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Le correcteur a mis : telle surprise

M. DE SAVOYE. i49

ceux de Genève, desquelz il en prit la protection, contre son gré pourtant (car il hayssoit par trop leur religion), mais pour vangeance il le fit; dont M. de Savoye s'en trouva très mal sur les entreprinses qu'il y vouloit faire dessus.

En cela M. de Savoye estoit bien de cest' humeur, que, pour sa grandeur, il bouchoit les yeux à tout, comm' il l'avoit monstre longtemps advant en nos guerres estrangères; lequel, durant la trefve de l'empereur et du roy, il fist un' entreprise une fois sur la ville de Metz*, par le moyen de quelques cordelliers , et la faiilist. Et ainsi que M. des Sept- Fontaines, ambassadeur pour le roy en Flandres (despuis évesque de Lymoges, grand personnage, certes, et qui avoit peu de ses pareilz, de la maison de l'Aubespine"), luy remonstra le vioUement de foy et de la trefve, il luy fit responce : « Comment le roy François prit-il mes pays, « lors qu'on ne s'en doubtoit aucunement, et en « trefves? Doubtez-vous de moins que je n'eu voultf lusse faire autant si je pouvois? car c'est alors qu'on « n'y pense point et ne se donne-on garde, que les a belles entreprises se font. » Il avoit raison de parler ainsi ; car, comme je tiens de plusieurs très grandz capitaines, et mesmes de M. du Bellay, au livre de VJrt milliiaire^j il se faut donner garde de ces temps

i . En 4555. Il n'y avait pas alors de trêve eptre le roi et l'emperear. Voyez de Thou 1. XV.

2. Sébastien de TAubespine, seigneur de Sept-Fontaines, évéqoe de Vannes, puis de limoges (1559), mort le 2 août 4582.

3. Des deux éditions du traité de Langey, l'une (1548) est intitulée : Instructions sur lefaict de la guerre; et l'autre (1592), De la discipline militaire.

mO GRANDS CAPITAmES ESTR ANGERS.

de trefves et surcéances d*arnies plus que de la chaude guerre; car bien souvant se présente-il de si bons morceaux, que pour eux on en peut bien rompre son jusne, et amprès que la chose est faicte, il n'y a plus de raparation ; et ce mot luy est si mal sonnant, quand on dict : « Je n'eusse pas pensé une telle meschanceté (V jamais, que de vioUer ainsi la saincte foy donnée. » Poiur fin, M. deSavoye, pour faire ses affaires, il estoit peu scrupulleux et fort habile. Aussy avoit-il fort pâty, ayant esté despouillé ; et s'il ne fust esté tel, et ne s'en fust faict accroire par son espée qui luy estoit restée, et par sa valeur, il fust demeuré le plus pauvre prince qui fut jamais.

Il a laissé monsieur son filz, qui est aujourd'buy son successeur en tout, et qui, pour son jeun' aage, s'est rendu un bon et vaillant capitaine, en ayant appris de fort bonn' heure l'usage. Aussi j'ay veu dire à des soldatz espaignolz : que no hajr en el mundo quun rejTy un ducque y un conde^^ entendant le roy de France*, le duc de Savoye et le comte Maurice*, m'esbahissant pourtant comment ce duc, duquel je parle ailleurs, peut sitost s'accommoder à la fattigue de la guerre ; car je l'ay veu en son enfance si tendret et si dellicattement nonrry de par madame sa mère, que je n'eusse jamais pensé qu'il fust venu à ceste grande gloire qu'il a. J'espère en parler ailleurs. Bref, il est vray filz de père. Bien est-il vray (à ce que j'ay

\ . Qa'il n'y a au monde qu'un roi, un duc et un comte.

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