‹ Œuvre de Stewart DugaldChapitre 40 sur 68 · L'autorité suprême de la conscience, admi · texte numérisé non relu

L'autorité suprême de la conscience, admi

rablement décrite par plusieurs des anciens moralistes , n'avait pas , comme principe fondamental de la science morale, excité suffisamment l'attention des modernes jusqu'au temps du Docteur Butler. Shaftesbury lui accorde trop peu d'importance , et c'est le défaut principal de sa philosophie.

221. Si l'on consent à reconnaître cette grande distinction entre la faculté morale et les autres principes actifs de notre nature , il importe peu quelle théorie particulière on adopte sur l'origine de nos idées morales. Et c'est pourquoi Smith, tout en résolvant l'approbation morale dans un sentiment de l'ame, représente la suprématie de la conscience comme un principe également essentiel à tous les systèmes proposés sur ce sujet : « Quelque fondeu ment que l'on donne à nos facultés morales , dit- « il , soit qu'on les rapporte à une certaine modifi- « cation de la raison , à un instinct originel appelé « sens moral, ou à quelque autre principe de notre <t nature , on ne saurait mettre en doute que ces fa- « cultes ne nous aient été données pour diriger « notre conduite dans la vie : elles portent avec <c elles les plus évidentes garanties de leur mission, « et témoignent par des signes certains qu'elles sont u en nous les suprêmes arbitres de nos actions , à « qui seuls il appartient d'exercer la surintendance « sur tous nos sentiments , toutes nos passions , tous « nos appétits, et de décider jusqu'à quel point « chacun de ces principes doit être toléré ou ré-

« primé. Juger les autres principes de notre nature , h départir entre eux le blâme et l'éloge , telle est « l'attribution spéciale et l'office de ces facultés. »

SECTION VIL

De quelques principes qui secondent l'influence des facultés morales sur notre conduite.

222. Pour assurer plus complètement le bon ordre de la société, et faciliter l'acquisition des habitudes vertueuses , la nature a pris soin d'ajouter à notre constitution morale différents principes auxiliaires dont l'influence produit quelquefois une conduite conforme aux règles du devoir , sans que l'individu , considéré comme agent moral , ait le moindre mérite à la tenir. Il en est résulté qu'on a confondu quelques-uns de ces principes avec nos facultés morales , et même que des écrivains , dont les vues sur la nature humaine manquaient d'étendue , les ont regardés comme pouvant rendre compte à eux seuls de la perception du juste et de l'injuste. Les plus importants de ces principes sont : 1 ° le respect humain ; 2° la sympathie ; 3° le sentiment du ridicule ; 4° le goût. Le principe de l'amour de soi , qui a été l'objet d'une des sections précédentes , concourt puissamment au même but.

Du respect humain,

223. Nous avons déjà remarqué que le désir d'estime opère sur les enfants avant qu'ils aient la capacité de distinguer le juste de l'injuste, et que ce principe d'action continue pendant long -temps à exercer sur notre conduite une plus grande influence que l'obligation morale. De là vient sa grande utilité en matière d'éducation, surtout pour nous former de bonne heure à prendre de l'empire sur nous-mêmes. Il nous enseigne , par exemple , à retenir nos appétits dans les bornes que prescrit la décence , et nous accoutume ainsi à la modération et à la tempérance. Et bien que notre conduite ne puisse être appelée vertueuse , aussi long-temps que le respect humain est le seul motif qui la dirige ; cependant les habitudes que nous acquérons dans l'enfance et l'adolescence , nous rendent plus facile par la suite j'asservissement de nos passions à l'autorité de la raison et de la conscience.

224. Les considérations suivantes prouvent que le sentiment du devoir ne saurait se résoudre dans ce désir de gagner l'estime de nos semblables.

1° Il n'y a que la possession réelle des qualités pour lesquelles nous voulons être estimés , qui puisse véritablement satisfaire ce désir de l'estime.

2° La conviction que l'auteur d'une action vertueuse n'a point cherché les applaudissements du monde, en rehausse toujours le mérite dans l'opinion des hommes.

3° Quand le respect humain et le sentiment du devoir se trouvent en opposition, si nous sacrifions celui-ci , nous sentons naitre en nous le remords et la désapprobation morale ; les applaudissements de la multitude ne nous semblent alors qu'une vaine et imparfaite satisfaction. Tandis qu'un ferme attachement au devoir ne manque jamais d'être à lui-même sa propre récompense , nous exposât-il à voir nos intentions calomniées et nos actions mal interprétées.

De la sympathie,

225. C'est un plaisir exquis pour nous de voir les autres hommes sympathiser avec nos joies et nos chagrins , nos opinions , nos goûts et nos humeurs : ce fait n'échappe point à l'observation la plus commune. Un autre non moins évident , c'est que nous nous sentons du penchant à nous accommoder aux sentiments de nos compagnons toutes les fois que nous éprouvons pour eux quelque bienveillance , et d'autant plus , que cette bienveillance est plus tendre. Il semblerait donc que la sympathie est entée sur la bienveillance; et peut-être une analyse atten-

tive découvrirait-elle que la plus grande partie des plaisirs qu'elle donne se résout effectivement dans ceux qui dérivent de la bonté , et de la conscience d'être aimé.

226. Le mot sympathie s'applique dans un sens plus étendu et plus populaire à différents phénomènes de l'économie animale; par exemple, à la correspondance qui se montre entre les mouvements des yeux , et à cette autre qui se manifeste , sous le rapport de la santé ou de la maladie , entre divers organes du corps. On l'applique aussi à ces affections contagieuses qui se communiquent d'une personne à une autre , telles que le bâillement , le bégaiement et les désordres hystériques.

227. Il y a certainement entre tous ces cas un certain degré d'analogie qui suffit pour expliquer comment l'usage les a compris sous une désignation commune ; mais partout où la précision philosophique est de rigueur , il y a beaucoup à distinguer. Aussi ne peut -on se dispenser, lorsqu'on introduit ce mot vague et équivoque dans une discussion scientifique , de limiter par une exacte définition le sens dans lequel on l'entend.

228. Les faits généralement attribués à la sympathie ont paru à Smith si importants et si curieusement enchaînés , qu'il s'est laissé séduire à l'idée d'expliquer par ce seul principe tous les phénomènes de la perception morale.

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