SUR DUGALD STEWART
la vie et les écrits du docteur Reid (1) , et en
un mémoire semblable sur le docteur Robertson. Ces
morceaux furent accueillis par d'unanimes suffrages.
En 1 81 0 , il publia ses Essais philosophiques sur les systèmes idéologiques de Locke , Horne Tooke , etc. , ouvrage auquel il travailla surtout pour se distraire du chagrin profond que lui avait causé la mort du second et du plus jeune de ses fils. Tous les écrits que Stewart fit paraître depuis avaient été néanmoins préparés avant la publication de celui-ci , c'est-à-dire de 1797 à 1810.
Quelque temps après la mort de son fils , il avait renoncé à sa chaire de l'université , et était allé habiter Kurneil-House , près de la mer , à vingt milles d'Edimbourg. C'est là qu'il acheva de passer ses jours dans une retraite philosophique , et c'est de là que sont datés tous les ouvrages qu'il publia successivement. En 181 â, il fit paraître la première partie du second volume de la Philosophie de V Esprit humain. En 1827, il livra au public la deuxième partie de ce volume , et les Discours préliminaires de l'Encyclopédie , formant Y Histoire abrégée de la Philosophie ; enfin c'est en 1828 , que fut imprimé le troisième volume de la Philosophie de l'Esprit humain. Cette dernière publication ne précéda que de quelques semaines la mort de l'auteur.
(i) Cet essai se trouvera en tête de l'édition de Reid , que nous préparons en ce moment.
Mais quittons l'histoire de ces livres pour revenir à celle du philosophe.
En 1796 , il consentit une seconde fois à prendre chez lui quelques élèves particuliers. Deux d'entre eux sont devenus depuis ce temps ministres d'état. Lord Landsdown fut aussi en quelque sorte un élève de Dugald Stewart.
Ayant à diriger l'éducation d'hommes que leur rang appelait à prendre une part active aux affaires publiques , Stewart crut qu'il ne suffisait pas de cultiver leur esprit , et qu'il devait les préparer d'avance au rôle qu'ils auraient à jouer dans le monde. Dans cette vue , et pour rendre sa maison plus agréable à ses élèves , il y attira la meilleure compagnie ; tout ce qu'Edimbourg possédait de plus remarquable par l'instruction , l'esprit , l'amabilité, s'y réunit bientôt ; les étrangers de distinction qui visitaient la capitale de l'Ecosse , sollicitaient la faveur d'y être admis , et plusieurs d'entre eux confessent que depuis , ils ont vainement cherché dans des cercles plus brillants , une société plus attachante et aussi profitable.
Dès l'année 1800, Stewart avait joint au cours de philosophie morale , qu'il faisait au collège d'Edimbourg , des leçons d'économie politique ; et les circonstances dans lesquelles l'Angleterre se trouva placée , furent pour lui un motif de s'occuper plus spécialement de cette science. Au reste ses connaissances étaient si vastes et si variées , et son esprit se pliait avec une telle facilité à tous les genres de re-
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cherches et d'études , qu'il remplaça successivement presque tous ses collègues dans leurs divers enseignements. Plusieurs fois , on le vit faire le cours de physique pour le docteur Robison, les classes de grec pour M. Dalzel , celles de mathématiques pour M. Playfair ; pendant une maladie du docteur Finlayson , il donna en sa place des leçons de logique , et il paraît même que pendant un hiver , il suppléa , dans la chaire de belles-lettres, le successeur du docteur Blair ; son excessive sobriété , l'activité naturelle de son esprit et la prolongation de ses veilles , lui faisaient trouver, outre le temps de vaquer à ces diverses occupations , celui de s'acquitter avec un rare bonheur de tous les travaux préparatoires qu'elles nécessitaient , et en même temps , celui de s'occuper des ouvrages qu'il destinait au public, de poursuivre ses graves méditations et d'étendre sans cesse le cercle de ses connaissances.
En 1806, Dugald Stewart, accompagna à Paris son ami , le comte de Lauderdale , qui y était envoyé en mission. Il eut ainsi occasion de renouer quelques-unes des liaisons qu'il avait formées avant la révolution , et d'en faire de nouvelles ; il commença dès-lors à entretenir avec plusieurs savants français une correspondance qui a été continuée jusqu'à la fin de sa vie.
Ce fut après son retour du continent qu'ayant perdu son fils , il se retira , comme nous l'avons dit , à la campagne. Pendant les premières années de sa
retraite, Stewart recevait de fréquentes visites de ses amis d'Edimbourg , et des étrangers qui avaient quelques titres à lui être présentés ; mais , en janvier 1822, ayant été frappé d'une attaque d'apoplexie, qui d'abord le priva de la parole et lui ôta presque entièrement l'usage de ses membres , il fut forcé de se renfermer dans la société de ses amis les plus intimes. Aussitôt que les premiers accidents furent dissipés , il se remit avec ardeur au travail , et aidé de sa fille qui lui servait de secrétaire , il s'occupa de préparer pour l'impression ceux de ses écrits qui n'était pas entièrement achevés. La maladie , en détruisant presque toutes ses facultés physiques , n'avait point altéré la vigueur de son esprit, ni porté atteinte à la douceur de son caractère ; il conserva même jusqu'à la fin une gaîté qui semblait incompatible avec un pareil état de souffrance et d'infirmité.
Ceux qui n'ont pu que lire Dugald Stewart, et qui ne l'ont pas entendu , ne sauraient se faire une idée exacte et complète de son mérite : car outre l'écrivain , il y avait en lui un orateur abondant , gracieux , plein de clarté , de persuasion et d'énergie au besoin. Peut-être n'a-t-il manqué à Stewart, qu'un théâtre convenable pour être réputé un des premiers orateurs de son siècle.
Les discours préliminaires que de savants traducteurs ont mis en tête de ses ouvrages feront mieux connaître chacun d'eux en particulier. Le caractère