‹ Œuvre parlementaire du comte de CavourChapitre 43 sur 69 · I. La Romagiie · texte numérisé non relu

I. La Romagiie

qu'il venait de donner, et sa seconde lettre à TEmpereur, du 11 mars, en témoignant de son courageux repentir, avait prémuni ses malheureux compatriotes contre les suggestions du désespoir qui Tavait égaré lui-même. En tête de cette lettre, publiée dans la Gazette of/icielle du royaume, le comte de Cavour avait fait insérer les lignes suivantes, écrites par lui-même : « Nous recevons d*une source sûre les derniers mots tracés par Félix Orsini. 11 est consolant de voir que sur le bord de la tombe, adressant une pensée de confiance à Tauguste volonté qu*il reconnaît favorable à l'Italie, il rend hommage au principe moral qu'il a offensé, il condamne le crime détestable où Ta entraîné un amour de la patrie poussé jusqu'au délire, et il montre à la jeunesse italienne la voie à suivre pour rendre à l'Italie la place qui lui est due parmi les nations civilisées. »

Un extrait d'une circulaire adressée aux légations de Sardaigne à l'étranger, en date du 1*' avril 1858, indique dans quel sens le gouvernement du Roi interprétait la situation amenée par l'attentat. 11 n'est pas inutile de citer les passages suivants de cette pièce restée inédite :

« L'exécrable attentat d'Orsini sur la personne de l'empereur Napoléon est venu au commencement de cette année jeter dans la consternation la France et l'Europe. L'habileté avec laquelle le crime fut conçu et préparé, la manière dont il a été exécuté, le caractère et les précédents de l'homme qui dirigea le complot, tout concourait à produire la plus profonde impression dans les esprits. Malheureusement cette fois-ci encore les auteurs du complot étaient des Italiens. Le but évident, avoué, confirmé par les derniers écrits du coupable principal, c'était de parvenir par la mort de l'Empereur et le soulèvement de la France à l'insurrection de l'Italie.

« En vue de pareils faits, si souvent renouvelés , ayant tous un but final à peu près semblable, c'est-à-dire un changement dans les conditions actuelles de l'Italie, on se

(lemaDde si au fond il n'existe pas dans les populations de certains États de la péninsule quelque cause profonde de mécontentement qu'il est dans Tintérêt de toute l'Europe de détruire. Cette cause existe réellement : c'est l'occupation étrangère ; c'est le mauvais gouvernement des États du Pape et du royaume de Naples; c'est la prépondérance autrichienne en Italie.

« Le gouvernement du Roi a signalé ces maux à l'Europe dans une circonstance mémorable, au sein du congrès de Paris. Malheureusement les attentats de Paris, de Gênes, de Livourne, de Naples, de Sicile, de Sapri, sont venus confirmer trop tôt d'une manière solennelle les prévisions des plénipotentiaires sardes. Le gouvernement du Roi espère que les cabinets de l'Europe, dans un but d'ordre et de conservation, se décideront enfin à porter un remède efficace à un tel état de choses. Les légations de Sa Majesté devront de leur côté coopérer 5 ce résultat en tenant un langage conforme à ces vues du gouvernement du Roi.... »

Ici, le comte de Cavour rappelle l'article de la Ragione et explique les dispositions principales du projet sur le jury ; puis il résume sommairement la note du comte Walewski (analogue aux notes expédiées à la Suisse, à la Belgique et à l'Angleterre), et il indique en ces termes la réponse qu'il a faite :

« Je répondis verbalement au prince La Tour-d'Auvergne que le gouvernement du Roi était décidé à prendre toutes les mesures nécessaires pour empêcher que le Piémont ne devînt un foyer d'intrigues révolutionnaires ou de complots coupables contre les souverains et les gouvernements étrangers ; que la plus grande surveillance serait exercée sur les émigrés et que Ton agirait avec la plus grande vigueur envers ceux d'entre eux qui auraient abusé de l'hospitalité que la Sardaigne leur accorde depuis des années ; que quant à la presse, tout en étant décidés à ne pas sortir de la légalité, nous appliquerions les lois dans toute leur rigueur, en

proposant aux Chambres de modifier la composition du jury, reconnue défectueuse, pour assurer une répression plus ellicace des délits qui devaient, d'après notre législation, lui être déférés. »

Le projet de loi dont nous avons parlé plus haut, présenté par M. Deforesta, garde des sceaux, dans la séance du 17 février, fut mal accueilli dans les bureaux. L'opinion était inquiète, l'esprit de modération moins puissant qu'à l'ordinaire chez les députés comme dans le pays. Quelques . mois auparavant, le 29 juin 1857, une insurrection mazzinienne avait avorté à Gênes ; un certain nombre d'individus avaient tenté de s'emparer de l'un des forts de la place ; arrêtés et désarmés aussitôt, ils avaient avoué que leur intention était de constituer à Gênes, ainsi qu'à Livourne, où un coup de main analogue avait également été essayé, des centres d'insurrection destinés à appuyer l'expédition malheureuse de Pisacane. Celui-ci, on le sait, après s'être emparé par surprise et en pleine mer du bateau le Cagliari, s'était jeté sur les côtes napolitaines, où il fut massacré avec ses camarades par la garde urbaine ^ Exploitant habilement la triste impression que ces entreprises avaient produite en Piémont, le parti clérical avait réussi à obtenir un demisuccès dans les élections générales qui se firent dans l'automne de 1857; seulement il l'avait obtenu au moyen d'intrigues si peu déguisées et si illégales, que la Chambre, à peine réunie, ordonna aussitôt une enquête sur les élections. Par une réaction naturelle contre les menées cléricales, le parti libéral, durant la phase électorale, avait redoublé d'efforts, et, s'animant au jeu, s'était sensiblement rapproché

1. Les conjurés avaient signé, avant leur débarquement, une déclaration où se Usaient ces mots : « Si le pays ne répond pas à notre appel, nous saurons, sans le maudire, suivre les nobles phalanges des martyrs italiens et mourir en hommes forts. Qu'une autre nation dans le monde trouve de même des hommes qui s'immolent à sa liberté, et alors seulement elle pourra se dire Tégale de Tltalic, quoique l'Italie soit asservie encore. »

des hommes qui, sans être des républicains, passaient pour les plus avancés; ceux-ci étaient donc pour le moment plus iriHuents qu'à Tordinaire. Il en résulta que, sans repousser absolument le projet de loi Deforesta , les bureaux de la Chambre nommèrent pour l'examiner des commissaires dont cinq sur sept appartenaient à la gauche. Après avoir tenu plusieurs séances auxquelles les ministres assistèrent, après avoir demandé et obtenu la communication de quelques pièces diplomatiques, la commission nomma rapporteur M. Lorenzo Valerio et conclut au rejet de la loi. La minorité de la commission, composée de MM. Buffa et Miglietti, chercha vainement à faire adopter du moins un contreprojet.

La discussion publique s'ouvrit le 13 avril. M. Solaro délia Margarita lui d'abord un discours contre le projet de loi. Par une manœuvre trop fréquente chez les partis, le parti dont M. Solaro était le chef repoussait une loi conforme au fond à ses idées, puisqu'elle mettait des restrictions à la liberté de la presse; il visait avant tout à renverser le ministère.

M. Mamiani fit ressortir la véritable portée politique du projet. Quelques mots de son discours doivent être cités ici : « Je ne suis ni ministre ni diplomate, et il m'est permis de dire des choses qui mourraient sur les lèvres du président du Conseil. Napoléon III a fait pour* l'Italie, sinon tout ce qu'il pouvait, du moins plus que tout autre prince. Descendant d'une famille italienne , il ne peut méconnaître.son origine. Et si je vous disais que je l'ai vu de ipes yeux prendre les armes et combattre pour la cause nationale, en chantant des hymnes à la liberté et à l'indépendance de l'Italie? Lorsque la République fran(;aise voulut la restauration du gouvernement papal, le président fit exécuter cette décision; mais lors du congrès de Paris, il fit remarquer la nécessité d'apporter un remède aux douleurs de l'Italie* 11 est maintenant dans le moment le

plus solennel de sa vie. Il a deux routes devant lui : il peut continuer à se soutenir par la répression, ou inaugurer un ordre de faits grandioses et d'entreprises généreuses qui prouvent que le maintien de son autorité est indispensable pour le bien des peuples opprimés. Je ne sui.s plus jeune, et je ne puis plus me bercer de grandes espérances ; mais je ne voudrais pas que ma conscience me fît un jour ce reproche : « La fortune voulait ouvrir à l'Italie « un chemin vers sa délivrance : ton vote et tes paroles oni « contribué à le fermer. »

M. Pareto fut d'avis que le ministère avait déjà trop cédé à la pression de la France par les rigueurs qu'il avait exercées contre les réfugiés; que la Chambre devait se garder de mesures si périlleuses pour l'indépendance et la dignité de la nation ; qu'on ne pouvait punir l'apologie de certains attentats sans se mettre dans l'obligation de proscrire les écrivains classiques, depuis Tacite jusqu'à Alfieri.

M. Farini approuva le projet de loi. Il excita l'hilarité de la Chambre lorsqu'il rappela que M. Solaro délia Margarita, ancien ministre de Charles-Albert et champion respectable de l'absolutisme, avait dit lui-môme dans son livre des Avvedimenti politki : a Rex 7ion injuste potest desirui, si potcslate regia abutetur.y) Il en conclut que la théorie du régicide n'était point le monopole du parti avancé, mais qu'elle avait servi

à tous les fanatismes. 11 s'attacha ensuite à démontrer que le Piémont devait tout faire pour ne pas tomber dans l'isolement, et que la France serait sa meilleure alliée.

Après une courte réplique de M. Solaro délia Margarita, qui répondit à M. Farini que le mot destrni ne correspond pas exactement au mot occidi, ce qui ne fît que redoubler la gaieté de la Chambre, M. BufTa établit que si à la vérité les lois restrictives doivent être rarement l'ouvrage du libéralisme, il convient cependant, lorsque les circonstances l'exigent, de ne pas laisser à la réaction des prétextes et des occasions de supprimer la liberté ; qu'en maintenant l'ex-

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traction des jurés au sort, on compromettait l'avenir de cette institution (elle n'était alors en usage en Piémont que pour les procès de presse) ; il ajouta que du moment où la loi contenait l'application d'un principe de droit reconnu par la conscience universelle, le risque de paraître céder au désir de l'étranger n'était pas une raison sérieuse pour la repousser; faisant enfin allusion à nos différends avec la cour de Naples sur l'affaire du Cagliari, il conclut que repousser la loi et renverser le ministère , ce n'était que répondre aux vœux de l'Autriche et du roi de Naples.

Après un discours d'opposition générale prononcé par M. Brofferio, M. Rattazzi défendit le projet au point de vue de la légalité. M. de Revel saisit l'occasion pour faire profession d'attachement au Statut, et déclara qu'il ne reconnaissait pas YArmonia comme l'organe de son parti; il accepta le projet de loi, en ajoutant toutefois que le ministère avait eu le tort de contribuer à le rendre nécessaire, son système tendant à entretenir l'agitation révolutionnaire en Italie.

Vint le discours du comte de Cavour, après lequel le résultat de la discussion ne parut plus douteux. Cependant elle dura encore plusieurs jours. M. Brofferio défendit M. de Lamartine et M. Bastide de l'accusation de n'avoir pas voulu venir en aide à l'Italie en 18ii8. Le général Lamarmora raconta le voyage qu'il avait fait à Paris à cette époque pour demander au général Cavaignac un officier qui prît le commandement de l'armée sarde.

Le reste du débat et la discussion des articles n'offrirent aucune particularité nouvelle. L'ensemble de la loi fut voté le 29 avril par 110 voix contre 42.

Le h juin, le Sénat vota le projet de loi à la presque unanimité (50 contre 55). Le comte Sclopis avait été chargé du rapport par la commission.

414 QÇUVRE PARLEMENTAIRE

Séance de la Chambre dos députés du 16 avril 1858.

Messieurs, la commission appelée a examiner celle loi a conclu au rejet par des raisons politiques et légales.

En réfléchissant à la gravité des accusations qui pèsent sur le ministère au point de vue politique, je m'étonne que la question ait pu être encore examinée du côté de la légalité; car si les reproches faits sur le premier chef sont fondés, si celte loi est le résultat de la pression étrangère, la dignité et rhqjineur du pays sont dès lors en jeu, et il est du devoir de la commission de rejeter le projet sans examen ultérieur. I^ meilleure des mesures, en effet, deviendrait mauvaise sous de tels auspices, et des lois imparfaites, émanées de la libre volonté du peuple, valent mieux que les lois les plus achevées que viendrait nous imposer une autre nation.

Oui, Messieurs, le premier bien d*un peuple est sa propre dignité; le premier devoir d'un gouvernement est de sauvegarder l'indépendance et l'honneur national; et le pays où ces précieux sentiments s'affaibliraient tomberait en décadence en dépit de toute la perfection de ses lois.

Pour ne s'être pas arrêté court à ce premier obstacle, il faut qu'on n'ait pas été bien sûr qu'il existait. Cq)endant l'accusation a été lancée par la commission au nom des bureaux de la Chambre, elle a été soutenue par l'honorable Solaro délia Margarita et par des membres de la gauche. Il faut qu'elle soit relevée.

Ma tache se borne, Messieurs, à la question politique. Quoique restreinte, elle est difficile et pénible pour moi ; difficile, parce que la liberté que ma défense exige s'accorde peu avec la prudence que je dois garder comme représentant du pays devant les puissances; douloureuse, parce que J'ai à toucher à des plaies que J'eusse voulu laisser en repos.

Cependant mon honorable ami, le député Rattazzi, m'a puissamment aidé en renvei'sant les objections juridiques élevées par la commission et en s'offrant généreusement à partager avec ses anciens collègues la respon- , sabilité politique de cet acte*. Cette détermination m'a vivement touché, et le ministère y trouve une ample compensation aux déceptions dont est semée toute carrière politique.

Le comte de Rcvel a émis un programme bien diffé- * rent, tout en at^firmant que la droite de la Chambre se déclarait sans arrière-pensée amie des principes constitutionnels, ce dont je la félicite de tout mon coeur. Il convient que de mon côté, pour faire apprécier à la Chambre les motifs qui nous ont guidés, je passe en revue le système politique en vigueur dans le royaume depuis l'avénement du roi Victor-Emmanuel II.

Messieurs, après le désastre de Novare et la paix de Milan, deux chemins s'ouvraient devant nous. Nous pouvions, pliant sous le destin contraire, renoncer aux aspirations qui avaient dirigé Charles-Albert pendant ses dernières années de règne, nous renfermer à l'étroit

1. M. Rattazzi avait quitté* le ministère le 15 Janvier précédent.

4iti OEUVRE PARLEMENTAIRE

dans nos frontières, fixer les yeux à nos pieds pour ne pas voir ce qui se passait au delà du Tessin et de la Magra» songer uniquement aux intérêts matériels et moraux du pays, recommencer enfin cette politique d*avant 1848. si bien décrite dans le Mémorandum de M. della Margarila, politique d'une prudence irréprochable et qui ne s'occupait guère que de Tinlérieur. Seulement, dans ce cas, je présume que nous aurions profité des expériences faites, que nous aurions renoncé à donner des subsides aux carlistes, à exciter le Sunderbund et à méditer des conquêtes au delà des Alpes pennines *.

Au contraire, nous pouvions, en acceptant toute la rigueur des faits accomplis, conserver vivante la foi que nous avaient inspirée les grandes actions du roi Charles- Albert, et en déclarant notre ferme intention de respecter les traités, maintenir dans la sphère politique Tentreprise vaincue sur les champs de bataille.

^\ Le premier parti offrait de grands avantages; on pou-

vait, en le suivant, alléger les conséquences des guenes funestes de 1848 et 1849 ; on pouvait restaurer plus vite les finances et épargner aux populations de nouvelles charges. Mais ce parti impliquait aussi une renonciation à toute idée d'avejiir, Tabandon des nobles traditions de la maison de Savoie, la répudiation de rhérilagc plein de douleurs et de gloire laissé par Charles-Albert. (Bien ! . Son généreux fils ne pouvait hésiter. Il choisit Taulre. (Marques de très-vive approbation.) £t pour commencer, peu de jours après être monté sur le tràne, il mit

1. L*tine des vues du cabinet La Margariia avait pour objet la réunion du Valais au territoire sarde.

à la léte de son conseil un iliuslre Italien dont le nom était tout un programme libéral et national, Massimo d'Azeglio.

Le ministère d'Âzeglio suivit donc le second des deux systèmes dont je viens de parler. Le but était, en premier lieu, de montrer à l'Europe que les Italiens pouvaient se gouverner eux-mêmes, que des libertés loyales et larges pouvaient se développer chez eux en. accord avec ces grands principes d'ordre social qui étaient menacés alors sur plusieurs points de l'Europe. En second lieu, il fallait soutenir, sur le terrain de la diplomatie, les intérêts des autres parties de l'Italie.

Le ministère d'Azeglio lendit avec prudence, mais avec résolution, vers ce double iut. Le premier fut bientôt atteint: avant de quitter le pouvoir, Massimo d'Azeglio eut la consolation de voir la loyauté et la franchise de son administration reconnues de tous les gouvernements d'Europe. Il avait rendu un, grand service à l'État et acquis un grand titre à la reconnaissance publique.

Les ministres appelés à lui succéder ne changèrent pas cette politique, mais ils cherchèrent à l'appliquer avec plus d'extension et de vigueur; non pas que le caractère des personnes y fût pour quelque chose, mais les événements avaient marché et permettaient de développer plus énergiquement les principes posés. Nous avons donc tâché, pendant ces dernières années, de dissiper les dernières préventions qui existaient à l'égard de notre pays, et nous n'avons perdu aucune occasion de nous faire les interprèles et les défenseurs des autres populations de l'Italie.

il8 OEUVRE PARLEMlwNTAlKE

Cette politique trouva dans la guerre d'Orient une de ces occasions; elle put s'y déployer à l'aise. Le traité d'alliance avec la France et l'Angleterre fut donc, jusqu'à un certain point, une conséquence de nos tendances nationales; car s'il est vrai, conime on vient de le dire ici, que le gouvernement ait pris part à cette guerre parce que c'était une guerre de justice, une guerre de civilisation, il est également vrai qu'il eut en vue d'accroître le renom de la Sardaigne et de lui donner de nouveaux droits à plaider dans les congrès européens la cause de l'Italie.

Nos espérances ne furent point trompées quant au crédit que la Sardaigne devait acquérir : cet accroissement de considération dont qous jouissons depuis la paix ne provient qu'en partie de notre diplomatie; la principale cause en est l'admirable conduite de nos soldats en Crimée. (Très-bien.)

Quant à la défense des droits de l'Italie, ce fut notre tâche au sein du congrès. Qu'il me soit permis de le redire après le discours de la couronne : c'était un grand fait que' la cause italienne fût soutenue pour la première fois par une puissance italienne.

Le député Solaro dclla Margarita veut que les difficultés où nous nous sommes trouvés après l'attentat du 14 janvier proviennent précisément de l'attitude que nous avons prise au congrès. — Vous avez appelé, dit-il, sur l'Italie l'intervention étrangère; aujourd'hui Ton se mêle de vos affaires malgré vous. — C'est fort mal interpréter notre conduite à Paris. Loin d'admettre l'intervention, nous avons solennellement protesté contre elle.

La note que nous avons remise aux ministres de France et d'Angleterre n'est qu'une longue protestation contre l'occupation de l'Italie centrale par l'Autriche. — Et l'incident de Naples? dira-t-on; n'est-on pas intervenu dans les affaires intérieures de ce royaume? — Je réponds que nous avons été entièrement étrangers à ce qui s'est passé à Naples. Les deux grandes puissances occidentales ont cru que l'état intérieur du royaume de Naples était de nature h les obliger de rompre leurs relations diplomatiques a\ec ce gouvernement; c'est une détermination où nous n'avons eu aucune part. D'ailleurs ce n'est pas intervenir dans un pays et exercer une pression sur un gouvernement que de rappeler les représentants que Ton a auprès de lui.

Non , nous n'avons rien à regretter de ce que nous avons dit au congrès. Les événement, depuis lors, n'ont fait que venir à l'appui de nos paroles; ce que nous avons affirmé de la situation de l'Italie est, par malheur, aussi vrai en 1858 que ce l'était en 1856, et si j'avais à me présenter de nouveau devant cette illustre réunion, je n'aurais qu'à répéter mes avertissements, en ajoutant qu'ils ont déjà reçu des confirmations sanglantes.

On n'a pas manqué de revenir aussi sur cette remarque, que nous n'avons obtenu, à la suite de la guerre d'Orient, aucun résultat positif. ,Ie redirai donc ce que j'ai dit souvent sur les résultats moraux de l'expédition et sur l'importance de la campagne diplomatique qui l'a suivie. Aujourd'hui, il n'existe peut-être pas un homme éclairé et impartial en Europe qui ne reconnaisse que la situation de l'Italie n'est pas tenable. Eh bien. Messieurs, si

l'histoire moderne prouve quelque chose, elle prouve qu'il n'est pas une transformation politique considérable, pas une grande révolution qui puisse s'accomplir dans l'ordre matériel si elle, n'a été préparée dans l'ordre moral, dans l'ordre des idées. (Marques nombreuses d'assentiment.) En opérant ce changement en notre faveur dans le monde des idées, nous avons fait plus que si nous eussions emporté plusieurs champs de bataille.

Je sais bien qu'on se plait ici à nier que nous soyons plus hautement appréciés qu'auparavant; les journaux des partis extrêmes, je le sais aussi, se montrent déloyaux et se rendent coupables à ce point qu'ils entreprennent chaque jour de démontrer à l'Europe que nous sommes en pleine décadence morale, intellectuelle et matérielle. Mais leurs efforts n'ont pas de portée au delà de nos frontières. Observez un fait : ce qui se passe chez nous excite en Europe un intérêt sans cesse croissant. A l'exception de la presse ultra-réactionnaire et de la presse autrichienne, toutes les feuilles européennes sont bienveillantes et empressées pour ce qui nous touche. Nos compatriotes qui voyagent à l'étranger, se présentant sous le nom de piémontais ou de sardes, sonf reçus partout avec cordialité. Le renom de notre patrie à passé l'Atlantique; les premiers citoyens de l'Athènes de l'Amérique du Nord, de Boston, nous ont envoyé un magnifique canon pour Alexandrie. On commence à nous connaître jusque dans l'extrême Orient. Vous auriez été émus comme je l'ai été, il y a quelques jours, si vous eussiez entendu de la bouche d'un digne officier de notre ma-

rîneS proche parent de Tun des hommes qui nient le plus violemment dans cette Chambre les progrès que fait le pays (on rit), le récit de l'accueil qu'il a reçu dans les mers des Indes; vous auriez été émus en apprenant que sur les rives du Gange, dans l'empire des Birmans, l'on vante la loyauté de notre Roi et les vertus de notre peuple, et Ton fait des vœux pour la prospérité de notre nation. (Bravo!) Je demande à l'honorable Solaro délia Margarita si, de bonne foi, pareille chose arrivait avant 1848. (On rit.)

Cette politique, j'en conviens, n'est pas sans péril. 11 était impossible de rester fidèle aux aspirations du roi Charles- Albert, à la liberté, à l'Italie, sans exciter le ressentiment des puissances qui ont en Italie des intérêts opposés. Ce ressentiment ne doit ni nous étonner, ni exciter nos récriminations; des intérêts contraires. ne peuvent manquer d'engendrer des dispositions peu cordiales. Je ne nie pas que cette situation ne mérite toute l'attention du gouvernement et du pays, d'autant plus que nos forces sont inférieures à celles des puissances auxquelles je fais allusion.

Comment donc nous prémunir contre le danger? Au moven des alliances. Nous avons lâché de nous unir étroitement aux puissances occidentales, qui n'ont pas en Italie des intérêts contraires aux nôtres. Le système des alliances est la base de la politique suivie par Massimo d'Azeglio et par ses successeurs.

Ici, je trouve sur mon chemin l'honorable Brofferio

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