M. DE SAVOYE
et de gloire, comme il falloit. Ces pauvres François , estans tous de rang, luy demandarent la passade. Elle, les regardant desdaigneusement, leur dict : « Vous « estes François? je ne donne point d aumosne aux « ennemis de Tempereur mon frère. Vous avez esté « bien estrillez d'où vous vene:^ ; je voudrois que tant « de François qu'il y en a en France fussent de mesmes. » Et ainsi passa sans leur faire du bien autrement. Voylà le bien que cette duchesse nous souhaitoit.
M. de Savoye donc, son mary, ayant perdu tout son estât, tant du Savoye que du Piémont, au moins la plus grand part, il se retira à Nice, et son filz M. le prince de Piémont* avec lempereur qui le receut de très bon cœur (j'en dirois bien aucunes raisons secrettes, mais je m'en passeray bien), et luy faict un très bon traîctement, le tient en sa court fort honnorablement, et l'eslève en luy faisant voir les armes: si bien qu'en peu de temps il se rend très capable pour servir l'empereur; et pour avoir perdu son bien ne perdit jamais le cœur, mais l'en augmenta d'advantage ; et pour mieux le favoriser, prend en devise ces motz de Virgille, des -^neides :
.... Spoliatis arma supersunt ^.
Comme voulant dire : qu'il n'est pas despoulUé celuy à^ui restent encor les armes en main.
Belle devise certes, et digne d'un si courageux prince ! Et parest bien autant altière et brave que cellç