Voyez t. I, p
88 GRANDS CAPITAIISTS ESTRANGERS.
conchiement. Mais il faict tousjours beau voir un roy vieillard; et aussi que les royaumes se portent mieux régis par un roy aagé que jeune.
Certainement ce roy d'Espaigne, ayant abandonné le monde et faict comme son père, en acquerroit bien le renom d'un très bon religieux ; mais puisqu'il est né roy et grand, pourquoy ne veut-on qu'il vive et meure en roy, puis qu'il peut faire son salut aussi bien ainsi que religieux, et ne recognoisse aussi des affaires de son royaume, et mesmes qu'il n'a pas en luy un successeur formé comm' il estoit lorsque l'empereur son père se deffit de ses estatz entre ses mains? Encor l'empereur par ceste conversion fit-il tort à sa réputation, et à ses terres, et à ses serviteurs, qui demeurarent ainsi veufz d'un si brave maistre; mesmes que ses soldatz espaignolz en furent très mal contens, et Ten brocardarent jusques à ne l'appeller plus par ce beau nom de jadis d'empereur, mais par mocquerie et desdain aucuns l'appelloient Fray Carlo de Santo^Hieronimo^. C'estoient les soldatz indiscretz et nouveaux; mais les vieux, et qui avoient recogneu ses armes et ses valleurs, deflferoient tousjours à son beau nom et vénéri^le mémoire, le pleurant, et regrettant sans cesse dequoy il les avoit laissez : et, pour l'amour de luy, servirent tousjours son filz et l'aimarent fort; aussi les avmoit-il fort.
II. me souvient qu'après la prise de Belys et sqn Pignon il y eut environ quelques trois ou quatre
i. Frère Charles de Saint-Jérôme. — Le^ monastère de Yuste, où s'était retiré Charles-Quint, appartenait à Tordre des Hiéronimites.
cens soldatz qui, de tous ces terces d'Italie , se desbaucliarent et se désembarquarent à Mallegua', et se desbandarent, mal contens et demy amutinez; et, soubz umbre de voir leurs parens (disoient -ilz), viiidr^^ à la court à Madrid ; et , sans faire le petit semblant, appertement commençarent à crier qu'ilz Youlloient leurs payes qu'on leur devoit ; et se pourmenans quadrilles par quadrilles par les rues, braves et en poinct comme princes, portans leurs espées hautes, les moustaches relevëes, les bras auxcostez', brayoient et menassoient tout le monde, ne craignans ny justice ny inquisition : pour la justice, qu'elle n'avoit esgard sur eux, qui estoient gens de guerre; pour l'inquisition, il n'y ayoit ny moyne ny prebstre que, les rencontrant par les rues , ilz ne dissent leur colibet; à l'un : Senor frayle^ à donde esta la puta^? à l'autre : Senor clerigOy como va la puta^? et autres petis motz pareilz, scandalleux pour gens d'église. Tout cela fut raporté au roy , de leurs menaces et de leurs insoUences, et pour ce les falloit chastier. Le roy d'Espaigne ne le voulut point, mais dist seulement : « Ce sont eux qui me font régner ; je àeroîs* « bien marry donc de les faire mourir. » Parquoy il commanda au duc d'Albe (car j'y estois) d'aller parler à eux, de les appaiser et faire retirer et r' embarquer aux gallères , et que pour le seur ilz ne seroient pas plus tost en Italie, qu'ilz trouveroient là tout l'argent de leurs montres,. lequel estoifc desjà passé, et
i. Malaga.