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Voyez sa vie plus loin

pleurast d'une si triste pompe funèbre. Toutes les compagnies^ furent logées , les aucunes dans la ville, et les autres demeurarent pour la garde en la maison du roy, qui est devant la place; et furent menez et logez séparément y les portes et fenestres de leurs chambres toutes fermées. Sur les unze heures du soir on leur vint annoncer leur arrest, pour avoir le lendemain leurs testes trenchées.

« Le conte d'Aiguemont, qui lors dormoit, trouvant fort estrange une si triste nouvelle, s'estomacqua et s'altéra outre mesure, et avec grandes exclamations demanda comm' il estoit possible qu'on le voulust traicter de ceste façon , ne pensant avoir faict chose, contre le service de Dieu et Sa Magesté, indigne de son devoir. Bien disoit-il que la mort ne luy estoit point ennuyeuse, pour ce que c'est un passage inesvitable et un debte auquel nous sonunes naturellement obligez; mais ce qui luy estoit plus en cela douloureux estoit la perte qui en résultoit de son honneur et réputation.. Puis réytéra en disant : « Voylà une « sentence très sévère. Je ne pense point avoir tant tf offencé Sa Majesté que je mérite une punition si a cruelle, ayant faict ce pourquoy je meurs! Toutes- « fois, si j'ay failly, que ma mort soit l'expiation de a mes fautes^ sans qu'on me déshonnore et honnisse « les miens pour l'advenir, et que ma femme et mes ce enfans ayent à souffrir, estans confisquez mon corps « et mes biens, outre qu'il me semble que mes grandz ce services passez méritent bien qu'on use de quelque a grâce en mon endroict. Despuis que c'est le plaisir

i . Far. Compaignées (ms. 6694, f» 109 r«).

LE CONTE I^AIGIJEMONT. i59

« de Dieu mon créateur et du roy mon seigneur, je « m'attendz de prendre la mort en patience. » Puis il se leva de son lict et s'habilla, et prit de l'encre et du papier, escrist une lettre au roy d'Espaigne, par laquelle luy requeroit pardon de ses fautes, luy suppliant très humblement d'avoir pour recommçmdée sa pauvre et desollée femme, et d'avoir pitié de ses enfans, lesquelz, pour les péchez du père, demeuretoient très pauvres et en termes d'estre misérables toute leur vie, s'assurant tant de Sa Magesté que cour^ toisement et de bénignité il leur useroit de telle grâce, puis qu'ilz estoient innocens des fautes de leur père, et aussi pour l'amour des grandz services qu'il luy avoit faict par le passé. Après qu'il eust fermé la lettre et bien scellée, il la donna à l'évesque d'Ypre pour la faire tenir seurement au roy d'Espaigne, avecqu* une bague qu'il avoit au doigt, que le roy son maistre luy avoit donnée, dont il l'en pria bien fort. Ce que ledict évesque luy jura sur sa foy de l'envoyer très fidellement à Sadicte Magesté ; à quoy il ne faillit. Et dicton que le roy catholique la leut en pitié , bien fasché qu'il avoit esté contrainct d'en venir là; mais il n'estoit plus temps, et ne servoit cela plus rien. Ledict conte après se conffessa fort dévoctement audict évesque d'Ypre, qu'il avoit choisy pour son conffesseur , tant parce qu'il l'aymoit de longue main qu'aussi il le tenoit pour un fort homme de bien.

« Le conte d'Orne, du commancement, ne se peut si bien asseurer et résoudre, se despita, maugréant et regrettant fort sa mort, et se trouva quelque peu oppiniastre en la conffession, la regrettant fort, disant qu'il estoit assez , confTessé ; toutesfois, après avoir

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songé en soy et digéré son faict, et cognu qu'il n'y avoit nul remède de la prolongation de sa vie^ en fin de son propre mouvement demanda un confresseur, et continua despuis à user d'apparance de bon chrestien et catholique, et non sans grande contriction de ses fautes.

a Et en ces altères^ demeurarent jusques à neuf heures du lendemain matin^ ne parlant d'autre chose que de leur faict de conscience et du tort qu'on leur tenoit au respect de la fidellité et obéissance qu'ilz avoient tousjours porté à leur prince.

Le conte d'Aiguemont commença à solliciter fort radvancement de sa mort y disant que puis qu'il devoit mourir qu'on ne le devoit tenir si longuement en ce travail. Sur les dix heures, on le tira dehors; et fut le premier conduict sur l'eschaflaud, accompaigné du maistre de camp et du capitaine Sallines, d'aucuns prebstres et de l'évesque d'Ypre, son conffesseur. Il estoit vestu d'une Juppé de damas cramoisy, et d'un manteau noir avec du passement d'or, les chausses de taffetas noir et le bas de chamois bronzé , son chappeau de taffetas noir couvert de force plumes blanches et noires, et un mouchoir ouvré en la main, sans qu'il eust les mains liées aucunement , lesquelles on luy avoit laissées libres sur sa paroUe de cavallier, et qu'il ne donneroit empeschement par lequel le bourreau peust faillir son coup. Il n'estoit suivy ny de bourreau ny de sergens. Bien est- il vray que le prévost se tenoit près l'eschafTaut avecqu' une baguette rouge pour représenter la justice. Et allant

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