Oeuvre de Stewart Dugald
Dugald Stewart naquit à Edimbourg le 221 novembre 1753. Le docteur Matthew Stewart, son père , était professeur à l'université de cette ville. Tous ses frères , ses aînés , moururent en bas âge , et luimême était d'une constitution si délicate que ses parents eurent long-temps pour lui les plus vives inquiétudes. Sa santé se fortifia par un long séjour à la campagne. A l'âge de sept ans , il fut mis à l'école secondaire (high school) . Il s'y fit remarquer par la vivacité de son imagination et la précoce maturité de son jugement. Ayant achevé d'une manière brillante son
cours d'humanités , il entra au collège d'Edimbourg , où son père enseignait avec un grand succès les sciences mathématiques. Sous les yeux d'un pareil maître, le jeune Dugald fit de rapides progrès. Cependant la pente naturelle de son esprit l'entraînait de préférence vers les recherches philosophiques , et dès cette époque il s'en occupa de manière à s'attirer l'attention du docteur Stevenson , qui alors enseignait la logique , et du docteur Ferguson , qui occupait la chaire de philosophie morale.
Vers la fin de l'année 1771 , Dugald Stewart ayant perdu sa mère , alla demeurer à Glascow , où il rencontra le docteur Reid , dont il rechercha l'amitié. A l'école de ce célèbre professeur , il se pénétra des nobles principes qu'il a développés et défendus depuis avec tant de talent et de persévérance. Après être resté un an occupé uniquement de ses études favorites , il fut obligé de revenir à Edimbourg , pour y suppléer , dans l'enseignement des mathématiques , son père , dont la santé commençait à décliner. Quoique le docteur Matthew Stewart jouît, comme professeur , d'une juste célébrité , son fils eut encore un succès plus marqué, et dès la première année le nombre des élèves se trouva presque doublé. Aussi dès que Dugald Stewart eut atteint sa vingt-etunième année , il fut nommé professeur agrégé ; et il continua pendant plusieurs années d'enseigner en cette qualité.
En l'année 1778 ,1e docteur Adam Ferguson ayant
SUR DUGALD STEWA11T. 7
accompagné en Amérique les commissaires envoyés par l'Angleterre , Stewart voulut bien le remplacer à l'université et se charger du cours de philosophie morale, quoiqu'il se fût récemment imposé une nouvelle tâche , en s'engageant à joindre un cours d'astronomie aux deux cours de mathématiques qu'il faisait déjà. Un pareil surcroît de travail ne l'effraya point : la proposition lui fut faite le jeudi, et le lundi suivant il monta en chaire. Chaque soir, après les occupations de la journée , il arrangeait dans sa tête, en se promenant dans le jardin de son père , le plan et les matériaux de sa leçon du lendemain. Cependant, au dire de tous ceux qui suivirent ses leçons , il fut dans ce premier cours plus brillant , plus fort, plus entraînant peut-être qu'il ne l'a jamais été plus tard et dans toute la maturité de son talent.
Pendant six mois , il fit chaque jour quatre leçons , deux de mathématiques , une d'astronomie et une de philosophie. Mais de semblables efforts ne purent manquer d'altérer sa santé ; et quand , à la fin de l'année scolaire , il quitta Edimbourg pour Londres , il était tellement épuisé qu'on fut obligé de le porter jusqu'à la voiture.
En 1780 Dugald Stewart prit chez lui quelques élèves particuliers ; l'un d'eux était le marquis de Lothian, avec lequel il visita la France en 178S. A son retour en Ecosse , il épousa Hélène Bannaline , fille d'un marchand de Glascow. En 1785, Dugald
Stewart perdit son père. Devenu professeur en titre , il permuta avec le docteur Adam Ferguson , à qui sa santé ne permettait plus d'enseigner , et il passa ainsi définitivement à la chaire de philosophie morale.
En 1787, ayant perdu sa femme , il entreprit un nouveau voyage sur le continent, et en 1790, il se remaria. C'est vers cette époque qu'il commença à mettre en ordre les nombreux matériaux , fruits de ses lectures et de ses méditations , afin d'en former les divers ouvrages qu'il a livrés au public. On ne sait pas positivement à quel âge Dugald Stewart a commencé à écrire sur la philosophie ; ce qui paraît certain, d'après ce qu'on tient de lui-même, c'est que , dès son enfance , il s'occupait déjà de recherches métaphysiques : cette précocité d'application à telle ou telle branche spéciale des connaissances humaines est la véritable vocation des hommes qui doivent s'y distinguer. Encore élève au collège de Glascow , il composa un Essai sur les rêves , qu'il a inséré depuis dans le cinquième chapitre du premier volume de sa Philosophie de l'esprit humain. Le commencement de ce grand ouvrage , le premier qu'ait publié Stewart , parut en 1792. L'année suivante , il écrivit pour la société royale Y Eloge historique d'Adam Smith, et il publia ses Esquisses de Philosophie morale, livre qui lui servait de résumé pour ses cours et qui était une sorte d'aide-mémoire pour ses élèves.
En 1797 , il lut à la société royale un Essai sur