‹ Œuvre complètesChapitre 52 sur 267 · Seréûf soir, soirée · texte numérisé non relu

Seréûf soir, soirée

k. Il est reconnu depuis longtemps que la phrase : « Ouvrez, c'est la fortune de la France, » que Ton attribuait au roi, ne pro-

74 GRANDS CAPITAINES ESTKANGERS.

que ce soit à la mode du roy Jehan devant Poictiers, et le roy François devant Pavie ; lesquelz, plustost que fuyr avec plusieurs autres, furent pris, n'en pouvant plus, tous las du combat ; ou bien du tout sortir bravement victorieux, ainsi que fît nostre grand roy Henry IV à la battaille de Coutras et à celle d'Ivry, et comme advaut luy avoient faict ses deux illustres prédécesseurs, les roys Charles VHP et Louys XIP, aux battailles de Fomovo et d^Agnadel.

Ainsi les rois, qui sont esclairez^ de toutes parts, doibvent mener leurs vies et leurs honneurs; car ilz sont tant veuz que, s'ilz bronchent tant soit peu, ilz sont marquez de tous costez. Si ne sçauroit-on reprocher au roy d*Espaigne qu'il n'ayt grandement aymé la guerre de son vray naturel. Dès lors que l'empereur son père luy eust mis tout son estât entre ses mains, il nous alla de premier coup dresser de grosses armées, et nous les jetter si bien sur les bras , qu'il nous fît donner la battaille deSainct-Quantin, qu'on gaigna suv nous, avec de grosses pertes de beaucoup de gens de bien et seigneiu*s. Et au partii; de là^ alla en personne assiéger la ville de Sainct-<)uantin , la battre furieusement et la prendre d'assaut, gardée aussi bien de feu M. l'admirai de Chastillon que place de ce temps-là qui ayt esté prise. Et puis prit Han et le Castellet ; et s'en contentant, ne voulut passer plus outre ny venir à Paris, comme beaucoup le présumoient et en avoient

venait qoe d'une manvùse lecture de Froissard. Le vrai texte est : « Ouvrez, c'est Finfortuné roi de France. » Voyez Froissard, édition du Panthéon liitémire^ liv. I^ ch. ccxcii, t. I, p. 2<iO. 1 . EsclaireZj exposés à la lumière.

DOM PHIUJPE, ROT D'ESPAI^VE. 7S

craincte; mesmes on dictquHl le devoît faire, et l'empereur mesmes le dict; mais pourtant il ne voulut passer plus outre. Luy mesmes *, au champ de Galon % il ayma mieux faire sa pai\" que venir à Paris, qu'il avoit autres fois tant menacé; et en estant sur le point d*y irenir, il y songea; non pas mesmes voulut que son armée passast d'Italie en France, par les persuacions de AL de Bourbon, après la perte de la battaille de Pavie; car c'est un grand faict que d'aller attaquer un royaume de France tout à coup dans son fort.

Le roy d'Espaigne donc y pensa bien aussi, lequel, conduict d'un bon et sage advis, tant de luy que de ses capitaines, s'arresta coy; dont, possible, luy eust mal pris s'il eust poussé plus advant; car nostre grand roy Henry s'estoit remis sus bout avec une très bonne armée. Et gaigna mieux de reculler ^ ainsi pour faire amprès ce qu'il nous lit; car il nous alla encor livrer une seconde battaille, dont la perte nous fut de fort grande ^importance, qui fut celle de Gravellines*, où M. le mareschal de Termes fut pris, et M. d'Anebaut* avec force gentilzhommes et seigneurs mortz ; desquelz en fut feu M. d'Archiac'', de la noble maison de Montberon, un fort honneste, brave et vaillant jeun' homme, et

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