‹ Œuvre parlementaire du conte de Cavour;Chapitre 27 sur 80 · Lord Palmcrston venait de quitter le pouvoir · texte numérisé non relu

Lord Palmcrston venait de quitter le pouvoir

nu COMTE DE CA voua. 203

chc, par exemple, nous l’accorderait immédiatement. Reste à savoir si la chose serait très-heureuse pour la dignité nationale.

Le projet du ministère doit donc être justifié de ces critiques qu’en font quelques députés qui, tout en reconnaissant qu’il n’est pas de nature à troubler profondément notre système politique, appréhendent pourtant que ce ne soit un premier pas en arrière, un acheminement à d’autres mesures plus rétrogrades; tendances qu'ils n'imputent pas au gouvernement, mais qu’ils craignent de voir développées dans la suite par d'autres hommes politiques. Si le ministère avait cru qu’une loi beaucoup plus répressive fût nécessaire, et s’il n’avait été arrêté que par la prévision d'un échec devant la Chambre, il n’aurait rien proposé du tout pour le moment, afin de laisser croître et devenir plus vif le besoin de mesures plus sévères. Au contraire, c’est justement parce qu’il veut éloigner cette éventualité fâcheuse qu’il a pris l'initiative d’une réforme modérée, et incontestablement utile selon lui.

On craint que ce ne soit là un précédent périlleux, qui puisse un jour être exploité par d’autres que nous, — car on veut bien ne pas contester la bonne foi, — c'està-dire par les réactionnaires. Cette crainte me touche peu. Elle se fonde sur un raisonnement identique à celui qu’ont fait pendant si longtemps les conservateurs opposés aux réformes : « cette reforme peut être bonne en elle-même, mais qui soit où elle nous mènera? » C’est ainsi qu’à force de prudence on arrive aux révolutions; c’est également ainsi que dans le sens inverse on per-

OKI \ IIP. PARLEMENTAIRE

pélue un péril de réaction de peur d’établir un mauvais précédent en réprimant un excès. Les répressions comme les réformes faites à temps éloignent les révolutions et les co n I re-ré vol u lions.

On prétend que le Statut, que les principes constitutionnels sont violés par cette restriction des abus de la presse. Je délie qu’on me dise en quoi. La liberté, base du Statut, reste entière. Quelqu’un s’est servi d’une phrase générale : on viole 1rs principes. A parler franchement. Messieurs, les grandes phrases et les grandes maximes ont souvent perdu les Étals. Je respecte les grands principes, je ne les violerai jamais; dans leur application, pourtant, il faudra bien prendre conseil du temps et des circonstances. Combien de fois l’Angleterre, dont le respect est si grand pour les principes de liberté individuelle, n’a-t-ellc pas suspendu Y habeas corpus? Je respecte, j’aime la liberté de la presse; mais je n’hésite pas à déclarer que, dans des circonstances données, je croirais nécessaire de la suspendre partiellement; en cas de guerre civile ou à la veille d’une guerre avec l’étranger, par exemple. Le. salut du pays devrait prévaloir alors sur les grands principes.

J’ai deux mots à dire enfin en réponse à un reproche que nous font nos amis politiques. Vous perdrez, nous dit-on, toute popularité (il nous en reste peu à perdre, mais il parait que ce peu, nous sommes encore menacés de le perdre), et vous discréditerez le gouvernement, eu qui les populations commencent à avoir confiance. — Je ne crois pas que ce soit bien juger la situation. A la nouvelle de ce projet, une certaine inquiétude, il est vrai.

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s’esl produite dans le pays; mais il me parait que depuis ce premier moment, en comparant cc que nous faisons à ce qui se fait chaque jour en Europe, le pays a pu se rassurer sur notre compte. Les moins clairvoyants ont eu lieu de s’apercevoir que si le ministère avait eu la moindre in'ention hostile à la liberté, il aurait fait tout autre chose que de présenter ce projet. Si pourtant ces appréhensions durent encore, quelques semaines suffiront à les dissiper, à effacer jusqu’à la trace de celte discussion. Les intérêts en lutte dans le monde aujourd’hui sont si grands, que la question qui nous occupe n’est rien auprès et ne mérite guère nos préoccupations.

Quant à nos personnes, nous ne sommes pas de ceux qui s’honorent de l’impopularité, quoique nous sachions la subir; nous ne dédaignons point cette popularité vraie qui ne repose pas sur l’émotion d’un moment, qui ne s’obtient pas en flattant les partis passionnés, mais dont le fondement est dans le jugement de l’opinion générale, et l’origine dans l’ensemble tout entier d’une carrière politique; cette popularité, nous en faisons grand cas. Mais ce n'est point le projet dont je parle qui peut la mettre en question. Notre vie politique est assez longue déjà pour qu’on puisse nous juger sur des éléments moins restreints, et les événements, d’ailleurs, mettront en lumière, nous en sommes sûrs, le sens \rai de notre conduite et le caractère de nos vues.

Si celle attente nous trompait, si l’opinion nous condamnait sans retour, noussaurionsfaire le sacrifice de ces chances de popularité qui n’ont jamais eu grande influence sur nos actions, quoi qu’on en ait voulu dire.

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Nous attendons avec confiance votre suffrage; s’il est favorable, l’avenir dissipera les derniers nuages qui, pourraient être restés dans vos esprits; si vous nous êtes contraires, nous quitterons celte place en faisant des vœux ardents pour que votre détermination ne soit pas funeste, je ne dis pas aux principes conservateurs, qui ne sont point menacés, mais à ces principes d’indépendance et de liberté que personne ne défend avec plus d’ardeur et de sincérité que nous. (Maïques d'approbation et conversations générales.)

F UK I.E MARIAGE CIVIL.

Depuis le discours précédent, bien des choses s’étaient passées lorsque la question du mariage civil fut mise sur le tapis. Soit que le ministre Cavour, par son alliance avec le centre gauche, eût rompu de sa propre autorité un équilibre de forces que le président du conseil, M. d’Azeglio, tenait à maintenir dans la Chambre, soit que ce défi si hardiment porté à la réaction encouragée par les événements du dehors eût provoqué une revanche momentanée des conservateurs purs, le ministère avait dû se reconstituer le 22 mai 1852. Le comte de Cavour avait été remplacé par M. Cibrario dans la gestion des portefeuilles du commerce et des finances; M. d’Azeglio était resté à sa place, ainsi que le général Lamarmora, ministre de la guerre, M. Paleocapa, ministre des travaux publics, et M. Pernati, ministre de l’intérieur; M. lloncompagni avait remplacé M. Galvagno au ministère de grâce et de justice, et avait été chargé de l’intérim du ministère de l’instruction publique, confié auparavant à M. Farini. Le comte de Cavour employa ses loisirs à un voyage où il alla voir de ses yeux ce qu’étaient devenus

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les hommes el les choses en Europe depuis le coup d'État du 2 décembre1.

1. Voici quelques fragments de lettres écrites il cette époque par le comte de Carour à son ami M. Castelli :

« Bruxelles . 7 juillet 18." 2.

«... M. Tltiers a raison. Il y a de certains vents qui s’élèvent tout à coup dans l’atmosphère politique et auxquels on ne saurait résister. Os vents, grâce au riel, ne sont pas éternels, ils perdent bientôt de leur persistance; mais il y n un moment où ils brisent tout ce qu’ils trouvent sur leur passage. Je ne sais si ce moment est venu pour le Piémont. Peut-être l'éviterons-nous , si nous savons être en même temps prudents et habiles. »

« Londres, 13 juillet 1852.

« J’ai reçu votre bonne lettre du 7, ci les détails que vous me donnez sur notre politique intérieure ne sont pas rassurants. J’espère toutefois que vos plus sinistres prédictions ne se réaliseront pas. La loyauté du Roi et le bon sens du pays nous sauveront. Quant à moi , je. suis prêt à faire mon possitde pour empêcher que notre barque constitutionnelle ne chavire, bien décidé à avoir patience et à supporter toute espèce de contrariétés. M. Tltjers m'a dit en me quittant ; « Si, après vous avoir fait « manger des couleuvres à déjeuner, on vous en ressert à dîner, ne vous « dégoûtez pas. « M. Tltiers parle par expérience. S’il avait avalé quelques couleuvres de plus, la France peut-être ne serait pas réduite à l’état où elle se trouve’.

« Tâchez de prêcher la patience à nos amis. Soyez certain que pour le moment c’est la politique la plus habile.

« Je ne puis pas hâter mon retour, lin ce moment, ma présence serait un embarras en Piémont

« Je vous ai annoncé de Bruxelles la chute du cabinet Frèro-Rogier. Ma prédiction s’est bientôt réalisée. Cette chute est fâcheuse pour nous, car elle augmente l’audace des cléricaux.

« Je. ne puis pas encore vous entretenir du résultat final des élections anglaises. Ce qu'on en commit cependant suffît pour qu’on puisse prédire que lord Derby n'aura pas la majorité. Toutefois, malgré l'avis contraire de quelques libéraux, je ne crois pas que sou parti sorte afluihli de l'arène électorale. Le pays ayant prononcé un verdict définitif sur la question du (ree traite, le parti conservateur sera débarrassé du bagage protectioniste qui l'empêchait de marcher, et il aura des allures beaucoup plus dégagées. Je doute on conséquence qu’un ministère puisse se

Le h novembre 1852, il fut nommé président du Conseil et ministre des finances, de l’agriculture et du commerce. Ses collègues furent le général Dabormida aux affaires étran-

constituer solidement, s'il lui est décidément hostile. L'Angleterre est éminemment conservatrice. Lord l’almcrston l'a dit d’une manière charmante aux électeurs de Tivcrton , et je crois qu'il a tellement raison que, «ans la question du fret Irade , qui n'est pas soutenable pour tout homme de bon sens , lord Derby aurait eu la majorité. »

« Londres . 17 juillet 1854.

« Dans ma dernière lettre je vous disais que le ministère avait remporté plusieurs victoires : depuis lors, ces victoires se sont multipliées, et maintenant il est certain que, quand tnème il n'obtiendrait pas la majorité, ce qui est encore probable, il serait assez fort pour que l'oppositiou ne put songer à le renverser dès le début de la prochaine session. L'existence du gouvernement de lord Derby dépend maintenant îles mesures qu'il proposera. Si, comme tout porte à le croire, il abandonne la question de la protection et s'il présente des projets de loi pour des réformes secondaires, telles que les sanüary reforme , etc., il pourra marcher. Il faut donc se résigner et calculer parmi les choses probables le maintien de lord Derby au pouvoir. M. Thiers avait raison lorsqu'il me disait que, lorsque le vent de l’opinion souille, dans une certaine direction avec une grande force, on en ressent les effets lit même où l'on se croyait le mieux à l’abri. Quoi qu’il en soit, il ne faut pas perdre courage. Les torys ne nous sont |>as hostiles; au contraire, notre antipapisnte nous rer.il chers & leurs yeux. Le ministre des affaires étrangères m’a parlé de la manière la plus explicite et la plus aimable. Certes, il ne faut pas s'exagérer l'appui que nous obtiendrons d’eux dans le cas d’une lutte matérielle; mais les whigs feraient-ils davantage? C'est ce qui est fort douteux pour moi. I.a présence des torys au pouvoir n'a qu’un seul véritable inconvénient dans le moment actuel : c'est d’exercer une influence morale très-fâcheuse en décourageant chez nous le parti libéral, et en donnant de l'audace au parti rétrograde.

» Je resterai à Londres encore une quinzaine de jours; je partirai ensuite pour l’Ecosse que je ne connais pas encore et où j'aurai l’occasion de voir lord John Russell. Continuez, je vous prie, à m'adresser vos lettres à Londres. »

« Londres, 31 juillet 1834.

»... Je ne quitterai définitivement cette ville que jeudi prochain. Je me suis tout à coup rappelé que j'avais été ministre de la marine, et

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gères, M. Ponza di San Martino à l'intérieur, le général Lamarmora h la guerre, M. Paleocapa aux travaux publics, M. Cibrario à l'instruction publique , et au ministère de grâce et de justice M. Boncompagni, remplacé le 27 octobre 1853 par M. Ratlazzi, le chef du centre gauche. Peu de temps après, le projet de loi sur le mariage civil venait donner une couleur marquée 5 la nouvelle administration.

La question traitée dans le discours suivant est une de celles qui peuvent le mieux faire comprendre la véritable nature du mouvement italien. Le gouvernement, qui a bravé et combattu la puissance autrichienne, qui a annexé les Romagnes, les Marches et l'Oinbrie, n'a pu encore introduire dans sa législation le principe du mariage civil. Quelques mots suffiront à expliquer ce fa'1 singulier.

que, par conséquent, je ne pouvais venir en Angleterre sans visiter les établissements maritimes de ce pays. J’ai employé en conséquence quelques jours A voir Woolwicli, Portsmouth et Gosport. Je n’en suis pas plus marin pour cela; mais au moins, lorsqu'on me parlera d’un grand arsenal, je saurai ce que cela veut dire. »

« Par. s, 1 septembre 185A.

« Je ne vous ferai pas un récit détaillé de mon séjour A Paris. Mon temps a été si occupé, j'ai déjà vu tant do monde, qu'il me faudrait un volume pour vous raconter ce que j’ai vu et entendu. Je me bornerai A vous dire que je suis convaincu de ia stabilité du gouvernement actuel. Napoléon est maître de la situation : il le sera longtemps encore s'il ne se laisse pas emporter trop loin par le torrent réactionnaire. Si , tout eu gardant le pouvoir, il sait flatter les instincts démocratiques des masses par de» mesures populaires, il conservera une force irrésistible. Ce qui pourrait lui nuire plus que tout autre chose, c'est l'esprit ultramontain qui se développe dans le clergé et qu'il parait caresser. Le peuple Lançais se passera de liberté pendant quelque temps, mais si l'on le forcer A aller & la messe, il résistera. Pour inon compte, je ne pense pas quo Napoléon continue A céder, comme il le fuit maintenant, devant les prétentions du clergé. Suivant les t rares de son oncle, après s’être concilié les catholiques par des actes qui rappellent le concordat, il ne lardera pas A publier des articles organiques pour arrêter les cnipiétemeuts de la cour de Rome. »

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Lorsque Charles-Albert promulgua le Statut, il proclama, dans l’article l". la religion catholique religion d' État. Tant que vécut ce prince pieux, aucune discussion ne s’éleva sur la manière d’interpréter et d’appliquer cette déclaration. Mais après sa mort, lorsque, par suite de la défaite de .Novare, toute l’activité de la population et du gouvernement dut se reporter sur la politique intérieure, deux opinions se formèrent dans le Parlement et dans le pays. D'après les uns, on devait s’en tenir rigoureusement au texte de l’art. 1er du Statut, et ne faire aucune réforme dans l'ordre ecclésiastique, ou n'en faire qu’avec le consentement du saint-siège et au moyen d'un concordat. D’après les autres, au contraire , oh devait appliquer la déclaration de principes sur la liberté individuelle contenue dans le Statut , séparer nettement l'Église de l'État, et donner au Piémont la liberté de conscience et celle des cultes avec toutes leurs conséquences. Bientôt la majorité de la Chambre des députés se déclara énergiquement pour le second parti, tandis que la minorité, où se distinguaient MM. Balbo et Ménabréa, ainsi que la grande majorité de la Chambre haute, regardaient un accord avec le saint-siège comme la condition sine qua wm de mute réforme. Le pouvoir exécutif, après avoir balancé, de 18/. 9 à 1852, entre ces deux opinions, après avoir épuisé tous les moyens de conciliation avec la cour de Home, finit par se ranger, ainsi que devait le faire un ministère responsable, à l'avis de la Chambre élective. Cependant, et malgré les efforts réunis delà Couronne et des représentants de la nation, l’opposition du Sénat, où siégeaient les évêques et les hauts fonctionnaires du régime qui avait précédé le Statut, empêcha l’adoption des lois dont la France, la Belgique et d’autres pays catholiques jouissent depuis tant d'années.

L'on ne peut qu’admirer la modération dont lit preuve dans ces circonstances le parti libéral ; on ne peut être assez sévère pour la conduite de la cour de Rome et du clergé. Au lieu de faire des concessions, île renoncer à des privilèges

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