‹ Œuvre parlementaire du comte de CavourChapitre 64 sur 69 · DANS LA MÊME DISCUSSION · texte numérisé non relu

DANS LA MÊME DISCUSSION

Séance de la Chambre des députés du 27 mars I86J.

Je dois manifester l'opinion du gouvernement du Koi sur les divei-ses propositions qui ont été adressées à la Chambre ; je crois en même temps qu'il est de mon devoir de répondre à quelques reproches qui m'ont été faits, et de donner quelques explications qui m'ont été demandées. Je pense que, dans l'examen même des propositions qu'on a formulées, je pourrai remplir cette double obli-

galion, e( répondre sinon à tous , du moins h la plupart des députés qui m*ont adressé la parole. Cependant je dois dire, dès le principe, que j'exclus en grande partie de cette réplique l'honorable député Ferrari; non pas que son discours n'ait été parfaitement convenable et parlementaire, mais il a porté la question sur le terrain des discussions théoriques, et il me serait difiicile de l'y suivre, soit par défaut de connaissances sufGsantes, soit parce qu'il faut que je m'occupe du côté pratique de la question.

Il y a néanmoins deux accusations qu'il a dirigées contre le cabinet et contre moi ; je leur dois une courte réponse.

L'honorable député Ferrari, se servant d'une flgure de rhétorique, et faisant allusion à un nom qu'il croyait que cette Chambre ne voulût pas entendre, a dit qu'il n'aimait pas les conspirateurs, même quand ils sont sur le banc de la présidence. L'honorable député Ferrari a donc voulu me faire l'honneur de me compter parmi les conspirateurs. (On rit.)

Je l'en remercie, et à cette occasion, je déclare à la Chambre que j'ai été pendant douze ans un conspirateur. (Oh ! oh ! ) Oui, Messieurs, pendant douze ans j'ai conspiré de toutes mes forces ; j'ai conspiré pour arriver à donner l'indépendance à ma patrie. Mais j'ai conspiré d'une façon singulière : j'ai conspiré en proclamant dans les journaux, en proclamant à 1a face du Parlement entier, en proclamant dans les conseils de l'Europe le but de ma conspiration. J'ai conspiré en cherchant des alHliés, des adeptes, et j'ai eu avec moi tout ou pres^que

tout le Parlement subalpin ; les années dernières , j'ai eu pour adeptes et pour compagnons presque tous les membres de la Société nationale, et aujourd'hqi je conspire avec vingt-six millions d'Italiens. (Applaudissements,)

L'honorable Ferrari, en outre, a expliqué la politique des annexions d'une manière curieuse; il vous a diU Messieurs : si le ministère fait des annexions, croyezvous que ce soit pour faire l'Italie? pas du tout; les annexions sont pour lui des expédients politiques, des stratagèmes pour éviter les difficultés intérieures. S'il a annexé Parme, c'est qu'en Lombardie certaines lois du précédent ministère avaient déplu; s'il a annexé Modène, c'est probablement a cause de ces fameux 33 centimes contre lesquels on a tant crié à Milan; s'il a fait l'annexion de la Toscane, c'est parce qu'il n'avait pas le courage de résoudre la question du mariage civil; et peut-être, s'il proclame maintenant que nous aurons Rome, c'est pour différer. la solution du problème ardu des régions.

Voilà comment l'honorable député Ferrari juge la politique du ministère. L'argumentation est fort ingénieuse, fort spirituelle ; mais on me permettra de ne pas la trouver très-solide.

Ce raisonnement ressemble à celui que ferait un soldat vieilli dans les casernes sans avoir jamuis fait la guerre, à un capitaine heureux qui, suivant rapidement rennemi, se trouverait forcé de négliger des détails du servic4i militaire; prenez garde, dirait-il, la tenue de votre armé*» n'est pas parfaite, la plupart de vos hommes sont mal vêtus, leurs armes ne sont pas bien nettoyées, votre ma-

lériel n'est pas complet. Le général ne s'en inquiéterait pas; au retour, quand même, après ses hauts faits, il montrerait à ses concitoyens des hommes en habits usés, des bataillons diminués, je crois qu'il n'en remporterait pas moins l'approbation universelle. (Très-bien!)

Cela dit, que l'honorable Ferrari me permette de prendre congé de lui, et un congé courtois, comme l'ont été les reproches qu'il m'a adressés dans la séance d'hier.

J'arrive maintenant à la discussion des ordres du jour. (Marques d'attention.)

En examinant les trois ordres du jour d'hier et les deux d'aujourd'hui, je trouve qu'ils s'accordent tous dans l'idée finale ; ils sont unanimes à vouloir que Rome soit acclamée capitale de l'Italie, et h presser le gouvernement de s'employer à la réalisation de ce vœu universel. Mais qu'on me permette de constater que, tant pour la forme que pour le fond, qucun de ces votes motivés ne résume, à mon sens, avec plus de précision et de clarté que l'ordre du jour Bon-Compagni les idées exposées si nettement par l'honorable auteur de l'interpellation, adoptées sans réserve par le ministère et favorablement accueillies par cette Chambre.

L'ordre du jour Bon-Compagni est en quelque sorte une réponse complète aux interpellations de l'honorable Audinot. En le dumontrant, je donnerai ces explications plus amples qui m'ont été demandées par plusieurs orateurs.

L'honorable député Audinot demandait, de la façon la plus positive, que le gouvernement fit connaître son

opinion, ses principes sur les affaires de Borne. A cela, j'ai répondu précisément comme répond Tordre du jour Bon-Compagni. J'ai déclaré que Borne devait être la capitale de ritalie; Tordre du jour Bon-Compagni proclame cette vérité. J'ai dit que Rome devait être la capitale de l'Italie et qu'on devait le proclamer immédiatement. Cette assertion a donné occasion à l'honorable député Chiaves de me faire, dans un fort beau discours, deux observations. Il trouve en premier lieu cette déclaration inopportune; il dit ensuite qu'elle est trop explicite, et croit nécessaire de m'interpeller sur la manière dont le gouvernement entend effectuer ce déplacement de la capitale.

L'honorable député Chiaves a pensé qu'une déclaration aussi précise que la mienne pouvait embarrasser les négociations que le gouvernement devra faire pour résoudre la question romaine. 11 croit que des motifs de prudence auraient dû conseiller au gouvernement de motiver l'annexion immédiate de Bome à l'Italie non point sur cette considération que Bome doit être notre capitale, mais sur des raisons de justice, d'humanité, sur des principes.

L'honorable Chiaves, qu'il souffre que je le lui dise, commet Ih une grave erreur. Je tiens ceci pour certain : si nous ne pouvions pas nous prévaloir de ce puissant argument : — que sans Bome pour capitale, TItalie ne peut se constituer déHnitivement et la paix ne peut s'établir sur des bases sûres, — nous ne pourrions décider ni le monde catholique , ni la puissance qui croit devoir ou pouvoir représenter plus spécialement le monde

catholique, à consentir à la réunion de Rome à Tltalie.

Pour le prouver, je ferai une hypothèse. Supposez que la résidence du souverain pontife, au lieu d'être à Rome, au centre de Tltalie, dans celte ville ou tant de souvenirs historiques sont réunis, fût située sur les confins de la Péninsule, dans une ville importante, si Ton veut, mais à laquelle aucun grand prestige historique ne fûl attaché; supposez, par exemple, que Tantique et cléricale Aquilée se soit relevée et que le pontificat y ait son siège; pensez-vous qu'il fût facile d'obtenir Tassentiment des puissances catholiques à la séparation du pouvoir temporel dans ce coin de la terre italienne? Non, Messieurs.

Je sais bien que Ton pourrait faire valoir, dans cette circonstance » le principe de non-intervention, le droit qu'ont les peuples de manifester leurs vœux, toutes les grandes maximes enfin sur lesquelles repose le droit international .

Mais les diplomates vous répondraient qu'en politique il n'est rien d'absolu, que toutes les règles ont leurs exceptions, que nous ne songeons certes pas à appliquer à toutes les parties de l'Italie le principe de nationalité, et que, pufsque nous consentons à voir Malte aux Anglais, nous pouvons bien consentir à ce qu'un territoire qui n'est point nécessaire à la constitution de l'Italie demeure soumis au domaine papal.

On ajouterait que l'intérêt italien, qui est d'un ordre secondaire, ne doit pas prévaloir sur l'intérêt général de l'humanité; et j'affirme à l'honorable Chiaves que devant ces arguments échoueraient les plus belles dis-

6» GEUYRB PARLEMENTAfHB

seriatîons faites au nom des principes et du droit; que le ministre des aflaires étrangères, eùt-il la bonne fortune d*être assisté de tous les professeurs de droit international qui sont au monde, ne parviendrait point à convaincre les diplomates avec qui il aurait à traiter, et qu'aucune négociation ne pourrait venir à bout d'une question ainsi posée. Je sais qu'en dernière analyse on pourrait pcpser à se servir de Targument du canon; mais nous sommes tous d'accord qu'il ne saurait être employé dans cette circonstance.

Je répète donc que proclamer la nécessité où se trouve ritalie d'avoir Rome, ce n'est pas seulement une chose prudente et opportune, c'est encore remplir une condition indispensable à la réussite des démarches que le gouvernement pourra faire pour arriver à la solution de la question romaine.

Il me reste à examiner la seconde objection de l'honorable Chiaves, qui voit des dangers à déclarer que la capitale doit être transférée à Rome. Si je voulais prendi^ à la lettre son discours, et particulièrement ce qu'il a dit sur la nécessité de préparer Rome à la haute fonction de capitale de l'Italie, je serais obligé de supposer que l'honorable Chiaves. veut qu'/)n fasse l'éducation du peuple romain avant que ce déplacement s'opère, c'est-à-dire

qu'on le retarde d'une ou deux générations.

Or, le différer ainsi, ce serait pour moi chose pire que d'y renoncer, ou du moins que de renoncer à déclarer dès à présent la nécessité de transporter notre capitale à Rome.

Je n'entends certes point, par la déclaration que j^ai

faite, lier le ministère quant à la date du déplacement et h la manière de Teflectuer. Je n*ai pas entendu qu'en votant Tordre du jour Bon-Compagni, en acclamant Rome pour capitale de ritalie, la (Ihambre s'obligeât à se mettre en route le premier jour où la nouvelle capitale sera libre pour aller sMnstaller dans je ne sais quel palais de Rome. (On rit.)

Il est évident que la translation de la capitale, quand elle sera possible, devra être Tobjet non-seulement d'une détermination du ministère, mais encore d'un vote du Parlement. 11 n'est pas dans les prérogatives du pouvoir exécutif de changer la capitale du royaume. Le ministère aura donc alors à étudier les difGcultés que présentera le déplacement, à proposer les moyens de les surmonter, à examiner si Tétat de l'Italie et celui de l'Europe ne conseilleraient point de différer pour quelque temps. Il appartiendra ensuite au Parlement de décider en dernier appel sur ce qui aura été jugé convenable, et c'est alors que le député Chiaves pourra proposer tout ce qui lui paraîtra être exigé par l'intérêt général.

Puisqu'on a soulevé la question de la possibilité de différer pour longtemps la translation de la capitale à Rome, je crdis devoir ajouter une considération.

Les orateui's qui m'ont précédé ont prouvé avec tant d'éloquen?e et par de si nombreuses raisons la nécessité de cette translation, que je ne veux présenter à ce propos qu'une démonstration , une de celles que les mathématiciens appellent démonstration par l'absurde. Imaginons donc qu > les choses se passent comme nos adversaires le veulent; voyons quelles conséquences s'ensuivraient.

624 OEUVRE PARLEMKNTAIRE

Pour montrer combien il serait funeste que la capitale ne fftt pas transportée à Rome sitôt qu'auront disparu les obstacles insurmontables qui existent aujourd'hui, je suppose que Rome, soit réunie à Tltalie» mais sans être notre capitale.

Je ne puis m'empêcher de prévoir que jusqu'à ce que la question eût été définitivement résolue, ou, à défaut de solution définitive, jusqu'à ce que le principe eût été affirmé et que le retard mis à sa réalisation eût été justifié par des raisons tout à fait majeures, l'Italie entière serait dans un état d'agitations et de troubles. Il y aurait une lutte ardente entre ceux qui voudraient aller à Rome tout de suite et ceux qui voudraient différer; et si, dans cet état de choses, il arrivait qu'à l'occasion d'une réunion du Parlement, 180 ou 200 députés de l'Italie méridionale , en s'acheminant vers la capitale actuelle , se trouvassent par hasard réunis sur l'une des places de l'antique métropole du monde, ne serait-il pas à craindre qu'une force occulte, irrésistible, les empêchât de continuer leur route? J'avoue que cette idée me remue, et que je ne serais pas sans appréhension dans une telle éventualité.

Je prie l'honorable député Chiaves de touloir bien y réfléchir; peut-être ensuite pensera-t-il avec moi que plus tôt nous pourrons aller à Rome, mieux cela vaudra: pourvu que ce soit sans exposer, bien entendu, la sûrelti de l'État, sans rendre plus difficile la dernière phase de la résurrection italienne, sans ébranler le gouvernement. Nous sommes bien d'accord aussi que cette translation s'effectuera avec toute la gravité, les précautions que

réclame un acte si considérable. J'espère que, cela admis, l'honorable Chiaves conviendra que le plus tôt sera le mieux pour rilalie.

Il me semble donc que Tordre du jour Bon-Compagni, qui acclame Rome capitale de Tltalie, répond pleinement aux sentiments exprimés par tous les orateurs dans cette Chambre.

Jusqu'ici ma tâche a été facile ; maintenant me voici de nouveau en présence des difficultés que j'ai rencontrées dans ravant-dernière séance, quand j'ai dû parler des moyens d'aller à Rome.

L'honorable Âudinot m'a paru satisfait des explications que j'avais données, et Tordre du jourBon-Compagni, en les résumant, appelle en quelque sorte sur elles la sanction de la Chambre.

J'ai dit quel esX le système que le gouvernemenl se propose de suivre pour résoudre la question romaine, et c'est, j'imagine, ce que désirait particulièrement Thonorable député Audinot; je ne pense certainement pas qu'il ait entendu que je viendrais raconter à la Chambre les détails des négociations qui existent ou qui pourraient exister, soit à Rome, soit à Paris, pour aplanir les diflicultes que ces affaires présentenf; je ne pense pas qu'il ait entendu que je communiquerais des dépêches ofTicielles ou conRdentielles.

Kn ce qui concerne les dépèches coufldentielles , l'honorable député Petruccelli ne voudrait cerlainement pas que j'en parlasse à la Chambre, que je vinsse dire : J'ai écrit une lettre conOdenlielle à Rome, pour tâcher de faire parler au théologien Â, à monseigneur B; j'ai écrit

026 GEDVRE PARLEHENTAIHE

à des personnes influentes, pour essayer d*agir sur Topinion publique à Rome.

Quant aux dépêches officielles, j'ai déjà dit mon sentiment Tautre jour ; mais puisque je suis ramené sur ce terrain, je veux dire un secret à la Chambre (hîlariié), un secret bien mal gardé, et dont plusieurs d'entre vous sont instruits tout comme moi.

Au point où en sont les choses, à la façon dont on mène les affaires aujourd'hui, les dépêches officielles répandent bien peu de lumière sur les négociations. Que voulez-vous? Depuis que presque tous les gouvernements, parlementaires et non parlementaires, ont pris rhabitude de communiquer aux Chambres ou de publier dans les journaux les dépêches des agents diplomatiques, ces dépêches ont perdu beaucoup de leur valeur ; Ton n'y fait plus aujourd'hui que résumer des faits plus ou moins accomplis. Autrefois, quand ces pièces ne devaient voir le jour qu'après la mort de celui qui les avait écrites, les affaires se faisaient par le moyen de notes à communiquer, de notes à lire, de notes verbales <» de toutes les armes que renferme l'arsenal de la diplomatie. Maintenant , quand on écrit une dépêche , el j'en ai écrit beaucoup, je dois dire qu'on est moins préoccupé de l'influence qu'elle aura sur le destinataire que de l'effet qu'elle fera sur le public européen, qui en sera bientôt juge. Il est un peu humiliant pour un ministre des affaires étrangères.de le déclarer, mailes dépêches publiques ressemblent en général h un article de journal plus qu'à autre chose. Il est vrai que la diplomatie prend sa revanche dans certains discours

parlementaires, qui sont d'excellentes notes diplomatiques.

Le ministère ne vous a pas fait connaître Tétat des négociations , si négociations il y a ; mais il vous a indiqué de la manière la plus claire, la plus précise, les principes de sa politique et les applications qu*il en veut faire; il vous a dit qu'il pense résoudre la question romaine en convainquant les hommes de bonne foi de la société catholique que la réunion de Uome à Tltalie ne portera aucun préjudice à l'indépendance de l'Église ; le ministère vous a dit qu'une fois cette vérité acceptée par la partie saine du monde catholique , Taccord avec la France, qui dans cette affaire représente et croit devoir représenter le monde catholique, serait plus facile; que, cet accord une fois établi , il y aurait lieu d'espérer que le pontife lui-même reconnaîtrait notre bon droit; et que s'il ne le reconnaissait pas , la responsabilité de ce qui pourrait s'ensuivre ne retomberait pas sur nous.

Il me semble impossible de formuler plus nettement notre programme, que résume parfaitement l'ordre du jour Bon-Compagni. Ne me dites pas, Messieurs, que je me fais illusion. La thèse de la garantie de l'indépendance spirituelle du pape par son pouvoir temporel me parait être désormais une erreur mathématiquement démontrée aux catholiques de bonne foi. Je leur dis ceci : Le pouvoir temporel est une garantie d'indépendance quand il fournit à qui l'exerce des armes et de l'argent pour garantir celte indépendance; mais lorsque» au lieu d'en fournir, il force à mendier auprès des autres puissances des armes et de l'argent , il est clair qu'il est

^n OEUVRE PARLËMENTAÎRE

une cause non pas d'indépendance, mais de dépendance absolue. (Bravo!)

L^homme qui vit tranquillement chez lui , sans dettes, sans ennemis, me semble mille fois plus indépendant que le riche propriétaire de terres qui a soulevé contre lui tous ses paysans, et qui ne peut plus sortir qu'entouré de gendarmes. (Très-bien!)

Je crois donc que les catholiques de bonne foi doivent être d'accord avec nous sur ce point.

Reste à persuader le saint-père que l'Église peut être indépendante sans le pouvoir temporel. Mais il me semble que quand nous nous présentons au souverain pontife, et que nous lui disons : « Saint Père, le pouvoir temporel n'est plus pour vous une garantie d'indépendance; renoncez-y, et nous vous donnerons cette liberté que vous avez demandée en vain depuis trois siècles à toutes les grandes puissances catholiques; cette liberté, vous leur en avez arraché quelques lambeaux dpns des concordats qui vous forçaient vous-même à leur concéder des privilèges, que dis-je ! l'usage même des armes spirituelles; eh bien, cette liberté que vous n'avez jamais pu obtenir de ces puissances qui se vantaient d'être vos alliés, vos fils dévoués, nous venons vous l'olTrir dans toute sa plénitude; nous sommes prêts à proclamer eu Italie ce grand principe*: l'Église libre dans l'État libre. (Très-bien!)

u Yos amis de bonne foi reconnaissent comme nous l'évidence ; ils reconnaissent que le pouvoir temporel , tel qu'il est, ne peut plus exister. Us viennent vous proposer des réformes que, comme pontife, vous ne pouvez

faire; ils vous proposent d'établir des institutions qui» en certains points, ne s'accordent pas avec les maximes dont vous devez être le gardien ; ils insistent, ils vous reprochent votre obstination; vous opposez une résistance inflexible, et vous faites bien; à ceux qui vous reprochent de n'avoir pas une armée basée sur la conscription, vous répondez que vous ne pouvez pas forcer au célibat des jeunes gens de vingt à vingt-cinq ans, Tàge des passions les plus vives : je ne vous en blâme point; vous refusez de proclamer In liberté religieuse, la liberté d'enseignement , je le comprends : vous devez enseigner certaines doctrines, et par conséquent vous ne pouvez pas dire qu'il est bon que quiconque enseigne quelque doctrine que ce soit. Vous ne pouvez donc pas accepter les conseils que vous donnent vos amis de bonne foi, parce qu'ils vous demandent ce quil vous est impossible d'accorder; et ainsi vous restez dans cet état anormal où le père des fidèles est forcé de maintenir son peuple sous le joug au moyen des baïonnettes étrangères, au lieu d'accepter le principe de liberté, loyalement, largement appliqué chez l'alnéc des nations de race latine, dans le pays où le catholicisme a son siège naturel. »

Il me semble impossible. Messieurs, qu'un tel langage, qu'une telle proposition, faite avec toute sincérité, avec toute loyauté, ne soit pas accueillie avec faveur.

Que ces propositions soient sincères, c'est ce qui ne peut être mis en doute. Je ne fais point de question de personnes; cependant, je pourrais rappeler à ceux de mes collègues qui faisaient partie des Parlements précédents, que dès 18 50» peu de jours après avoir été appelé

dans le conseil de la couronne, je proclamai franchement ce principe, et je repoussai un projet qui avait pour but rincamération des biens du clergé, rétablissement d'un clergé salarié et sa dépendance de TÉtat.

Je rappellerai, comme preuve de la sincérité de ces propositions, qu'elles sont conformes à tout notre système. Nous croyons que le principe de liberté doit être appliqué à toutes les parties de la société religieuse et civile; nous voulons la liberté économique, la liberté administrative, la liberté de conscience pleine et absolue, toutes les libertés politiques compatibles avec le maintien cle Tordre public ; et, comme conséquence de cet ordre de choses, nous jugeons nécessaire à rhannonie de Tédiflce que nous voulons élever l'application du principe de liberté aux rapports de l'Église et de l'État. (Très-bien!)

J'espère que ces déclarations satisferont l'honorable Boggio, et je suis bien aise de me trouver maintenant pratiquement d'accord avec lui, comme je Tétais en théorie quand il publia son remarquable écrit sur les rapports de TÉglise et de TÉtat.

Ces vérités seront accueillies par l'opinion publique, et sans être à même de prévoir le temps qu'il leur faudra pour acquérir une puissance irrésistible, je crois ne pas me tromper en pensant qu'à une époque où le monde intellectuel lui-même se sert de la locomotive, elles ne tarderont pas à être acceptées. Quand cela se sera réalisé, l'accord avec la France, comme je l'ai dit, sera facile.

Une fois les deux grandes conditions remplies, une

fois les catholiques persuadés et la France consentante, j'espère que nous pourrons nous entendre avec le saint* père. Je ne veux pas prévok* le cas où un arrangement serait impossible; mais je dis que si celte impossibilité ne venait point de nous, la faute ne nous en serait pas imputée, et que, même dans ce cas, Rome pourrait être réunie à Tltalie sans qu'il en résultât des conséquences fatales pour rilalie et pour TËglise.

Quoi qu'il en soit. Messieurs, il est évident que pour atteindre ce but si important, si glorieux, il est nécessaire que le gouvernement soit investi de la plus grande force morale possible. Permettez-moi donc de faire appel aux auteurs des divers ordres du jour déposés sur le banc de la présidence, ordres du jour qui ne me semblent pas différer en substance; je prierai ces députés d'accepter tous Tordre du jour proposé par le député Bon-Compagni, qui proclame en termes précis et explicites Rome capitale de ritalie; qui déclare qu'en même temps que Rome doit être réunie à l'Italie, l'indépendance, la dignité du pontife, la liberté de l'Église doivent être assurées; et qui reconnaît enfin l'absolue nécessité d'un accord avec la France.

Ne nous divisons pas sur des questions secondaires, surtout sur des questions de forme; unissons-nous en une seule pensée» en une seule volonté. Votez, Messieurs, cet ordre du jour, pour nous donner la force de vaincre tant de difticultés; soyez unanimes, et peut-être ainsi nous sera*t-il donné d'arriver dans un avenir prochain à l'un des plus grands résultats qui se soient jamais réalisés dans l'histoire, à la réconciliation de la papauté et

de Tempire, de Tesprit de liberté et du sentiment religieux. (Applaudissements.)

SUR LE MÊME OBJET

Séance du Sénat du 5 ayril 1861.

Messieurs les sénateurs ,

Lorsque l'interpellation que vous venez d'entendre me fut annoncée, je craignis que l'honorable sénateur Vacca ne voulût me demander des explications sur ce qui a pu se passer depuis la discussion solennelle de la Chambre sur la question de Rome. Mais l'orateur, appréciant les difficultés en face desquelles se trouve le gouvernement du Roi, s'est sagement abstenu de toute interrogation embarrassante, et s'est borné à provoquer une déclaration nouvelle des principes si favorablement accueillis déjà par l'opinion en Italie.

Si notre but est grand, s'il est neltement déterminé, s'il n'est pas susceptible de discussion, les moyens de l'atteindre sont difficiles. L'honorable Yacc^ a redit, en l'appuyant de considérations nouvelles, une vérité qui a été reconnue par la Chambîre et qui va l'être, je l'espère, par vous : c'est que nous ne devons pas entrer à Rome en conquérants, et qu'il serait dangereux pour T Italie d'éloigner le pape de Rome; il a conclu en établissant avec raison que la question de Rome se lie étroitement à

celle de Naples, et que la solution de la première achèvera celle de la seconde.

Oui, la question de Rome a une importance sans égale au point de vue de notre constitution intérieure. Oui, il est essentiel pour nous que Rome cesse d'être le rendezvous de tous les ennemis de Tllalie et de la liberté, le quartier général de lous les conspirateurs ; que Rome ne nous envoie plus de messagers de désordre, d'émissaires armés pour le crime.

H est, d'un autre côté, essentiel à la fusion complète des populations que la paix soit rétablie entre Tl'lglise et rËtat. L'antagonisme qui existe à présent et dont le gouvernement ne peut cependant être tenu pour responsable, est exploité par l'inlrigue, l'ambition, le mécontentement. Je ne veux pas traiter ici la question de Naples comme un simple incident; je répondrai seulement que le gouvernement suivra les conseils qui lui sont donnés, et il les suivra de la façon que je vais dire.

Le gouvernement doit employer tous les moyens constitutionnels pour faire respecter la loi et réprimer les excès des partis; que les partis s'habillent de noir ou de rouge, les moyens légaux sufliront. Je ne dis pas qu'une tranquillité parfaite naîtra instantanément, que les restes des vieux partis disparaîtront tout de suite ; il faudrait connaître bien peu le caractère des révolutions et les exemples fournis par l'histoire pour espérer une métamorphose subite. Partout où un grand changement se produit, quelque légitimes et nobles qu'en soient les causes, une perturbation plus ou moins longue le suit. Le nouveau gouvernement peut, à l'aide de la politique

la plus juste et la plus éclairée, ramener le calme ; mais le concours du temps lui est indispensable. L'Angleterre a accompli en 1688 une glorieuse révolution où la liberté a triomphé sans passer par l'anarchie : elle eut pourtant à lui 1er pendant soixante ans encore contre les débris des partis.

La secousse n'a pas été si violente chez nou&; le principe de nationalité, joint à celui de liberté, nous a donné une grande force; je neveux donc pas exagérer; je n'annonce pas qu'il faudra soixante ans pour ramener à un état normal les provinces du sud; mais du moins faudra-t-il pour cela un temps plus long que les six mois qui se sont écoulés depuis le jour heureux où le Roi est entré à Naples au milieu des applaudissements du peuple.

Les moyens légaux, je l'espère, nous. suffiront. S'il faut des mesures nouvelles, nous demanderons au Parlement non pas une dictature, non pas les pleins pouvoirs, mais les moyens d'action requis par les circonstances. Nous ferons ce que l'honorable Vacca nous suggère : nous imiterons les ministres anglais les plus libéraux, en demandant au Parlement telle ou telle mo* dification à nos lois pénales. Mais nous espérons fermement n'en avoir pas même besoin.

Ce qui s'est dit ici et à la Chambre, l'opinion unanime de tous les représentants des provinces méridionales, lesquels ne demandent au gouvernement que de se montrer énergique et fort, accroîtra précisément la force du gouvernement. Mais le meilleur remède au mal serait certainement la solution de la question romaine, qui ôterait aux factions ^inon leur état-major, du moins leur armée.

Je ne redirai pas ici comment j'entends la solution de la question de Rome; j'affirme seulement que les espérances que j'ai manifestées dans l'autre assemblée n'ont diminué en rien. Certes, en si peu de jours, les idées que nous avons émises ne peuvent avoir fait de grandes conquêtes ; pourtant elles ont fait du chemin ; elles ont été accueillies avec faveur au dedans et au dehors du pays par toutes les fractions du parti libéral, même celles sur lesquelles les idées conservatrices ont le plus d'empire.

C'est beaucoup ; mais ce n'est pas encore assez. Ce n'est pas le libéralisme seul que nous devons disposer favorablement, c'est aussi la partie modérée et éclairée de la société catholique. De grandes difficultés, de grands obstacles se présentent à nous; mais faut-il s'en étonner? faut-il perdre courage?

Non, Messieurs; le principe de liberté ne peut pas être accueilli par la société catholique sans hésitation , sans que certains doutes, certaines craintes s'éveillent. Comment pourrait-il en être autrement? C'est la première fois qu'une grande nation catholique offre résolument à l'Église une liberté pleine et entière, en échange du sacrifice de quelques intérêts temporels.

Le principe de la liberté religieuse ajipliqué à une société catholique, qu'on me permette de le dire, est chose nouvelle dans le monde. Il n'est pas nécessaire de rappeL'r les premiers siècles du christianisme où l'Kglise fut tour à tour persécutée et |H3rsécutrice. Le moyen âge n'a pas conim le principe de liberté. L'ère des grandes réformes ne Ta pas connu davantage. Les puissants réformateurs

du xvr siècle combattaient TÉglise, non pas au nom de ia liberté religieuse, mais au nom d'une autre doctrine qui ne faisait que laisser une part plus large à la raison. Pas plus que Clément VU et que Paul V, Calvin, Luther, Zwingli n'ont reconnu le dogme de la liberté religieuse.

Aujourd'hui même, les sociétés où la réforme a conservé toute sa force n'appliquent pas encore dans sa plénitude ce grand principe; là où il a été le plus vivement mis en lumière par la civilisation moderne, il se heurte encore de temps à autre aux idées de la réforme. En Suède, où celle-ci subsiste dans sa pureté, la législation pénale frappe les catholiques, en dépit des efforts tentés par un souverain éclairé et libéral pour l'abolition des lois de cette nature. En Angleterre, les lois politiques contre les catholiques ont été maintenues jusqu'au premier quart de ce siècle, et il n'y a pas plus de dix ans, le parti libéral, alarmé d'une bulle où le pape ne faisait que créer de simples tilres, obtenait du Parlement un bill qui frappait d'une amende de cent livres sterling quiconque accepterait l'un de ces titres.

Il ne faut donc pas s'étonner si l'Église, si le catholicisme accueille avec tant de défiance un principe qui n'a pas même été complètement admis de nos jours dans les pays protestants.

Une autre circonstance explique la crainte, la défiance que rencontre dans l'Église la proposition de mettre largement en pratique la liberté. Nous n'avons vu que trop souvent les partis libéraux, après avoir lutté pour la destruction des vieux systèmes, pour la conquête d'un principe, d'un droit, abuser de ce principe, une fois la

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victoire gagnée, pour opprimer ceux qu'ils avaient vaincus. Nous avons vu en France, au dernier siècle, les hommes illustres, les bienfaiteurs de Thumanité qui venaient de proclamer dans TÂssemblée constituante la grande charte des sociétés modernes, nous les avons vus, un an après, prononcer contre le clergé un décret entaché de despotisme; nous les avons vus, un an plus tard encore» imposer au clergé une constitution civile qui violait la liberté de l'Église; nous l'avons vu usurper les prérogatives légitimes du souverain pontife, lui refuser le droit d'investiture, et exiger des prêtres un serment contraire à leur conscience.

Ces faits^ Messieurs, et beaucoup d'autres du même genre, expliquent jusqu'à un certain point l'hésitation, la frayeur que témoigne l'Église; ils expliquent aussi comment l'épiscopat français, qui en général ne connaît pas l'Italie et qui la juge d'après les relations absurdes, mensongères, calomnieuses des journaux ultra-cléricaux, voit avec une espèce d'horreur les efforts que nous faisons pour établir nos rapports avec Rome sur un pied d'entière liberté. On confond nos principes avec ceux qui régnèrent à des époques désastreuses ; on croit voir venir à la suite de nos idées une constitution du clergé comme celle de 1790. 11 m'est impossible de m'expliquer autrement que l'épiscopat français, si éminent par ses vertus et par son zèle religieux , que cet épiscopat, qui est sorti des classes les plus libérales , puisse témoigner tant de haine, tant d'injustice envers l'œuvre entreprise par les Italiens, qui veulent se donner la liberté et la donner à T Église.

Les mêmes torts ont été faits à TÉglise dans d'autres pays, quoique sous des formes moins condamnables qu*en France. Nous avons vu le parti libéral en Autriche, en Toscane, à Naples, iniroduire dans les lois des dispositions contraires h la liberté du pouvoir ecclésiastique.

Mais aussi, Messieurs, il faut, pour la justification de ces gouvernements, tenir compte des rapports où ils étaient avec Rome. La cour de Rome, investie du pouvoir temporel, se rappelant et regrettant la puissance qu'elle avait eue au moyen âge, Tinfluence qu*elle se croyait en droit d'exercer sur les autres Rtats européens, ne pouvait pas être traitée avec la largeur de vues qui eût été possible si Ton eût pu voir en elle uniquement une puissance spirituelle. Si donc nous devons estimer que les lois de Joseph II et de Léopold ne sont plus de notre temps, il faut reconnaître aussi que ces souverains avaient le droit de recourir à de telles lois, je ne dirai pas comme armes de guerre, mais comme moyens de défense.

Quoi qu'il en soit, ce sont là des souvenirs qui ont laissé dans l'esprit de la cour de Rome et des catholiques les plus ardents des impressions défavorables au principe de liberté, des dispositions soupçonneuses pour tout ce qui peut venir du libéralisme.

Soyons justes toutefois': l'idée de la liberté a pénétré jusqu'au sein de la société catholique. Une partie du clergé français, après la révolution de 1830, s'esi aperçue qu'elle avait rendu la cause de la religion impopulaire en l'associant à celle des Bourbons, et a confessé, parla bouche de quelques-uns de ses membres ^minents.

le principe de liberté. Il est vrai que le cher de celte école ^ talent extraordinaire et imagination ardente, voyant ses doctrines mal accueillies de Rome, ne voulut pas en tempérer Texpres^^ion, abandonna le catholicisme et alla porter Taide de sa parole éloquente à un parti ennemi non pas seulement de TRglise, mais de la civilisation. Cependant ces germes n'ont pas péri; la partie du clergé français qui veut la liberté n'a pas disparu. Je crois que beaucoup de membres du clergé de France

désirent voir se réaliser le programme jeté en 1830 par

Tabbé de Lamennais et par ses partisans, le père Lacordaire et le comte de Montalembert.

Il est un pays où cette doctrine a été assez largement appliquée, c'est la Belgique. Là, le temps a sanctionné la séparation de TEglise et de l'État et la liberté du clergé. Cet exemple doit avoir une grande autorité auprès des catholiques et des libéraux.

Et d'abord il doit rassurer ces derniers, leur prouver que l'Église peut être libre , qu'elle peut jouir du droit d'association, de la liberté d'enseignement, sans que la société civile ait à en souffrir. Et en vérité. Messieurs, les institutions libérales en Belgique se développent sans interruption. 11 y a lutte, c'est vrai, et lutte \ive, ardente entre les libéraux et les catholiques; mais cette lutte n'a pas fait de mal à la nation, à la liberté. Le parti catholique, h travers les vicissitudes (fu'amène le régime représentatif, est arrivé plusieurs fois au pouvoir, et dans des temps où le mouvement général en Europe était à la réaction ; il en a profilé pour faire adopter certaines lois sur l'enseignement, sur la charité, sur les mainmortes.

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dans un sens favorable au clergé ; mais il n*a jamais porté là main sur les grands principes où se fonde la constitution belge, sur les lois organiques» sur la liberté de la presse, la garde nationale, la liberté individuelle. Si sa politique a été contraire à la nôtre, contraire au mouvement italien (sans doute parce qu'il ne connaît pas bien notre histoire), on ne Taccusera pas de servilité envers les puissances qui représentent Tabsolutisme, car il n*y a pas longtemps, dans la Chambre belge, des membres du parti catholique se plaignaient au ministère que les princes montrassent trop de faveur à une auguste princesse appartenant à un État qui résumait alors toutes les idées du despotisme.

Oui, il y a lutte entre les deux partis, mais cette lutte n'est point un mal. Nous ne pouvons imaginer un état de choses fondé sur la liberté où il n'y ait pas des partis et des luttes. La paix complète, absolue, est incompatible avec la liberté ; la liberté doit être acceptée avec ses inconvénients comme avec ses bénélices.

Si l'exemple de la Belgique est rassurant pour les libéraux, il ne l'est pas moins pour les catholiques. Nulle part, en Europe, la condition du clergé n'est meilleure.

Mais l'Italie, Messieurs, est la nation du monde la plus capable d'appliquer les grands principes que j'ai eu l'honneur de proclamer. Cela me parait profondément vrai. Et pourquoi? parce qu'en Italie le parti libéral est plus catholique qu'en nul autre pays d'Europe. En Italie, les grands penseurs, je parle de ceux du siècle présent, se sont voués à la conciliation de l'esprit de liberté avec le sentiment religieux. Je puis d'autant mieux afGrmer

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cette vérité devant vous, que telle a été la tâche de la première gloire littéraire de Tltalie, la tâche du poète sans rival que vous comptez parmi vous ^ ; près de la fin de sa carrière, il est fidèle, comme il Ta toujours été, à l'un et à Tautre de ces principes suprêmes. Et dans la sphère philosophique, là où la conciliation est le plus difficile, où l'antagonisme se déclare le plus facilement, nos deux grands esprits, quoique dans des écoles diverses, se sont unis dans une pensée qui domine toutes leurs théories, la pensée de concilier la liberté et la religion. Antonio Rosmini et Yincenzo Gioberti ont consacré toute leur vie, tout leur génie à l'entreprise ardue de mettre d'accord ces deux éléments sur lesquels doit reposer la société moderne. Je pourrais citer bien d'autres noms moindres que les leurs. Lorsque dans un pays les premiers poètes, les premiers philosophes épousent une doctrine, c'est que cette doctrine y compte bien des partisans.

En Italie donc, plus que nulle autre part, la conciliation peut s'accomplir et produire ses heureux effets. Il y aura lutte, encore une fois; je ne crois pas à un accord parfait; si la conciliation s'opère, je m'apprêterai à soutenir bien des assauts ; même, pour parler franchement, je dirai que si la cour de Rome accepte nos propositions et se réconcilie avec l'Italie, si elle accueille le système de la liberté, en peu d'années, dans le pays légal, les partisans de l'Église, ou ceux que j'appellerai plutôt le parti catholique, auront le dessus : je me résigne donc

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