OE IJ \ HE PAKE E M E .N T A I U E
cette éniotioii. Les préparatifs de cet acte exécrable, les moyens employés et dirigés non-seulement contre le chef de FEtat, mais contre une femme qui n'apparaît que. dans des actes de bienfaisance et qui est aimée et res-» pectée de tous, l'enchaînement qui reliait ce crime à d'autres de la même nature, expliquent l'émotion qu'en ressentit le gouvernement français; il était naturel qu'il s'adressât aux puissances étrangères pour prévenir le renouvellement de faits pareils. L'office par lequel il s'est adressé particulièrement à nous, le 23 janvier dernier, et dont la Chambre a connaissance , est plein d'ailleurs de témoignages d'amitié et de bienveillance envers nous.
Mon opinion pourtant est que, dans cette dépêche, les choses de notre pays ne sont pas jugées avec une parfaite justesse; en ce qui concerne par exemple les événements do Gènes du mois de juin dernier, cette pièce est en môme temps trop sévère et peu conforme à la vérité; je n'hésite pas à l'affirmer nettement. Le gouvernement français me parait s'être beaucoup exagéré les causes et les suites de cet incident, et en avoir gardé une préoccupation excessive.
Nous n'avons pas répondu officiellement à cette dépèche, c'est-à-dire que nous n'y avons pas répondu au moyen d'une autre dépêche adressée à notre ministre à Paris et destinée à être communiquée au ministre des affaires étrangères de France . — Les usages diplomatiques n'exigent pas striclement qu'il soit répondu officiellement et par écrit à une dépêche communiquée; une dépêche de ce genre n'est pas une note et ne contient pas des ob-
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servations laites par un gouvernement à un autre par l'intermédiaire de son envoyé; on n'y attribue pas l'importance qu'a toujours une note, à laquelle il faut absolument répondre par une autre note; l'on peut répondre à une dépèche communiquée soit par une autre dépêche adi'essée au "ministre accrédité près de la puissance qui a écrit, soit verbalement et à la personne de l'envoyé qui présente la dépêche, ou à celle du ministre des affaiies étrangères de la puissance en question par l'intermédiaire de l'envoyé accrédité auprès d'elle. — Connaissant l'état de préoccupation légitime où se trouvait le gouvernement français, et ne voulant engager aucune espèce de contestation sur les faits, nous jugeâmes con-
• venable de répondre verbalement ; dans une réponse écrite, il eut fallu entrer dans des explications sur les événements de Gènes , ce qui eut pu avoir des inconvénients.
iNous avons donc répondu verbalement et en forme de communication confidentielle au gouvernement français, et notre langage a été digne de représentants d'un peuple noble et loyal. Nous avons dit que nous étions prêts à faire tout ce qui était en notre pouvoir pour empêcher le retour de tels actes; que nous étions disposés
, à appliquer dans toute leur rigueur les moyens légaux que nous possédons pour arrêter les conspirations qui viendraient à se former cliez nous dans des desseins aussi détestables ; nous exprimâmes l'opinion, alors réelle dans notre esprit, que les lois existantes nous suflisaient pour cela. Cette opinion, un fait postérieur vint la modifier.
Avanl de loucher à ce fait, je dois noter que, dans le même temps où nous reconnaissions dans nos entreliens avec l'envoyé fi-ançais la nécessité d'empêcher que le Piémont ne fut pris pour base d'opération par les conspirateurs, nous ne laissions pas de lui rappeler de nouveau l'état misérable du reste de l'Italie , de lui dire que si l'attentat n'était que trop l'ouvrage d'émigrés italiens, la surveillance de ces émigrés ne pouvait être qu'un palliatif bien faible pour un mal si grand; que le seul remède sûr serait de faire en sorte que ces émigrations n'allassent pas sans cesse en croissant. Nous avons tenu enfin le môme langage qu'au congrès de Paris; je le déclare au comte delta Margarita, afin qu'il sache bien que je suis un pécheur impénitent.
Oui ; en même temps que nous cherchions quels moyens pouvaient empêcher le retour de semblables attentats , et si les lois existantes étaient suffisantes , en même temps nous appelions l'attention du gouvernement français et du gouvernement de Rome sur les suites de cette émigration des États de l'Église, qui nous met dans la nécessité de prendre chez nous des mesures extraordinaires contre un mal dont la source n'est certes pas en Piémont.
En effet, le 11 février, quatre semaines à peine après l'attentat, j'adressai à notre chargé d'alïaires à Rome, le comte de la Minerve, une dépêche dont il avait l'ordre de laisser copie au cardinal Antonelli, et où j'indiquais les faits lamentables, les événements atroces qu'amenait le système rigoureux auquel il restait attaché. .Je donnai aussi sans retard communication offi-
cielle de cette dépêche aux puissances amies. Il y était dit :
« Ce système d'expulsion que le gouvernement pontifical applique sur une large échelle, puisque sur notre territoire seulement le nombre des sujets de Sa Sainteté chassés de la sorte se monte à plusieurs centaines, ne peut qu'avoir les plus funestes conséquences. L'homme qu'on exile sur des soupçons ou pour une conduite peu régulière n'est pas toujours corrompu ou indissolublement lié aux sectes révolutionnaires. Laissé dans son pays, surveillé, puni au besoin, il peut s'amender ou du moins ne pas devenir très-dangereux. Jeté au contraire dans l'exil, irrité par des mesures illégales, contraint de vivre en dehors de la société honnête, et souvent pi'ivé de moyens de subsistance, il se met nécessairement en rapport avec les faiseurs de révolutions. Ceux-ci n'ont pas de peine à le circonvenir, à le séduire, à l'altilier à leuis sectes. C'est ainsi que l'homme de mœurs peu réglées devient un sectaire , et souvent un sectaire très-dangereux. On peut donc affirmer avec raison que le système adopté par le gouvernement pontifical a pour effet de fournir sans cesse de nouveaux soldats aux rangs révolutionnaires. Tant que ce système persistera, tous les efforts de tel et tel gouvernement pour dissoudre les sectes demeureront inutiles; car à mesure que les uns sont éloignés des centres dangereux où ils s'étaient laissé attirer, d'autres y sont en quelque sorte envoyés par leur propre gouvernement. C'est à cela que doit être attribuée la vitalité extraordinaire du parti mazzinien, et les mesures adoptées par le gouvernement
de Sa Sainteté y contribuent en grande partie. » (Vive sensation.)
La Chambre voit qu'en reconnaissant franchement lu nécessité de remédier à des maux très-graves, nous en indiquions avec courage l'origine véritable et nous conservions l'attitude prise au congrès.
Je continue mon récit. Tandis que nous songions aux moyens d'atteindre le but que nous nous proposions, un jury de Turin acquitta le journal la Ragionc, dont un article avait semblé au ministère public une apologie de l'attentat du 14 janvier. Cet acquittement produisit une si grande impression dans le pays et à l'étranger, que nous nous décidâmes à soumettre à la signature de Sa Majesté et à l'approbation du Parlement un projet de loi pour la punition des conspirateurs, pour une détermination plus exacte du crime d'apologie du régicide et pour des changements dans la formation des listes semestrielles des juges du fait.
A parler sans détour, les considérations politiques furent notre principal mobile. J'entre ici dans la partie la plus délicate, la plus épineuse de mon discours, et je vous demande toute votre indulgence.
Après 1831, il se fonda, au dedans et au dehors de l'Italie, une secte qui, pleine d'ardeur patriotique, se proposa pour but l'indépendance nationale. Toute liberté manquant en Italie, la générosité de l'entreprise devait attirer dans ses rangs une grande partie de la courageuse jeunesse italienne. Cette société est celle de la Jeune Italie. Ses premières tentatives ayant mal réussi, elle perdit, dès avant 1848, une partie de ses adhérents,
et quand vint l'ère des réformes, en 1847, une autre parîie d'entre eux se réunit aux hommes qui croyaient pouvoir arriver à améliorer le sort de la nation par des moyens pacifiques. Cependant la société était nombreuse encore lorsque éclatèrent les guerres et les révolutions de 1848. Je ne veux point récriminer sur ce triste sujet; mais je puis exprimer une conviction profonde chez moi : c'est que l'opposition que cette société a faite au roi Cisarles-Albert n'a pas peu contribué à l'insuccès de nos armes. (Assentiment.)
Quoiqu'il en soit, après cette période éclatante et malheureuse, quand tous les gouvernements furent rétablis, quand la secte dut se réfugier à l'étranger, les hommes qui la formaient se trouvèrent aigris plus que jamais et détisrminés aux plus sinistres entreprises. La secte en vint à modifier ses doctrines et à prêcher comme légitimes des moyens qui, avant 1848, faisaient horreur à ses membres eux-mêmes; elle déclara qu'il fallait changer les épées contre des poignards et remplacer la bataille par l'assassinat.
La première application de ces déplorables idées eut lieu à Milan le 6 février ^ Passons sur ces actes funestes à la Lombardie et à l'Italie, qui ouvrirent du reste les yeux à beaucoup de gens et éclaircirent les rangs de la faction. Les hommes sensés et honnêtes s'éloignèrent
1. Le 0 février I8r)3, un mouvement mazzinien éclata h Milan; des hommes armés de poignards tuèrent des sentinelles et lâchèrent de s'emparer des canons de la grand' garde. L'Autriche accusa les émigrés lombaids résiliant on Piémont de complicité dans l'alVaire, et mit le séquestre sur leurs biens.
du personnage qui les conduisait à de telles extrémités. Diminuée encore de nombre, la secte grandit alors de plus en plus en audace, et recourut à des moyens de plus en plus violents. I)c temps à autre l'on a pu apercevoir çà et là sa main dans des entreprises criminelles, et l'entendre prêcher explicitement la théorie de l'assassinat politique.
Ceci est un fait grave, Messieurs, un fait des plus désolants. Il est douloureux au delà de toute expression de voir une faction italienne professer et pratiquer de si horribles maximes. Je sais bîen que toute la responsabilité ne doit pas retomber sur les malheureux qui se sont égarés à ce point; je sais, et je dis bien haut que les systèmes de gouvernement qui jettent tant d'hommes et depuis si longtemps dans les douleurs de l'exil, dans les angoisses de la misère, dans le regret amer de la patrie perdue, que ces systèmes de gouvernement, qui arrachent aux influences bienfaisantes de la famille des hommes doués de noblesse et de générosité de cœur, ont une grande part de responsabilité dans tout ce qui s'ensuit. Mais enfin il est déplorable qu'on puisse dire à l'étranger qu'il existe une secte en Italie qui professe l'assassinat politique.
Ce qui est plus douloureux encore , c'est que ces enseignements trouvent dans la Péninsule des milieux préparés à les recevoir. Les députés Farini et Mamiani vous l'ont dit avec éloquence, et bien mieux que je ne saurais le faire; ils vous ont dépeint l'état des Romagnes, le caractère passionné des habitants de ces provinces, le travail qui a été fait par les sectes sanguinaires pour
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égarer leur sens moral, l'aide puissante prêtée à ce travail par les excès mêmes de la réaction. Voilà d'infortunées populations que les sectes trouvent toutes prêtes à exécuter leurs desseins.
Ces deux faits sont d'une importance inexprimable et peuvent faire à la patrie un mal immense. Ils entravent l'œuvre que nous avions commencée, entachent la réputation de l'Italie, contrarient cetle victoire morale que nous désirons si vivement remporter, et empêchent enfin que toute l'Europe ne reconnaisse la nécessité de réformer la situation de l'Italie.
Eh bien, Messieurs, en présence de tels faits, nous avons jugé qu'il était absolument nécessaire (avec chaleur) , pour le bien de l'Italie , que dans le seul État libre de la Péninsule, la nation entière, représentée par son Parlement, protestât solennellement contre cette criminelle théorie. (Vive approbation dans toute la Chambre.)
Outre ce motif, un autre plus cruel encore nous a déterminés. Après l'attentat du 14 janvier, le gouvernement reçut avis de divers points de l'Europe que les sectaires étaient plus excités que jamais, et songeaient à étendre leurs tentatives jusqu'à un souverain qui nous intéresse de beaucoup plus près. (Sensation profonde.) Tant que ces nouvelles nous sont venues de pays qui avaient intérêt à nous pousser dans les voies préventives, nous avons hésité ; il nous semblait impossible que de telles pensées pussent naitie dans une âme italienne; nais quand le fait nous fut conlii'uié par un gouvernement très- favorable et très-hospitalier à nos émigrés, il
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fallut bien l'admetlre. Qu'on ne dise pas que c'est moralement impossible. Comme l'a dit hier mon honorable ami le député Rattazzi, celui qui est une fois entré dans la voie du crime ne revient point en arrière quand le délire, quand l'intérêt le pousse en avant; et il n'est que trop dans l'intérêt de ceux qui veulent voir triompher en Italie la révolution, de ne pas avoir devant eux le roi Yiclor-Emmanuel, car seul il suflirait pour l'anéantir. (Très-bien!)
Aucune hésitation n'était possible. Fallait-il donc se borner à entourer notre bien- aimé souverain de précautions de police? N'employer que des moyens matériels pour sa sûreté eût été de notre part un acte d'incurie qui eût soulevé l'indignation du pays entier; et en voyant un ministère qui se dit libéral faire si peu de chose pour sauvegarder les jours du souverain, l'opinion eût pu se jeter dans une réaction profonde et irrésistible qui eut emporté tous les amis de la liberté. (Bien!)
Non , Messieurs , personne ne verra dans l'acte que nous proposons le résultat d'une pression étrangère; il n'y a eu d'autre pression que celle à laquelle cède tout homme honnête, la pression de notre conscience. (Trèsbien!)
Mais pourquoi toucher, dira-t-on , à l'institution du jury? — Il y a longtemps que nous avons dit que le système de jurés établi par la loi de 1848 est mauvais. Nous aurio-ns voulu même pouvoir le réformer entièrement dans cette occasion; mais l'urgence de la mesure que nous vous soumettons est telle, que nous n'avons pas voulu
soulever à ce propos les longues discussions auxquelles donnerait lieu une réforme complète. Cette urgence vient précisément de ce que la répression des délits de presse, l'honorable Rattazzi vous l'a démontré hier pièces en main, est impossible dans tous les cas avec la composition actuelle des jury?, La magistrature entière le proclame. Aussitôt après l'acquittement de la Ragiove, un magistrat dont on ne soupçonnera pas le libéralisme et les vertus civiles, le môme qui, dans un temps où nos libertés étaient moins enracinées, eut le courage de requérir devant la cour d'appel la prison pour l'archevêque Franzoni^ donna immédiatement sa démission, déclarant que sa conscience ne lui permettait pas de rester à la tête d'un ministère public privé des moyens de faire exécuter les lois.
Ni directement, ni indirectement, il n'a été question, avec une puissance étrangère quelconque , de réformer nos jurés. C'est une proposition qui vient de notre seule initiative. Nous la faisons, en premier lieu, parce que nous sommes très-chauds partisans du système des jurys, très-désireux d'en étendre la pratique, et parce que nous voyons que la mauvaise application qui en a été faite nuit à cette institution dans l'esprit de bien des hommes éclairés. Nous voulons cette réforme, en second lieu, parce qu'il faut que la loi , quelle qu'elle puisse être, soit exécutée; il est d'un déplorable exemple qu'une loi puisse être violée cha([ue jour impunément. L'existence de journaux ouvertement républicains, occupés de prê-