Henri IV
3. Maurice de Nassau, (ils de Guillaume le Taciturne, né en 1567, mort en 1625.
LE GOimS D'AIGUEMONT. i5i
ouy dire) qu'il n'a tant la grâce de soldat que le père, lequel l'avoir 1res bonne.
Aussi tiens-je d'un vieux capitaine espaignol^ qui estoit son maistre d'hostel, qu'en son jeun' aage , estant aux armées de l'empereur son oncle^ il se plaisoit fort parmy les soldatz espaignolz, et estoit parmy eux le plus souvauty jusques à porter l'harquebuz et fourniment comm' eux y et aller aux escarmouches; à quoy l'empereur prenoit tous les plaisirs du monde.
Il mourut, non guières vieux, de mal de reings et de gravelle dont il estoit tourmenté, si bien qu'il ne portoit jamais son espée au costé , ppur cause de la seincture qui luieust trop eschauffé les reings ; mais il la portoit tousjours soubz le bras comm' un sergent, et cela ne luy sioit point mal ; car il avoit très bonne grâce en tout, et sentoit fort son soldat, et aymoit tous honnestes exercices, et surtout à forger des canons d'arquebus. H en faisoit de très bons. J'ay veu sa forge, et nous faisoit monstre de son exercice.
On disoit qu'il ne ressembloit guières à feu son père, duquel j'ay veu le monde en France en faire de si fatz et de si scandaleux contes qu'il n'en faut rien croyre; car, à ce que j'ay ouy dire à ceux qui l'ont veu, il n'estoit point homme pour faire toutes ces sottises; car il estoit très sage et fort homme de bien.
C'est assez pour ce coup d'avoir parlé de M. de Savoie jusqu'à un' autre fois ; car il ne faut pas tout à un coup débiter toutes ses denrées.
Nous parlerons de M. le conte d'Aiguemont ', lequel ^ ^^"*®
d'Aîguemont,
i . Lamoral, comte d'Egmont, né en i 522, décapité à Bruxelles, le 5 juin 1568. Il avait épousé Sabine, comtesse palatine, duchesse de Bavière, morte le 19 juin 1598.
152 GRANDS GAPÎTAINES ESTRANGERS.
a esté un fort brave et vaillant capitaine, pour si peu qu'il en ayt faict le mestier ; car, au plus beau cours de ses vaillances, la paix se vint à faire entre la France et FEspaigue, amprès qu'il venoit de fraiz de gaigner la battaille de Sainct-Quentin et* Gravelines. Car, à ce que je tiens de la pluspart des Espaignolz, les Flamans et François qui y estoient, ilz luy en attribuoieût le seul gaing* : si bien que le commandement luy ayant esté faict par M. de Savoye', lieutenant général du roi d'Ëspaigne, et par Ferdinand de Gonzague, principal chef du conseil, pour aller seuUement recognoistre Tennemy et l'amuser, ce pendant que le gros arriveroit, voyant à l'œil qu'il y faisoit bon pour luy, ne voulut point temporiser, mais avec sa trouppe de reystres et lanciers bourguignons charge , luy, sans aucun respect de commandement, et si à propos qu'il mit en route toute nostre armée, et avoit quasi demy achevé lorsque le gros arriva.
Un an et demy après ^ il donna encor luy seul un' autre battaille à M. le mareschal de Termes près de Gravellines, qu'il gaigna^ le deffit et le prit prisonnier^ comme j'ay dict cy-devant : ce qui fut un second conjure coup à la France fort dangereux. Que si le tiers s'en fust ensuivy, elle estoit troussée. Et croy que sans la paix cet homme nous eust bien porté du dommage ; car il nous estoit ennemy, et fort^ heureux et vaillant; avec cela aussi le présumoit-il fort, et en estoit beaucoup plus enflé de gloire.
i . C'est-à-dire : et celle de Gravelines.
2 . Le gain de la bataille de Saint-Quentin, livrée le 1 août i 55 7 •