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Asti, en Piémont

M. DE SAVOYË. 147

leur, pour la bonne amitié qu'elle luy portoit et à la grandeur de son estât.

Il offrit de plus au roy quelques trois ou quatre

mille hommes de sa milice (ainsi estoient-ils nommez),

que nous pourrions comparer proprement à nos lé-

gionnaires^ Mais quelle milice estoit-ce? très piètre.

£t quelz gens de guerre ? qui ne servoient que de

nombre, et non de faction. Tesmoing le siège de Le-

veron *, que s'il n'y eust eu devant de nos braves sol-

datz françois, ceux de dedans avec trois cens hommes

les eussent mis en pièces cent fois, et ne fust esté

jamiais parlé de milice. Or, avec tous ses artiffices, il

obtint du roy tout ce qu'il vouloit.

Tout cela fust esté bon (car faict ses affaires qui peut) si, quelques années après, il n'eust tenu la main' avec le marquis d'Ayamont^, gouverneur de Testât de Milan, au mareschal de Bellegarde*, de s'emparer du marquisat de Saluces, et se rendre rebelle au roy, afin de se l'impatroniser et rendre propre à luy par amprès, comm' a faict monsieur son filz^ despuis.

1 . Par nne ordonnance en date da 24 juillet i 534, François P' avait créé sept légions, chacune de six mille hommes, et qui portait le nom des provinces où" elles se recrutaient. Henri II reprit en 1 557 ce projet, qui n'avait pas reçu son entier accomplisse ment *et auquel on ne tarda pas à renoncer.

2. Livron, dans la Drôme, fut assiégé à la fin de 1574 par les catholiques. Voyei de Thou, 1. LIX.

3. Tenir la main à quelqu^un^ le persuader, le séduire. £ /^bablement François de Guzman de Zuniga, marquis

r/Kionte.

>.oger de Bellegarde, maréchal de France. Brantôme parle ^ 4J.étail de ses trahisons dans la notice qu'il lui a consacrée. ^^« <Jlliarles-£mmanuel I", mort en 1630.

lequel le trouvant desnué de gens, d'argent et de moyens, Tusurpa, au grand despit du roy^, qui, ce jour, en ayant sceu les nouvelles ainsi qu'il estoit sur le poinct d'aller à la messe et faire ses pasques, il s'en retourna et ne les fit point, tant il fut en coUère. Et que M. de Lursinge*, un fort grand personnage et digne de sa charge, voire d'une plus grande, ambassadeur de son Altezze devers Sa Magesté, luy en voulut faire des excuses, il en fut bien rejecté. Entr* autres qu'il alléga, c'est que son maistre avoit eu advis que M. de L'Édiguières et tous ses huguenotz luy en vouloient ; et pour ce il avoit gaigné les devans, d'autant qu'ilz estoient ses ennemis. Le roy disoit partout qu'il ne vouloit point de telz officieux que cçluy là; que, quant bien M. de Lesdiguières l'eust pris, il luy eust aussy tost osté quand il luy eust pieu, et à luy-mesmes il le luy osteroit et lui fairoit cher couster ceste charité, tellement qu'un jour il luy en bailleroit si sarré sur les doigtz, qu'il s'en repentiroit, d'autant que sa force^ au prix de la sienne, estoit si foible, qu'il n'en oseroit quasi parler.

Le roy, qui de soy n'estoit pas trop eschaufîfant ny turbullant, on le trouva ce coup fort eschaufle, dont il falloit bien dire qu'un tel affront* luy touchoit jusques au vif. Tout de mesmes luy tQucha-il quand le père soubstenoit ainsi le mareschal de Bellegarde, de telle façon qu'il le faisoit ordinairement coucher en sa chambre : aussi le roy luy sceut-il bien rendre envers

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