‹ Œuvre complètesChapitre 57 sur 267 · En 1576. Voye» 1. 1, p · texte numérisé non relu

En 1576. Voye» 1. 1, p

4. Le nis. 6694 (P" 70) portairen outre : £t en cuida mourir.

(dîsoît-il), mas porque los perros triumfan de los pobres christanios ^ « mais parce que les chiens triumphent des pauvres chrestiens. » Car il luy estoit à grief de voir tant de chrestiens encadenez et menez esclaves, et traictez misérablement pour jamais. Ce ne fut point sa faute ; car il y avoit fort bien dilligemment pourveu, y ayant envoyé une fort grosse armée ; mais il y fust fort mal servy.

Il y en a plusieurs qui s'estonnent pourquoy, en l'aage qu'il est et malladif, s'il ne se distraict point de tant d'occupations d'affaires (car il les veut tous scavoir et en dire son advis et donner commandement), et ne face la retraicte de lempereurson père*. Ceux là voudroient bien qu'il la fist et ne s'en meslast point; car ilz s'en trouveroient mieux, et y perdroient \m très dangereux ennemy. D'autres le louent et l'en estiment d'advantage pour continuer tousjours son ambition tant plus qu'il vieillist. Aussi dict-on que l'advarice et l'ambition ont quelque sympatie ensemble et ressemblance, un peu dissemblable, d'autant que tous vices s'afîoiblissent et s'abbattent par le temps, l'aage et la vieillesse, car les personnes vieilles n'ont plus la force ni la vigueur de les exercer, fors l'avarice: car quiconque en esttasché, tant plus il vieillist, tantplus il l'augmente. De mesmes aucuns ambitieux qui ont estes une fois attainctz bien au vif de l'ambition, à grand peine s'en peuvent-ilz defTaire bien aisément, mais la couvent tousjours en leur ame jusqu'au tumbeau. Que

1. Brantôme, en conservant, sans le modifier, ce passage dans sa seconde rédaction, a oublié qu'il avait pari» plus haut (p. 80} et qu'il allait parler plus bas (p. 9^ de la mort de Philippe II.

DOM PHILLIPE , ROT D'ESPAIGNB. 87

s'il y a aucuns qui s'en despouillent du tout et disent n'en avoir, c'est qu'ilz en font des bons ypocrites, et qu'ilz nous font accroyre qu'ilz n'en ont un seul brin, ou qu'ilz n'en peuvent plus pour la maintenir, ou bien pour autres raisons qu'ilz cachent et pallient ; ou du tout, s'ilz s'en deffont à bon escient, c'est un très grand miracle, comme du roy de Naples, Jacques de Boiurbon', d'un duc de Guienne", d'un duc de Savoye', qui se rendirent religieux, et de l'empereur Charles. Encor pensé-je qu'ilz s'en repentoient quelquefois et en convoient tousjours, quoy qui fust, un peu dans leur âme, et la cachoient sourdement, ny plus ny moins qu'un grand brazier de fœu soubz une cendre qui semble morte.

Je croy que si on eust esleu l'empereur pape comme il le desiroit*, qu'il ne l'eust pas reffusé, non plus que ce duc de Savoie, et fiist mort pape, et n'eust faict en cela comme le dict duc de Savoye, qui quicta le papat et reprit son hermitage de Ripaille. Aussi dict-on que les ambitions sont aussi bien parmy les monastères, lescloistres et religions que ailleurs. Telles repen lances et conversions sont bonnes pour nous autres gentilz-hpmmes, qui, estans vieux et cassez, ne devons estre ambitieux, car nous ne servons en un' armée ou en une court que d'importunite ou empeschement ou

i . Jacques II de Bourbon, comte de la Marche, non pas roi de Naples, mais mari de la reine Jeanne de Naples, mourut dans un touvent de franciscains, à Besançon, en 1438.

2. Saint Guillaume, duc d'Aquitaine, mort le 28 mai 812, au couvent de Saint-Guilfaem du Désert qu'il avait fondé.

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