Voyez plus haut, p. 97. note
Il aymoit fort à ribler le pavé*, et faire à coups d'espée , fust de jour, fusl de nuict , car il avoit avec luy dix ou douze enfans d'honneur des plus grandes maisons d'Ëspaigne, les uns les forçant d'aller avec luy et en faire de mesmes, d'autres y allans d'euxmesmes de très bon coeur. En quoy on a observé en Espaigne que la plus part de tous eux, voire tous, ont esté tuez en mauvais gamemens; et force ont fîny mal,. retenant fort de la nourriture de leur prince, qui leur avoit appris tout cela.
Quand il alloit par les rues quelque belle dame , et fust-elle des plus grandes du pays, il la prenoit , et la baisoit par force devant tout le monde ; il lappelloit putain , bagasse, chienne ; et force autres injures leur disoit-il. Celles qui le venoient baiser à Tamiable quand il leur disoit : u Putain , baisez-moi » , il les caressoit plus modestement, en leur disant qu'elles estoient fort gracieuses putains et vesses". Bref, il leur faisoit mil petis afTrontz ; car il avoit très meschante opinion de tous les femmes, et plus encore des grandes dames que des autres, les tenant pour très hypochrites et traistresses en amour, qui en cachette et soubz les rideaux estoient plus putains que les autres. Bref, il estoit leur fléau de toutes , fors de la reyne, que j'ay veu qu'il honnoroit fort et respectoit; car estant devant elle, il changeoit du tout d'humeur et de naturel, voire de couleur. En fin il estoitun terrible masle; et s'il eust vescu, assurez-vous qu'il s'en
i. Battre le pavé. Ribler signifie le plus souvent voler, friponner.