‹ Œuvre de la Tempérance de la paroisse St. Jacques de Montréal [microforme]Chapitre 3 sur 9 · LE · texte numérisé non relu

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Preuve constamment répétée nous fait un besoin de soulager ceux qui succombent, ceux surtout que l'on sait entrainés vers le mal par des circonstances qui feraient de nous peut-être de grands misérables aussi. Alors le cœur se ferme au souffle de l’orgueil, s'ouvre aux inspirations de la Charité, qui soigne avec plus de pitié encore les maladies de l'âme que celles du corps. Alors, mais alors seulement, on comprend comment ces admirables anges que Dieu a Jetés sur la terre pour consoler l'humanité, s’éprennent de ces pauvres abandonnés, s’approchent de leur misère, écoutent leur plainte, pansent leurs ulcères et essuient leurs larmes. Laissez-moi vous le dire, car J'en ressens le besoin, j'aime ces gens qui tous les matins Comparaissent devant môi, l’un ramassé sur la route à moitié gelé, l’autre prisen désordre dans une auberge : quelques-uns arrachés d'infectes repaires où l’on ne sait plus aimer; et beaucoup recueillis sur la voie du vice qu’ils commencent à pratiquer. J'ai pitié de ces êtres abandonnés, dont l'existence a

été brisée par des hommes sans cœur, qui les

. " ont jetées sur le chemin, en riant, laissant à d’autres le soin de les ramasser en pleu- ch rant. Et tous les matins, lorsque je me rends le: | à mon poste, c’est avec émotion que j’en- pl | treprends ma tâche, car je sais qu’il y a tou- te | Jours quelques plaies à guérir, quelques ‘ | | natures à redresser, quelques âmes à encou- c'e | rager. | pl || C'est pour ces misérables qui n’ont plus fer | d'amis parmi ceux qui les ont perdus, ou qui voi | ce sont perdus avec eux, que je viens icice . | . des soir, messieurs, non pas pour implorer votre boi pitié, car, je le sais, vous m’auriez devancé. ] Et quel est donc votre but ? N'est-ce pas | a pour tirer des mauvaises habitudes iant de 1 Jeunes gens qui se dissipent, tant de maris re | qui oublient leurs'devoirs ; n'est-ce pas pour ‘&' ou sécher les pleurs de tant d’épouses, que vous acc vous êtes formés en société de Tempérance ? plai J'y suis venu pour continuer ce que je ses | crois être une mission, pour aider à remplir | pro | la vôtre et pour m’encourager au milieu de :{|, rise |

vous, à la vue de votre empressement et de raff

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votre zèle, dans l’accomplissement du bien.

Tous ensemble pour exercer l'œuvre de charité qui nous réunit, il faut combattre les vices qui accablent nos frères. Or le

plus grand, le plus répandu et le plus funes-

te, je le proclame, c’est l'ivrogn :ie.

L'ivrognerie vous diront les grammairiens, c’est l’état habituel d'ivresse dans lequel se plongent les individus adonnés aux boissons fermentées. J'entends les médecins qui vont vous dire que l'ivresse, c’est l’ensemble des phénomènes déterminés par l’abus de boissons alcooliques et fermentées,

L’ivrognerie, vous diront les théologiens, c’est un péché et un péché capital.

Moi je vous dirai l'ivresse c’est une mégère qui se plonge dans l’onde blanche, rose ou vermeiïlle et y invite sa victime avec des accents qui suintent la gaité, la joie et les plaisirs. Le buveur approche de sa bouche ses lèvres avides de bonheur, Elle lui promet l'oubli des maux qu’elle entoure de ris et de chants ; elle lui laisse espérer les raffinements de la joie. Alors le sentiment

du bien-être s'exalte et les facultés intellectuelles, comme les forces physiques, semblent ressentir de ce contact une bienfaisante influence; elle ne néglige rien pour lui faire croire: qu’il est heureux ; ses pensées

semblent couler avec plus de facilité; elle

lui fait croire qu'il est plus sociable, plus aimable, plus spirituel.

Maïsest-ce là son but? Non, non, fille du Démon ét son plus fréquent support, elle profite du moment où le buveur est dans une disposition qu’il souhaite pour lui faire perdre la délicatesse des sens et surexciter son imagination. Et quand ses idées n’ont plus d'ensemble, les passions acquièrent. une force insurmontable contre laquelle la raison ne peut rien.

C’est alors que cette furie invite sa victime aux ébats lès plus dégoûtants. Comme pour se moquer de l'humanité elle promèné l'ivrogne à travers les rues les plus popu- . leuses qu’il arpénte en chancelant : il tombe dans la boue qu’il trouve moins sale que lui. et-qu’il conserve ; il veut rire quelquefois, et

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il se fâche contré ceux ‘qui rient en leur lançunt des jutons et des blasphèmes, qu’il invente avec une fertilité diabolique; il'se croit fort, il provoque ; il se croit affectueux, il veut caresser ceux qui le fuient ; iliseicroit riche; il vide sa bourse au bénéfice de’teux qui s'en moquent: il se croit homme ‘d'affaire, ibcontracte follement. Et quand il a été le jouet des passants, il retourne à son logis, quand il le peut, pour se venger souvent sur sa femme et ses enfants de l'humiliation où se trouve; quelquefois il se réveille dans un poste de police, meurtri, ensanglanté, ‘trémblant: Heureux encore quand, dans sa course, il n'a pas commis quelques rapines Où plongé un poignard: meurtrier dans Île cœur de quelqu'un contre qui il'entretenait de la haine. 509. Ja M0 tre Est-ce donc là cet homme que Dieu créa à son image ? Est-ce pour lui qu’a été écrit “le grand livre de l'Univers, que les globes répandus dans l'espace roulent avec majesté, que le soleil éclaire la terre, que la

Chaleur, la pluie, les rosées font germer les

du ciel comme autant de lustre, des milliers

serhences et couvrent les campagnes de moissons et de fruits, que la terre nourrit de nombreux animaux, que le cheval et le bœuf sont doués de force capable de porter les plus lourds fardeaux, que la brebis est accablée du poids de sa toison et que la vache et la chèvre sont incommodées de l'abondance de leur lait; que la terre renferme dans son sein des pierres propres à bâtir et des métaux propres à fabriquer toutes sôrtes d'ouvrages ?

‘€ Est-ce bien pour lui que le monde existe comme un palais magnifique, qu’il est orné de tout ce qui peut en-rendre l'habitation agréable et commode ? Suspendus à la voûte

d’astres l’éclairent jour et nuit. La terre entière est couverte d’un riche tapis vert émaillé de fleurs de toute espèce, l'air est émbäumé des plus agréables parfums; les.

arbres sont chargés de fruits, les ruisseaux murmurent, les poissons se jouent dans les eaux; les oiseaux, comme autant de musiciens, font retentir les campagnes des plus agréa-

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bles concerts; les animaux attendent dans un respectueux silence les ordres du maître ” (Mgr. Gaume.)

Ah! quelle dérision ! Les théologiens ont bien raison de qualifier l’ivrognerie de péché et de péché capital. Et, en effet, c’est un crime contre Dieu, contre soi-même et contre la société.

Contre Dieu, puisque l’ivrogne abuse d’une liqueur qu’il lui a donnée comme remède, puisqu'il déguise son image, et que lui, fait pour se tenir druit et élevé, rampe dans la fange ; il efface de son front le caractère de sa dignité et le feu divin qui anime les traits de son visage; ses Jeux faits pour regarder le ciel d’où il vient et pour lequel il est fait, il les tourne vers la boue où il

se vautre ; 1l fait servir sa bouche; siège de laimable sourire, organe de la parole, aux

saillies les plus abjectes, aux blasphèmes les plus repoussants : et sa raison, qui le distingue de la brute, il l’a noyée ; iln’est plus qu'un animal, et le plus sot de tous, sinon le plus dangereux. sa NE:

Dites-moi si cet état n’est pas une des plus grandes insultes faites à Dieu.

CONTRE SOI-MÊME. Voyez le malheureux qui se livre à l’ivrognerie! Il est épuisé, meurtri, malade, honteux, ses yeux sont hagards, son visage boursoufflé, ses nerfs sont tremblants; 1l n’a plus de sentiment, ni pour sa personne qu’il laisse malpropre, ni pour sa famille qu'il laisse souffrir. Il se jette au crime, il y conduit ses enfants, le délire s’en empare, ses fonctions cérébrales et nerveuses sont troublées, il ne dort plus, il est sujet aux halücinations, il devient quelquefois semblables aux bêtes féroces, il en a la force, les agitations, l'aspect et la cruauté. Il faut l’enchaîner pour se mettre à l'abri dé ses fureurs et le défendre contre ses propres attentats. Il se difforme au physique’et au moral, il devient fou ; il se laisse mourir ou se tue, jetant sur le pavé une veuve et des orphelins. n

Quel compté à rendre, mon Dieu ? Eh vous pourriez croire, messieurs, que ce tableau est surchargé ! Presque tous les jours

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les portes des cellules de la police se ferment sur des individus soumis à des ivresses convulsives et qui ressemblent à des possédés.

ConTRE LA soctéré. Les lois de tous les pays civilisés regardent l’ivresse comme une offense. François I, par une ordonnance du ler août 1536, soumettait ce crime à des peines inflictives. En Angleterre, ce délit tombe sous l'empire du droit commun. En Canada, il est puni par six mois de prison aux travaux forcés et cinquante piastrés d’amende— sinon six autres mois d’emprisonnement. Dans la principauté allemande de Walteck on en a fait un empêchement au mariage.

Et pourquoi donc est-ce une offense con:

tre la societé ? Parce que surtout elle est privée, par l'ivresse, du travail que tout homme

. lui doit; or, avez-vous jamais réfléchi à la va-

leur d’une journée d'homme ? Si l’on vous lisait qu’elle équivaut au labeur de milliers de bras et de milliers d’intelligences. Et la preuve, c'est que chacun pour son travail

jouit du travail de milliers: d’industriels. — En effet, si l’on examine le nombre d’ouvriers qu’il a fallu pour mettre À notre disposition le moindre des objets qui sont à notre usage depuis l’extraction ou la culture de la matière première jusqu’à sa prépara-

tion définitive, nous conviendrions que nous

recevons de la société un bénéfice immense, et que pourtant chacun de nous paie par son travail; mais encore est-il qu'il faut qu'il donne ce travail. En négligeant ou refusant de le lui donner, on commet donc une immense injustice.

Et tandis que le pays a besoin de tant de bras pour développer ses richesses, tandis que l’agriculture est délaissée et que l'industrie languit faute de ressources et d’intelligences ; tandis que la colonisation ouvre à notre énergie un champ immense, l'ivrogne ne travaille pas, il consomme, au détriment de sa santé, à la perte de son âme, au scandale de tous. Il encourage le vice, il alimente les auberges et

entretientces vendeurs de poisons qui, pour

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