‹ Œuvre de Stewart Dugald (volume 2)Chapitre 1 sur 9 · Oeuvre de Stewart Dugald · texte numérisé non relu

Oeuvre de Stewart Dugald

En traitant de la philosophie du dix-septième siècle , dans la première partie de cet ouvrage , j'avais adopté un arrangement dont je me vois forcé de m'écarter beaucoup , pour me conformer au plan dont j'ai donné l'esquisse dans ma préface. Les relations littéraires entre les diverses nations de l'Europe étaient si peu fréquentes alors , qu'il me semblait plus convenable de prendre chaque nation à part , et de décrire successivement et isolément les Dugald Stewart. — Tome IV. 2

« HISTOIRE ABREGEE

progrès de l'esprit humain en Angleterre, en France et en Allemagne. Mais à partir de l'époque où nous en sommes restés, la république des lettres embrasse à vrai dire , non-seulement ces trois pays et ceux qui les avôisinent, mais aussi toutes les parties du monde civilisé. Laissant donc de côté toute différence de langage , toute situation géographique , je considérerai dans le monde en général les progrès de l'intelligence humaine; me réservant toutefois de donner une attention particulière à la philosophie de ces parties du monde d'où , dans nos temps modernes , sont émanés les rayons de la science , qui ont divergé ensuite dans les autres régions du globe. Gomme le nombre tous les jours plus considérable des auteurs utiles , s'est accru dans la même proportion que les connaissances scientifiques et libérales , il m'a semblé convenable de tracer séparément, non plus l'histoire de chaque auteur, mais celle de la métaphysique , de la morale et de la politique : une telle distribution , en présentant ces divers sujets sous un point de vue plus distinct et plus rapproché , laissera à l'auteur aussi bien qu'au lecteur les points de repos convenables , et ne peut manquer de répandre une lumière plus vive sur toutes les conséquences générales qui peuvent s'offrir dans le cours de ces recherches.

Ces considérations et le souvenir des limites étroites dans lesquelles je me suis circonscrit , expliqueront suffisamment le peu d'étendue que j'ai

donné à des aperçus dont la concision,paraîtra d'autant plus frappante , qu'ils ont pour objet des questions immenses auxquelles leur influence immédiate sur les opinions de notre %iècle, viennent encore ajouter un intérêt nouveau.

Mon intention toutefois est de me donner plus de latitude dans ce qui concerne Locke et Leibnitz, par lesquels commence l'histoire de la métaphysique du dix-huitième siècle. Le rang que j'ai assigné à tous deux dans mon coup d'œil général , semble en effet réclamer un plus grand développement de leurs doctrines fondamentales, aussi bien que de celles de leurs contemporains et successeurs immédiats , que celui que je puis faire des systèmes métaphysiques plus récents ; et comme les germes les plus importants de ces systèmes se retrouvent dans les spéculations de l'un ou de l'autre , en liant à la revue de leurs ouvrages les discussions longues et abstraites indispensables à l'éclaircissement des principes fondamentaux, je ferai en sorte d'éviter autant que possible dans le reste de cette histoire , toute incursion fatigante et hors de saison dans les sentiers épineux de la controverse scolastique. Les remarques critiques que j'offrirai sur leurs écrits philosophiques me mettront même, je l'espère, mieux en état encore de tracer les esquisses rapides qui suivront , avec plus de facilité pour moi et plus d'agrément et de satisfaction pour la généralité des lecteurs.

Mais l'objet principal de ces observations préliminaires est de redresser quelques-unes des erreurs relatives aux opinions de Locke et deLeibnitz, erreurs qui, à bien ]feu d'exceptions près, ont égaré tous les écrivains modernes qui ont tracé l'histoire littéraire du dix-huitième siècle. J'ai cru surtout nécessaire de soutenir la réputation de Locke , non-seulement contre les censures de ses adversaires , mais aussi contre les commentaires et les éloges mal entendus de ses admirateurs en Angleterre et sur le continent. Tous ceux qui depuis lui se sont occupés des mêmes sujets , ont si souvent invoqué son autorité, qu'à moins de se former une idée nette des principaux points de sa doctrine , il est complètement impossible d'estimer à sa juste valeur le mérite de ses successeurs. Afin d'aider mes lecteurs dans cette étude préliminaire , j'essaierai autant que je le pourrai , de faire commenter Locke par lui-même. Je les prie seulement avant de passer à une autre partie de cette histoire , de vouloir bien collationner soigneusement les extraits épars de ses ouvrages, que je rapprocherai l'un de l'autre dans le chapitre suivant , afin de les faire servir à s'éclaircir réciproquement. Je suis convaincu que V Essai sur l'entendement humain a beaucoup plus d'admirateurs que de lecteurs ; et si je pouvais seulement me flatter de l'espérance de ramener l'attention du public de l'interprétation des commentateurs au texte de l'auteur je croirais déjà avoir

beaucoup fait pour l'extirpation de ces erreurs fondamentales et presque universelles , qui , grâce à la sanction supposée de son nom , ont été mises hors de tout libre examen.

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