‹ OEuvre parlementaire du comte de Cavour; traduite et annotéeChapitre 60 sur 69 · M. Ferrari · texte numérisé non relu

M. Ferrari

posé par le gouvernement est tout différent de celui qui a été adopté pour l'Emilie et pour la Toscane. Les orateurs qui m'ont précédé ont assez répondu à cette remarque. Mes honorables amis les dépulés Minghetti et Galeolti vous ont démontré que si l'annexion de la Toscane et de l'Emilie n'a pas été accomplie immédiatement après la délivrance de ces provinces , la faute n'en fut pas aux populations, ni aux hommes éminents qu'elles se donnèrent pour chefs dans la crise; j'ajoute que ce ne fut pas non plus la faute du gouvernement du Roi, et je parle ici du ministère qui nous a précédés aussi bien que du ministère actuel.

Était-il possible, eu effet, qu'immédiatement après Yillafranca, tandis que le traité de paix se négociait à Zurich, le gouvernement du Roi se prêtât aux désirs de la Toscane et de l'Emilie, qui voulaient l'annexion immédiate? Considérez la situation où se trouvait le pays, je ne dis pas à l'égard de l'Autriche, mais de la France elle-même : vous reconnaîtrez que la réponse faite par le Roi à Turin aux députations de la Toscane et des duchés, et à Milan à celle des Légations, loin d'être un acte de timidité et de modération , était d'une hardiesse extrême; aller plus loin eut été de l'étourderie.

Pas plus le lendemain que la veille de la signature du traité de Zurich, le gouvernement ne pouvait accepter ces annexions. Les temps cependant devenaient plus propices, lorsque survint la proposition fort inattendue, et bientôt acceptée par toutes les grandes puissances, d'un congrès européen où devaient s'établir des conférences sur la base, proclamée par deux de ces puissances, du

principe de non-intervention, c'est-à-dire, en définitive, du respect des vœux des Italiens.

Pendant que la réunion de ce congrès était attendue, et qu'on en espérait des résultats favorables à l'Italie, il aurait été imprudent, il aurait été insensé de précipiter un acte d'union que les gouvernements les plus sympathiques à notre cause nous conseillaient de différer.

Sur ces entrefaites, la réunion du congrès étant devenue peu probable, le ministère qui était alors au pouvoir se résolut à envoyer immédiatement une mission à Paris et à Londres pour hâter l'annexion. C'est une décision que je ne puis désapprouver, puisque j'acceptai alors de représenter le gouvernement dans ces deux capitales. La mission ne put s'effectuer; mais si une crise ministérielle se produisit à ce moment, je puis affirmer ici, sans crair.te d'être démenti par personne, qu'elle provenait exclusivement de causes intérieures, et que la politique étrangère n'y avait aucune part. Ces causes, je ne les rappellerai pas; je voudrais que le souvenir en fut effacé dans toutes les mémoires. (Applaudissements.)

Le nouveau ministère s'empressa de préparer l'annexion. Comme celle-ci était vue de mauvais œil par la diplomatie , il parut sage d'associer le Parlement à ce grand fait; et en conséquence, après le plébiscite, les dictateurs de l'Emilie et de la Toscane furent invités à faiie procéder sans retard à l'élection des députes, et l'on appiîla les représentants de ces provinces à siéger tous ensemble avec nous dans cette enceinte.

En agissant ainsi, je l'avoue sans réticence, nous nous sommes écartés de la légalité stricte, nous avons commis

un acte inconstitutionnel; nous n'avions pas, en droit absolu, la faculté d'inviter les représentants de l'Emilie et de la Toscane à siéger au Parlement, pour délibérer avec les représentants des anciennes provinces (et je compte parmi celles-ci la Lombardie), pour prendre part au vote sur l'annexion des provinces nouvelles. Votre vote unanime a sanctionné cet acte. S'il était nécessaire, pour assurer l'annexion du sud de l'Italie, de commettre d'autres illégalités, je suis persuadé que le ministère, malgré la présence dans son sein de deux jurisconsultes éminents, prêtres zélés de Thémis (bilarité), en prendrait la responsabilité; mais, grâce au ciel, on peut s'en dispenser. La réunion de ces provinces rencontre des obstacles', mais des obstacles différents de ceux qu'on a eu à renverser pour les annexions passées.

Il n'y a pas de nécessité actuelle que cette annexion soit consacrée d'avance par les députés de toute l'Italie ; dès lors, il vaut mieux, conformément à l'esprit de nos institutions, procéder légalement, et faire (jue lorsque les populations du sud seront appelées à délibérer sur l'annexion dans leurs comices, les députés des anciennes provinces (y compris l'Emilie et la Toscane) aient déjà émis leur vote sur cette grande question.

On a tort de dire que, le contrat n'étant pas conclu, la Chambre ne sait pas ce qu'elle vote ; car nous ne venons pas vous demander la moindre latitude, le moindre pouvoir discrétionnaire quant à la teneur du pacte d'union. Ce que vous voterez, c'est l'annexion sans condition de l'Italie méridionale. Nous ne pouvons nous écar-

ter d'une virgule de ce texte inscrit dans la loi. Vous ne sanctionnez donc pas un traité à conclure, vous tracez au ministère une règle positive, invariable pour le conclure.

Ainsi formulé , votre vote aura de grands et heureux résultats. En autorisant le gouvernement à accomplir l'annexion, vous établirez avec solennité que l'annexion ne doit pas être conditionnelle. Je ne m'exagère pas l'importance du parti municipal à Naples et en Sicile ; il ne compte qu'un petit nombre d'hommes, distingués, mais isolés. Pourtant un vote solennel du Parlement rendra plus facile encore et moins contestée celle sentence que les populations du midi vont être appelées à prononcer sur leur sort.

Je crois avoir démontré qu'on ne saurait invoquer en ceci les précédents de l'année dernière. Il me reste à traiter le sujet le plus délicat de cette discussion, à parler du vote de confiance. (Écoutez!)

Quelques orateurs ont donné à entendre qu'en venant vous demander un jugement sur sa politique, le ministère voulait constituer la Chambre juge entre le général Garibaldi et lui. L'honorable Sineo a parlé comme si l'illustre général eût été traîné à la barre de cette Assemblée et qu'il eiit besoin ici d'un défenseur. Non, ]\lessicurs : loin de manquer d'égards envers le général Garibaldi, le ministère, en portant devant la Chambre la question de confiance, a rendu au général l'hommage le plus éclatant qui puisse être rendu à un citoyen.

Un dissentiment profond s'est produit entre le général et le ministère. Ce dissentiment, nous ne l'avions pas

564 OEUVRE PARLEMENTAIUE

provoqué ; l'amiral qui alla opérer auprès du général à Palerme pourrait dire, s'il n'était absent de cette Chambre pour des raisons de service publies quelles étaient alors ses instructions soit officielles, soit confidentielles. Nous n'avions pas provoqué ce dissentiment; une fois qu'il se fut produit, le ministère fit tout son possible pour le tenir secret. Quand un écrit public, quand une mission solennelle, en quelque sorte, le révéla, le gouvernement du Roi jugea le cas assez grave pour que son devoir fût de demander au Parlement si la scission survenue ne modifiait point le jugement porté par lui peu de mois auparavant sur notre politique. Il me semble que celte façon d'agir, loin d'être injurieuse au général, est hautement honorable pour lui. (Bien.)

Que pouvait faire le ministère? Passer outre sans savoir si le Parlement ne partageait point les idées de Garibaldi sur sa politique? Si nous avions fait cela, on nous aurait reproché avec raison de n'avoir pas consulté le Parlement dans une circonstance aussi critique.

Yous aviez, nous dit M. Mellana, un autre parti, une noble résolution à prendre : vous deviez vous retirer. Le conseil n'est pas entièrement mauvais, mais ce n'est pas au moment dont parle M. Mellana qu'il pouvait être suivi. Aux derniers jours du mois d'août, quand le désaccord n'était encore que latent, le ministère, se préoccupant des suites qu'il pouvait avoir s'il venait à éclater, délibéra à l'unanimité de soumettre le cas à la couronne. Les hommes qui versaient, comme dit l'iio-

Page 1