er
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posait , et à mettre Maxirailien hors d'état de traverser ses desseins. Il résolut de se rendre maître de la ville d'Aire. Il était sûr que les Flamands ne s'y opposeraient pas , parce qu'ils savaient que le duc ne -e déler minerai! à la paix et au mariage de la princesse Marguerite, sa fille, que lorsqu'il y serait contraint par la force des armes. Louis pratiqua des intelligences dans la Aille par le moyen d'un nommé Giresme, homme adroit et propre à conduise une intrigue. On fit offrir à Cohem , qui commandait dans Aire, une somme de trenle mille écus et une compagnie de cent lances. Cohem accepta le parti ; mais, afin de couvrir le complot , les maréchaux des Querdes et de Gié assiégèrent la place , et la battirent si vigoureusement pendant huit jours , que Cohem ne parut se rendre qu'à la force (21 juillet).
Le pays de Liège fut dans ce même temps-là le théâtre d'une sanglante révolution. Guillaume de La Marck , surnommé la Barbe ou le Sanglier d'Ardenne , avait été élevé et comblé de biens par Louis de Bourbon , évêque de Liège. La Marck , naturellement féroce , sans reconnaissance pour les bienfaits, et enorgueilli par la faveur , se porta à toutes sortes de violences , devint le tyran de la maison de son maître , et tua presque à ses yeux un de sej principaux officiers. L'évèque fut enfin obligé de bannir La Marck de ses Etats. Celui-ci se réfugia en France, et fit entendre au roi que , s'il voulait lui donner un corps de troupes , il assurerait un passage libre aux Français par le pays de Liège, toutes les fois qu'ils voudraient entrer dans le Brabant. Louis accepta la proposition , et fournit une compagnie de cent lances et trente mille écus. La Marck , trouvant partout des bienfaiteurs , et toujours ingrat , ne fut pas long-temps sans mécontenter le roi , et fut obligé de sortir de France. Il repassa dans le pays de Liège (août) avec une partie de sa troupe. Il enrôla tous les mécontens , et se trouva à la tête d'environ quinze cents hommes , gens à peu près du caractère de leur chef , et qui , pour se distinguer, portaient tous un habit rouge , et une hure de sanglier brodée sur la manche. Il s'avança vers Liège, et trouva le moyen de gagner Rouslar et Pavillon , magistrats de cette ville. L'évèque sortit à la tète de vingt mille hommes contre les rebelles ; mais , étant entré dans un défilé , ses troupes se retirèrent en arrière, soit qu'elles fussent gagnées par les deux traîtres, ou que ces bourgeois timides n'osassent s'engager contre des soldats accoutumés à combattre. La Marck parut à l'instant devant l'évèque: Louis de Bourbon, lui ditil , f 'ai 'recherché votre amitié, et tous me Vavez refusée. En même temps il lui fendit la tète, le fit dépouiller et jeter dans la Meuse. La Marck entra tout de suite dans Liège, M rendit
DE LOUIS XT. 38i
hre de presque tout le pays , mettant à feu et à sang tout ce nui refusait de se soumettre, et força les chanoines d'élire son fils pour évêque.
Cette élection forcée fut bientôt déclarée nulle. Deux ans après, La Marck fut livré à Maximilien , et eut la tète tranchée à Utrecht.
Les dernières récoltes avaient été si mauvaises en France , nue, malgré toute l'attention du gouvernement, le peuple souffrit beaucoup de la famine ; les maladies contagieuses qui en sont la suite ordinaire , s'étendirent sur tous les Etats. Les personnes les plus qualifiées qui moururent cette année , furent Jeanne de France , sœur du roi , femme de Jean, duc de Bourbon ; le premier président , Jean Bon lancer ; Charles de Gaucourt , lieutenant de roi de Paris; Nicolas Bataille, habile jurisconsulte; Martin Magislri , homme de ba^se naissance et d'un mérite illustre. Il mourut encore une grande quantité de personnes de marque ; mais la mortalité tomba principalement sur le peuple, cette partie des sujets qui fait encore plus la force que l'ornement d'un Etat.
La place de premier président , vacante par la mort de Jean Boulanger, fut donnée à Jacques de La Yaquerie , né sujet de la maison de Bourgogne. On prétend que La Yaquerie , ayant reçu quelque temps après des édits qu'il croyait contraires au bien de l'Etat , vint à la tête du parlement trouver le roi , et lui dit : Sire , nous venons remettre nos charges entre vos mains , et souffrir tout ce quil vous plaira , plutôt que d'offenser nos consciences. On ajoute que le roi , plus touché des remontrances qu'offensé de la démarche du parlement , révoqua ou adoucit les édits : ce fait ne parait pas bien prouvé.
Le roi , voyant que son terme n'était pas éloigné , alla voir le dauphin à d'Amboise , et lui donna par écrit une instruction qui fut ensuite enregistrée au parlement (i). Il lui représenta les obligations qu'ils avaient l'un et l'autre à Dieu ; lui fit sentir les devoirs qu'exigeait le titre de roi très-chrétien, prenant l'exemple des vertus dans ses prédécesseurs , et celui des fautes dans sa propre conduite. Il lui montra combien tout dérangement était à craindre dans le gouvernement , le tort qu'il avait eu d'éloigner les officiers qui avaient servi son père dans les temps les plus difficiles de la monarchie. Il l'exhorta à ne pas faire la même faute, et lui recommanda de prendre conseil des princes de son sang et de ses grands officiers, de conserver tous ceux qu'il trouverait en place , et qui auraient dignement et utilement servi ; de n'en
(i) Par lettres du 1% septembre , enregistrées le 12 novembre.
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déposer aucun qui n'eût prévariqué , et qui n'en fût convaincu
en justice.
Le roi ordonna au dauphin de se retirer en particulier pour réfléchir sur ce qu'il venait de lire et d'entendre ; puis il le fit rappeler et le fit jurer que, s'il succédait à la couronne , il observerait tout ce qui venait de lui être recommandé.
Le roi fit venir ensuite le duc d'Orléans , alors âgé de vingt ans , et lui fit promettre d'exécuter fidèlement ce qui serait réglé pour la tutelle du jeune roi et le gouvernement de l'Etat. Le duc d'Orléans jura tout ce que le roi voulut , et même en passa acte ; mais à peine Louis était-il mort que le duc viola tous ses sermens.
Louis se recommandait continuellement aux prières des plus vertueux personnages du royaume; Iiû,ie de Bourdeille était de ce nombre ; sa piété , plus que ses lumières , l'avait fait choisir , n'étant que cordelier , pour être évêque de Périgueux ; il passa de là à l'archevêché de Toits , et fut un des premiers commissaires nommés pour travailler au procès de l'abbé de Sl.-Jeand'Angely , afin que l'idée qu'on avait de la vertu de ce prélat, écartât tout soupçon contre le jugement qui serait rendu.
Louis, ayant prié Bourdeille de demander à Dieu le rétablissement de sa santé , ce prélat ne se borna pas aux prières , et voulut s'ingérer de donner des avis à ce prince , en réveillant ses scrupules au lieu de les calmer. Il lui représenta qu'il avait trop maltraité le cardinal Balue et l'évêque de Verdun ; il joignit une liste des prélats qui prétendaient avoir sujet de se plaindre du roi , tels que celui de Laon , fils du connétable ; celui de Castres , frère du duc de Nemours ; ceux de Séez , de St.-Flour et de Coutances , qui, étant parens de ses ennemis ou ayant été liés avec eux , ne devaient pas trop se plaindre d'être suspects. Le roi fut offensé de la liberté du bon archevêque, et lui fit écrire par le chancelier qu'il se mêlait de trop de choses; qu'il ne voyait pas les conséquences de ce qu'il disait ; qu'il lui avait demandé ses prières et non pas ses conseils; et qu'il défiait qui que ce fût de blâmer sa conduite à l'égard des évêques mécontens. Le roi, prenant tout alors avec plus de vivacité i|ue jamais, donna ordre au chancelier de citer tous ces prélats, et d'examiner leurs prétendus griefs. Ils furent en effet cités; mais cette affaire ne fut pas suivie : il y a grande apparence que ces évêquen'osèrent partager l'indiscrétion de Bourdeille , ni entrer en jugement avec leur maître.
Le chancelier alla trouver l'archevêque de Tours , et lui représenta que la religion ne le dispensait pas du respect qu'il devait au roi ; qu'il avait passé les bornes de son devoir de sujet ,
et qu'en reprenant les princes , ou n'y pouvait apporter trop d'égards, non-seulement par le respect qui leur était dû , mais afin qu'ils reçussent les conseils as^ez favorablement pour en profiter.
Le chancelier écrivit au roi que l'archevêque de Tours était fâché de lui avoir déplu ; qu'il n'avait jamais oublié et n'oublierait jamais ce qu'il lui devait comme sujet et comme archevêque j qu'il ne cessait de prier et de faire prier pour la conservation de sa majesté ; qu'au surplus , ce prélat était très-abattu dune longue maladie , et qu'aussitôt qu'il serait rétabli , il lui rendrait compte de sa conduite. Cette lettre calma l'esprit du roi: je ne trouve aucune pièce qui prouve ce que disent messieurs de Sainte-Marthe, savoir, que le temporel de l'archevêque fut saisi. Cependant le pape, d'autant plus attentif à ses intérêts, que le roi , paraissant négliger les siens, ne refusait rien à l'église , ht de vives instances pour obtenir les comtés de Yalentinois et de Diois. Mais comme il y avait tout à craindre de la faiblesse d'un prince tourmenté de scrupules , et qui ne cherchait à les dissiper que par des prodigalités envers l'église , le chancelier chargea Halle , archevêque de Narbonne , ci-devant avocat général , bon prélat et bon citoyen , de tenir le roi en garde contre les sollicitations du pape.
Dans ce même temps, les commissaires du roi et ceux du duc de Bretagne étaient assemblés à Angers, pour terminer les différent qui étaient entre les officiers de justice de leurs maîtres. Les députés du duc faisant un grand étalage des entreprises des officiers royaux , les commissaires du roi répondirent , qu'avant d'examiner ces griefs , il fallait convenir des limites ; et qu'avant d'entrer dans ces contestations , qui demandaient beaucoup de temps, le roi avait des sujets de plainte dont il prétendait une prompte réparation , et qui n'avaient besoin d'aucun éclaircissement; telles étaient les désobéissances aux arrêts du parlement; que Chauvin, chancelier de Bretagne, était actuellement dans les prisons du duc, quoiqu'il eût appelé à la justice du roi , et que ce prince eût reçu l'appel , et ordonné de mettre Chauvin en liberté, ou de l'envoyer à la conciergerie de Paris, avec les informations ; que le duc donnait retraite aux malfaiteurs , et particulièrement aux faux-sauniers, ce qui portait un grand préjudice aux gabelles du roi. Les conférences s'étant passées en diputes de part et d'autre sans rien conclure, les commissaires se séparèrent , après être convenus de se rassembler au mois de décembre , pour le règlement des limites.
De tous temps la France a été l'arbitre de ses voisins, et l'asile des princes malheureux. Gem ou Zizinie , second fils de Maho-
mel II . prétendait avoir plus de droit au trône que Bajazet son aîné , parce que celui-ci était né du vivant d'Aniurat, leur aïeul, dans le temps que Mahomet était sujet et non pas empereur ; au lieu que Zizime était né depuis que Mahomet avait succédé au trône.
L'amour du peuple appuyait la prétention de Zizime ; mais le bâcha Achmet , général des troupes ottomanes , se déclara pour Bajazet, s'empara de Constantiuople , s'avança au-devant de Zizime jusqu'en Bithyine, et lui livra bataille ; Zizime, l'avant perdue , se retira chez ie Soudan d'Egypte. 11 fut ensuite obligé de se réfugier chez le roi de Caramanie , d'où il passa à Rhodes, et de là en France. Il y demeura sans voir le roi , du moins on n'en trouve aucune preuve dans les comptes de sa maison , qui portent jusqu'à la moindre dépense faite pour les ambassadeurs ou princes étrangers. D'ailleurs le roi , mourant et défiguré, ne -e laissait plus voir. Il croyait ne pouvoir conserver son autorité qu'en gouvernant du fond de sa retraite , se dérobant à tous les yeux, et ne se laissant voir qu'à ceux dont le service lui était absolument nécessaire. Le chagrin qui le dévorait , et la crainte de perdre son autorité, ne servaient qu'à rendre plus durs les ordres qu'il donnait. On le voit par une lettre qu'il écrivit au chancelier sur un sujet peu important.
<> Chancelier , vous avez refusé de sceller les lettres de mon
» maître d'hôtel , Boutilas; dépêchez-le sur votre vie. » C'est
à un édit de cette année (24 décembre) qu'on doit rapporter la forme du collège des secrétaires du roi , telle à peu près qu'elle est aujourd'hui. Cette compagnie était établie depuis long-temps. Les rois précédens lui avaient accordé de grands privilèges. Louis XI ne prenait pas toujours dans ce corps ceux dont il se servait pour écrire ou contre-signer les lettres-patentes et autres expéditions ; il en employait souvent d'autres. Après la guerre du bien public, il cassa ceux qu'il avait créés de nouveau , confirma les privilèges des anciens , marqua leurs fonctions , leur donna de nouveaux privilèges , dont ils jouissent encore aujourd'hui, et fixa leur nombre à cinquante-neuf, dont le roi serait le soixaptième et le chef. Cet édit fut enregistré l'année suivante , et fait encore loi pour tout ce qui concerne cette coin- Les émissaires «pie Louis entretenait en Flandre , ne Cessaient de lui mander que les peuples de ces provinces désiraient la paix , qu'ils voulaient la sceller par le mariage du dauphin et de mademoiselle de Bourgogne; mais que, si on ri ce parti , il était à craindre qu'ils ne se liguassent av< glais. L'empressement des Flamands pour cette alli; marqué , que le gouverneur d'Arras ayant envoyé un troi
à leur camp sous Alost , les troupes ne demandèrent des nouvelles que du dauphin , et marquèrent une extrême envie de le voir.
Louis, ne prenant jamais plus de précautions que dans les • boses qu'il désirait le plus , envoya Jean Guérin , son maître d'hôtel , pour s'assurer encore des dispositions des Gantais ; il commença ensuite à négocier secrètement avec Maxi milieu , et bientôt après il nomma pour ses plénipotentiaires , Crevecœur , sieur des Querdes ; Olivier de Couëtman, lieutenant de roi d'Arras ; le premier président de La Yacquerie, et Jean Guérin.
Maximilieu nomma, de sa part, Dauffay, maître des requêtes de son hôtel ; Gort-Rolland , pensionnaire de Bruxelles ; Jacques de Steenwerper; Gossuin, abbé d' Affleghem ; l'abbé d' Au mont; de Berghes, seigneur de Walhain; Bouvrie; Lannoy; Baudouin de Molembais ; de Goy, seigneur d'Auxy , et plusieurs autres.
Ces ministres, assemblés à Arras , convinrent de presque tous les articles du mariage entre le dauphin et la princesse Marguerite. Les plus grandes difficultés furent sur la manière dont les comtés de Bourgogne et d'Artois , et les autres Etats dont le roi était déjà en possession , devaient lui être cédés. Le roi prétendait que ces provinces lui appartenaient de plein droit ; Maximilien et les états ne voulaient les abandonner que comme partage et dot de la princesse. Les plénipotentiaires de France demandaient les villes de Lille, Douai et Orchies , qui n'avaient été données par Charles V à Philippe, duc de Bourgogne , qu'à la charge de réversion à la couronne faute d'hoirs mâles ; et le cas était arrivé. Quoique le droit du roi fût incontestable , les Flamands ne pouvaient consentir à lui rendre des places qui le mettaient au milieu de leur pays. Les plénipotentiaires, remarquant que les Flamands ne se relâcheraient jamais sur cet article, ne voulurent pas rompre la négociation , et firent comprendre au roi qu'il ne perdrait jamais son droit , qu'il pourrait le faire valoir en temps et lieu , et que les provinces qu'on lui cédait , non-seulement lui serviraient de nantissement pour ces trois places , mais le mettraient encore en état de s'en emparer un jour.
Louis se laissa persuader , envoya (14 décembre) les pouvoirs les plus amples pour lever le reste des difficultés , et la paix fut >ignée (?.3 décembre) (i).
Le roi écrivit aussitôt à tous les gouverneurs , baillis et sénéchaux, de faire assembler les états de leurs gouvernemens pour ratifier le mariage du dauphin avec Marguerite d'Autriche. On
(i) Je ne rapporte point ce traite, parce que, le mariage n'ayant pas eu d'effet, il fut annule. (Jeux qui voudront le consulter, le irom - ... '• la suite •les mémoire de Comaiiues , donnés pur Godeiïoy, tome V, p. 373.
n'attendit pas même que le traite fil signé pour demander les scellés que les Flamands exigeaient (i). Il envoya La Grange, bailli d'Auxonne , vers le duc de Bourbon et le comte de Nevers, pour avoir leurs scellés conformes au modèle dont La Grange était porteur.
Tes prince-, firent leurs remontrances sur une clause du traité, par laquelle le roi , en cas de contravention de sa part , les relevait du serment de fidélité. Ils alléguaient que les lois de l'Etat qui les attachaient au roi , étaient hors de son pouvoir. Le comte de Nevers faisait de sa part d'autres difficultés, et prétendait avoir des droits incontestables sur le Brabant (2) , qui l'empêchaient de ratifier ce traité , purement et simplement : c'est pourquoi il fit prier le roi de ne pas trouver mauvais qu'il eût ajouté dans son scellé , qu'il approuvait le traité sans préjudice de ses droits.
Le duc d'Autriche et les états de Brabant nommèrent pour leurs ambassadeurs , les abbés de St. Bertin et de St. Pierre de Gand , Jean de Berghes , seigneur de Walhain , Lannoy , Goy , de La Moire, Rhym , Pinnock , Dauffay et Mergolles.
(i483 , Pâques, le 3o mars.) Ils se rendirent d'ahord à Pari< (?4 janvier) , et furent reçus par l'évêque de Marseille et les officiers de la ville. Le lendemain ils assistèrent au Te Deuvi dam l'église de ^otie-Dame, et dînèrent à l'hôtel de ville. Le s m- le cardinal de Bourbon leur donna une fête magnifique, suivie d'une comédie du goût de ce temps-là , c'e^t-à-dire, une J/o,-tililé ou Sotie. Ils partirent le jour suivant pour se rendre à Tours auprès du roi.
Dès leur première audience, ils prièrent sa majesté de vouloir bien autoriser le dauphin à jurer le traité de paix , de leur remettre les scellés et sûretés qu'on avait promis pour l'accomplissement du traité , de promettre que les pays donnés pour la dot de la princesse, seraient gouvernés suivant leurs lois et usage ; que la ville d'Arras reprendrait son ancien gomernemenl , et (pie tans les anciens habitans qu'on e" avait fait sortir, pourraient y retourner , exercer leurs professions , et rentrer dans leurs biens. Les ambassadeurs prièrent encore le roi de retirer ses troupes, afin que le duc d'Autriche en fil autant de son coté ; de rappeler tous les Français qui étaient au service de La Marck, et d'aider à chasser ce rebelle du pays de Liège ; de rétablir
(i) Le traita portail que les princes du saut; , le- pairs, l'université de Paris, es principales Tilles , cités el corpmunautés du royaume, les prélats et uobles des comtés d'Artois et de Bourgogne, s'engageraient par leurs scelles deuiretenir ce traité dais tons ses points et articles.
(2) Le comte de Nerers , comme descendant de Philippe-Ie-Hardij avait, des droits sur la succession de .tic maison , et particulièrement sur le Brahaut que Philippe k-Pion a\ail usurpé tur lui.
Françoise et Marie de Luxembourg , petites-filles du conne'table, dans les biens de leur maison ; de faire rendre à Philippe de Croy le comté de Porcien ; de rendre la liberté aux prisonniers, ou de les mettre à rançon.
Les ambassadeurs firent de nouvelles instances pour obtenir que le duc de Bretagne fût compris dans le traité , après quoi ils se rendirent à Ainboise pour saluer le dauphin , et lui faire jurer tous les articles , et spécialement celui qui concernait son mariage avec la princesse Marguerite , et la conservation des privilèges et coutumes des pays qui lui étaient cédés.
Le sire de Beaujeu était auprès du dauphin , dont le roi l'avait nom-né tuteur et curateur , voulant qu'il en exerçât les fonction-, de son vivant. Personne n'était plus capable ni plus digne de cet emploi que Beaujeu. Ferme , désintéressé , prudent , il ne cherchait pas dans les conseils qu'il demandait une approbation de son sentiment. Comme il n'avait pas la présomption de se croire instruit des choses qu'il n'avait pas apprises , il écrivit à du Bouchage de lui envoyer quelque homme de robe habile , ver>é dans les matières dont il s'agissait , capable de dresser les acte-, nécessaires, et d'examiner tant ceux que le dauphin serait obligé de signer, que ceux que les ambassadeurs donneraient.
Le dauphin, autorisé par le roi, jura, en présence des ambassadeurs , sur l'hostie , sur la vraie croix et sur les évangiles , de garder tous les articles du traité de paix et de mariage. Les ambassadeurs étant retournés auprès du roi , ce prince ratifia le traité {11 janvier) ; et, par un acte du même jour, renonça à toutes prétentions sur les biens cédés au dauphin. Il congédia ensuite le-; ambassadeurs, et leur fit présent de trente mille écus d'or, et de cinq cent soixante marcs d'argent (9 février).
Picard , bailli de Rouen , les accompagna jusqu'à Paris , et présenta au parlement une lettre close du roi, pour faire enregistrer le traité de paix. Michel de Pons , procureur-général, Gannay et Le Maître, avocats-généraux, étant informés de l'acte par lequel le roi renonçait à toutes ses prêtent ions sur les biens cédés par le traité de paix, firent leur protestation, déclarant que la lecture qui en allait être faite ne pourrait préjudicier aux droits du roi et de sa couronne , et demandèrent que leur opposition fût enregistrée , afin de soutenir en temps et Heu les droits du roi , ce fjui ne se pouvait faire présentement , attendu le désir que sa majesté avait de voir toutes ces affaires finies. Le parlement ayant reçu cette prote,taion , on lut la lettre du roi, par laquelle il lui adressait le traité et les actes faits en conséquence.
Le lendemain le traité de paix fut publié; mais, avant de l'enregistrer, on donna à Dauffay, qui en était le porteur, le choix de ces deux clauses : Le procureur général présent et ne s'y opposant point , ou le procureur général présent et de son consentement. Dauffay choisit la dernière , et l'enregistrement fut fait. Le parlement dit ensuite aux ambassadeurs que, le traité ne liant pas moins le duc et les états de Flandre que le roi , le dauphin et leurs étals , il était bon que la cour fût dépositaire de la ratification du duc. Dauffay répondit que ce qu'on demandait était raisonnable.
Les ambassadeurs étant partis pour retourner en Flandre , le roi ordonna (18 février) une procession de Paris à Saint-Denis , en actions de grâces, pour la paix, et pour demander la conservation du roi, de la reine et du dauphin. On voit, par les délibéra lions prises sur cette procession , que le parlement était alors composé de cent personnes.
Quelques jours après, le roi envoya des ambassadeurs vers le duc d'Autriche, pour être présens au serment qu'il fit , pareil à celui de sa majesté, de garder et observer fidèlement le traité de paix et d'alliance.
Louis XI, accablé de maux , occupé des plus grandes affaires , portait encore son attention sur les autres Etats de l'Europe.
Les troubles de Navarre avaient commencé en 1 44 f » à la mort de Blanche de Navarre. Cette reine , renversant par son testament ce qui avait été réglé par son contrat de mariage , voulut. que Jean , son mari, jouît , sa vie durant, de ses Etats au préjudice de ses enfans. Ni la mort du roi Jean, ni celle de sa fille Kléonore ne rétablirent le calme dans la Navarre. Elle fut toujours divisée par des factions. Le règne de François Phœbus , t|ui succéda à son aïeule Eléonore , fut très-court. Ce prince , fils de Gaston Phœbus et de Magdeleine de France , mourut au commencement de cette année , Agé de quinze ans : il nomma, par son testament, sa sœur Catherine pour son unique héritière.
Le roi se déclara protecteur de Catherine , sa petite-nièce , et s'opposa aux desseins des comtes de Lérins et de Beaumont , qui auraient voulu unir la Navarre à l'Aragon et à la Castille que Ferdinand possédait déjà.
Le vicomte do Vu-bonne, appuyé par le cardinal de Foix, et par les ducs d'Orléans et de Bretagne, prit le titre de roi de Navarre , et crut mettre Ferdinand et Isabelle dans ses intérêts , en leur représentant que Louis ne soutenait Catherine que pour perpétuer son autorité dans la Navarre ; mais Ferdinand prit le parti de Catherine , dans l'espérance de la marier au prince Jean , son
fils. Loui> XI et M agdeleine , sa sœur, s'y opposèrent. Les légitimes héritiers de ce royaume en seraient encore possesseurs, si Louis XII avait eu l'habileté de Louis XI.
Cependant tout se préparait pour le mariage du dauphin. I ouard , roi d'Angleterre, conçut tant de dépit d'avoir été trompé par Louis XI , et de voir que la France allait encore se fortifier par l'union des provinces que la princesse Marguerite apportait en mariage, qu'il en mourut de chagrin. D'autres prétendent cpi'il mourut d'apoplexie après un grand excès de vin ; on soupçonna aussi qu'il avait été empoisonné par son frère Richard, duc de Glocester. Les crimes que Glocester avait déjà commis, et ceux qu'il a faits depuis , rendent ces soupçons a^sez vraisemblables. Tous les pas qu'il fit vers le trône, furent autant de forfaits. Il avait été le principal auteur de la mort du duc de Clarence , son frère. Après la mort d'Edouard , il se défit de tous ceux qui avaient été attaches à ce prince. Il remplit le parlement de ses créatures , fit casser le mariage du feu roi , et déclarer illégitimes les enfans qui en étaient nés ; peu de temps après, il les fit mourir. L'Angleterre , jalouse de sa liberté contre ses rois, et qui plie sous les tyrans , vit commettre tous ces crimes sans s'ébranler.
Louis ne parut pas prendre le moindre intérêt à la mort d'Edouard ; mais il ne voulut point faire d'alliance avec l'usurpateur , quoiqu'on trouve dans Rymer quelques projets de traités qui ne furent point conclus.
Louis ne pouvait mieux se venger des Anglais , qu'en les abandonnant à leurs factions ordinaires. Il n'avait pas la même indifférence sur l'Italie. Les divers États qui la composent, étaient tous armés les uns contre les autres. Leurs intérêts changeaient à chaque instant , et leur fureur était toujours la même. Un parti devenait tout à coup l'ennemi déclaré de celui dont il était allié le jour précédent. Sixte IV , après avoir été uni avec Ferdinand , roi de Naples , vit l'état ecclésiastique ravagé par Alphonse , duc de Calabre , fils de Ferdinand. Les Vénitiens envoyèrent au secours du pape Robert Malateste , à la tête de quinze cents chevaux. Celui-ci battit le duc de Calabre , et entra triomphant dans Rome. Le pape ne conçut que de la jalousie du service que les A énitiens venaient de lui rendre ; il trouva qu'ils devenaient trop puissans, et ne chercha plus qu'à les traverser.
Louis envoya (mai) Listenay et Monjeu , gentilshommes bourguignons , pour pacifier les troubles d'Italie, et particulièrement ceux qui étaient entre la république de Venise et le duc de Milan. L'évêque de Lombez retourna quelque temps après en jiie , pour terminer l'affaire du Roussillon.
3<}o HISTOIRE
Le roi , craint et respecté de toutes parts , décidait du destin de plusieurs Etats, tandis ([n'enfermé dans le château du Plessisles-Tours , il était en proie aux -oupçons et aux horreurs d'une mort prochaine. 11 voyait d'un coté la mort s'avancer à pas lents vers lui, de l'autre il redoutait mille trahisons. Il lit mettre autour de son château un treillis de fer, armé de pointes, et fit semer dix-huit mille chausse-trapes dans les fossés ; quatre cents archers faisaient le guet , et quarante veillaient toujours , les armes à la main, et liraient sur ceux qui osaient approcher. On fouillait exactement tous ceux qui étaient obligés d'entrer dans le château. Le dauphin était tour à tour l'objet de la tendresse et des soupçons de son père. Il fit composer, pour son instruction , le Rosier des guerres rempli des maximes les plus sages du gouvernement. Il craignait en même temps que ce jeune prince ne fût impatient de régner, ou que les mécontens n'abusassent de son nom : il regardait alors son fils comme sou plus cruel ennemi. Il changeait tous les jours de doi épiques ; et, n'osant avouer ses frayeurs , il disait que la nature se plaît dans le changement. La crainte de perdre son autorité, faisait qu'il ne l'exerçait plus qu'au gré de ses caprices. Chaque jour il déposait d'anciens officiers pour en élever de nouveaux. Pour occuper continuellement l'attention des étrangers, il faisait venir de tous les pays des chevaux , des chiens , et toutes sortes d'animaux rares , et ne daignait pas les regarder quand ils étaient arrivés. Il se montrait magnifiquement vêtu sur une galerie en dehors du château, et disparaissait dans l'instant, de peur qu'on eût le temps d'apercevoir l'altération de ses traits. La défiance et la crainte étaient pour lui des bourreaux continuel. Plus tourmenté par ses soupçons que rassuré par les supplices qu'il ordonnait , il eut été trop heureux d'être délivré par la mort même de toutes les horreurs qu'elle lui inspirait. Dans le temps qu'il prenait les précautions les plus cruelles contre les hommes , il cherchait , pour apaiser le ciel , tous les moyens imaginés par la crainte : il se recommandait aux prières , il faisait venir des reliques de tous côtés. Quoiqu'il s'occupât toujours d'affaires politiques , ce n'était plus avec les ministres des princes qu'il conférait : c'était avec des moines superstitieux ou intéressés. Un certain Jacques Rosat, cordelier, arriva de Lombardie avec sept ou huit de ses compagnons, et fut reçu du roi avec distinction. Des chanoines de Cologne vinrent pour s'assurer des revenus que ce prince avait donnés à leur église , en l'honneur des trois rois , dont les reliques lui avaient été vantées. Le doyen d'Aix-la-Chapelle lui eu apporta; un marchand lui vendit une petite image d'aï cent oixante In r<
DE LOTIS XI. 3(>i
La crainte de la mort étant devenue le principe de toutes les actions de Louis XI, il demandait de toutes parts des remèdes ou des prières. Esclave de son médecin, charge de reliques, il prodiguait les biens an\ • d'église. Il fit des dons considérable; à l'abbaye de Saiin-^enis ; il accorda à celle de Saint-Germain la foire franche qui subsiste aujourd'hui. Sans nous arrêter au détail des dépenses que ce prince faisait en dévolions , il suffit de dire qu'elles augmentaient chaque jour avec ses infirmités.
Bajazet II , empereur des Turcs, espérant profiter de la faiblesse de Louis, lui envoya un ambassadeur avec la liste de toutes les reliques qui étaient à Constantinople , et les lui offrit , s'il \oulait seulement retenir Zizinie en France , et l'empêcher de p.:- er dans l'Orient. Louis rejeta les propositions de Bajazet, et ne voulut pas violer l'hospitalité daus la personne d'un prince malheureux. L'ambassadeur turc , après avoir long- temps attendu en Provence, s'en retourna sans avoir pu même obtenir une audience.
Louis était bien éloigné de traiter avec les infidèles. Il attendait avec impatience l'arrivée de Matortille, plus connu sous le nom de François de Paule.
François , natif de Paule . ville de Calabre , se consacra à Dieu dès son enfance. iNé avec un esprit droit et un cœur pur , il méprisa toutes les science; humaines, eî ne s'occupa que de celle du ciel. Sa retraite n'empêcha pas que la sainteté de sa vie ne fût bientôt répandue en Italie et en France. Louis désira aussitôt de le voir, espérant obtenir par ses prières le rétablissement de sa santé. Il fit prier le pape et le roi de Naples d'envoyer ce saint homme en France , et lui lit bâtir une maison dans son parc. Il envoyait continuellement des courriers pour hâter l'arrivée du saint ' mme : c est ainsi qu'il est nommé dans les comptes de la maison du roi.
Aussitôt qu'il l'aperçut , il courut au-devant de lui , et se jeta à ses pieds, en le suppliant de lui prolonger la vie. François le releva, et lui remontra avec humilité que nos jours sont dans la main de Dieu; mais il s'attacha en même temps à le consoler et à le disposer à la mort. Louis avait de fréquens entretiens avec lui , et paraissait ensuite plus tranquille : on vit alors à la cour la dévotion humble et sincère eî la solide piété respectées.
Dai Iq temps que la crainte de la mort semblait avoir égaré l' s -prit de . is XI , i! l'eut toujours sain et présent dans les affaire». Sur les | i,ites qu'il reçut que Palamède de Fourbiu abusait de son autorité en Provence, il lui interdit toutes les fonctions de sa place , et chargea Baudricourt d'informer de sa
HISTOIRE conduite : Baudricourt s'ac<{ iii ta de sa commission avec autant d'intégrité que d'intelligence. Il lit les informations les plus exactes; et sur le compte qu'il rendit au roi , «pie Fourbin avait fidèlement rempli ses devoirs, et que les plaintes qu'on faisait contre lui , n'étaient que l'effet de la jalousie et de la malignité qu'excitent les grandes places , mais qui achèvent l'éloge de ceux qui les remplissent , Fourbin fut rétabli avec plus d'autorité qu'auparavant.
Louis, toujours occupé du gouvernement, ôta la charge de chancelier à Doriole , pour en revêtir Guillaume de Rochefort , qui avait passé du service de Bourgogne à celui de France.
Doriole, étant maire de la Rochelle , avait été plusieurs fois député vers Charles YII ; il s'attacha à la cour , et fut successivement maître des comptes, général des finances, et ambassadeur. Il s'acquitta si bien de toutes les commissions qui lui furent données, que le roi l'honora de la dignité de chancelier. Il avait une parfaite connaissance des lois du royaume et des droits du roi. Personne ne fut plus laborieux; mais le grand âge ne lui permettait plus de travailler avec la même exactitude. Louis croyait que les premières places devaient être la récompense des services actuels ; et, quoiqu'il fût content de ceux que lui avait rendus Doriole , il lui ôta sa charge, et lui donna celle de premier président de la chambre des comptes, comme étant plus tranquille.
Le sire de Beaujeu et Anne de France, sa femme, furent chargés daller chercher Marguerite d'Autriche. Anne prétendit avoir droit de délivrer des prisonniers en faisant sa première entrée à Paris; niais le parlement s'y opposa, et soutint «pie ce droit n'appartenait qu'au roi , à la reine et au dauphin , et non pas aux autres enfans de France.
Les seigneur et dame de Beaujeu , s'étant rendus à ITesdin , remirent aux députés de Maximilien les scellés des princes et des villes du royaume , et reçurent ceux des seigneurs et villes des Pays-Bas.
Marguerite d'Autriche fut remise (19 mai) entre les mains des sire et dame de Beaujeu , par Catherine de Clèves , par les seigneurs de Ravestein , de "S ers et de Ligne , l'abbé de Saint— Bertin , et le chancelier de Brabant.
Ravestin , voulant, avant de quitter la princesse, qu'elle exerçât les droits et privilèges qu'elle prétendait comme dauphine et comme comtesse d'Artois, lorsqu'elle fit son entrée à Bethune . donna , au nom de cette princesse , une rémission à Ogier et à Bernard , frères, surnommés d'Auron, prisonniers à Bethune.
pou* avoir tué quatre hommes. Le juge du lieu ne voulait pas avoir égard à ces lettres de grâce; mais le dauphin, étant parvenu à la couronne, les confirma.
Marguerite fit son entrée à Paris (2 juin) , au milieu des acclamations du peuple. Le parlement alla eu corps la recevoir au-delà des portes de la ville ; et Beaujeu donna des lettres de maîtrise de plusieurs métiers, au nom de cette princesse, en vertu du droit de joyeux avènement. Marguerite se rendit ensuite à Amboi-e.
Les fiançailles se firent (23 juin) avec toute la magnificence possihle. Les principales villes du royaume y envoyèrent des députés qui furent défrayés , eux et leur suite , aux dépens du roi. Le sire de Beaujeu, le comte de Dunois , Saint-Pierre, grand sénéchal de Normandie , le sire d'Albret , Guy Pot , comte de Saint-Pol , gouverneur de Touraine , firent les honneurs de cette fête , plus marquée par la magnificence que par la joie publique ; puisqu'on faisait en même temps des prières pour la santé du roi , qui était sans ressource.
C'était tous les jours quelque imagination singulière. Le pape envoya un bref, par lequel il permettait au roi de se faire oindre une seconde fois de l'huile de la sainte ampoule. Bientôt après , Grimaldi, maître d'hôtel du pape, arriva avec beaucoup de reliques. Le peuple de Rome avait pensé se soulever, en apprenant qu'il allait être privé d'un pareil trésor ; on en fit des remontrances fort sérieuses au pape, qui fut obligé de s'excuser sur \a obligations que le saint siège avait aux rois de France.
Les approches de la mort détachent ordinairement les hommes du reste du monde , pour les rapprocher d'eux-mêmes ,tout leur devient alors étranger ; Louis ne cessa jamais de régner , ni de s'occuper du gouvernement. Toute sa personne semblait éteinte, le roi seul subsistait encore. Dans ses derniers moruens , il renouvela l'alliance avec la Hanse Teulonique. Il entrait dans les moindres détails delà police, et punit sévèrement les boulanger-, (jui avaient fait une cabale pour renchérir le pain.
Le lundi, 25 d'août, Louis tomba dans une telle faiblesse , qu'on le crut mort. Briçonnet, qui était auprès de lui, l'écrivit dans le moment à Paris. Le bruit de la mort du roi se répandit, partout ; chacun en était persuadé, et n'osait encore le dire hautement. Cependant le chancelier deRochcfort alla au parlement, pour l'exhorter à maintenir le peuple dans l'obéissance , et partit pour se rendre auprès du roi.
Ce prince revint de sa faiblesse ; mais il se sentit si abattu , qu'il jugea lui-même que sa fin était proche. Il chargea le sire de Beaujeu d'aller trouver le roi à Amboise ; c'est ainsi qu'il
nomma toujours le dauphin depuis l'attaque violenie qu'il venait d'essuyer. Il lui envoya les sceaux par le chancelier, avec une partie de sa garde , sa vénerie et sa fauconnerie. Il disait à tous ceux qui le venaient voir , d'aller trouver le roi , et leur recommandait d'être fidèles à leur nouveau maître. Il ajoutait ordinairement quelques maximes de gouvernement, qu'il les priait de reporter au dauphin.
Depuis qu'il fut revenu de sa faiblesse , il eut toute sa connaissance , et parla jusqu'au dernier instant. Cette tranquillité fit croire à ceux qui étaient auprès de lui qu'il pouvait se Jlatter sur son état. Roli , son confesseur, crut qu'il était de sou devoir de le détromper , et de lui déclarer qu'il ne devait plus songer qu'à son salut.
La difficulté était de le lui annoncer. Ce prince avait souvent dit que si on le voyait absolument en péril , on se gardât bien de lui prononcer le cruel mot de la mort ; et qu'il suffisait qu'on le lui fit entendre en disant : Parlez peu. On n'eut point alors tous ces égards ; Olivier Le Dain se chargea de la commission , et lui dit, enprésencede François dePaule, et du premiermédecin Coittier : Sire , il faut que nous nous acquittions ; n'ayez jjIi/s d'espérance en ce saint homme , ni en autre chose ; car sûrement il est fait de vous , et pour ce , pensez à votre conscience ; car il n'y a nul remède. Le roi , sans paraître effrayé, répondit simplement : J'ai espérance que Dieu m'aidera; car, par aventure, je ne suis pas si malade comme vous pensez. Il commença cependant à pen-er plus sérieusement que jamais à ses derniers arraugemens. Toujours occupé du dauphin et de l'Etat , il recommanda que des Querdes demeurât au moins pendant six mois auprès du jeune roi ; qu'on ne songeât plus à Calais ni à aucune autre entreprise qui pût rallumer la guerre dans le royaume , qui avait besoin de cinq ou six ans de paix. Il ajouta que ce qui aurait été fort avantageux , s'il avait vécu , devenait très-dangereux après sa mort ; que par cette raison il ne fallait point inquiéter le duc de Bretagne. Il parla ensuite du comte de Saint-Pol et du duc de Nemours , qu'il avait fait mourir , et témoigna qu'il n'y en avait qu'un dont il se repentît : on prétend que c'était le duc de Nemours ; auquel cas Louis ne devait avoir de scrupule que sur la forme. Nemours était très-criminel ; mais il fut jugé par des commissaires ; et ceux qui n'avaient pas conclu à la mort, furent disgraciés.
Le roi, après avoir fait ses dernières dispositions , demanda et reçut ses sacremens avec résignation et fermeté . répondant à toutes les prières. Il ordonna sa sépulture, et nomma ceux qui devaient accompagner son corps : dans ses derniers momens , il
ne cessait de répéter : Notre-Dame d'Embrun, ma bonne maîtresse, aidez-moi. Misericordias Dornini in ceternum çantabo.
Il dit que, par la dévotion qu'il avait à la Vierge, il espérait qu'il ne mourrait que le samedi ; circonstance qui fut remarquée , parce qu'elle se trouva justifiée par l'événement. Louis XI mourut en effet le samedi 3o d'août , sur les sept heures du soir , et huit jours après il fut inhumé à ( léry.
La nouvelle de la mort des princes célèoTes se répand ordinairement d'avance ; et, lorsqu'elle est sûre , jnusieurs n'osent la croire ; on en doute quelque temps ; on craint de se rendre suspect en manifestant l'impression dont on est affecté ; on attend en silence le jugement du puhlic. Voilà précisément ce qui arriva aux premières nouvelles de la mort de Louis ; mais , lorsqu'elle fut confirmée , la consternation devint générale ; on ne savait encore si l'on devait regretter ou s'applaudir, espérer ou craindre ; ceux même qui croyaient être délivrés d'un maître absolu et terrible, ne pouvaient se dissimuler qu'ils avaient aussi perdu un défenseur.
Telle fut la fin de Louis XI, prince qui sera toujours célèbre dans notre histoire, aimé du peuple, haï des grands, redouté de ses ennemis , et respecté de toute l'Europe.
Louis créa deux parlemens ; celui de Bordeaux en 1462, et celui de Dijon, le 18 mars i-jy*- H ordonna, par son testament, que le sire et la dame de Beaujeu auraient la tutelle de Charles VIII. Ils répondirent si dignement à la confiance du roi , que les états du royaume, assemblés à Tours (en 1.(84), leur firent des reruercimens , leur confirmèrent la tutelle, et, malgré les cabales du duc d'Orléans, leur donnèrent la principale autorité dans legouvernement. Les états n'agissaient plus alors par crainte ou par faiblesse ; ce fut si peu par égard pour la mémoire de Louis XI, qu'on proposa de rétablir toutes les autres choses dans le même état où elles étaient sous Charles VII. Louis XI , n'ayant jamais eu de confiance eu la reine, l'avait toujours éloignée des affaires, et ne la voyait que pour avoir des enfans. 11 ordonna , en mourant, qu'elle restât comme reléguée dans le château de Loches. La dame de Beaujeu aurait peut-être été fort embarrassée entre le respect qu'elle devait à sa mère , et l'obéissance qu'elle devait au roi son père ; mais la reine mourut peu de mois après le roi, digne des regrets de la cour , si la vertu y était regrettée.
Il ne me reste plus qu'à rapporter plusieurs traits de la vie privée de Louis XI , que l'ordre et la liaison des faits ne m'ont pas permis d'insérer dans le corps de son histoire.
Ce prince est le premier de nos rois qui ait introduit, ou du moins fort étendu l'usage de manger publiquement avec ses sujets: 2 . 26
une de ses plus grandes dépenses «.tait pour sa table. Ses favoris étaient ordinairement habillés comme lui, et habituellement admis à sa table et à son lit. Ce dernier usage s'est long-temps conservé en France, même parmi nos rois. Le meilleur accueil qu'on put faire à son hôte , était de le faire coucher avec soi.
Louis XI, toujours avide de s'instruire, invitait à sa table les étrangers dont il espérait tirer quelques connaissances utiles ; il y recevait même des marchands, qui lui donnaient des lumières sur le commerce. Il se servait delà liberté du repas pour les engager à parler avec confiance. Un marchand nommé maître Jean, séduit par les bontés du roi , qui le faisait souvent manger avec lui, s'avisa de lui demander des lettres de noblesse. Ce prince les lui accorda ; mais lorsque ce nouveau noble parut devant lui, il affecta de ne le pas regarder. Maître Jean , surpris de ne pas trouver le même accueil, s'en plaignit. Allez, M. le gentilhomme, lui dit le roi, quand je vous faisais asseoir à ma table, je vous regardais comme le premier de votre condition ; mais aujourd'hui que vous en êtes le dernier , je ferais injure aux autres , si je vous faisais la même faveur. Louis XI voulait honorer tous ceux qui se distinguaient dans leur état, et qu'ils apprissent à n'en pas rougir, quand ils l'honoraient eux-mêmes.
Il allait quelquefois de maison en maison dîner et souper chez les bourgeois. Il s'informait de leurs affaires , se mêlait de leurs mariages, et voulait être parrain de leurs enfans. Il s'était fait inscrire dans les confréries des artisans mêmes , et disait à ceux qui lui reprochaient de ne pas garder assez sa dignité : Quand orgueil chemine devant , honte et dommage suivent de bien pris. Les réponses vives lui plaisaient beaucoup. 11 entra un jour dans sa cuisine, et demanda à un jeune garçon qui tournait la broche, qui il était. Cet enfant, qui ne connaissait pas le roi, lui répondit qu'il s'appelait Berruyer , que son poste n'était pas bien élevé , et que cependant il gagnait autant que le roi. Eh ! que gagne le roi, reprit Louis ? Ses dépens , répliqua l'enfant, qu'il tient de Dieu , comme je les tiens du roi. Louis relira Berruyer de la cuisine, et l'attacha à la chambre où il fit depuis une grande fortune.
Louis ne trouvait pas mauvais qu'on lui fit des plaisanteries. Brezé lui disait quelquefois , par une équivoque du goût de ces temps-là : Que son cheval était le /dus fort qu'il j- eut au monde . puisqu'il portait le roi et son conseil.
Louis ayant un jour rencontré l'évêque de Chartres , monté sur un cheval richement caparaçonné : Les évêques , lui dit-il , n'allaient pas ainsi autrefois. Non, sire, répondit l'évêque, <Av temps des rois pasteurs : cctle réponse plut au roi.
Philippe de Crevecœur, seigneur des Querdes, ru fit une plus
hardie. Il était passé du service de Bourgogne à celui de France. Comme il a\ait reçu des sommes considérables pour exécuter plusieurs entreprises , le roi ayant exigé qu'il lui rendit compte de l'emploi de cet argent, des Querdes mit tant de différens articles, que la dépense surpassait la recette. Louis, ne trouvant pas le compte exact , voulait examiner et discuter chaque article. Des Qùerdes , ennuyé d'une recherche si scrupuleuse, lui dit : Sire, j'ai acquis pour eet argent les villes d'Aire, d'Arras , deSamt- Oiner, Delhune, Bergue , Dunkerque, Gravelincs , et quantité d'autres; s' il plaît à votre majesté de me les rendre , je luirendrai tout ee que j'ai revu. Le roi , comprenant que des Querdes avait prétendu se payer un peu par lui-même de ses services , lui répondit : Parla Pâques Dieu , maréchal, il vaut mieux laisser le nions tier où il est.
Il aimait à s'expliquer par des traits concis. Edouard IV, roi d' Angleterre, ayant fait arrêter son frère, le duc de Clarence , accusé d'entretenir des intelligences avec la duchesse douairière de Bourgogne, envoya consulter Louis XI sur le parti qu'il devait prendre. Louis donna pour réponse ce vers de Lucain :
Toile moras, semper nocuit dijferre paralum. Edouard fit aussitôt mourir son frère.
Plus Louis XI estimait les hommes courageux, plus il craignait de les perdre. Raoul de Lannoy étant monté à l'assaut à travers le fer et la flamme, au siège de t^uesnoy, le roi, qui avait été témoin de son ardeur , lui passa au cou une chaîne d'or de cinq cents écus , en lui disant : Parla Pâques Dieu, mon ami , vous êtes trop furieux en un combat , il vous faut enchaîner ; car je ne 7-ous veux point perdre , désirant me servir de vous plus d'une fois. Les descendans de Lannoy ont porté long-temps une chaîne autour de leurs armes, en mémoire de cette action.
Comme Louis XI estimait les braves gens , il ne pouvait souffrir qu'on eut la moindre négligence pour ses devoirs. 11 fit un jour la revue des gentilshommes de sa maison , et n'en trouvant aucun en équipage de guerre , il leur fit distribuer des écritoires, en disant que, puisqu'ils n'étaient pas en état de le servir de leurs armes, ils le serviraient de leurs plumes.
Louis .-limait et protégeait les lettres ; il les aurait même cultivées par goût , si ses devoirs lui eussent laissé quelque repos. Il savait que les talens , les sciences , les lettres et les arts ont entre eux une liaison étroite ; qu'ils font là gloire d'une nation ; et que , dans un Etat puissant , cette gloire est un avantage réel , quoique l'utilité ne s'en fasse pas sentir au vulgaire. Il comparait un ignoranl qui a une bibliothèque, à un horrrinequi ne voit pas la charge qu'il a sur le dos.
Louis XI avait toujours quelques astrologues à ses gages. Son goût pour cette ridicule manie, était autant l'erreur de son siècle, que la sienne. Moins l'esprit est étendu , plus il croit embrasser d'objets. Ce n'est qu'en s'éclairant qu'il parvient à connaître ses limites , et à savoir borner ses connaissances pour les rendre plus sùre<.
On prétend qu'un astrologue ayant prédit la mort d'une femme que Louis aimait , et le basard ayant justifié la prédiction , ce prince fit venir l'astrologue : Toi , qui prévois tout , lui dit-il , quand mourras-tu ? L'astrologue , averti ou soupçonnant que ce prince lui tendait un piège , répondit : Je mourrai trois jours avant votre majesté. La crainte et la superstition du roi l'emportèrent sur le ressentiment ; il prit un soin particulier de cet adroit imposteur.
Louis avait pour maxime d'éviter les guerres éloignées, comme avant toujours été funestes àla France. Il préférait une puissance affermie à une domination étendue. Les Génois avaient plusieurs fois réclamé et obtenu la protection de la France ; mais leur reconnaissance n'avait jamais duré au delà de leurs besoins. Après avoir plusieurs fois fait et violé les mêmes sermens , ils offrirent à Louis XI de se donner à lui , et de le reconnaître pour souverain. Vous vous donnez à moi, leur dit-il, et moi je vous donne au i lia Ole.
C'est à ce prince qu'on attribue d'avoir donné un canontcat à un pauvre prêtre qu'il trouva endormi dans une église, afin , disait— il , qu'il y eut quelqu'un dont on pût dire ([lie le bien lui était venu en dormant.
Louis fit plusieurs actions de charité, mieux ou plus sérieusement placées que celle-là. Une femme vint se jeter à ses pieds, en se plaignant qu'on ne voulait pas enterrer son mari en terre sainte, parce qu'il était mort insolvable. Le roi lui dit qu'il n'avait pas fait les lois ; mais il paya les dettes , et ordonna d'enterrer le corps.
Etant en prière dans une église , un pauvre clerc vint lui représenter qu'après avoir déjà langui dans les prisons pour uni' dette de quinze cents livres , il allait encore être arrêté pour la même somme , qu'il était absolument hors d'état de paver. Le roi la pava dans l'instant , et lui dit : Tous avez bien pris votre temps; il est juste que j'aie pitié des malheureux , puisque je demandais à Dieu d'avoir jntié de moi. De pareilles actions sont aussi dignes de trouver place dans l'histoire , que le récit d'un, bataille.
Je ne dois j» as oublier un trait de bizarrerie, qui fait voircon:bien les hommes livrés aux plus grandes affaires, peuvent encore
DE LOUIS XI. ;;, ç,
se passionner pour des bagatelles. Louis retenait on prison, pour je ne sais quel sujet, \\ olfand de Poulhain, homme attache à la duchesse d'Autriche , et ne voulait point lui rendre la liberté , a moins que le sieur de Bossu ne lui donnât des chiens qui passaient pour excellens. Bossu ne voulait pas s'en défaire : le roi , qui avait aimé la chasse , et qui croyait peut-être l'aimer encore , parce qu'il cherchait tout ce qui pouvait le distraire de son état languissant , et le tirer, pour ainsi dire, de lui-même 'c'était dans ses dernière-, années , s'opiniâtra, et dit qu'il ne relâcherait pas le prisonnier. Il semblait qu'il fût question de l'affaire la plus importante. Bossu consentit enfin à donner ses chiens, pour procurer la liberté à Poulhain ; mais le roi , mécontent qu'on lui eût d'abord marqué si peu de complaisance , les refusa , et ne voulut pas relâcher Poulhain, qui ne sortit de prison que l'année suivante.
Après avoir rapporté fidèlement l'histoire de Louis XI , il paraîtrait inutile de peindre son caractère ; ses actions ont dû. le faire connaître. On vient encore de voir plusieurs particularités de sa vie privée ; ainsi le lecteur est actuellement en état de prononcer sur ce prince. Je ne puis cependant me dispenser d'examiner l'idée qu'on s'en forme communément : je hasarderai en même temps celle qui me paraît résulter des faits qu'on vient de lire, sans avoir aucun égard aux opinions reçues qui ne doivent jamais prescrire contre la vérité.
On est accoutumé à regarder Louis XI comme un grand politique et comme un homme de mauvaise foi , qualités que l'on confond souvent , quoique très-différentes. On se le représente comme un prince cruel , mauvais fils , mauvais père , tyran de ses sujets , perfide à l'égard de ses ennemis ; d'autres , en lui faisant les mêmes reproches, croient lui trouver une excuse dans la différence qu'ils supposent entre les qualités d'un prince et celles d'un particulier , comme si les principes de la morale n'étaient pas \c- mêmes pour tous les hommes. Je vais discuter ces différens points.
Je ne craindrai point de dire que Louis XI n'a pas toujours été aussi grand politique qu'on le suppose. Si Ton entend par politique celui qui ne fait rien sans dessein, Louis fut un grand politique ; mais si l'on entend par ce terme celui qui faisant tout avec dessein , prend aussi les mesures les plus justes , on aurait beaucoup de reproches à lui faire,
Les changement qu'il fit, à son avènement à lacouronue, dans toutes le> charges dont il dépouilla les anciens officiers de son père, excitèrent la guerre du bien public. Il se laissa tromper par le pape Pie II, dans l'abolition de la pragmatique. Il fit beaucoup d'imprudences. L'aventure de Péronne ne peut s'excuser. 11
4<>o HISTOIRE
manqua , pour le dauphin , le mariage de Marie de Bourgogne, et négligea celui d'Anne de Bretagne. Il échoua dans plusieurs entreprises et dans quelques négociations importantes : la politique n'est justifiée que par le succès ; c'est en général l'art d'amener les événemens. Ainsi, quoiqu'on doive mettre ce prince au rang des politiques , on peut dire qu'il était moins habile à prévenir une faute, qu'à la réparer.
Il serait diliicile de l'excuser toujours du coté de la mauvaise foi. On l'a vu faire dans un même temps des traités opposés , afin de se ménager des ressources , pour éluder ceux qui seraient contraires à ses intérêts. On pourrait dire , à la vérité , que ses ennemis n'en usaient pas autrement ; mais en récriminant, on ne le justifierait pas. Tous les princes d'alors ne cherchaient qu'à se tromper mutuellement ; les manœuvres de ceux qui ne réussissaient pas, restaient ensevelies dans l'oubli ; au lieu que les succès de Louis XI le faisaient regarder comme plus artificieux, quoique souvent il ne fût que plus habile. Si l'on s'est moins récrié contre les autres , c'est que, n'ayant pas eu de grandes qualités d'ailleurs , on a fait moins d'attention à leurs vices.
La conduite de Louis XI avec son père fut extrêmement criminelle , sans lui être utile. L'héritier de la couronne était errant et fugitif, quand il aurait dû servir son père contre leurs ennemis communs, et raffermir un trône sur lequel il devait monter.
Si Louis a été fils ingrat , je ne crois pas qu'on puisse le taxer d'avoir été mauvais père. Il conçut tant de chagrin de la mort de son premier fil? Joachim , qu'il fit vrru de ne plus voir d'autre femme que la reine , et l'on prétend qu'il a gardé ce vœu. Il eut six enfansde Charlotte de Savoie , dont trois, qui furent Joachim, Louise et François, moururent avant lui; Charles, Anne et Jeanne lui survécurent. On a vu quels soins il prit de ses filles naturelles. Les mariages de ses deux filles légitimes marquent également un bon père et un prince sage.
Louis, prévoyant qu'il mourrait avant la majorité de son fils , voulut prendre des mesures afin que la minorité fût tranquille. Il fit épouser au duc d'Orléans , premier prince du sang , la princesse Jeanne qui , par sa vertu , pouvait s'opposer aux entreprises de son mari. En effet, la révolte de ce prince aurait été plus dangereuse qu'elle ne le fut, &'î 1 eût été secondé par une princesse ambitieuse. On ne peut s'empêcher de convenir que , m" Louis Xll fut un bon roi, il n'avait pas été un sujet fidèle ; il y eut donc autant de justice que de grandeur d'àrae dans ce beau mot qu'il dit dans la suite : ï n roi de Francs ne venge les injures du duc d'Orlvans. Louis, trouvant dans sa
DE LOUIS XI. 4or
fille aînée un esprit mâle et propre au gouvernement , la maria à Pierre de Bourbon, sire de Beaujeu , et les chargea l'un et l'autre de la tulelle de Charles ^ III, disposition d'autant plus sage , que le sire de Beaujeu , trop éloigné de la couronne (i) pour y prétendre , mais intéressé par sa naissance à la soutenir, ne pouvait rien gagner , et pouvait tout perdre à la mort de Charles VIII.
Lo'iii XI marqua toujours beaucoup de tendresse pour le dauphin. 11 le fit élever à Auiboi.se; et, de peur qu'une trop grande .iliiuence de peuple ne corrompit la pureté de l'air, il défendit qu'il s'y lin* ni foire ni marché. Je ne nierai pas que le caractère soupçonneux de Louis n'eût beaucoup de part aux précaution- qu'il prenait pour empêcher qu'on n'approchât du dauphin ; înii- il n'en était pas moins attentif à sa conservation, et sentait que la tranquillité de l'Etat eu dépendait. Le bruit populaire qui se répandit , que Charles était un enfant supposé (2) , prouve même combien Louis XI aurait craint de le perdre. Cependant l'éducation du dauphin était trop négligée. La faible santé de ce prince ne permettait pas qu'on le fatiguât par des études qui sont plutôt consacrées par l'usage , que par une utilité bien décidée; mais, quoique les princes soient plus faits pour protéger les lettres que pour les cultiver , on aurait dû lui en donner quelque connaissance pour le mettre en état de les protéger avec discernement. Louis XI craignait peut-être, en ouvrant l'esprit de son fils , de le rendre moins docile. Ce ne fut que sur la fin de sa vie qu'il lui fit apprendre quelques maximes propres au gouvernement.
On reproche à Louis XI d'avoir vexé ses sujets. Cet article mérite d'être examiné. Il faut convenir qu'il a mis plus d'impôts que ses prédécesseurs (3) ; il ne s'agit j>lus que de savoir quel en «■lait l'emploi. Ce prince fut toujours très-éloigné du faste ; il avait quelquefois mêine une économie trop singulière pour n'être pas affectée (4). Sa grande dépe ise fut pour la chasse , dont il
(il La branche de Bourbon était cadette de celles d'Orléans, d'Angoulème, «l'Anjou, de Bourgogne et d'Alencon.
(2) Quelques-uns disaient <jue Charles VIII était fils du roi, mais non pas de la reine. Ceux qui ont parle1 de cette prétendue supposition de Charles VIII, tels que du Haillan et Mathieu, conviennent que ce n'était qu'une tradition populaire. Il en est parle* dans un manuscrit de la bibliothèque de Coislin , n°. 219g, intitule1: Remarques et particularités d'histoire. L'auteur dit qu'il a appris le détail qu'il l'ail, dans le procès de mort de Pierre Landais, qui est parmi les papiers de la maison de Bourbon.
(3) Les tailles étaient à dix - huit cent mille livres sous Charles VII, Louis XI les porta à trois millions sept cent mille livres.
i On trouve dans les comptes de sa maison, un article de i5 sous pour deux manches neuves.
4o2 HISTOIRE
était très-jaloux. Sa sévérité à cet égard ne contribua pas peu à lui aliéner la noblesse , et faisait dire alors qu'il était plus dangereux de tuer un cerf qu'un homme.
Ses autres plaisirs n'ont pas dû lui coûter beaucoup. Depuis qu'il fut monté sur le trône , il n'eut aucune maîtresse reconnue. Quand il serait vrai , comme on le prétend , qu'il eût quelquefois fait venir auprès de lui des femmes, telles que Huguette de Jacquelin , la Passefilfm , Jeanne Baillette , Perrette de Châlons et autres ; des goûts passagers dans un prince , sont moins dangereux pour un Etat , que s'il se laissait subjuguer par une maîtresse. Louis n'a jamais été gouverné par les femmes : ainsi elles n'étaient pas l'objet de ses dépenses ; mais il dépensait en dévotion des sommes prodigieuses, dans le temps que sa maison était mal payée , et que les campagnes étaient désertes par les contraintes des officiers des tailles. Il devenait prodigue dans de-, occasions peu importantes, sans faire attention que les princes ne peuvent donner qu'aux dépens des peuples. Il proportionnait moins ses présens aux services qu'on lui rendait , qu'à la passion dont il était agité : cependant , pour exciter l'émulation , les dons des princes doivent prévenir les demandes , quelquefois même les espérances, et toujours le mérite.
Le principal objet des dépenses de Louis XI fut l'Etat , dont les charges étaient augmentées. Ce prince entretenait des armées nécessaires , fortifiait ou rebâtissait des villes , établissait des manufactures, rendait des rivières navigables, faisait construire des édifices , et gagnait ses ennemis à force d'argent, pour épargner le sang de ses sujets. Il ne s'est donné sous son règne que deux batailles : celles de Montlhéry, et celle de Guinegate. Cependant il a fait plus de conquêtes par sa politique , que les autres rois n'en font par les armes. Il accrut le royaume du comté de Pvoussillon, des deux Bourgognes, de l'Artois , de la Picardie, de la Provence, de l'Anjou et du Maine. Il abattit la maison d'Armagnac, divisa celle de Foix , abaissa les grands, réprima leurs violences , et finit par faire une paix glorieuse , laissant à sa mort une arm<:e de soixante mille hommes en bon état , un train d'artillerie complet , et toutes les places fortifiées et munies.
On ne voit rien dans ce tableau de la vie de Louis XI qui pni-^e mériter les satires répandues contre lui. Quel en a donc été le motif? Le voici :
Louis, pour rétablir l'ordre, la police et la justice dans le ro\ .Mine, fut obligé de faire rentrer les grands dans le devoir. !! est vrai qu'en s'opposaut aux usurpations et à la tyrannie des particuliers , il étendit considérablement l'autorité royale. On vit, pour ainsi dire, une révolution dans le gouvernement.
DE LOUIS XI. 4o3
Ce prince Semblait se frayer un chemin à la puissance arbitraire , ce qui a fait dire , par une expression qui, pour être populaire. n'en est pas moins juste : que Louis XI a mis les rois hors de page ; mais du moins les peuples cessèrent d'être escl;i\e^ des grands , et ceux-ci firent répandre des libelles contre ce prince. Leduc d'Alençon , malgré tous ses crimes, trouva un apologiste qui n'imagina pas d'autre moyen de le justifier que d'éclater en invectives contre Louis XI. Thomas Bazin , que Louis avait tiré de l'obscurité pour le faire évêque de Lisieux , et qu'il combla de biens, trahit la confiance de ce prince, entra dans toutes les cabales, et finit par sortir du royaume pour s'attacher aux ennemis de l'Etat. Il écrivit une histoire abrégée, dans laquelle on remarque la haine que les ingrats conçoivent toujours contre leur bienfaiteur.
La passion ne se fait pas moins sentir dans Amelgardus , chanoine de Liège.
Claude Seissel , évoque de Marseille , n'entreprit l'apologie de Louis XIT que pour flatter la haine de ce prince contre Louis XI. Cet écrit n'est qu'une satire remplie d'interprétations malignes et d'allégations fausses. Seissel dit lui-même que le jugement du public était différent du sien (i). On voit du moins que les peuples s'applaudissaient de vivre sous son règne , pendant que les grands le traitaient de tyran , parce qu'il ne leur permettait pas de l'être.
Il est singulier que ceux qui depuis ont écrit ou nrononcé sur Louis XI, aient plutôt suivi les auteurs dont je viens de parler, que Philippe de Commines qu'ils reconnaissent eux-mêmes pour l'écrivain le mieux instruit et le plus judicieux. Je ne voudrais pas cependant adopter absolument le jugement de Commines >\\r Louis XI. Les éloges qu'il lui donne , tiennent un peu du
sentiment qu'il eut contre le duc de Bourgogne, et qu'il avait contre Charles VIII.
La principale erreur oii l'on tombe , en voulant peindre les hommes , est de supposer qu'ils ont un caractère fixe , au lieu que leur vie n'est qu'un tissu de contrariétés : plus on les approfondit, moins on o.e les définir. J'ai rapporté plusieurs actions de Louis XI , qui ne paraissent pas appartenir au même caractère. Je ne prétends ni les accorder , ni les rendre conséquentes.
(i) « Plusieurs gens, dit Seissel, qui ont été de son temps, parlent inees- » samment de lui , et le louent jusques aux cieux, disant qu'il a été le plus » sape, le plus puissant , le plus libéra] , le plus vaillant et le plus heureux » qui jamais fut en Fiance. » Ces élogefi étaient aussi exagères , que les satires étaient outrées.
4oj HISTOIRE
ïl -er.tit même dangereux de le faire : ce sérail, former un système , et rien n'est plus contraire à l'histoire , et par conséquent à la vérité. J'ai représenté Louis XI dévot el superstitieux , avare et prodigue, entreprenant et timide, clément et sévère, fidèle et parjure, tel enfin que je l'ai trouvé, suivant les dilférentes occasions.
Il y a cependant des qualités dominantes qui établissent le caractère. Celui de Louis XI fut de rapporter tout à l'autorité royale. Quelque dessein qu'il formât, quelque parti qu'il prît, il n'oubliait jamais qu'il était roi; dans sa confiance même , il mettait toujours une distance entre lui et ses sujets. Sa maxime favorite était de dire : Qui ne sait pas dissimuler, ne sait pas régner. Si mon chapeau savait mon secret , je le brûlerais. Louis pouvait perdre le fruit de cette maxime , en la répétant trop souvent. La dissimulation n'est jamais plus utile qu'à celui qui n'en est pas soupçonné. Louis XI en eût peut-être retiré plus d'avantage , s'il en eut moins affecté la réputation. Jean d'Aragon écrivait à Ferdinand , son fils , de ne point entrer eu conférence avec Louis : Ne savez-vous pas , lui disait-il , qu'aussitôt qu'on négocie avec lui , on est vaincu ? Sa dissimulation dégénérait quelquefois en une fausseté , dont elle n'est séparée que par un infervalle assez étroit. Il introduisait trop souvent dans la politique la finesse , qui la supplée rarement et qui l'avilit toujours.
Louis avait le cœur ferme et l'esprit timide. Il était prévoyant , mais inquiet ; plus affable que confiant ; il aimait mieux se faire des alliés que des amis. Comme il n'avait guère plus de ressentiment des injures , que de reconnaissance des services, il punissait ou récompensait par intérêt. Lorsqu'il se déterminait à punir , il le faisait avec la dernière sévérité, parce que l'exemple doit être le premier objet du châtiment. La sévérité de ce prince se tourna en cruauté sur la fin de sa vie; il soupçonnait légèrement, et l'on devenait criminel dès qu'on était suspect. Il fil faire des cages de fer pour enfermer les prisonniers , et des chaînes énormes , qu'on appelait les Fillettes du mi. On prétend qu'en faisant donner la torture aux accusés , il ('lait caché derrière une jalousie, pour entendre les interrogatoires. On ne voyait que des gibet», aux environs de son château : c'était à ces affreuses marques qu'on reconnaissait les lieux habités par un roi.
Plusieurs écrivains parlent d'un grand nombre d'exéculions MTiètes qu'il fit faire par le prévôt Tristan l'Hennite , qu'il appelait ion compère. ( !et homme cruel ne se contentait pas d'obéir à son maître ; il exécutait ses ordres avec un empressement barbare. On pourrait reprocher à Louis XI la faveur et la fami-
liarité dont il honorait ce ministre de ses vengeances , qu'il n'aurait dû regarder que comme l'instrument nécessaire de sa justice (i).
Quand on reproche à Louis XI d'avoir employé , dans ses affaires , des hommes de néant préférablement à ceux que leur naissance semblait intéresser davantage au bien de l'Etat, on ne fait pas assez d'attention qu'un des principaux desseins de ce prince étant d'abaisser les grands, la politique ne lui permettait pas de les rendre dépositaires de son autorité. Il en a cependant, employé beaucoup, et ne s'est guère servi d'hommes obeurs, que lorsqu'ils lui étaient nécessaires , et dans des occasions où il pouvait les désa\ouer ; mais il faisait une faute dans le choix de ses agens. Comme il employait rarement la même personne dans plusieurs affaires, ses ministres manquaient d'une expérience quelquefois favorable aux talens.
Louis , toujours défiant et souvent suspect , était timide dans ses desseins , irrésolu dans ses projets , indécis dans les affaires . mais intrépide dans le danger ; le courage lui était naturel ; il conservait le sang -froid au milieu du péril. Il affrontait la mort , et ne craignait les suites d'une bataille que pour l'Etat. Lorsque ce prince fut obligé de marcher avec le duc de Bourgogne contre les Liégeois, les Bourguignons ne purent pas s'empêcher de remarquer avec dépit que le courage impétueux de leur prince était effacé par l'intrépidité tranquille de Louis XI. François II , duc de Bretagne, était le seul qui, ne pouvant, s'empêcher de reconnaître la prudence de Louis XI , affectait de douter de sa valeur , en le nommant , par dérision , le roi Couard. C'est ainsi que la haine cherche à confondre les vertus d'un ennemi avec les vices qui semblent y avoir quelque rapport extérieur.
Louis n'a commencé à redouter la mort que lorsque sa santé s'est altérée. Une noire mélancolie le saisit , et ne lui offrit plus que des images funestes. Son âme s'affaiblit avec ses organes.
A l'égard de la dévotion de Louis XI , en général , elle était sincère , quoiqu'elle ait souvent servi de prétexte à couvrir ses desseins. La dévotion était le ton de son siècle. On la vovait , sans être fausse . unie aux mœurs les plus dépravées. Plus commune quelle ne l'est de nos jours, elle était moins éclairée et moins pure. Louis avait plus de dévotion que de vraie reli-
(i) Je ne rapporte point les contes ridicules au sujet de Tristan , tels que sa méprise a l'égard d'un prieur, qu'on prétend qu'il fit mourir pour un autre. Je ne parle pas non plus du monstrueux alliage de cruauté et de .superstition qu'on reproche à Louis XI, en disant rjn'il demandait à la Vierge la permission de faire mnuiir quelqu'un. Ces contes populaires ne méritent pas même d'eue réfutes.
4o6 HISTOIRE DE LOUIS XI.
gionet de solide pieté. Il tombait souvent dans la superstition (i), rarement dans l'hypocrisie.
Louis aimait et protégeait les lettres, qu'il avait lui-même cultivées. Il fonda les universités de Valence et de Bourges. Jean Boucher, auteur des Annales d'Aquitaine, dit de ce prince : Qu il avait de la science acquise , tant légale quhistoriale , plus que les rois de France n'avaient accoutume. Gaguindit: Callebal litteras , et suprà quant regibus mos erat , eruditus.
Commines confirme ces témoignages : Louis avait eu , dit-il , nourriture autre que les seigneurs que j'ai vu en ce royaume , parce qu'ils ne les nourrissent seulement qu'à faire les sots en habillemens et en paroles, de nulles lettres ils n'ont connaissance. Commines donne encore un plus grand éloge à ce prince , en disant : Qu'il aimait à demander et entendre de toutes choses ; il avait la parole à commandement , et le sens naturel parfaitement bon; qualité plus précieuse que les sciences , et sans laquelle elles sont inutiles.
Je crois avoir d'autant mieux représenté Louis XI , que je ne me suis proposé que la vérité pour objet. Je n'ai point embrassé de système. Je n'ai pas cru me contredire ni me rétracter en le louant d'une action, un moment après l'avoir blâmé d'une autre. Un prince parfait n'est qu'une belle chimère qui peut se trouver dans un panégyrique, et qui n'a jamais existé dans l'histoire. Il s'en faut beaucoup que Louis XI soit sans reproche : peu de princes en ont mérité d'aussi graves; mais on peut dire qu'il fut également célèbre par ses vices et par ses vertus ; et que, tout mis en balance , c'était un roi.
(i) On dit que Louis , faisant un jour reciter une oraison à S. Eutrope , pour demander la ^ante de l'àme et du corps, dit au piètre qui la récitait, de supprimer ce qui regardait rame, et que c'était assez que le saint lui fît avoir la santé' du corps , sans l'importuner de tant de choses. On trouve le même caractère dans une lettre de ce prince à Pierre Cadouet, prieur de Notre-Dame de Salles à Bourges: « Maître Pierre, mon ami, je vous prie , » tant comme je puis , que vous priiez incessamment Dieu et INotre-Dame de » Salles pour moi , à ce qu'il leur plaise de mYnvnver la fièvre quarte; car » j'ai une maladie dont les physiciens disent que je ne puis être guéri sans
l'avoir ; quand je l'aurai, je vous le ferai savoir incontinent. Louis. »