‹ Œuvre de Stewart DugaldChapitre 36 sur 68 · Il ne faut pas croire que les affections ver · texte numérisé non relu

Il ne faut pas croire que les affections ver

tueuses soient les seules qui donnent du plaisir. Il s'attache également aux affections criminelles, et séduit souvent la jeunesse et l'irréflexion par les charmes qu'il prête à la folie et au vice.

149. Même lorsque les affections bienveillantes sont trompées dans leurs poursuites , le plaisir qui leur est attaché subsiste à quelque degré et se mêle à la peine. Il y a plus , quelquefois le plaisir prédomine de beaucoup.

150. La cause finale de l'émotion agréable qui accompagne le développement de la bienveillance dans ses, diverses modifications est évidente. Cette émotion a pour objet de nous porter à cultiver avec soin une classe de principes si immédiatement utiles au bonheur de la société.

151. Malgré le plaisir que nous trouvons à nous abandonner aux affections bienveillantes , elles n'ont rien d'intéressé dans leur origine. Différents écrivains l'ont démontré jusqu'à l'évidence. Nous savons que cette opinion ne s'accorde pas avec les systèmes de plusieurs philosophes anciens et modernes ; mais elle n'en est pas moins conforme aux faits , et l'analogie des autres principes actifs que nous avons examinés la confirme puissamment.

152. Nous avons vu que la conservation des individus et la propagation de l'espèce n'ont été confiées ni à l'intérêt ni à la raison ; mais que nous sommes doués de certains appétits qui nous poussent à leurs objets respectifs sans aucune réflexion de notre

part. Nous avons également trouvé que l'acquisition des connaissances d'où dépendent et le perfectionnement des individus et celui de l'espèce n'avait pas été uniquement abandonnée à l'intérêt et à la bienveillance , mais que nous étions entraînés vers ce but important par le principe inné de curiosité. Enfin nous avons reconnu que le sentiment du devoir avait aussi son auxiliaire dans le désir de l'estime, qui n'est pas seulement un de nos principes actifs les plus puissants , mais qui continue d'agir dans toute la plénitude de son énergie jusqu'au dernier moment de notre existence. Nous trouvons maintenant que l'homme est évidemment destiné à vivre en société, et que l'union sociale ne peut subsister sans un échange mutuel de bons offices : n'est-il pas raisonnable d'en induire , par analogie avec toutes les autres parties de notre nature , qu'un résultat aussi important n'a pas pour seule garantie les tardives déductions de la raison ou les calculs métaphysiques de l'intérêt ; mais que son accomplissement a été confié à une classe particulière de principes actifs destinés à opérer sans le secours de la réflexion , comme les appétits et les désirs? Affirmer que c'est ainsi qu'agissent les affections de parenté ou la pitié , ce n'est rien dire de plus en leur faveur que ce que nous avons dit de la faim et de la soif; savoir : que ces principes nous poussent à certaines fins particulières sans aucun retour sur notre propre intérêt.

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