NOIES
Note (Z). P. 209.
Voyez dans Bayle trois articles , Luther , Knox et Buchanan Le passage suivant relatif à Knox peut servir de spécimen des autres. Bayle Ta tiré de la Cosmographie universelle de Thevet, écrivain qui est depuis long-temps retombé dans le mépris qu'il méritait , mais qui s'était élevé , par son zèle pour la légitimité et pour la foi catholique, à la dignité d'aumônier de Catherine de Médicis et d'historiographe du roi de France.
« Tout durant ce temps, dit-il (i) , les Escoçois ne laissaient jamais l'Angleterre en repos : qui fut lorsque Henri huitième jouait ses jeux sur les calices, reliques et autres joyaux des églises anglaises lesquelles tragédies et jeux ont été joués de notre temps au royaume d'Escoce par l'exhortation de Noptz (Knox), premier ministre des Escoçois de l'évangile sanglante. Ce diaphoriste, qui ne se nourrissait qu'aux dissensions , ne se pouvait arrêter es vestiges de Luther, de Zuingle» Farel, encore moins à celles de son maître Calvin , celui qui l'avait racheté , il n'y avait pas long-temps , des galères du prince de Capue , dans lesquelles il avai demeuré trois ans pour ses forfaits , amours illicites , et exécrables paillardises , et à vivre dissoluement en diverses cloaques et ordures, esquelles il estait du tout confit : ensemble pour avoir esté convaincu de parricide et meurtre fait à la personne de Jacques de Breton , archevêque de Saint-André , outrageusement exécuté par la connivence et ruse du comte de Rapphal, de Jacques Lescle, Jean Lescle leur oncle , et Guillaume du Coy. Ce simoniaque , qui avait été prestre auparavant à nostre église , et engraissé des bénéfices qu'il vendit à purs deniers comptants , voyant qu'il ne pouvait soustenir sa cause estre bonne , entra en un blasphème le plus reprochable du monde. Premièrement,
(i) Thevet, Cosmographie universelle , liv XVI, t. II, fol. 666.
il niait la puissance de Dieu , preschait apertement que la virginité ne valait pas mieux que le mariage; ce qu'il avait dérobé de l'hérésie de Luther, escrite dans son nouveau épithalame; induisait pareillement plusieurs dévotes espouses et vierges religieuses leur abandonner à vilains adultères : par laquelle exhortation satanique les rendait sacrilégement violées ; enseignait aussi qu'il fallait rejeter , mespriser et fouler aux pieds le cresme sacré , abattre les images , désenterrer et brûler les corps des saints , et se saisir des thrésors des églises. Ce n'est pas tout ; deux ans entiers , ne cessa d'animer le peuple à prendre les armes contre la royne , pour la chasser hors du royaume, lequel disait estie électif, comme jadis il estait le temps du paganisme. Quelle chose plus cruelle, plus mortelle et pire eussent pu dire les plus barbares de l'univers? Les luthérianisques ont des temples et oratoires , leurs ministres psalmodient les psalmes, ils disent la messe; et toutefois qu'elle diffère de la nostre , si y adjoutent-ils pourtant, kyrie eleison 7 credo 7 sanctus , agnus , et autres prières, comme nous faisons. Ensemble leursdits ministres , au service qu'ils célèbrent, portent chappes , chasubles et surplis , comme les nostres ; estant soigneux de leur salut et de leurs choses publiques ; où ce peuple d'Escoce vivant depuis douze ans , et ça sans loy , sans foy , sans cérémonies , et sans vouloir recognoître ne roy ne royne , non plus que brutes , et s'estant plongé et plu beaucoup plus aux fables de ce maistre caphard de Noptz (Knox) desloyal à Dieu et à sa patrie , qu'à la pureté de l'évangile et des conciles tenus , et doctrine de tant de saints docteurs grecs et latins de l'église catholique, le gentil prédicant. après le décès de sa première femme , provoqua soudainement , par le fléau de sa venimeuse langue , les nobles du pays d'Escoce , à l'encontre des gens d'église , plus qu'il n'avait fait auparavant; puis les laboureurs rustiques assaillaient, pillaient, bruslaient et ruinaient les châteaux et maisons des gentilshommes , marchands et autres qui ne voulaient les ranger à leurs impudicités et
massacres Il est certain que ce desloyal inconstant , enflé
d'esprit , d'ambition et de Tesguillon de la chair , vint en si grand crédit et honneur envers les ignorants de ce pays-là, qu'il épousa en secondes nopces une demoiselle de bonne part, de maison ancienne , alliée des princes du sang des roys d'Escoce. »
Si quelques-uns de mes lecteurs ne connaissent pas le caractère véritable et l'histoire de cet homme.distingué , ils pourront s'amuser à comparer ce passage avec les détails authentiques et animés , publiés tout récemment sur sa vie par le respectable et savant docteur Mc. Crie.
Note (AA). P. 227.
Le docteur Blair , qui a apprécié avec beaucoup de goût et de justesse les beautés et les imperfections du style d'Addison, s'est laissé trop facilement aller à l'opinion du vulgaire , qui tournait en ridicule la profondeur philosophique d'Addison. Il a même été , dans une de ses lectures sur la rhétorique , jusqu'à accuser Addison d'avoir mal compris ou au moins mal exprimé la doctrine de Locke sur les qualités secondaires . Mais si on compare les expressions du docteur Blair avec celles qu'il censure , l'avantage ne sera certainement pas du côté du savant critique , et je vais citer cet exemple qui roule sur une des questions les plus délicates de la métaphysique.
Addison dit : « Les objets n'auraient à l'oeil qu'une bien pauvre apparence , si nous ne faisions que les voir avec leurs formes et leurs mouvements réels. Et quelle raison pouvonsnous donner pour qu'ils excitent en nous tant d'idées différentes de ce qui existe dans les objets eux-mêmes, comme sont par exemple les idées de lumière et de couleurs , si ce n'est pour ajouter de nouveaux ornements à l'univers et l'embellir dans notre imagination ? »
Après avoir cité cette phrase, Blair ajoute : « Notre auteur se jette dans une théorie qu'il développe immédiatement après, sinon avec une grande exactitude philosophique , du moins avec une grande beauté d'imagination et un brillant coloris d'expressions. La manière dont il débute offre un exemple frap" pant de son défaut de justesse philosophique. Que signifient en effet ces objets qui excitent en nous tant d'idées différentes de ce qui existe dans les objets eux-mêmes ? Personne assurément n'a jamais imaginé que nos idées existaient dans les objets ; tout le monde convient que les idées n'existent que dans l'esprit. Ce qu'enseigne la philosophie de Locke , et ce que notre auteur aurait dû dire , c'est, qui excitent en nous beaucoup d'idées de qualités différentes de ce qui existe dans les objets.»
Voici maintenant la théorie de Locke telle qu'elle est énoncée par ce philosophe. « Il est aisé , je pense , de "tirer de-là cette conclusion , que les idées des premières qualités des corps ressemblent à ces qualités , et que les types de ces idées cxis' tent réellement dans les corps, mais que les idées produites en nous par les secondes qualités ne leur ressemblent en aucune manière, et qu'il n'y a rien dans les corps mêmes qui ait de la conformité avec ces idées. Il n'y a , dis-je , dans les corps auxquels nous donnons certaines dénominations fondées sur les sensations produites par leur présence , rien autre chose que la puissance de produire en nous ces mêmes sensations : de sorte que ce qui est doux , bleu ou chaud dans l'idée , n'est autre chose dans les corps auxquels on donne ces noms qu'une certaine grosseur, figure et mouvement desparticules insensibles dont ils sont composés. «( Locke, liv. n , chap vin, § i5. )
Le docteur Reid a parfaitement fait ressortir l'inexactitude de Locke à concevoir que nos idées des premières qualités res. semblaient à ces qualités , et que les types de ces idées existaient réellement dans les corps. Mais en supposant qu'Addison eût répété l'inexactitude de Locke , on n'eût pas du moins dû l'accuser d'avoir dévié de la doctrine de son maître. Le fait est cependant que tous ceux qui comprennent cette matière voient fort bien qu'Addison a ici beaucoup amélioré Locke en élagant tout ce que son langage pouvait faire naître de difficultés , et en conservant tout ce que sa doctrine renfermait de solide. Pour moi , je ne vois pas comment on pourrait changer pour le mieux les expressions d'Addison , à moins peut-être de substituer à différentes de ce qui existe l'expression n'ayant aucune ressemblance avec ce qui existe. Mais dans cette dernière phrase , Blair lui-même a implicitement suivi Addison , que Locke n'aurait certainement pas désavoué comme son interprète. J'ajouterai de plus que la correction de Blair , qui excitent en nous beaucoup d'idées de qualités différentes de ce qui existe , etc. , est sinon tout-à-fait inintelligible, du moins
beaucoup plus éloignée de Locke que la phrase d'Addison. Le mot qualités, ajouté à la phrase, jette même de l'obscurité sur cette proposition , auparavant très-précise et très-claire (1).
Ma principale raison pour avoir justifié Addison dans son ex" plication des qualités secondaires était de préparer le lecteur à la suite de ce morceau critiqué par Blair :
« Partout les apparitions les plus décevantes viennent varier nos plaisirs 5 dans les cieux comme sur la terre nous découvrons des gloires imaginaires , et quelque chose de cette beauté visionnaire vient se répandre sur toute la création. Quelle apparence grossière et rude la nature n'aurait-elle pas à nos yeux , si elle était dépouillée de toute la variété de couleurs , si toutes les nuances de la lumière et des ombres disparaissaient. Nos esprits se perdent avec enchantement dans cette délicieuse er-
(l) Un autre passage cité ensuite par le docteur Blair aurait dû lui prouver la clarté et l'exactitude des idées d'Addison sur ce sujet.
« J'ai supposé ici que mon lecteur était au fait de cette grande découverte moderne, qui est à présent universellement admise par tous ceux qui s'occupent de recherches philosophiques ; c'est que la lumière et les couleurs, telles que l'esprit les conçoit, ne sont que des idées de l'esprit, et non des qualités existantes dans la malière. Comme c'est une vérité prouvée d'une manière incontestable par un grand nombre de philosophes modernes , si le lecteur veut en avoir une explication détaillée , il peut la trouver dans 1 e huitième livre de Locke , sur l'entendement humain. »
J'ai déjà remarqué * la précision extraordinaire de ce langage avec la clause , telles que l'esprit les conçoit. Mais , par un étrange oubli , j'en avais attribué le mérite non pas à Addison, mais à Akenside, qui n'en fut en effet ici que le témoin et le spectateur.
La dernière citation me fournit aussi l'occasion de faire remarquer la justesse des informations données par Addison sur l'histoire de cette doctrine , que la plupart des écrivains anglais ont attribuée à Locke D'après quelques expressions d'Addison, il est plus que probable que c'est dans Malebranche qu'il puisa d'abord ses idées à ce sujet.
* Eléments de la Philosophie de l'Esprit humain , vol. II, note F.
reur , et nous nous avançons dans la vie , semblables au héros enchanté du roman , qui voit partout de magnifiques châteaux, des bosquets , des prairies , entend le gazouillement des oiseaux et le murmure des fontaines ; mais que le talisman vienne à se briser , la scène fantastique disparaît , et le chevalier inconsolable ne trouve plus autour de lui que la triste bruyère ou le désert. »
On ne sait qu'admirer le plus dans ce passage, de la profondeur ou de la finesse de pensées de l'auteur, ou du singulier bonheur d'imagination avec lequel il les développe. L'image du héros enchanté est si inattendue et en même temps si convenable, qu'on dirait qu'un nouvel enchanteur l'a évoquée de sa baguette magique ; quoiqu'elle soit présentée comme une comparaison poétique, elle éclaire d'une lumière toute nouvelle un des passages les plus obscurs de la métaphysique. Le langage dans lequel cette comparaison est exprimée est tout-à-fait digne aussi de l'admiration des critiques ; partout il offre ces grâces naturelles qui nous paraissent si faciles quand on n'a pas à les imiter.
L'éloge que j'ai fait d'Addison pour son commentaire sur cette partie de YEssai de Locke ne paraîtra pas démesuré à ceux qui voudront bien prendre la peine de comparer la concision et l'élégance des extraits qui précèdent avec la prolixité du texte de l'auteur. (Voyez V Essai de Locke, liv. II , c. vm , § 17, 18). Il me suffira de rapporter que les exemples qu'il choisit sont les effets de la manne sur l'estomac ou sur les intestins.
Note,(BB). P. 250.
Je dois la note qui suit à mon savant ami sirWilliam Hamilton , professeur d'histoire universelle à l'université d'Edimbourg.
« Quoique la Clavis universalis d'Arthur Collier soit peu connue en Angleterre , elle a cependant été traduite en allemand , et publiée dans un ouvrage intitulé : Samlung , etc., ou Collection des auteurs les plus distingués qui aient nié l'existence de leur propre corps et celle du monde matériel } contenant les dialogues de Berkeley , entre Hylas et Philonoûs, la traduction delà Clef universelle de Collier , avec des remarques explicatives et un appendix dans lequel on démontre l'existence des corps, par Jean-Christophe Eschenbach, professeur de philosophie à Rostock. (Rostock , 1766, in-8°.) Les remarques sont nombreuses et prouvent une grande érudition. L'appendix contient, i° une exposition de l'opinion des idéalistes avec ses bases et ses arguments , i° une démonstration de l'existence des corps. L'argument sur lequel Eschenbach se fonde pour démontrer l'existence de la matière ressemble à celui du docteur Reid , en ce qu'il déclare qu'il ne faut pas attendre une science directe , rarement possible, et souvent même absolument impossible, en ce qui concerne les principes fondamentaux de la nature humaine. Il finit par dire que l'idéaliste n'a pas de meilleure preuve de l'existence de son ame que de celle de son corps. « Quand un idéaliste dit , Je suis un être pensant, j'en ai la certitude par ma conviction intérieure , j'aimerais à lui demander d'où lui vient cette certitude , et pourquoi il exclut de cette conviction la possibilité d'une erreur. La seule réponse qu'il pourra me faire sera : Je le sens; il est impossible que je puisse avoir aucune représentation intérieure, si je n'ai auparavant la conviction d'être un individu pensant. » Eschenbach prétend que le sentiment s'applique de la même manière à l'existence des corps , et que les motifs pour y croire sont aussi forts et aussi concluants, quant à ce qui concerne la perception , pour la réalité de l'objectif' que pour celle du subjectif. »