‹ Œuvre de Stewart DugaldChapitre 35 sur 68 · I. Des affections bienveillantes · texte numérisé non relu

I. Des affections bienveillantes

14S. Nos affections bienveillantes sont très-variées , et peut-être serait-il malaisé d'en donner une énumération complète : V amour paternel etjîlial,\es affections de parenté , Y amour , Y amitié , le patriotisme , la philanthropie , la reconnaissance , la pitié, sont au nombre des plus importantes. Il y a, déplus, des affections bienveillantes particulières excitées

par certaines qualités morales qui rendent tel homme aimable, respectable ou digne d'admiration.

144. Nous ne prétendons pas que les affections bienveillantes que nous venons de nommer soient toutes des principes primitifs ou des faits irréductibles de notre constitution. Il est très-probable , au contraire , que plusieurs de ces affections rentrent dans un même principe qui se modifie diversement, selon les circonstances dans lesquelles il agit. Quoi qu'il en soit , et malgré l'importance qu'on a quelquefois attachée à ce problème , ce n'est là qu'une question d'arrangement. Soit que nous regardions ces principes comme des faits primitifs , soit que nous les supposions réductibles dans d'autres faits plus généraux , toujours est-il qu'ils font partie intégrante de la nature humaine; et, dans l'une ou l'autre supposition , il y a lieu d'admirer avec quelle sagesse cette nature est adaptée à la situation où elle se trouve. Les lois qui règlent les perceptions acquises de la vue ne font pas moins partie de notre constitution que celles qui président à nos perceptions immédiates ; et bien qu'elles exigent pour se développer un certain degré d'expérience et d'observation , l'uniformité de leurs résultats montre assez qu'il n'y arien d'arbitraire ni d'accidentel dans leur origine.

145. Sans doute la question de l'origine des différentes affections conduit à quelques recherches intéressantes. Mais elle n'est pas d'une importance

comparable à celle de leur nature , de leurs lois , de leur destination. Il semble néanmoins qu'on lui ait donné la première place dans plusieurs systèmes philosophiques sur cette partie de notre constitution.

146. Traiter en détail de la nature, des lois et de la destination de nos affections bienveillantes est une entreprise incompatible avec la brièveté de ce livre , qui n'a d'autre objet que de présenter une suite de divisions et de définitions , avec quelques remarques indispensables pour faire comprendre le plan qu'on s'est proposé. L'énumération précédemment donnée (§ 143) montre dans quel ordre le sujet pourrait être traité en détail. Quant aux remarques qui vont suivre , elles s'appliqueront également à tous les principes compris sous le titre général d'affections bienveillantes.

147. Le développement de toute affection bienveillante est accompagné d'une sensation ou d'une émotion agréable. Cette source de bonheur est si abondante , que les auteurs , dont le but est de charmer l'esprit, puisent dans ces affections quelques-uns de leurs meilleurs moyens de plaire. De là surtout la puissance de la tragédie et des autres compositions pathétiques. On peut douter s'il est bon de dépenser ainsi la pitié à des malheurs imaginaires , et de séparer de la sorte le principe actif des circonstances réelles où l'action pourrait le suivre.

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