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DOM JUAN D'AUTRICHE. i \i

ces de taiit de nous autres qui avions des vaisseaux. Je conterois maintenant de ceste battaille au vray ce qu'il me faut emprumpter de la bouche d autruy.

J ay donc ouy dire* que l'armée turquesque partit le vingt cinquiesme d'apvril , jour de Sainct George, car c'est la grand feste des Turcs*, et n'en chaument d'autres ny révèrent autre sainct ; mesmes que le grand sultan Solyman ce jour-là faisoit sortir toutes ses armées, tant de terre que de mer, en canipaigne et sur mer ordinairement , fors celle qu'il envoya à Malte, ayant anticipé le jour, ce qui, possible, luy porta malheur, tant il luy tardoit de ruyner et prendre ceste place.

Ceste armée donc estant partie ce jour l'an 1 571 , et amprès avoir faict plusieurs et grandz maux , pilleries, ravages, et prises de pauvres chrestiens, tant sur la terre ferme où ilz descendoient , que sur les isles, ayant sceu comme dom Juan partoit de Messina pour la combattre, ell' envoya vers le Grand-Seigneur aussi tost pour sçavoir sa voulonté , qui manda que

i. fay donc ouy^ dire, Brantôme aurait dû ajouter : etfailu^ car son récit est en partie emprunté à deux relations publiées peu de temps après la bataille : Advis de la glorieuse victoire obienae par V armée chrestienne contre t armée turquesque au go/phe de Lepanthoyle septiesme jour d'octobre i571. Paris, pour Jehan Dallier, 1571, 30 p. in-8 non foliotées. — Autre véritable discours de la victoire des chrestiens contre les Turcs en la bataille navale de Lepuntho , advenue le 7' jour (T octobre tan 1 571 ; pris du récit fait au Roy par monsieur le capitaine Grillon , revenant de la-diète bataille. Paris, pour Jean Dallier libraire, 1571, 22 pages in-8, non foliotées. Brantôme s'est surtout servi de cette seconde relation dont il a copié textuellement différents passages.

2. La fête de Saint-Georges tombe le 23 avril. Cf., 1. 1, p. 22, note 4.

i\t GRANDS CAPITAINES ESTRANGERS.

Ton combattist résolument. La dicte armée estoit composée de deux cens trente deux gallères grosses, sans douze que TOuchaly, visce-roy d'Alger, mena, et autant de galliottes. Aprez donc plusieurs maux faictz, et battu la terre et la mer depuis le quinziesme d apvril jusqu'au seiziesme de septembre que partit dom Juan de Messine , avec deux cens huict gallères, six galléasses, vingt deux grosses naufz et quarante frégattes. Dessus y avoit huict mill' Espaignolz, douze mille Italliens, et trois mille advanturiers, et trois mille Tudesques , sans compter les mariniers ; ce qui estoit peu pourtant.

Estant revenu le chevallier Villandrade* de prendre langue, et assuré que l'armée des ennemis estoit à rÉlépantho, dom Juan fit assembler tout le conseil pour sçavoir ce qu'ilz en auroient à faire. Il en avoit parlé à part à M. de Rommegas*, qu'il estimoit beaucoup : aussi avoit-il raison, car c'estoit le meilleur homme de mer qui fust là, sans faire tort aux autres, et qui avoit plus faicl la guerre aux Turcz. Luy ayant donc demandé ce qu'il luy en sembloit : « Ce qu'il « m'en semble, dist M. de Rommegas, monsieur? Je a dis que si l'empereur vostre père se fust veu une « fois en sa vie une telle armée de mer comme ceste-

1 . Des relations citées plus haut, Tane porte Gilandrade, l'aatre Gil Andrada. On lit Gilles Andrada dans la lettre de Romégas, citée à la note suivante, et que Brantôme nous parait avoir connue.

2. Mathurin d'Aux-Lescout de Romegas, Tun des plus célèbres marins du seizième siècle, lieutenant général du magistère de Malte, mort à Rome en 1 581 . On trouve à la Bibliothèque impériale, fonds français, n** 3969, f*» 128, l'extrait d'une lettre écrite par lui de Rome au sujet de la bataille. Cette lettre a peut-être été imprimée.

acy, il n'eust jamais cessé qu'il nefust esté empea reur de Constantinople ; et le fust esté sans difficulté. « — Cela s'appelle, dist dom Juan, qu'il faut donc «combattre, M. de Rommegas? — Ouy, monsieur.

w — Combattons donc ! n U en demanda Tadvis au segDor M. Anthoine Colomne*, qui estoit lieutenant delà ligue, l^pape layant créé tel après dom Juan, n luy respondist seuUement : Etiamsi oportet me mori^ non te negabo, Jehan André Dorio ne demanda pas mieux , car il a esté tousjours courageux , et dist qu'il falloit combattre. Les généraux des Vénitiens, les seigneurs Vinier" et Justinian Barbarico' le voulurent ainsi et de bon cœur, car c'estoît à eux et à leurs terres que les Turcz en vouloient , et desjà ilz y ayoient très bien accommancé. Le seigneur grand com^ mandador^, despuis lieutenant de roy en Flandres, le voulut aussi, mais, à ce que j'ay ouy dire à aucuns, il voulut peser' trop toutes choses , à la mode espaignoUe, et le marquis de Santa-Crux de mesmes. Tant y a que j'ay ouy raconter que plusieurs vouloient battaUle, les autres non, et que si dom Juan ne fi^t. esté brave et vaillant, l'on n'eust jamais combattu, car M. de Rommegas l'a dit depuis à un chevalliel*' d'honneur qui me 1-a dict; car c'estoit luy qui aumentoitje courage de tous. ' .

Ce» deux armées \lonc résolues de se battre bien, la turquesquë part d'EIépantho le soir, et à la poincte

\^ Marco-AntonioColonna, duc de Palliano et de Tagliacozzo.

2. Sebastiano Venier, qui mourut peu de temps après la bataille de Lapante.

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