‹ Œuvre de Stewart DugaldChapitre 32 sur 68 · IV. Du désir de pouvoir · texte numérisé non relu

IV. Du désir de pouvoir

1 28. Toutes les fois que nous pouvons nous regarder comme les auteurs d'un effet , la conscience de notre pouvoir excite en nous un mélange de joie et d'orgueil. Le plaisir est en général proportionné à la grandeur de l'effet , comparée à la faiblesse de notre exertion.

129. L'enfant encore à la mamelle se plaît à exercer son pouvoir naissant sur tous les objets qui sont à sa portée. Il est mortifié si quelque accident lui fait sentir sa faiblesse. Les passe-temps des garçons ont presque sans exception ce caractère , de leur donner l'idée de leur puissance : et la même remarque peut s'étendre aux jeux actifs et aux exercices athlétiques de la jeunesse et de l'âge viril.

130. A mesure que nous avançons en âge et que l'activité de nos facultés physiques se perd avec leur vigueur , notre ambition change de nature. Nous cherchons dans la supériorité de la fortune et du rang, ou dans celle plus flatteuse encore de nos talents intellectuels , les moyens d'étendre notre influence sur les autres : la force de l'entendement , l'étendue des connaissances , les artifices de la persuasion , et les finesses de l'habileté sont mis en œuvre pour ce but. Quelle autre idée que celle du pouvoir réjouit l'orateur dans le sentiment de son éloquence ; quand il fait taire par l'ascendant de son génie la raison des autres , qu'il tourne à ses desseins leurs désirs et leurs passions , et que sans le secours de la force ou la splendeur du rang il devient l'arbitre des nations ?

131. On peut, en partie, rapporter au même principe le plaisir que nous cause la conception des théorèmes généraux. Chaque découverte de cette espèce nous met en possession d'une quantité innombrable de vérités et de faits particuliers , et met à nos ordres , pour ainsi dire , toute une tribu de connaissances sur laquelle nous n'avions aucun empire auparavant. C'est ainsi que le désir du pouvoir devient l'auxiliaire du désir de connaissance dans le développement de la raison et les progrès de l'expérience.

132. Le désir du pouvoir entre également pour quelque chose dans notre attachement à la propriété.

Il ne nous suffit pas d'avoir l'usage d'un objet; nous voulons l'avoir complètement à nous , sans en être responsables à qui que ce soit.

133. L'avarice n'est qu'une modification du désir du pouvoir , qui dérive des différents usages de l'argent dans les pays civilisés. Son influence, comme principe actif, est considérablement augmentée par l'habitude et l'association des idées.

134. L'amour de la liberté procède en grande partie du même principe. Il faut que nous puissions faire tout ce qui flatte nos inclinations. Si l'esclavage nous mortifie , c'est qu'il met des bornes à notre pouvoir.

135. L'amour même de la tranquillité et de la retraite a été résolu par Cicéron dans le désir du pouvoir : Multiautem etsunt etfuerunt, quieam, quam dico , tranquillitatem expetentes , a negotiis publiais se removerint, ad otiumque perfugerint. His idem proposition fuit , quod regibus ; ut ne quâ re egerent, ne cui parèrent , libertate uterentur; cujus proprium est, sic vivere ut velis. Quare , cùm hoc commune sit potentiœ cupidorum cum Us, quos dixi, otiosisj alteri se adipisci id posse arbitrantur , si opes magnas habeant ; alteri, si contenu sint et suo etparvo.

136. L'idée du pouvoir contribue également au plaisir de la vertu. Nous aimons à suivre nos penchants sans être assujettis à la censure d'un supérieur ; mais cette indépendance ne suffit pas à notre bonheur. Lorsque des habitudes vicieuses ou la force

de la passion nous entraînent à des choses que la raison désapprouve , le sentiment de la domination qu'exercent sur nous les principes inférieurs de notre nature nous mortifie et nous donne la conscience amère de notre faiblesse et de notre lâcheté. Il n'en est pas de même chez l'homme qui se sent capable en toute occasion de calmer le tumulte des passions et d'obéir aux froides suggestions du devoir et de l'honneur : la liberté , l'indépendance , l'élévation d'ame et l'orgueil de la vertu sont ses sentiments naturels.

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