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ru dogme, a dit qu’il appartient à la discipline de l’Église, el qu’il peut par conséquent être établi légitimement, catholiquement dans certains pays, tandis que dans d’autres on ne peut le proclamer sans s’exposer au schisme. Voilà en vérité une doctrine que je ne saurais comprendre. Pascal, dans ses Pensées , disait, à propos de la politique, qu’il ne pouvait entendre comment ce qui élait une vérité d’un côté des Pyrénées pouvait être une erreur de l’autre; cela pourtant peut s’expliquer jusqu’à un certain point pour les choses de la politique; mais pour celles de la religion, est-ce possible? Les rapports de l’homme avec Dieu, qui sont essentiellement indépendants du temps et de l’espace, peuvent-ils changer selon qu’on passe une montagne ou qu'on traverse un fleuve? Ce qui serait légitime dans la vallée de Fenestrelle, où le concile de Trente n’a jamais été promulgué, serait-il illicite dans la plaine du Piémont? Sur ce point, en vérité, ma conscience est tranquille.
Quant aux considérations morales et politiques, chacun en a pu faire une ample moisson dans la discussion qui vient d’avoir lieu. L’honorable organe de la minorité de la commission est parti du paradis terrestre et a touché, avec une grande érudition, à la législation de tous les peuples jusqu’à nos jours. Je n’ai ni assez de temps ni assez de savoir pour suivre pas à pas sa démonstration; qu’il me permette cependant de m’étonner que, pour démontrer la nécessité de l’union du sacrement et du contrat dans le mariage, il ait été chercher des exemples dans l’Égypte et la Grèce antique, el chez le peuple hébreu. Le mariage, si je ne me trompe, avait
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cliez tous cos peuples un caractère beaucoup moins religieux que celui que nous lui reconnaissons, car la polygamie y était plus ou moins répandue. L’antiquité de telle ou telle institution n’est d’aillears pas toujours un excellent argument en sa faveur, aulrement il n’y aurait pas d’institution plus respectable (fie l’esclavage, qui existait chez les nations qu’on nous a citées, et qui y était doctrinalement approuvé par les philosophes dont b; nom est souvent revenu dans les discours de mes honorables adversaires.
Mais laissons là l’antiquité. Plusieurs honorables sénateurs, entre autres le maréchal de Latour, ont regardé la corruption croissante des mœurs comme un effet du mariage civil. Les horreurs de la révolution, l’échafaud où est tombée la tête de Louis XVI, nous ont été présentés comme les conséquences du mariage civil . C’est s’abuser beaucoup; l’exemple de la France est précisément celui qui peut le mieux prouver combien une législation (pii admet le mariage civil peut produire d’heureux effets.
La France a traversé plusieurs révolutions depuis celle de 1793; les dernières ont été bien différentes de la première. L’histoire de la révolution de 1848 fait assez paraître le changement qui s’est opéré dans le caractère de ce peuple. Je n'admire certes pas la* révolution de 1848 : aucun mouvement, à mon avis, n’a jamais été pl us funeste, plus déplorable ; aucun ne m’a plus tristement affecté; mais je ne suis pas injuste, et je reconnais, à l'honneur de la France, qu’après la première secousse la nation s’est montrée bien supérieure à ce qu’elle avait été en 1793. Et c’est sur ces moments où tout frein
manque, où l’instinct seul agit, qu’il faut juger du tempérament d’un ptuple, et non pas sur les périodes normales où l’action du pouvoir s’exerce avec plénitude. Oui, la France de 1848 s’est montrée infiniment plus civilisée, plus morale, plus humaine, plus religieuse que la France de 1793; mais comment donc, puisqu’on veut faire intervenir la révolution française dans cette question, comment avait été élevée, formée, la France de 1793?
Cette génération était née dans une société où il n’existait pas de trace du mariage civil; où le pouvoir séculier se faisait le soutien du pouvoir ecclésiastique; où les lois de l'Église avaient des sanctions dans les lois civiles. Voilà la société qui avait formé la France de 1793; voilà la coupable.
Au contraire, la génération qui, en 1848, se montra si remplie d’humanité et de religion, sortait d’une société où le pouvoir civil avait été soigneusement distingué du pouvoir ecclésiastique. Tous les hommes qui ont pris part à ces événements étaient nés sous le régime du mariage civil.
Yeut-on parler des mœurs des populations, plutôt que; de leur sens politique? Je demande si de bonne foi l’on croit que la France d’aujourd’hui soit plus corrompue que ne l’était celle de Louis. XV. Prendra-t-on pour exemple, au lieu du siècle de Louis XV, qu’on peut regarder comme ayant été gâté par les philosophes, le xvu' siècle? Je suivrai de bonne grâce mes adversaires à la cour de Louis XIV. Préfère-t-on parler de ce qui s’est passé dans notre pays? Des auteurs très-sérieux nous
instruisent là-dessus; et pour en citer un moins grave, mais qui est considéré comme un narrateur fidèle, qu’on lise, sur les mœurs de la société piémontsise au xvu* siècle, les mémoires du comte de Grammont; ce n’est point une lecture ennuyeuse ; on y voit que le Turin du xvir siècle ne valait certes pas mieux que celui d’aujourd’hui.
Quelques orateurs ont dit que le mariage civil est une institution toute moderne : ils ont oublié que celte institution existe depuis longtemps chez des peuples qui n’ont pas, il est vrai, l’avantage de professer en majorité la religion catholique, mais dont la moralité ne peut être mise en doute; chez le peuple écossais, par exemple. Le contrat civil du mariase était admis en Écosse cinquante ans avant les réformes de 1 503 : et, même, il n’y a été entouré jusqu’à ces derniers temps d’aucune des formes destinées, dans des législations moins anciennes, à le rendre plus parfait et plus sur. L’Écosse est-elle pour cela un pays de dérèglement on d’irréligion? Il suffit d’avoir visité quelques villes d’ Écosse pour s’assurer qu’il en est tout autrement. J’ai eu la bonne fortune, tout récemment, d’v passer quinze jours, et de visiter la plus grande partie de cette contrée; je n’v ai pas vu de ville où, dans ces dernières années, on n’ait pas construit quelque nouveau temple. La législation y reconnaît le mariage civil, elle est fort imparfaite d’ailleurs, et elle n’a pourtant nui ni à la religion, ni aux mœurs.
La Relgique jouit du mariage civil. L’honorable maréchal1 prétend que cette institution lui a été imposée par