‹ Œuvre complètesChapitre 51 sur 267 · rar. Asture (ms. 6694, f» 87 v · texte numérisé non relu

rar. Asture (ms. 6694, f» 87 v

7t GRANDS CAPITAUSES ESTRANGERS.

et duquel le roy d'Angleterre * se plaignoit qu'il luy faisoit une guerre si importune sans bouger de son cabinet

D'advantage, comme j'ay ouy dire à de grandz capitaines, il est plus difficille de donner remède aux inconvëniens qu'on ne void point qu'à ceux qu'on void ; car, comme l'on dict communément, quand l'on void les choses à l'œil, et mesmes de la guerre, l'on y remédie plus aisément. Voylà donc ceux qui conseillent et remédient, non seuUement aux maux qu'on void, mais aussi qu'on ne void point, sont fort à estimer, et monstrent avoir un profTond jugement et grand sens. Aussi dict-on qu'il faut faire la guerre à l'œil; et qui la faict bien les yeux fermez, ou en absence et bien loing, est fort à louer. De plus encor, quand tout est dict, ainsi que j'ay ouy dire à plusieurs de bon advis, . quand un grand roy ou grand prince a passé les premiers fœuz de, sa jeunesse à la guerre, ce n'est pas le meilleur ny pour luy ny pour tout son royaume qu'il la face tousjours en personne : les raisons là dessus s'y peuvent aporter belles; et aussi que c'est trop se faire esclave de Mars, et non perà compaignon à luy. D'advantage il y a différance, et y en doit avoir, entre les royset nous autres gentilzhommes qui vivons de cela.

Au surplus, quand un roy faict tant de l'hasardeux et du cheval léger", il n'est pas possible qu'il n'y arrive une 'fois en sa vie quelque faute ou disgrâce de fuite ou d'autre erreur; de laquelle, s'il est une fois

i. Edouard m.

2. Braotôme semble faire allusion ici au combat de Fontaine- Française (1595), où Henri IV s*exposa de la manière la plus imprudente et n*échappa qu'à grand'peine aux Espagnols.

tasché tant soit peu, il ne s en peut jamais bien laver.

. Et telz motz quand on dict : « Il a fallu au roy se re- « tirer plus viste que le pas, » ou bien : « il a fuy à ic bon escient, » quand ce ne seroit que cent pas, il ne s'en sçauroit jamais nettoier, sonnant ce mot si mal à la bouche [qu a jamais il en put fort villainement]. Voylà pourquoy les roys doivent mesnager leurs hasardz et leurs vies, à la mode que font aucuns avares leurs thrésors, lesquelz ilzespargnenten choses petites et basses, et les despendent en choses nobles et de conséquance, quand il est question. De mesmes les roys doivent faire de leurs vies, ne les advanturer à tous hurtz* et occasions légères, mais à d autres belles et de très grandes, que si le malheur veut qu'ilz y meurent, on die d'eux, qu'ilz sont mortz en une belle bataille ou en un' honnorable rencontre, ou signallé combat, bravement et vaillamment les armes au poing, toutes tainctes de «ang, comme plusieurs grandz empereurs et roys ont faict, dont le nombre est infiny. S'il faut qu*ilz se retirent, que ce soit en valleureuse et honorable relique de battaille, comme fit ce brave Phillippe de Yallois après la battaille deCrëcy", qui, après avoir combattu tout ce qu'il se pouvoit jusques à la serée', qui le fit retirer au gyste en un chasteau et

. ville, où le gouverneur luy ayant demandé de la muraille son nom, il respondit quec'estoit la fortune restée de la battaille perdue \ S'il faut qu'ilz soient pris,

i . HurtZy heurts. '

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