‹ Œuvre complètesChapitre 94 sur 267 · Lisez: onze mois après, le 13 juillet · texte numérisé non relu

Lisez: onze mois après, le 13 juillet

LE COME D'AIGUEMONT. iS3

Sur quoy je me souviens qu'à nostre retour du voyage de Malte, ainsi que j'estois allé baiser les mains à M. de Savoye, me faisant pourmener dans son jardin de Thurin où estoit sa forge*, il me dist le commencement des troubles de Flandres, désespérant pourtant fort de ses affaires, s'ilz n'avoient d'autres chefs qu'un qui s'estoit desjà déclaré, qu'on appelloit le sieur de Brederode*, lequel pourtant estoit un grand seigneur du pays et un grand homme d'estat, et qui fut le principal autheur des révoltez qu'on nomma les Gueux; nom certes vil, par trop bas, fatal et malheureux, bien différent de celuy qui est venu après, qu'on nomme les Estatz, nom certes plus beau, plus spécieux et plus heureux que le premier. Et si M . de Savoye n'estimoit pas trop le dict seigneur de Brederode pour la guerre, il exaltoit bien autant le dict conte d'Aiguemont, lequel il disoit que s'il se déclaroit, comme il s'en doubtoit, que leur affaire iroit fort bien, le tenant pour un fort grand et vaillant capitaine, si la gloire ne le perdoit : « car, me disoit-il, je l'ay veu si glorieux et outre-cuydé après nos deux battaiiles dernières gaignées contre vous autres, qu'il luy sembloit nul estre digne esgal ny parangonné à lui, estimant fort peu Un autre. Mais je luy en rabbattois bien les coups; et fort souvant en avonsnous eu différens ensemble, commie quasi me voulant desdaigner pour son général ; mais je luy fis bien recognoistre après, et ce qu'il devoit.

Je croy que mondict sieur de Savoye prophétiza

\ . Voyez plus haut, p. 151 .

2* Henri, comte de Brederode, mort en Allemagne en 1588.

Itt4 GRANDS CAPITAINES ESTRAN6ERS.

alors de ce conte; car il ^ se sentoit tant de foy' qu'il luy sembloit ad^is que jamais le roy d'Espaigne ne luy fairoit mauvais tour, ny que le duc d'Albe osast jamais luy faire mettre la main sur le collet. Mais il en arriva bien autrement; car, ayant esté convié en un festin à Bruxelles, lui et le conte d'Orne*, grand seigneur et des principaux du pays, après le disner, le duc d'Albe, s'estant retiré en son cabinet et conseil, les envoya tous^ deux constituer prisonniers^.

Ce fut le capitaine Salines, non celuy qui estoit habitant d'Ast*, mais son cousin, qui eut charge de constituer prisonnier le conte d'Aiguemont; auquel ayant dict en toute révérance espaignoUe qu'il le faisoit prisonnier de par le roy, et qu'il laissast l'espée, ce iFust le conte d'Aiguemont qui fut estonné ; et dist au capitaine Sallines telz motz \ À nd^ capitan SalUnes, quitar Fespada qui tan bien ha sen^idoel rej\ Pues que taies su çolluntad^ assi se haga. ce A moy, capitaine Sallines, oster mon espée qui a si bien servy le roi ! Puis donc que telle est sa voulonté, qu'elle soit faicte. » Et lui-mesme se l'osta et la donna au capitaine Sallines, lequel le mena en la prison qui estoit destinée pour luy, estans si bien séparez luy et le conte

i . Le comte d'Egmont.

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