 . Le commandement supérieur de Texpédition était confié au cinquième vizir, Mustapha- Pacha, dont il sera parlé plus loin. Voyez de Thou, iiv. XXXVH et XXXVm, et de Hammer, Iiv. XXXIII,

3 . Il est appelé par divers historiens ch rétiens Ocheli ou Occhiali . par de Thou Ulucciali, et par de Hammer Ulusdchali. Les Turcs l'avaient surnommé Rilidsch-Ali. Il était né en Calabre, fut pris

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mer, et mesmes les chevalliers de Malte, faire entr'eux comparaison, à scavoir, qui estoit plus grand hoixune de mer et cappitaine, ou Dragut, ou L'Ouchaly. Les un^tenoient pour l'un et les autres pour l'autre. Ceux qui tenoient pour L'Ouchaly disoient qu'il avoit eu de plus grandes et honnorables charges que Uragut ; car U avoit commandé en général et admirai du Grand- Seigneur, et que la belle faction qu'il fit à la battaille d'Elépanthe l'esleva bien fort, d'autant qu'après avoir combattu tout ce qui se pouvoit et pris l'estendard de ceux de la Religion (qui fut un grand cas, car ces braves gens ont tousjours bien faict en tous lieux qu'ilz ont estez, et sont estez invincibles, pour si peu qu'ilz sont), il se retira encor avec force vaisseaux à Constantinople, ayant ceste assurance de se présenter au Grand-Seigneur, qui enrageoit de despit et ne vouloit voir nul de ses cappitaines qui fussent estez là. Mais L'Ouchaly, pressant pour avoir l'audiance, et l'ayant obtenue, fit entendre à son prince si bien ses raisons, qu'il l'ouyst et l'honnora de plus grandz charges qu'il n'avoit; sçachant bien aussi qu'il avoit perdu tous ses meilleurs hommes, et que de nécessité il se falloit servir de cet homme capable, resté de nauffrage et reliques de tant d'autres. Comme de vray il releva certes ce coup là son prince, son dieu Mahommet: mais Dieu mercy qu'on ne le pressa par amprès comme l'on devoit; je diray ailleurs qui en fut la cause V

par les Turcs , se fit musulman et devint capitan-pacha sous Sé-> lim II. II mourut à Constantinople, le 27 juin 1587 à qnatreiringt-dix ans, suivant de Hamroer, livre XXXIX. Voyez sur lui de Thou , liv. YI, VII, VIII et IX et les Lettres de Busbecq. \ . Voyez plus loin la vie de Don Juan.

60 GRANDS CAPITAmES ESTRANGERS.

Puis se mit en suprême crédit par la prise de la GouUette', qui fut faicte par grand fortune, et vous diray cornaient, ainsi que j'ay appris par M. de Savoye à Lyon, et par d'autres. Il faut sça\oir que dans la Goullette, parmy la garnison, il se trouva un soldat françois qui de longtemps s'estoit despaysé de la France et s'estoit espaignoUisé parmy les soldatz espaignolz, comme j'en ay veu un 'infinité. Ilmescheutàcepauvre soldat de manger de la chair un jour prohibé ; soudain le voylà pris et mis sur une frégatte, et envoyé à Naples, à l'inquisition. Par cas bon et fortuit pour luy, ceste frégatte fut rencontrée de quelques galliotes d'Alger qui la prindrent et l'emmenarent, et mirent les hommes de dedans à la cadène, com me est la coustume aussi tost que telles prises sont faictes. Ce soldat françois pria incontinent le rays de la gallère qu'on ne le maltraictast nullement et qu'on le fist parler à L'Ouchaly, car il luy diroit etrévelleroit chose dont à jamais il s'en trouverait très bien. Aucuns disent qu'il demanda à parler au Grand-Seigneur, mais ce fut à L'Ouchaly à qui il parla, car l'accès de. la Porte du Grand-Seigneur n'est si libre comme de nos princes chrestiens, qui ne tiennent du barbarisme comme les Turcz. Estant devant L'Ouchaly , il luy révelle de poinct en poinct toute la force et forteresse de la Goullette, et le plus fort et le plus foible, car il esloit un très • bon ingénieur, et mesmes il y fut employé là et ailleurs pour cet estât. De plus, il luy raconta le nombre de gens qui estoient léans, les munitions de vivres et de

\. En août 1574.

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