I. M. BrofTerio, de la gauche
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OEUVRE PARLEMENTAI IIE
mes en posant un principe d’absolutisme, une négation de l’une de nos plus précieuses libertés.
Voilà mon opinion très-arrêtée sur le fond de la question. Quant 5 l'opportunité, quant au moment et aux moyens à choisir pour passer de l’ancien système au nouveau, je suis prêt à transiger; mais je ne puis transiger sur le principe qui doit nous guider, sur le but où nous devons tendre.
J’espère que la Chambre accueillera favorablement ces déclarations, qu’elle ne se laissera pas séduire par l’éloquence de MM. Brofferio et Asproni, et qu’elle discernera le vrai caractère de leurs doctrines sous le vernis de libéralisme et de progrès dont elles se couvrent. La Chambre, j’y compte, saura reconnaître que ce prétendu progrès serait uri retour aux maximes du règne de Louis XIV, et que le libéralisme qu’on nous conseille est de la mémo nature que celui qu’au temps de Louis XV certains encyclopédistes professaient dans les boudoirs de M“' de Pompadour. (Approbation à droite.)
DISCUSSION D'UN PROJET DE I.OI SUR LA PRESSE. ( Février 18M.)
La marche générale des affaires en Europe, au commencement de 1852, était de nature à inquiéter les amis des libertés piémontaises, mal affermies encore. Il était sage de prévenir à l'intérieur tout excès qui eût pu donner prise à l’action étrangère sur nos institutions; il était prudent de ne pas laisser de prétexte à des influences illibérales. Or la loi en vigueur sur la presse ne suffisait pas à empêcher les journaux d'attaquer avec violence certains souverains étrangers ; il fallut songer à modifier cette loi , et le garde des sceaux, M. Deforesta, présenta un projet de loi dans ce sens. Le projet était laconique : il portait que le procureur du roi ne serait point tenu à exhiber la plainte de la partie lésée, et il attribuait aux tribunaux ordinaires la connaissance des procès pour injures contre les chefs des gouvernements étrangers , qui avaient été jusqu'alors de la compétence des jurys.
Cette mesure, imposée par la nécessité, ne pouvait recevoir un accueil bien empressé. Elle gênait les allures d'une presse habituée à tout dire, et contrariait l’instinct public, qui voyait dans les excès mêmes de la presse une preuve de l'indépendance du pays à l’égard de l’étranger. En outre, le
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projet Deforesta n’établissait pas et n’avait pas la prétention d’établir sur des bases complètes un système de législation sur la presse ; et c’était pourtant un système complet , une législation définitive que voulait une partie de la Chambre, représentée dans le débat par la commission qui avait nommé pour rapporteur M. Miglietti. Celui-ci présenta un projet de loi destiné à remplir les lacunes que le projet ministériel laissait dans la législation sur la presse : les ministres et l'opposition s’accordèrent à le faire rejeter. M. Tecchio demanda que l’on abandonnât tout projet de modification de la loi existante, et émit la supposition que le projet était un effet de la pression d’un gouvernement étranger sur le nôtre; il conclut à ce que la question préalable fût reprise. M. Pescatore demanda aussi la question préalable, mais c’était pour donner au ministère le temps de présenter un projet plus étendu.
Le comte de Cavour répliqua à M. Pescatore. 11 n’avait pas attendu d’ailleurs ce moment pour manifester ses idées à l’endroit du régime de la presse; il avait dit précédemment que, selon lui, on ne pouvait pas entreprendre de mettre un frein aux excès des journaux en général; qu’il fallait se contenter de parer en détail aux maux les plus dangereux, sans aspirer à établir une législation répressive, complète, sur le droit d’écrire et d’imprimer; « on peut — ce sont ses paroles — choisir entre deux systèmes, celui de la liberté et celui de la censure ; l'un des deux une fois adopté, c’est perdre son temps que de vouloir en arrêter les développements; l’abus dans un sens ou dans l’autre est inévitable. Il n’y a pas d’autre remède aux maux de la presse que la presse elle-même. » En somme , le ministère avait à défendre contre la droite la liberté de la presse, et contre la gauche les mesures restrictives jugées indispensables pour empêcher cette même liberté de compromettre son avenir. Il s’agissait de sauver, par un acte de modération, les destinées du régime libéral en Piémont.
DU COM T K DK CA \ OUR
Le président du conseil, M. d’Azegiio , en fit une' question de cabinet; il affirma sur son honneur, en réponse à M. Tecchio, que le ministère n’avait subi aucune pression et qu'il avait agi tout à fait spontanément; il rappela que le cabinet anglais avait approuvé cette mesure.
La question était nettement posée. Si le ministère d’Azeglio était battu , si la gauche parvenait à empêcher le projet de passer, les chefs de la droite, M. de Revel en tête, arrivaient au pouvoir, et le Piémont, comme plus d’un État voisin, faisait un pas en arrière.
Ceux qui n’étaient pas dans le secret des négociations engagées hors de la Chambre entre les chefs des divers partis , ne furent pas peu surpris lorsque le chef du centre gauche, M. Raltazzi , en critiquant d’ailleurs assez fortement le projet ministériel, déclara qu’il jugeait nécessaire d’appuyer le gouvernement, qui jouissait, dit-il, de la confiance de la plus grande partie du pays.
On le voit, le fameux connut io entre l’ancien membre de la droite et le chef du centre gauche commençait de se manifester dans le cours de cette discussion ; il se dessina tout à fait lorsque le comte de Cavour prononça le discours qu’on va lire. Malgré la vivacité de sa réplique aux objections de M. Raltazzi , sa rupture avec l'extrême droite ne pouvait être plus éclatante. Dans la séance du surlendemain , le comte César Balbo, en essayant de se.maintenir dans une neutralité où son cœur se trouvait plus à l’aise sans doute que son esprit, amena le comte de Cavour à déclarer franchement que la conciliation était impossible, et qu’il fallait que la Chambre optât entre les deux Systèmes. Après une discussion longue et animée, le projet de loi fut adopté par 98 voix contre Z|2.
Les explications suivantes, données en 1835 par le comte de Cavour sur cette importante évolution parlementaire, achèveront de la faire comprendre.
« Dès 18f|9 j’étais d’avis que l’on ne touchât pas à la loi
sur la presse ; je ne voulais pas davantage que l’on touchât à la loi électorale.
« Peu de temps après, je fus appelé à siéger au Conseil de la couronne, et je devins le collègue de mon honorable ami Massimo d’Azeglio. Je trouvai parmi les amis du ministère l'honorable comte de Revel ; le comte de Revel désapprouva pourtant le traité de commerce que j’avais conclu avec l’Angleterre, ne pensant pas qu’on dût appliquer aussi complètement que je le faisais les principes du libre échange. Je lui donnai néanmoins une mission de la plus haute confiance à Londres, et je n'ai eu qu’à m’en féliciter; il l’a remplie comme on pouvait l’attendre d’un homme tel que lui. A son retour de Londres, l’honorable comte ne cacha nullement qu'il jugeait nécessaire de modifier profondément la loi sur la presse et la loi électorale.
« Moi, qui dès 1849 étais d'opinion toute contraire, je n’avais aucun motif pour en changer dans cette circonstance; je déclarai donc que le moment me paraissait opportun pour prendre une résolution nette, et que mieux valait une séparation ouverte qu’une union (pii ne pouvait être qu’apparente.
u Aujourd’hui, comme en 1852, je sais bien que si le comte de Revel se trouvait au pouvoir avec ses amis politiques, il ne chercherait pas à abattre le Statut, à relever l’ancien régime; l’honorable comte de Revel a mis son nom au bas du Statut, il ne saurait l'effacer. Mais derrière le comte de Revel il y a une faction qui veut aller beaucoup plus loin que lui, une faction qu’il n’aurait aucune envie de suivre, mais qui l’entraînerait; le moment venu, elle lui passerait sur le corps et arriverait au but qu'elle s’est fixé.
« Quand le vent souille dans un certain sens, il est dangereux de se laisser entraîner par le courant des événements. L’honorable Menabrea , qui est maître en mécanique, sait que le mouvement croît en raison du carré des distances; il m’accordera que le mouvement vers la réaction , fort lent
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dans l’origine, pourrait devenir bientôt assez rapide pour emporter ceux-là mêmes qui auraient cru pouvoir le diriger.
« Voilà pourquoi, en î 852, pendant que le vent souillait à ’ la réaction en Europe, j’ai pensé qu’il était dangereux de céder à ce courant et de modiljer en quoi que ce soit nos lois organiques dans le sens restrictif.
« Voilà comment j'ai pu, sans inconséquence, rompre les liens qui m’attachaient au député Revel , et me joindre au député Hattazzi et à ses amis politiques. »
Le comte de Cavour disait un autre jour, à propos de sa rupture avec la droite :
« On reproche au ministère de n’avoir pas su être énergique, de n'avoir pas su recourir à la force. C'est un reproche dont je ne veux pas même chercher à le laver. Ces sortes de remèdes ont été pleinement appliqués dans d’autres contrées; j’en fais juge le pays entier, j’en fais juge celte sage assemblée : l'emploi de tels moyens a-t-il mieux réussi chez ces peuples que n’a fait chez nous la politique du ministère? »
Séance de la Chambre des députés du 5 février 1854.
Je dois dire d’abord à la Chambre pourquoi le ministère a jugé à propos de modifier la situation faite à la presse; en second lieu, pourquoi il a cru devoir borner celle modification à la répression des délits relatifs à la politique étrangère; pourquoi enfin il a pensé que la meilleure manière de l’opérer était de changer un seul article de la loi actuelle, en déférant aux tribunaux ordinaires, et non plus aux jurys, la connaissance des infractions relatives aux chefs des gouvernements étrangers.
Parmi les problèmes que présentent la législation mo-
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