‹ Œuvre parlementaire du comte de CavourChapitre 60 sur 69 · MÊME SUJET · texte numérisé non relu

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Séance da Sénat da 16 octobre 1860.

Messieurs les sénateurs , quand Thonorable sénateur Brignole a reproché au président du conseil de venir soutenir une politique de révolution condamnée par luimême en d'autres circonstances , je pouvais m*attendre à la discussion la plus animée. Si la politique du ministère eût été révolutionnaire, elle aurait trouvé dans cette auguste assemblée une nombreuse et forte opposition ; car le Sénat est le gardien respecté des grands principes consei-vateurs , le Sénat réunit les magistrats les plus renommés, les hommes les plus éminents et les plus indépendants, les gloires vivantes enfin de la moitié de ritalie. Si les intérêts conservateurs étaient menacés, les voix ne manqueraient pas ici pour rappeler le ministère h de plus sages déterminations. Souvent , dans les dernières années, loi^qu'en certaines discussions le ministère se montrait non pas révolutionnaire, mais hardiment réformateur, souvent il a vu des oppositions considérables s'élever contre lui dans cette enceinte. Aujourd'hui au contraire, tous les sénateurs qui ont pris la parole après Thonorafole Brignole ont appuyé la politique du ministère, tout en différant d'appréciation sur les moyens. Ceci prouve que les jugements de Thonorable Brignole ont été trop sévères , sinon injustes. Notre politique, en

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effet, à Fexaminer mûremeat, est en réalité éminesh ment conservatrice, dans le sens vrai du mot.

S'il est vrai que la politique qu'on appelle révolutionnaire est celle qui s'attaque aux racines de la sociêttf, qui a pour but de substituer aux principes fondamentaui de la famille et de Tordre civil ^es idées hasardeuses et pleines de périls, vous ne pouvez méconnattre que la marche constamment suivie par le gouvernement du R*>i lui a été absolument contraire. Comparez l'Italie de Hi< à ritalie de 1860; vous reconnaîtrez que les idées eitrémes, qu'on désigne vulgairement sous le nom de révolutionnaires, n'ont plus guère de pouvoir parmi nuu<.

L'Italie a donné en ces deux dernières années dts exemples admirables de sagesse civile, ainsi que de rempire sur elle des principes d'ordre» de morale, de ci>il^ sation ; nous pouvons tous dire avec orgueil qu*il n'eiL<t> pas de transformation politique dans l'histoire qui ait été accompagnée de moins de désordres , de moins Je trouble dans les ressorts sociaux, que n'en a produit le mouvement italien depuis quinze mois.

Un orateur éloquent vient de retracer le tableau dou* loureux qu'offraient les Romagnes sous le gouvernement pontifical; il n'a rien exagéré. J'ai pu proclamer 1^ mêmes faits en présence de la diplomatie européenne, ei la diplomatie, qui est loin de manquer d'indulgence pour les gouvernements établis, n'a point contesté la vérité ih^ mes paroles. Ce mauvais gouvernement est tombé sâib qu'une réaction se soit produite. Les Romagnols libres n'ont pensé à se venger ni des castes , ni des homnie^ de l'oppression pendant les longs mois où l'Europe \^

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abandonna à eux-mêmes. Le même fait s'est reproduit en Toscane et dans les duchés. L'une des villes de TÉmilie seulement a été la scène d'un attentat très-regrettable^ qui excita partout la réprobation en Italie.

D'où sont venus ces grands résultats? De ce que le seul gouvernement qui soit resté libre, après 1848, de toute influertce étrangère, le seul qui ait pris en main le dra- ^peau national. Ta porté haut, ce drapeau, devant tous les Italiens, en déclarant qu'il lutterait par tous les moyens réguliers pour la cause de Tindépendance et du progrès civil. Alors disparut la contradiction qui existait dans les esprits entre Tidée d'un gouvernement régulier et l'idée de la tyrannie , de la force , de la négation des sentiments généreux de la nation ; le sentiment de l'ordre, la notion juste d'un véritable gouvernement se firent jour dans les masses. A peine quelques débris des sectes de 1848 ont-ils reparu à Bologne : la population a fait rentrer aussitôt dans le silence ces restes d'une époque de triste mémoire.

Mais peut-être est-ce surtout ce qui se passe à Naples et à Rome que blâme le sénateur Brignole-Sales. Messieurs, j'en conviens, les faits qui se sont produits dans l'Italie du centre et du midi ne peuvent pas être jugés d'après les règles que l'on enseignait dans les écoles au temps où le sénateur Brignole les fréquentait. Il est évident que si l'on veut faire entièrement abstraction du droit des peuple^, que si l'on ne veut pas' reconnaître à la société le droit de réagir contre une domination deve-

i. L'assassinat d*Anviti à Parme.

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1p^ (nw mflAiisante, rim n'eio^éobe dja MAiaer ce qui s'fiA ffisisé (}aii« riUUie du su4. Mais, comme oo Ta dit ici noièm^, il faut, daas uoe appréciation de ce geiuti compléter par les maximes tirées du droit des peuples les préceptes de rancien droit public.

Le gouvernement du Roi ne pouvait rester insensible à la misérable condition de l'Italie méridionale. La réunidn de la Lombardie au Piémont, les changements opére^ 4ans l'Italie centrale rendaient cette condition plus diir^ qu'elle ne Tavait jainais été ; le contraste entre des ngimes si divers exaspérait des douleurs déjà trop cuisanto>. Poussé par un vif désir d'améliorer le sort des contiv»*^ du sud, de faire faire un pas de plu^ à l'œuvre de Tiu dépendance et d'éviter des catastrophes nouvelles, li gouvernement adressa des conseils sincères, loyauA utiles au jeune prince qui montait sur le trône de NapK dams le temps où la guerre suivait son cours, ainsi qu a vénérable pontife de Rome. Ces conseils furent repousN d'une manière absolue.

Ils étaient pourtant d'une modération qu'on peut qu liQer d'excessive, lis signalaient au jeune souverain moyen d'échapper à une catastrophe inévitable : c tt: de se décider à prendre part à la lutte nationale penda qi;ie son concours pouvait encore être efficace. Le roi Najples ayant jugé qu'il ne devait ou ne pouvait pas chi\ ger l'ordre de choses établi par son père, il devint évidt qu'à une époque plus ou moins éloignée une révoluli éçlatewt dans ce royaume. Il était absurde d'imagii que neuf millions d'Italiens pussent longtemps res soumis à un régime ennemi de tous les sentiments les p

éjevés et f es plqs généreux de la nature bji^iQaio,e, tandis qu'à peu de distance, en Italie même, il existait jun f4^ de onze millions d'hommes où la liberté pouvait largement se déployer, où le sentiment national avait pleine carrière.

Cette prévision fut justifiée quelques mois plus tard» lorsque la révolution de Sicile, aidée d'unç poignée de volontaires conduits par up chef héroïque, renversa en quelques semaines tout un édifice politique appuyé par cent mille baïonnettes régulières. Chacun put apprécier alors la faiblesse réelle de la monarchie des Bourbons, qui avait suivi h la lettre toutes les traditions de ces États qui ne veulent pas changer de principes pendant que les siècles changent. S'il faut entendre par gouvernement révolutionnaire un gouvernement qui est dans l'impuissance de résister à la révolution , c'est celui de Naples que l'honorable Brignole devait qualifier ainsi, et non pas le notre. (Hilarité.)

Mais que pouvions-nous devant des faits semblables? Il était incontestable qu'un gouvernement qui n'avait pu disputer son existence à une poignée de volontaires manquait des conditions indispensables à la vie d*un État. Une restauration à Naples ne pouvait s'opérer par les seules forces du souverain; il fallait, pour l'imposer, une intervention étrangère, c'est-ù-dire le malheur le plus grand qui put arriver à f Italie. Ce pouvoir était mort moralement; 41 avait lui-même reconnu sa propre déchéance en quittant la capitale sans tirer un coup de fusil. Que devaient faire le Roi et son gouvernement? Abandonner au caprice des événements cette noble partie

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de l'Italie? Laisser se développer dans le sud, au sein d'un étal de choses précaire et transitoire, les çerme:^ de révolution anéantis dans Fltalie du nord? Non; ils ne le pouvaient pas.

En prenant résolument la direction des affaires politiques du sud, le Roi et son gouvernement ont empêché que le mouvement national ne se fourvoyât ; ils ont empêché que les circonstances oxceplionnelles où Naples se trouvait après la révolution ne tissent surgir ces factions qui avaient (ait tant de mal à Tltalie en 1848. >iotre intervention, visant non pas à imposer aux auti^es Italiens un système préconi^u, mais à les faire délibérer librement sur leur sort, ne fut pas un acte révolutionnaire; ce fut au plus haut point un acte conservateur.

Est -il plus difficile de justifier ce qui s'est passé dan> les États romains? Non, Messieurs. 11 est incontestable, même pour les plus tendres partisans des droits du saintpère, que les États pontificaux, placés entre ritalie supérieure jouissant de sa liberté et Tltalie méridionale en révolution, ne pouvaient tenir. En vain le gouvernemeiu papal avait-il fait appel je ne dirai pas aux sentiiiientï^, mais aux préjugés religieux de tout Funivers catholique, afin de réunir autour de lui quelques étrangers pour h^ défense de ses provinces. Cette armée, bien qu'il s'\ trouvât des braves, bien qu'elle fût commandée par uu général renommé, n'aurait pu former un rempart sullisanl contre la pression révolutionnaire d'un côté, et il l'autre contre le mouvement qui eût entraîné irrésistibkment une grande partie des Italiens du nord à déli\ i et leurs frères demeurés sous la domination ecclésiastiijuc.

Los destinées du pouvoir temporel dans TOmbrie et les Marches étaient accomplies du moment où le reste de l'Ilalie, du Pô au jïolfe de Messine, était rendu à la liberté. Je ne nie pas que le pape n'eût pu résister quelque temps, mais le résultat final n'était pas douteux.

En présence de cette situation, le gouvernement du Roi devait aviser; il devait prévenir les égarements révolutionnaires, les incidents hasardeux ; il a donc jugé que c'était à lui d'accomplir ce grand acte de justice, d'effacer du milieu de l'Italie l'opprobre qu'y perpétuait l'appui prêté par des mercenaires étrangers au joug de fer de rautori!é romaine.

Je ne sais si nos procédés ont été parfaitement réguliers, mais je sais que le but est sacré et qu'il justifiera peut-être ce qu'il peut y avoir eu d'anormal dans lès moyens. (Approbation.)

Dans rOmbrie et les Marches comme dans les autres provinces, nous ne sommes pas allés établir la révolution et le désordre, mais la bonne administration, la légalité et la moralité publique. Quoi qu'on ait dit, je proclame avec certitude (et l'Europe éclairée et libérale confiimera mes paroles) que jamais guerre ne fut conduite avec plus de générosité et de justice. Il était naturel qu'une certaine irritation se fût produite dans ces pays contre des étrangers qui, sans être poussés par le sentiment du devoir ou par l'amour de leur pays, venaient raffermir un joug exécré. Cependant ces étrangers ne furent en butte à aucun procédé hostile du jour où ils eurent déposé le$ armes; le gouvernement n'aurait pas permis que la population se déchainAt contre les autorités dé-

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testées qui avaient pesé sur elle, mais il n'eut même pa« à l'eiiïpêcher. Le nouveau régime, satué, acclamé aver line joie enthousiaste, Ôt oublier jusqu'aux rancunes soulevées par l'ancien. Si dans quelques localités on a dû procéder contre certaines autorités ecclésiastiques , c\*>l qu'il est des provocations qui peuvent jeter l'érooi jusquedans l'armée la plus disciplinée du monde. Ainsi, quand vous saurez, Messieurs, que des prêtres ont refusé la sôpulfiire à de simples soldats morts avec honneur sur 1 • champ de bataille (sensation), vous ne trouverez paétrange que l'autorité militaire ait pourvu avec quelque énergie à ce que de tels scandales ne pussent se prësi?nter de nouveau. (Bien.)

Je vous ai exposé, Messieurs, que si en ces circonstances aussi exceptionnelles le gouvernement du Roi rr dû recourir à des mesures extraordinaires, il a été conduit dans ses résolutions par uii grand principe de natiin nalité qui est en même temps un grand principe de cou servalion.

Nous espérons pouvoir fonder l'Italie sur ces baso sacrées de l'ordre, de la légalité, et de l'esprit conseT'> a teur, mais de cet esprit qui maintient les principes pn^ miers de la société humaine en les développant à mesur que la civilisation progresse; nous voulons la conserva tion, mais la conservation par le progrès national, i Ap probation.)

En faisant de la sorte, nous rendrons un grand servit non-seulemenl à l'Italie, rappelée enfin à une vie noi velle, replacée à son rang parmi les nations et mise f état de travailler aux grandes tâches de la civilisiilin

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moderne, mais encore à toute l'Europe; car notls donnerons une force et une vie nouvelle, je le répète, aui principes conservateurs et libéraux qui sont Tancrè de salut de nos sociétés. Le principe monarchique sortira affermi de cette période laborieuse ; les idées subversives, qui ne comptent plus chez nous que quelques partisans exaltés, achèveront de perdre tout pouvoir, et tes puissances vraiment sages, en Europe, applaudiront à notre politique.

En prévenant les événements, en secondant ce qu'il y a de juste, de noble dans les instincts populaires, on rend les révolutions impossibles. Nous ne faisons que suivre les exemples que nous donnent, dans l'histoire moderne, ces princes et ces hommes d'État éclairés qui surent dé* tourner à temps les dangers des révolutions. Ce que nous faisons a été fait par les hommes d'État anglais, qui changèrent leurs lois économiques pour donner une satisfac* tion à la grande classe des consommateurs, et qui évitèrent ainsi les périls de 1848; par les Belges, qui, en se constituant libres et en persévérant dans les voies droites, ont su échapper aux mêmes dangers; ce que nous faisons, d'autres puissances en Europe le font encore, et je n'appelle pas révolutionnaires les gouvernements qui éloignent la révolution en réformant avec opportunité, mais bien ceux qui la provoquent en demeurant immobiles. Ainsi, la Prusse est réellement conservatrice lorsque, se mettant à la tête du mouvement germanique, elle va développant chez elle les institutions libérales. Nous espérons donc que notre conduite, une fois qu'elle aura été appréciée par l'opinion européenne, apparaîtra aux

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yeux de tous comme fondée sur les principes mêmes qui ont toujours porté les gouvernements éclairés à mettre un frein aux révolutions; Topinion générale sera pour nous, je n'en doute aucunement. Et c'est sur cette opinion que je compte pour l'achèvement de l'œuvre nationale ; car, lorsqu'elle aura reconnu la légitimité et les avantages de la régénération italienne , les deux grands problèmes qui restent sans solution ne seront plus si dif* ficiles.

Je ne dirai rien de Venise; les sentiments de celte assemblée n'ont rien de secret pour elle , et ils ont été assez hautement exprimés dans cette discussion. Mais je crois devoir une réponse aux observations d'un honorable sénateur sur Rome. Il parait avoir trouvé un peu imprudente l'espérance témoignée ailleurs * par moi, que. grâce à l'appui de l'opinion publique, la question romaine pourrait être résolue par un accord entre les Italiens ei le pape, de manière que Rome devînt en fait ce qu'elle doit être, la capitale de Tltalie régénérée.

Certes, je ne me dissimule pas les difficultés, et je ne conteste pas que les remarques de l'honorable sénateur ne soient justes ; à vrai dire, si je n'entrevoyais pas quelque changement à venir dans l'esprit de la cour de Rome mes espérances seraient peu assurées. >Iais j'ai la fenn» confiance. Messieurs, que la liberté largement entendui et loyalement pratiquée changera les n^ipports de Roni^ avec notre société civile.

Nous ne pouvons pas juger de l'avenir d'après le passé

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