‹ Œuvre complètesChapitre 41 sur 267 · DRAG13T · texte numérisé non relu

DRAG13T

bien qu'il ne peut croyre que ce fust esté un œuvre divin, mais du tout diabolique et infernal , auquel les Romains, forceurs de nature (et y fust esté leur Luculus) n'eussent sçeu approcher. Et dist bien plus que, si le diable ne s'en fust point meslé, ou quelque oonpareil sorcier, par abjuration et imprécatiotis, il tenoit Dragut le plus grand cappitaine de la mer, et qu'il luy cédoit la gloire; comme certes ce cas fut admirable.

Nous* lisons dans Tite-Live* un semblable traict pourtant que fit Anibal en la ville de Tarante; car ayant proposé aux Tarantins qu'il falloit oster leurs vaisseaux de mer du havre où ilz estoient ressarrez et assiégez de la grosse armée de mer des Romains, et eux trouvans cela impossible, il leur dist que plusieurs choses semblent souvant embrouillées qu'on les desmesle par artiffice et dextérité ; et pour ce, avec des engins qu'il invanta, et des charyotz et chevaux, il fît rembarquer par terre tous les vaisseaux par la ville et les rues, l'esplanade' en estant très bien auparadvant faicte, si qu*ilz les roullarent si bien et en peu de temps, un chascun ayant mis la main à l'œuvre, qu^une flotte de navires assiégée parut, bien équipée et armée, n'ayant faict que roder et voguer à l'entoùr de la forteresse, et la vist-on surgir à la rade, devant le port, ce qui estonna fort les Romains. Dragut, possible, ou l'un des siens, pourroit avoir ieu l'histoire, car tout se

i . Ce paragraphe est écrit de la main de Brantôme en marge du P* 85 bis T^ du ms. 6694.

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