DISCUSSION SUR LES DEUX CONVENTIONS ADDITIONNELLES
AU TRAITÉ d'alliance AVEC L'ANGLETERRE ET LA FRANCE.
Séance du Sénat du 2 mars 18S5.
Je dois rectifier un fait avancé par l'honorable maréchal. Il a dit que le seul motif qui avait empêché le rétablisserfient des bonnes relations de la Sardaigne avec la Russie était que nous avions gardé à notre service quelques Polonais révoltés contre le czar.
Le SÉNATEUR DE Latour (cu français). C'est M. de Launay, ministre des affaires étrangères, qui me l'a dit. Il voulait renouer nos relations avec la Russie. M. de Launay s'était adressé au grand-duc Michel qu'il avait connu particulièrement en Savoie. Quand il
parla de renouer les relations, le grand-duc Michel répondit que la principale difficulté venait de la présence des Polonais dans nos États. Je n'en sais pas davantage.
^Cavour. Quoi qu'il en soit, voici ce qui résulte des actes diplomatiques :
Quand le Roi monta sur le trône. Tordre fut donné à notre ministre en Prusse, le comte de Rossi, de faire des ouvertures auprès du ministre russe à cette cour, pour savoir si la cour de Russie accepterait la communication de Tavénement au trône. La première réponse fut que -la Russie étant unie par des traités d'alliance à F Autriche, et le Piémont ayant déclaré la guerre à celleci , la Russie ne pourrait renouer des relations avec la Sardaigne tant que le traité de paix ne serait pas signé. La réponse officielle était donc différente de celle que reçut le général de Launay.
Il ne fut pas fait d'autres instances jusqu'à la signature définitive du traité de Milan. Alors une nouvelle démarche eut lieu, et cette fois, comme le motif ou plutôt le prétexte tiré de la guerre ne pouvait plus servir, on nous répondit, ainsi que l'a indiqué Thonorable maréchal, que la Russie ne renouerait pas ses rapports avec la Sardaigne tant que celle-ci aurait des Polonaise son service. Le gouvernement ne considéra pas la question sous le même aspect que fait l'honorable maréchal ; il ne crut pas pouvoir céder à une injonction qui avait quelque chose de blessant pour notre dignité, ni repousser de nos rangs des militaires que nous avions accueillis avec empressement à l'heure du danger. Voilà pourquoi nous
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n'avons pas insisté. Toutefois, il arriva que la plus grande partie de ces Polonais, pour diverses causes, obtinrent leur retraite, de sorte que le nombre s'en trouva réduit à deux ou trois, placés dans des conditions tout à fait subalternes. Alors, sans que Tinitiative vtpt de nous, sur certaines insinuations faites au gouveniement par d'anciens diplomates russes très-influents par leur position, le gouvernement du Roi, assuré des intentions favorables de la cour de Russie, fit adresser un office par le chevalier de Revel au ministre de Russie à Vienne, qui fit personnellement ce qu'il put pour favoriser les négociations. Néanmoins, quelque temps après', ce ministre déclara au chevalier de Revel que la cour de Russie ne croyait pas pouvoir renouer ses relations avec la Sardaigne, non plus à cause des Polonais, mais parce que notre marche politique (il faisait évidemment allusion à nos institutions constitutionnelles] ne plaisait pas à l'empereur.