M« Ferrari
posé par le gouvernement est tout différent de celui qui a été adopté pour l'Emilie et pour la Toscane. I^ orateurs qui m'ont précédé ont assez répondu à celte remarque. Mes honorables amis les députés Minghelli et Galeotti vous ont démontré que si l'annexion de la To^ cane et de l'Emilie n'a pas été accomplie immédialemenl après la délivrance de ces provinces , la faute n'en k pas aux populations, ni aux hommes éminents quellese donnèrent pour chefs dans la crise ; j'ajoute que cf ne fut pas non plus la faute du gouvernement du Rtit je parle ici du ministère qui nous a précédés aussi bits que du ministère actuel.
Élait-il possible, en effet, qu'immédiatement apn^ Villafranca, tandis que le traité de paix se négociait Zurich, le gouvernement du Roi se prêtât aux désii^ i la Toscane et de l'Emilie, qui voulaient Tannexion imoxdiate? Considérez la situation où se trouvait le pays, ; ne dis pas à l'égard de l'Autriche, mais de la Fraor. elle-même : vous reconnaîtrez que la réponse faite pari Roi à Turin aux députations de la Toscane et des dachés, et à Milan à celle des Légations, loin d'être l: acte de timidité et de modération , était d^une hardiesextrême ; aller plus loin eût été de l'étourderie.
Pas plus le lendemain que la veille de la signature 1 traité de Zurich, le gouvernement ne pouvait accepi ces annexions. Les temps cependant devenaient plusprpices, lorsque survint la proposition fort inattendue, • bientôt acceptée par toutes les grandes puissances, d'i congrès européen où devaient s'établir des conféreiH sur la base, proclamée par deux de ces puissances. !
principe de non-intervention, c'est-à-dire, en définitive, du respect des vœux des Italiens.
Pendant que la réunion de ce congrès était attendue, et qu'on en espérait des résultats favorables à l'Italie, il aurait été imprudent, il aurait été insensé de précipiter un acte d'union que les gouvernements les plus sympathiques à notre cause nous conseillaient de différer.
Sur ces entrefaites, la réunion du congrès étont devenue peu probable, le ministère qui était alors au pouvoir I se résolut à envoyer immédiatement une mission à Paris i et à Londres pour hâter l'annexion. C'est une décision que je ne puis désapprouver, puisque j'acceptai aIoi*s de î représenter le gouvernement dans ces deux capitales. La . mission ne put s'effectuer; mais si une crise ministérielle se produisit à ce moment, je puis affirmer ici, sans crainte 1 d'être démenti par personne, qu'elle provenait exclusivement de causes intérieures, et que la politique étrangère n*y avait aucune part. Ces causes, je ne les rappellerai i: pas; je voudrais que le souvenir en fût effacé dans toutes les mémoires. (Applaudissements.)
Le nouveau ministère s'empressa de préparer l'annexion. Comme celle-ci était vue de mauvais œil par la diplomatie , il parut sage d'associer le Parlement à ce grand fait; et en conséquence, après le plébiscite, les dictateurs de l'Emilie et de la Toscane furent invités à faire procéder sans retard à l'élection des députés, et l'on appela les représentants de ces provinces à siéger tous ensemble avec nous dans celte enceinte.
En agissant ainsi, je l'avoue sans réticence, nous nous sommes écartés de la légalité stricte, nous avons commis
5^ GCUVBE PARLEMENTAIRE
UQ acte inconstitutionnel ; nous n'avions pas , en droit absolu, la faculté d'inviter les représentants de l'Emilie et de la Toscane à siéger au Parlement, pour délibérer avec les représentants des anciennes provinces (et je compte parmi celles-<;i la Lombardie), pour prendre paît au vote sur l'annexion des provinces nouvelles.
Votre vote unanime a sanctionné cet acte.
S'il était nécessaire, pour assurer l'annexion du sud de l'Italie, de commettre d'autres illégalités, je suis persuadé que le ministère, malgré la présence dans sos sein de deux jurisconsultes éminents, prêtres zélés de Thémis (hilarité), en prendrait la responsabilité; mais grâce au ciel, on peut s'en dispenser. La réunion de c& provinces rencontre des obstacles, mais des obstack^ différents de ceux qu'on a eu à renverser pour les annexions passées.
Il n'y a pas de nécessité actuelle que cette annexi'^i soit consacrée d'avance par les députés de toute ritali*': dès lors, il vaut mieux, conformément à l'esprit de n*'institutions, procéder légalement, et faire que lorsque les populations du sud seront appelées à délibérer >i: Tannexion dans leurs comices, les députés des ancienot^ provinces (y compris l'Emilie et la Toscane) aient dr;: émis leur vote sur cette grande question.
On a tort de dire que, le contrat n'étant pas condc la Chambre ne sait pas ce qu'elle vote ; car nous ne v^ nous pas vous demander la moindre latitude, le moind* pouvoir discrétionnaire quant à la teneur du pa< d'union. Ce que vous voterez, c'est l'annexion sans os dition de l'Italie méridionale. Nous ne pouvons nous êc^'
ter (l*une virgule de ce texte inscrit dans la loi. Vous ne sanctionnez donc pas un traité à conclure, vous tracez au ministère une règle positive, invariable pour le conclure.
Ainsi formulé , votre vote aura de grands et heureux résultats. En autorisant le gouvernement à accomplir Tannexion, vous établirez avec solennité que Tannexion ne doit pas être conditionnelle. Je ne m*exagère pas l'importance du parti municipal à Naples et en Sicile ; il ne compte qu'un petit nombre d'hommes, distingués, mais isolés. Pourtant un vote solennel du Parlement rendra plus facile encore et moins contestée celle sentence que les populations du midi vont être appelées à prononcer sur leur sort.
Je crois avoir démontré qu'on ne saurait invoquer en ceci les précédents de l'année dernière. Il me reste à traiter le sujet le plus délicat de cette discussion, à parler du vote de confiance. (Écoutez!)
Quelques orateurs ont donné à entendre qu'en venant vous demander un jugement sur sa politique, le ministère voulait constituer la Chambre juge entre le général Garibaldi et lui. L'honorable Sineo a parlé comme si l'illustre général eût été traîné à la barre de celte Assemblée et qu'il eût besoin ici d'un défenseur. Non, Messieurs : loin de manquer d'égards envers le général Garibaldi, le ministère, en portant devant la Chambre la question de confiance, a rendu au général l'hommage le plus éclatant qui puisse être rendu à un citoyen.
Un dissentiment profond s'est produit entre le général et le ministère. Ce dissentiment, nous ne l'avions pas
provoqué ; Tamiral qui alla opérer auprès du général à Palerme pourrait dire, s'il n'était absent de cette Chambre pour des raisons de service publies quelles étaient alors ses instructions soit ofGcielles , soit confidentielles, ^'ous n'avions pas provoqué ce dissentiment; une fois qu'il se fut produit, le ministère fit tout son possible pour le tenir secret. Quand un écrit public, quand une mission solennelle, en quelque sorte, le révéla, le gouvernement du Roi jugea le cas assez grave pour que son devoir fùl de demander au Parlement si la scission survenue i\^ modifiait point le Jugement porté par lui peu de moii auparavant sur notre politique. Il me semble que cetti façon d'agir, loin d'être injurieuse au général, est hau tement honorable .pour lui. (Bien.)
Que pouvait faire le ministère? Passer outre sans ^ voir si le Parlement ne partageait point les idées i Garibaldi sur sa politique? Si nous avions fait cela, o nous aurait reproché avec raison de n'avoir pas cui suite le Parlement dans une circonstance aussi critiqu
Vous aviez, nous dit M. Mellana, un autre parti, ui noble résolution à prendre : vous deviez vous retin Le conseil n'est pas entièrement mauvais, mais ce u pas au moment dont parle M. Mellana qu'il pouvait ê
suivi. Aux derniers jours du mois d'août, quand désaccord n'était encore que latent, le ministère, préoccupant des suites qu'il pouvait avoir s'il vena éclater, délibéra à l'unanimité de soumettre le cas i couronne. Les hommes qui versaient, comme dit l'^
i. Uamiral Persano. Ancône venait d*êtro prise.
norable Chiaves, le fiel et le vinaigre dans le cœur blessé de rillustre général , avaient beaucoup plus d'influence sur lui que ceux de ses amis qui, en bons citoyens, tâchaient de calmer ses ressentiments : nous représentâmes au souverain les perspectives inquiétantes qu'ouvrait un tel état de choses, et nous lui déclarâmes que peut-être fallait-il prévenir des éventualités fâcheuses en changeant, non pas certes de politique , mais de ministres. Après mûres réflexions, le Roi jugea qu'un changement de ministère en dehors de Faction des Chambres, et sans aucun motif politique, ne pouvait qu'affaiblir le gouvernement au dedans et à l'extérieur. Sa Majesté invita donc les ministres à res'er à leur poste. Ils obéirent, e^érant que leur désaccord avec le général ne paraîtrait pas au grand jour. 11 éclata sans que nous pussions l'empêcher. Dès lors, il ne nous était plus permis de renouveler l'offre de notre démission ; car si la couronne fût venue à changer de conseillers à la requête d'un citoyen, quelque illustre et bien méritant qu'il pût être, elle aurait porté un coup mortel à notre système constitutionnel. (Bravo.) Le général Garibaldi, je le veux bien, est dans une autre condition que les généraux Fanti et Cialdini; mais s'il est dictateur à Naples, il est citoyen comme nous, et il a, comme nous, juré le Statut. (Très-bien.)
Ne pouvant plus donner nos démissions, nous ne pouvions que convoquer le Parlement. Nous Tavons fait, pensant que c'était le seul moyen de faire cesser le désaccord. Oui, en venant franchement vous faire connaître )a situation, en vous demandant un jugement non pas sur la conduite du général Garibaldi, mais sur notre po-
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ti tique, nous arriverons à ce résultat : que si votre vote nous est conlrairei la crise ministérielle s'accomplira, mais en conformité des grands principes constitutionnels; et que s'il nous est favorable» il agira sur rame généreuse du général Garibaldi. (Bien.) Nous soinme> sûrs (avec force) qu'il en croira les représentants de la nation plutôt que ces mauvais citoyens dont le triste travail est de séparer des hommes qui ont énergiquetncnl et longtemps lutté pour la cause nationale. (Applaudissements.) Si vous nous accordez votre vote, nous, animés toujours d'un égal • esprit de conciliation , exdiî^ même dans nos désirs de concorde par les nobles pamlo qui ont été prononcées ici, nous irons au-devant du général Garibaldi; lui montrant l'ordre du jour propoM» par votre commission S et auquel nous nous associons d*^ grand cœur, et lui montrant aussi le vote de confianci' qui nous aura été accordé par le Parlement, nous inviterons le général, non pas en notre nom, mais au non* de l'Italie, à nous tendre la main. (Yifs applaudissements.)
Je viens de dire pourquoi nous portons devant 1< Chambre la question de confiance. Je devrais flnir ici mais je dois donner quelques explications qui m'ont et
1. Ainsi conçu : « La Chambre des députés applaudit à TtVlatjnt valeur de l'armée de terre et de mer et au généreux patriotÂsme de* t< lontaires; elle atteste Tadmiration et la reconnaissance nationaU^s poi rhrroîquc gf'méral Garibaldi, qui, secourant avec une hardiesse nia^n: nimc les peuples de la Sicile et de Naplcs, rendit aux Italiens, au nf>i de Victor»Emmanuel, une si grande partie de Tltalie. » Cet ordre du j<>i fut approuvé à Tunanimité, immédiatement avant la votation de Kt l( qui autorisait le ministère à effectuer la réunion des provinces du su< (11 octobre.)
DU COMTE DE CAVOUft. 567
demandées dans les séances précédentes. J'ai d'abord un mot à répondre au député Ferrari, qui a dit qu*en adop* tant la proposition du ministère, Ton rendait probable la cession d'une nouvelle partie de Tltalie.
J'ai dit, et je crois inutile de le répéter, que jamais il n'a été question, et d'aucune manière, directement ou indirectement, de rien de semblable. Cependant tenonsnous-en à la possibilité matérielle du fait : il est incompréhensible que pour prévenir une diminution de territoire, on veuille perpétuer la division, pour ne pas dire la discorde, en Italie. Mais faites l'annexion, et toute cession deviendra impossible; faites-la, et le traité du 24 mars ne pourra plus être invoqué comme précédent, car une telle demande ne serait plus faite à un petit peuple de cinq millions, mais à la grande nation italienne, forte de vingt-deux millions de citoyens; faites-la, et si le ministère change , quels que soient nos successeurs sur ce siège, à quelque partie de la Chambre ou du pays qu'ils appartiennent , ils sauront répondre en dignes descendants de Capponi. (Applaudissements prolongés.)
Des doutes ont été soulevés^ des explications demandées sur deux points douloureux et délicats : Rome et Venise. Je pourrais me taire et m'envelopper dans la raison d'État; mais, en ce siècle de publicité, je crois qu'il vaut mieux que les gouvernements et les assemblées manifestent ouvertement leurs vues. Sur la- question présente, pratique, nous sommes tous d'accord. Nous sommes tous d'avis qu'il ne sera ni opportun ni convenable que nous allions à Rome tant que les troupes françaises l'occuperont. Reste ta question d'avenir.
C*est une chose grave, pour un ministre, d^émettK son opinion sur les grandes questions qui appartienoent aux temps futurs ; cependant un homme d'État digne de ce nom doit avoir devant lui certains points immuable qui soient comm*e son étoile polaire, qui le guident dans son chemin et dont il ne détache jamais son regard, tout en se réservant le choix de moyens appropriés aui circonstances.
Durant les douze dernières années, Fétoile fixe du rc Yictor- Emmanuel fut Tidée de Tindépendance natii>nale ; quelle sera cette étoile , cette idée pour Roœe* C'est que la Ville éternelle, sur laquelle vingt-cinq à^ clés ont accumulé toutes les sortes de gloire » devienih' la splendide capitale du royaume italique. ( lounense applaudissements.)
Cette réponse ne suffira peut-être pas aux înterpellaDU qui demandent quels moyens nous entendons employi^ Je pourrais dire : je répondrai si d'abord vous me fail«î^ savoir dans quelle situation seront dans six mois ritab et l'Europe.* (Hilarité et marques d'adhésion.) Si vous Dr me fournissez pas ces données, ces termes du problèoe. je crains que ni moi ni aucun des mathématiciens del^ diplomatie ne soit capable de trouver l'inconnue qiioYoi> cherchez. (On rit.)
Si pourtant je ne puis indiquer les moyens particuliers à adopter, je puis dire quelles doivent être \^ grandes causes qui amèneront la solution désirée.
J'ai affirmé et je vous répète que la question de Romt ne peut, à mon avis, être résolue par Tépée. L'épée e^i nécessaire et le sera encore pour empêcher que des éle-
ments hétérogènes ne viennent se mêler aux éléments propres du problème; mais c'est par des forces morales que celui-ci doit surtout ètrç résolu. Quelles sont ces forces?
Ici , j'empiète un peu sur le terrain de la philosophie et de rhistoire (hilarité) ; mais puisque je suis entraîné sur ce terrain, je dirai ma pensée tout entière.
Je crois que la solution de la question romaine viendra de la conviction toujours croissante, dans le sein de la société moderne et même dans la grande société catholique, que la liberté est hautement favorable au développement du véritable sentiment religieux. (Très-bien.)
Je crois fermement que cette vérité triomphera avant peu. Nous l'avons vue reconnue par les partisans les plus passionnés des idées catholiques; nous avons vu un écrivain illustre, dans un moment de lucidité^, démontrer à l'Europe, en un livre qui a fait du bruit , que la liberté avait été très -propice au réveil de l'esprit religieux. C'est une vérité d'ailleurs dont nous fournissons nousmêmes les preuves. Je n'hésite pas à affirmer que le régime libéral qui se développe dans cette contrée subalpine depuis douze ans est très favorable aux progrès du sentiment religieux ; je me crois en droit de déclarer qu'aujourd'hui ce sentiment est plus vif, plus sincère en Piémont qu'il ne l'était il y a douze ans. (C'est vrai!) Je me crois dans le vrai en assurant que si le clergé a moins de privilèges , si le nombre des moines est bien moindre, la vraie religion a bien plus d'empire sur les esprits qu'à l'époque où l'on montait aux emplois et aux honneurs en flattant une certaine fraction du clergé et en
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fréquentant hypocrilemenl les églises. (ApplaudisBeaMBb.
Ceux d'entre voas qui n'ont pas habité les andoiiii^ provinces sardes peuvent s'assurer du fait au sortir it cette assemblée. Il vous sera confirmé par tous les vênrâbles pasteurs de celte ville , bien que la capitale •: Piémont n'ait pas eu la bonne fortune de voir a la lê;c du diocèse un de ces pasteurs éclairés XM)innie il s'en nrih contre dans des cités très-proches de nous, et qui saver* concilier les principes de liberté avec les préceptes rebgieux. (Applaudissements.)
Lorsque cette opinion sera généralement accueiDie. Messieurs, et elle ne tardera pas à l'être (la conduite ilr notre armée , l'attitude de notre prince magnanime y aideront elles-mêmes), quand cette opinion aura pris as^i de consistance dans l'esprit des autres peuples et aur^ pénétré au cœur des sociétés, la grande majorité des e^ tholiques éclairés et sincères, je l'affirme sans hésîtatior . reconnaîtra que l'auguste chef de notre religion peu exercer avec plus de liberté, plus d'indépendance ni sublime office, entouré de l'amour et du respect >!> vingt -deux millions d'Italiens, que gardé par vingtcinq mille baïonnettes. (Applaudissements.)
J'arrive à Venise. (Profond silence.)
Quelque ardente que soit l'affection qui nous attaoti tous à cette grande martyre, tous nous reconnaissûB^ que la guerre contre l'Autriche serait impossible en o moment. Impossible, parce que nous ne sommes pas organisés ; impossible , parce que l'Europe ne le veut pît. Je sais qu'il est ici des hommes qui font peu de cas d* l'opposition des cabinets; je ne suis point de ce nombre,
cl jo leur rappelle qu'il a toujours été fatal aux princes el aux peuples de ne pas teair compte de ce que veulent les puissances. D'énormes catastrophes sont venues d'un trop grand dédain pour les sentiments des autres nations. Au commencement de ce siècle, le plus grand capitaine des temps modernes ayant mis sous ses pieds l'opinion européenne, tombe, malgré son génie extraordinaire et ses immenses ressources, après quelques années de règne, et retombe une seconde fois pour ne plus se relever, sous les efforts réunis de l'Europe. Plus récemment, un autre empereur, qui comptait, lui aussi, ses soldats par cent mille, et des soldats d'une valeur à nulle autre seconde, méprisa les avertissements des puissances et voulut trancher à lui seul son différend avec l'empire turc : il ne tarda pas à se repentir amèrement de n'avoir pas assez calculé la force des intérêts et des volontés de l'Europe. La même chose pourrait nous arriver si nous nous confiions uniquement à notre bon droit et h nos ressources, si nous ne nous occupions point des conseils qu'on nous adresse du dehors.
Mais aloi*$, me demande-t*on , par quel moyen résoudre la question de Venise? — D'une manière bien simple : en faisant changer l'opinion de l'Kurope.
Et cela comment? L'opinion de l'Kurope doit changer inévitablement. L'opposition que nous rencontrons maintenant n'existe pas dans les gouvernements seuls, mais aussi, il faut le dire, dans une grande partie des populations même libérales de l'Europe. Cette opposition contre Tentreprise de la délivrance de Venise vient de deux clauses :
D'abord, TEurope doute encore qae les Italiens soiest capables de se constituer en une nation forte et indëpesdante ; elle n*a pas une juste idée des ressources i(M nous disposons ; elle nous croit impuissants à accomidir seuls et par nous-mêmes une si grande entreprise. 0< idées, il dépend de nous de les rectifler. Organisoanous, prouvons qu'il n'existe parmi nous aucun genn^ funeste de désunion et de discorde; foimons un FJa* solide, qui puisse disposer d'une armée formidable, d uœ flotte puissante, et qui s'appuie sur le consentement ut^ nime des populations; alors l'opinion changera en Europe, et ils verront enfin la vérité, ces libéraux de dÎTe.*^ pays dont la pensée est perplexe ou incrédule touchas' les destinées de celte noble et malheureuse partie è l'Italie.
En second lieu, quelques-uns imaginent encore qu^ui^ réconciliation est possible entre les populations véDh tiennes et le pouvoir autrichien; mais cette illusion v se dissipant ; il est clair qu'il n'est pas de concession. ^ de faveur, pas de tentative d'accord qui puisse détourner les Vénitiens des aspirations qui les entraînent >e^ la grande famille italienne. Si cela a été vrai jusqu kt ce sera vrai de plus en plus à l'avenir, car le monè moral est régi par des lois analogues à celles du mond physique; l'attraction est en raison des masses, et plib l'Italie devient forle et compacte, plus l'attraction quVlt exerce sur la Vénétie est puissante, irrésistible. (Applaih dissements.)
Du reste. Messieurs, cette vérité a déjà été avootpar le gouvernement de Vienne lui-même. (Écoutei!
A Villafranca, Tempereur d*Autriche, je n'en doute aucunement, désirait sincèrement établir en Vénétie un régime de conciliation et essayer, par des faveurs, de rattacher moralement la Yénétie à Tempire. 11 s'y efforça pendant quelque temps, mais il dut bientôt reconnaître qu'il faisait fausse route, et il revint au système de compression. Je ne lui en fais aucun reproche : du moment où l'empire entend garder la Yénétie, une fatalité inévitable lui commande de maintenir le système de la cornpression et des rigueurs. (Assentiment.)
Quand ces vérités auront pénétré dans les esprits, dans les cœurs en Europe, elles exerceront, je l'espère, une grande inOuence.
Je sais bien ce qu'on va me répondre : que je caresse des rêves, que la diplomatie n'a point d'entrailles. Avant tout, en raison de ma charge, je repousse cette imputation. (Hilarité.) Mais, fùt-elle juste, je dirais: si les diplomates n'ont pas d'entrailles, les peuples en ont. Par le temps qui court, ce ne sont plus les diplomates qui disposent des peuples, ce sont les peuples qui imposent aux diplomates les travaux à accomplir. (Vif assentiment.)
J'ai donc la confiance que, lorsque la vérité ne pourra plus être sérieusement contestée , le sort déplorable de la Yénétie éveillera une immense sympathie non-seulement dans la généreuse France, dans la juste Angleterre, mais aussi dans la noble Allemagne (bravo!), où les idées libérales acquièrent d'année en année, de jour en jour plus de pouvoir. Je crois que le temps n'est pas loin où la plus grande partie de l'Allemagne témoignera qu'elle ne veut
plus être la complice du supplice de Venise. (Applaudiesements.)
Quand il en sera ainsi, Messieurs, nous serons à L veille de sa délivrance. Cette délivrance s'opèrera-t-elk par les armes ou par des négociations? la ProvideB" seule en décidera.
11 ne me reste rien à ajouter. Messieurs.
Je ne sais si je puis me flatter d'avoir dissipé fous ^doutes et persuadé tous les membres de cette Chami>r de la droiture des intentions du ministère, de Topportih nité de la poliiique qu'il vous conseille. J'espère totilfois que vous ne me taxerez pas de présomption >i i manifeste un ardent désir, une vive espérance que y»y^^ donnerez à cette loi un vote unanime; ce vole sera du grand effet aux yeux de l'Europe; il pourra, avec uiautorité incontestée, étouffer dans leur germe ces nmenées de discorde qui sont apparues dans les proviD<>^ méridionales, et qui risqueraient, si on les laissait y développer, de rendre irréalisable peut-être l'œuvre !i plus grande, la plus merveilleuse quil ait été iôui à un peuple d'accomplir. (Salves répétées d'applaudisements.)