‹ Œuvre complètesChapitre 89 sur 267 · Celui qui est le sujet de cet article · texte numérisé non relu

Celui qui est le sujet de cet article

2. Cet hémistiche n'est pas de Virgile, mais de Juvénal, satire Vni, vers 120.

du marquis de Villanne', Tun des plus grandz seigneurs d'Espaigne, à qui l'empereur ayant osté (fiist ou par justice ou force) deux de ses plus belles terres, néanmoins pour cela il n'en demeura si pauvre et desnué qu'il ne luy en restast encore d'advantage, tant il estoit oppulant. Et pour ce fit faire un jour un saye sans manches, et avec le bas de saye très long, for! emple ; et tout à l'entour avoit cet escriteau, en broderie très riche en plusieurs endroictz dudict saye : Àunque me sean quitadas las mangas^ no me faltan las faldas : « Encor qu'on m'ait ostë les manches, les pans de la robbe, ou bas de saye, ne faillent, et me sont restez. » Et ainsi se pourmenoit en la court de l'empereur avec son saye et ses escriteaux^ qu'un chascun advisoit et lisoit par grand speciauté.

Ce marquis de Villanne estoit celuy auquel l'empereur ayant commandé de loger en son logis M. de Bourbon, il luy fit responce qu'il le fairoit puisqu'il luy commandoit, mais qu'il ne trouvast pas mauvais si, après qu'il en seroit party, qu'il y mist le fœu, car il ne voudroit qu'il luy fust reproché que sa maison eust servy de retraicte à un traistre et infidel à son roy.

M. de Savoye donc s'estant faict bien expert aux armes, l'empereur en eut telle bonne opinion qu'il luy donna à mener avec le duc d'Albe l'advant-garde en la guerre des protestans, puis le fit son lieutenant général aux guerres de Picardie ; et ne Tappelloit-on *que le prince de Piedmont, et mesmes aux prises de

1 . Probablement an fils de Diego de Pacheco, marquis de Villena.

M. DE SAYOYE. 145

Therouanne et Hedin (où je perdis mon pauvre frère le second, dict le capitaine Bourdeilles, l'un des braves de son temps '), là où il se remit et rempluma un peu; car encor que l'empereur luy baillast tout son entretien de sa maison, si est-ce qu'il luy falloit beaucoup à despenser ailleurs; et pour ce bien souvant les moyens luy failloient. Et en ces deux prises il y gaigna force prisonniers, les plus grandz chefs comm' à luy deubz, et les moyens, il les achepta à vil prix des soldatz et après en tira de grandes rançons (dont M. de Bourdeilles, mon frère aisné*, pris là à Hesdin, en fut d'un grand escot, qui a porté grand préjudice à nostre maison). Puis il fut général du roy d'Espaigne à la battaille de Sainct-Quantin et au siège, là où il gaigna beaucoup aussi, et de mesme façon, de prisonniers^ comme des autres. Pour fin^ il fit si bien, et servit si bien ses maistres, que la paix se faisant entre nos roys', en un' heure et un traict de plume, il recouvra tous ses biens et terres qu'il avoit perdu es guerres en trente ans. Quel heur voylà! Outre plus, il eut force argent ; il eust de bonnes pentions et d'un costé et d'autre, mesmes une chose que guières on n'a veu avoii^ qu'estoit deux compagnies de cent hommes d'armes : l'une du roy de France, très bien entretenue, appoinctée et payée, dont j'ay veu le conte de Montravel* lieutenant; et Pautre du roy d'Espaigne,

i. Voyez 1. 1, p. 27.

3. André, vicomte de Bourdeille, sénéchal de Périgord, né vers i529, mort au château de Bourdeille en janvier 1582. U resta prisonnier à Lille, de 1593 à 1556.

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