‹ Œuvre parlementaire du conte de Cavour;Chapitre 33 sur 80 · Manioni · texte numérisé non relu

Manioni

DU COMTE DE CAVOl’H.

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on parlant des étrangers qui se disputaient l’Italie indifférente au triomphe de ses nouveaux conquérants :

Il nuovo signom s’aggiunpc ail’ antico.

L’un popolo e l’altro sul collo ci sta.

Si la Russie devenait maîtresse de la mer Noire, ces vers pourraient certainement s’appliquer à nous. Mais nos intérêts moraux plus encore que nos intérêts matériels seraient compromis si la Russie acquérait la prépondérance dans les conseils européens. Mon opinion est que notre pays, nos institutions, notre nationalité courraient alors le plus grand danger. L'histoire des quarante dernières années nous montre la Russie employant toute son influence pour l’anéantissement des tendances libérales, pour la répression de toute tentative libératrice d’un peuple. Vous savez quelle a été son action dans les congrès européens, depuis celui d’Aix-la-Chapelle jusqu’à celui de Vérone; vous savez quelle funeste influence elle a exercée sur la monarchie populaire de Louis-Philippe, et combien elle a mis d’obstacles à l’émancipation de la Belgique. Je ne crois pas me tromper en disant que si plusieurs princes allemands n’ont pas tenu la parole qu’ils avaient donnée en 1815, si les vues libérales de plusieurs autres ont été contrariées, si les tendances du grand peuple germanique à faire prévaloir le principe de nationalité n’ont pu aboutir, c’est à cause de l’action que la Russie a toujours exercée sur l’Allemagne.

Kl notez. Messieurs, une chose très-remarquable : cette action ne provient pas du caractère personnel des souverains qu’a eus la Russie; peu de princes ont mon-

tri' des sentiments plus nobles, plus généreux que le dernier empereur et celui qui règne aujourd’hui. Tout le monde sait qu’Alexandre était animé de sentiments délicats et élevés, qu’il s’était fait le défenseur des principes de liberté. C’est grâce en grande partie à Alexandre que Louis XVIII n’a pas suivi les conseils des quelques émigrés qui voulaient ramener la France au despotisme; c’est à Alexandre que la Suisse a dû d’être constituée; c’est Alexandre qui fit en sorte que certains princes allemands accordassent h leurs sujets des institutions libérales. Cependant, de retour en Russie, Alexandre, convaincu de l’impossibilité absolue d’appliquer les principes de liberté à son propre peuple, fut amené en peu de temps à combattre au dehors ces mêmes principes dont il s’était fait jusque-là le propagateur. Comme Alexandre, .Nicolas reçut de la nature une âme bien douée, et c’est avec justice que tous ceux qui ont récemment visité la Russie dans un esprit d’observation impartiale, ont dit qu’ils n’y avaient rien trouvé qui fût plus digne d’éloges que l’empereur lui-même. Malgré ses heureuses dispositions, Nicolas a été fatalement amené à faire une guerre terrible à la liberté, non-seulement chez lui, mais dans toute l’Europe ; celte nécessité funeste a conduit ce prince, d’un cœur si haut pourtant, à refuser un témoignage de sympathie, une parole de consolation au prince magnanime dont il avait été l’hôte et l’ami, et qui finissait héroïquement ses jours sur le lointain rivage d’Oporto ; celle même nécessité l’a conduit à oublier l’amitié qu’il avait contractée avec le loyal et généreux (ils de Charles- Albert, et cela uniquement parce que notre souverain.

1)1’ COMTE DE CAVOtn.

fidèle ù des engagements sacrés, a sauvegarde nos libertés publiques.

Oui, la prépondérance du czar dans les conseils de l’Europe serait fatale à nos institutions, à notre nationalité. Qu’on ne m’oppose pas le souvenir des relations amicales de la maison de Savoie avec la maison des Romanof, les services rendus à nos princes par l’empereur Paul vers la fin du xvm' siècle, et par l’empereur Alexandre dans les congrès de Paris et de Vienne. Les idées par lesquelles notre cour était alors dominée n’étaient point contraires à celles de la cour de Russie, bien que, grâce au ciel, elles ne fussent pas identiques. C’était le temps où nous étions représentés à Pétersbourg par le fameux Joseph de Maistre, l’auteur du livre du Pape cl l’apologiste de l’inquisition ; il était bien naturel qu’il existât entre les deux cours une vive sympathie. Mais aujourd’hui, Messieurs, qu’une glorieuse transformation a fait de la maison de Savoie un ferme appui de la liberté, cette sympathie n’est plus, et, j’en suis convaincu, le triomphe de la Russie mettrait en péril nos institutions , notre nationalité et notre dynastie peutêtre.

D’après ces considérations, Messieurs, il est évident que nous avons d’immenses intérêts engagés dans la guerre d’Orient. Voyons maintenant comment la question de notre participation à la guerre doit être envisagée au point de vue pratique.

Nous n’avions que l'un de ces deux partis à prendre : accéder au traité ou rester neutres. Pour apprécier s’il convenait d’accéder, il parut naturel d’envisager les

nr. I \ lî E l> A 1U, E M F. N T A I B E

conséquences (l’un refus d'accession. En recourant donc à ce procédé qu’en mathématiques on appelle démonstration par l’absurde, nous vîmes bientôt que le système de la neutralité ne valait rien, et que l’accession nu traité du 10 avril serait au contraire fort avantageuse.

Pour qu’une nation de second ordre puisse rester neutre sans danger, quand les puissances de premier ordre s’engagent dans une grande guerre, il faut absolument, à mon avis, que cette neutralité ne tourne au désavantage ni à l’avantage d’aucune des parties belligérantes. Quand la neutralité n’exerce aucune influence sur la marche d’une guerre, elle peut n’avoir pas de suites fâcheuses ; ainsi dans une guerre entre des puissances européennes, les États d’Amérique, si leur neutralité ne cause aucun dommage à l’un ni à l’autre des belligérants, peuvent sans inconvénient rester neutres ; en Europe môme, quelques pays, grâce à leur situation topographique ou politique, la Belgique, la Hollande, le Portugal, par exemple, peuvent, à mon avis, garder une stricte neutralité dans la guerre actuelle sans qu’il en résulte aucune difficulté. Mais nous n’étions pas, Messieurs, dans des conditions analogues à celles-là; nous ne pouvions rester neutres sans entraver indirectement, et d’une manière tout à fait indépendante de notre volonté, les opérations des puissances occidentales, et sans faire les affaires de la Russie. Cela est si vrai, que tous les députés qui ont parlé ici en faveur de la neutralité ont montré! des sentiments favorables à la Russie.

II- ont dit : « Restez neutres, mais armés; restez neutres, non pas pour ne pas faire la guerre, mais pour la faire

au moment opportun, pour profiter de telle éventualité qui peut se présenter de la bien faire non pas contre l’empereur de Russie, mais contre ses ennemis. » Ce raisonnement est parfaitement logique. Si, en elTet, nous n’acceptons pas l’alliance des puissances occidentales, nous devons rester neutres et armés en attendant les événements; cette altitude, gênante pour les opérations de la France et de l’Angleterre, et par conséquent avantageuse pour la Russie, nous fera perdre nécessairement la sympathie des puissances occidentales.

On a beau dire : « Qu’importe que les puissances occidentales soient indisposées contre nous, si . nous sommes dans notre droit, si rien dans notre conduite, aux termes du droit des gens, ne peut nous être reproché? » — Tout cela. Messieurs, serait fort bon si les questions politiques, si les destins des peuples étaient toujours décidés conformément au droit ; mais que ce soit un bien ou un mal, les choses ne vont point ainsi, et nous savons trop bien que la diplomatie, dans la conduite des affaires internationales grandes et petites, ne se règle pas toujours sur la stricte justice1.

La république de Venise avait certes le droit de rester

1. « Pourquoi, disait dans une séance du Sénat le maréchal de Latour, sommes -nous la seule puissance de second ordre qui ait accédé au traité? » — Le comte de Cavour répondait : « Parce que nulle autre n’est aussi réellement engagée dans la question , sauf peut-être la Suède, qui, exposée aux premiers coups du colosse, juge apparemment prudent de s’abstenir. D’ailleurs' notre initiative, extrêmement avantageuse aux alliés, est le principal mérite de notre accession; et je déclare, au risque d’être taxé de légèreté, que si N'aples, la Bavière, la Hollande nous eussent prévenus, je n’aurais accédé au traité qu’à contre-cœur. »

OE V V H li PARI. K MENT Al R K

neutre entre la France et l'Autriche à la tin du siècle passé; elle ne violait aucun principe à l’égard de l’une ni de l’autre puissance; sa neutralité pourtant finit par les indisposer toutes deux, et elles prononcèrent contre cette malheureuse république la fatale, l’inique condamnation de Campo-Formio, dont la réparation n’a jamais été obtenue. (Très-bien.)

Je viens de vous parler des conséquences de la neutralité à l’égard des gouvernements d’Occident; elle aurait de plus, à mes yeux, l’inconvénient de nous faire perdre les sympathies du grand parti libéral européen, (pii s’est, résolument déclaré en faveur de la guerre en Allemagne, en Angleterre et en France.

Les sentiments de l’Allemagne se montrent assez dans tous les journaux qui ont conservé la liberté de la parole, dans les discussions mémorables du Parlement prussien, où les hommes restés fidèles aux idées de 1848 et de 1849 ont chaudement soutenu le parti de la guerre.

11 en est de même en France, où tous les journaux libéraux appuient le gouvernement dans cette question, et où toutes les classes de la société se sont empressées de lui apporter les fonds nécessaires pour la guerre : fait significatif, car un déboursé d'argent est un indice plus concluant qu’une simple dépense de paroles.

En Angleterre, les discussions du Parlement, les polémiques de la presse témoignent que les partis y sont à peu près unanimes en faveur de la guerre. L’honorable lîrofferio m’a opposé les paroles prononcées dans un meeting de Manchester par un homme dont je m'honore

DU COMTE DE CAVOUR. il"

d’être l’ami, et que je reconnais comme un maître en matière économique; mais l’exemple de Richard Cobden est une exception qui ne détruit pas la règle. Ce qui s’est passé à celte occasion est la meilleure preuve que la guerre est extrêmement populaire en Angleterre, même dans les grands centres industriels qui en doivent souffrir le plus. Dans cette réunion, convoquée par M. Cobden lui-même pour défendre les opinions pacifiques qu’il avait émises au Parlement , opinions qu’il savait contraires à celles de ses électeurs, M. Cobden ne put d’abord se faire écouter, tant était grande l’irritation populaire contre lui; et s’il obtint à la fin quelque attention, ce fut grâce aux efforts de quelques-uns des partisans de la guerre , ceux-ci ayant représenté aux assistants qu’ils devaient écouter un homme qui avait rendu tant de services à la cause de la liberté, et qui était l’un des citoyens les plus distingués de la ville même de Manchester. La proposition de M. Cobden finit par être repoussée à une immense majorité.

Puisque je suis sur ce sujet, je citerai encore un fait qui concerne un autre de mes amis. Il y a quelques semaines, Mary-le-Bone, le quartier peut-être le plus peuplé de Londres, resté jusqu’ici comme une sorte de citadelle du radicalisme , eut à envoyer à la Chambre un nouveau représentant. Deux candidats s’offraient aux électeurs ; l’un appartient au radicalisme extrême, l’autre, lord Evelington, dont je m’honore d’être l’ami, est un libéral modéré. Le radical n’était pas contraire à la guerre, il n’était que tiède; lord Evelington au contraire la palronait avec chaleur. Ce dernier, quoique lord.

OF.EVRE PARLEMENTAIRE

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([uoique non radical, fui élu à une majorité extraordinaire. 11 m’écrivait, il y a peu de jours, que dans son rail , c’est-à-dire dans cette visite que font en Angleterre les candidats à leurs électeurs, il avait trouvé que la question de la guerre absorbait toutes les questions politiques, et que toutes y étaient subordonnées.

Ainsi, dans toute l’Europe le parti libéral approuve vivement la guerre. Si, contre tous nos intérêts, nous avions refusé d’v prendre part, après y avoir été invités, nous aurions vu baisser aussitôt la considération que les hommes éclairés ont pour le Piémont; ce serait un grand malheur, car si le Piémont occupe en Europe plus de place qu’il ne lui en appartiendrait en raison de son territoire si étroit, il le doit à l'opinion publique qui lui est favorable, et la perte de cet appui de l’opinion pourrait être pour nous, dans l’avenir, la cause de tristes événements.

Je ne pense pas. Messieurs, que cette puissance de l’opinion publique puisse être contestée, surtout par les orateurs qui siègent à gauche dans cette Chambre : car ce serait méconnaître l’un des progrès les plus signalés de notre siècle , l’une des plus grandes conquêtes de la civilisation, et ce serait d’ailleurs nier un fait évident. Qui donc pourrait contester l'influence de l’opinion sur les affaires politiques, en voyant que non-seulement les gouvernements qui proclament et qui laissent pratiquer la liberté, tiennent compte de celte souveraine du monde, mais que les souverains qui affectaient de dédaigner la publicité, en appellent eux-mêmes à ce tribunal, comme

il est arrivé naguère à l’empereur de Russie dans ses proclamations, dans ses notifications, comme il est arrivé au souverain poidife lorsqu’il a exposé à l’Europe ses dissidences avec la cour de Sardaigne. (Hilarité. — Marques d’approbation.)

Puisque la neutralité doit avoir de si fâcheuses conséquences, l’alliance est inévitable. Dès lors, je pourrais me dispenser de considérer les inconvénients qui peuvent en naître; car un fait nécessaire étant donné, la raison veut que les hommes d'Etat ne s’occupent de ses inconvénients que pour les atténuer. Je traiterai cependant ce côté de la question; j’examinerai les conséquences financières, économiques, militaires et politiques du traité, et j’espère vous démontrer que si notre détermination n’est exempte ni de dangers, ni d'inconvénients, il n’y en a pas autant qu’on l’a voulu faire croire.

La question financière est certainement très-sérieuse; plus qu’un autre je suis obligé de reconnaître que noire situation n’est pas des plus riantes; après vous avoir tant de fois demandé de nouveaux impôts , de nouveaux emprunts, je ne viens pas aujourd'hui vous représenter l’état de nos finances comme magnifique; je ne le juge, pourtant pas tel qu'il doive jeter l’effroi dans nos esprits et nous détourner de nouveaux sacrifices pécuniaires, pourvu que ces sacrifices nous soient commandés par l’honneur, par de hauts intérêts et par une bonne politique.

La situation n’est point normale, puisque le budget de 1855 présente un arriéré, — qui toutefois n’excède

pas en réalité deux millions. Cet arriéré n’existerait pas si de fatales conditions économiques ne nous avaient forcé l'an passé à réduire, à supprimer, pour mieux dire, quelques années avant le moment opportun, l’impôt sur les céréales qui rendait trois millions, et à réduire de quelques cent mille livres les gabelles. Nous avons essuyé une série de cruels désastres, nous avons vu quelques-unes de nos sources de production frappées de la manière la plus terrible, nous avons vu notre commerce, nos entreprises arrêtées par la guerre, par les complications politiques: tout cela a diminué nos ressources; mais les résultats constatés, loin de m’inspirer des défiances de l’avenir, me donnent au contraire la confiance la plus entière, malgré tant de circonstances défavorables; la perception indirecte, qui, jusqu’à un certain point, indique le progrès de la richesse, n’a pas diminué, et sur plusieurs articles elle présente, pour l’année qui vient de finir, une notable augmentation. 11 est évident que, lorsque ces fléaux exceptionnels auront cessé de sévir, nos impôts indirects augmenteront rapidement et rétabliront un parfait équilibre dans le budget, même en tenant compte des fonds destinés à l’extinction de la dette.

Les objections économiques élevées contre le traité ne me paraissent pas plus solides. Une pétition de Génois dit que la guerre va compromettre le commerce national et exposer des propriétés d’une valeur immense qui appartiennent à nos nationaux et se trouvent sur le sol russe. Je ne vois pas ce que la guerre avec la Russie peut encore faire à notre commerce. La Chambre sait

que, peu après la déclaration de guerre, la Russie a défendu l'exportation des céréales et anéanti ainsi notre commerce principal avec les ports russes; bien plus, les puissances alliées viennent de déclarer en état de blocus tous les ports de la mer Noire et de la mer d’Azof. Je ne comprends plus, par conséquent, quelle espèce de commerce nos négociants peuvent faire avec la Russie, ni comment la déclaration de guerre pourrait entraver leurs opérations.

11 nous es’t dit que les négociants génois possèdent des quantités considérables de grains dans les ports russes. Je ne veux pas le contester; pourtant, des informations prises auprès de personnes dignes de foi et qui connaissent bien la place de Gênes, ne disent pas précisément que ces entrepôts de grains soient considérables; quoi qu’il en soit , la guerre ne serait une menace pour ces marchandises que si l’empereur Nicolas pouvait confisquer ou séquestrer les propriétés de nos négociants; mais l’empereur de Russie a déclaré, dès le commencement de la guerre, qu’il respecterait les biens et la personne des sujets des puissances belligérantes, et l’intérêt même' de la Russie veut que la guerre soit faite avec les plus grands égards pour la propriété privée, puisque, dans le cas contraire, il ne serait pas difficile aux alliés de bombarder et de brûler Odessa ou toute autre ville de la mer Noire. Je crois donc qu’il faut beaucoup rabattre des craintes qu’on manifeste à l’endroit de cette guerre, et que la pétition des négociants de Gênes les a singulièrement exagérées. Et de fait, je vois que les capitaines île vaisseaux marchands de

QEL'YRE l'ARLF.MENTAinfc

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Gênes oui depuis longtemps déclaré de leur chef la guerre à la Russie, puisque le plus grand nombre a nolisé ses navires aux puissances d’Occident qui font la guerre, et se trouve depuis plusieurs mois dans les ports de la mer .Noire. (Hilarité.)

Je ne m’étendrai pas sur la question militaire, elle sera traitée par mon honorable collègue le ministre de la guerre. Je me restreindrai à repousser une objection fondée sur la mauvaise réussite des commencements de l'expédition à Sébastopol et sur les désastres arrivés à l’armée anglaise. L’expédition de Sébastopol n’a pas eu le succès que s’en promettaient ses auteurs; mais, c’est au moins mon avis , le fait provient d’une erreur de cabinet plus que d’une erreur militaire. Les résultats de la guerre que la Russie a faite pendant plusieurs mois contre les Turcs lui ayant été fort défavorables, le public européen avait conçu une idée très-dédaigneuse des forces de la Russie, et s’était persuadé qu’on la battrait facilement ; on avait exagéré sa puissance, une réaction naturelle faisait exagérer sa faiblesse. L’expédition de Sébastopol fut donc commencée avec des moyens qui n 'étaient pas proportionnés à la grandeur de l’entreprise; de là le peu de valeur des premiers résultats.

Çiuaiit aux désastres de l’armée anglaise, je crois que ce ne peut pas être un motif de douter de l’issue linale de l’entreprise, de douter que l’Angleterre puisse et veuille faire des efforts égaux ou supérieurs à ceux de ses alliés. Dans toutes les guerres où l’Angleterre est entrée, elle a eu le dessous dans les commencements ; elle a commencé toujours avec des moyens inférieurs à

ses ressources réelles; mais les désastres, les défaites, loin d’abattre sa confiance, n’ont jamais manqué de l’encourager à de nouveaux efforts, à des sacrifices nouveaux; et pendant que ses adversaires, après quelques succès, sentaient se lasser leur courage et diminuer leurs forces, elle, à mesure que la guerre se prolongeait, gagnait en vigueur et en moyens d’attaque. Il en a été ainsi. Messieurs, dans la grande guerre de la Révolution française; en 1792 et 1793, les Anglais n’éprouvaient que des revers; leurs forces étaient minimes à côté de celles de leurs alliés, mais ces alliés se lassèrent ; eux , au contraire, se fortifièrent en se battant et en vinrent au point que, si je ne me trompe, en 1814 ils avaient quatre cent mille hommes à leur solde.

La même chose leur est plusieurs fois arrivée dans les Indes. Presque toutes les entreprises tentées dans ce pays par les Anglais ont d’abord tourné à mal ; ce n’est jamais qu’après une bonne défaite, un désastre sérieux que la Compagnie des Indes a employé des moyens suffisants pour réussir. Vous vous rappelez tous l’expédition du Caboul, en 1839, qui eut pour résultat l’entière destruction d’un corps d’armée anglais : de quatorze à quinze mille hommes, il ne resta, je crois, que quelques officiers. Après cette catastrophe sans exemple, beaucoup de gens annonçaient la ruine de la puissance anglaise dans les Indes et croyaient sa dernière heure sonnée. Cette prédiction ne fut point accomplie; l’année suivante, les Anglais retournèrent à Caboul avec des forces doubles et réussirent. Ce qui est arrivé le siècle dernier dans la guerrre de la Révolution, ce qui est arrivé de

(Kl) V I1E l' A II LEM EN T A I U E

nos jours dans le Caboul, arrivera, j’en suis silr, en Crimée. Nous trouverons sur le champ de bataille nos alliés plus forts et plus puissants qu’ils n’ont jamais été.'

Je crois aussi qu’on a fort exagéré les effets du climat et des conditions que présente le théâtre de la guerre. Les souffrances de l’armée anglaise doivent être attribuées à certains vices inhérents à son administration et à son organisation. A côté des Anglais, nous voyons en effet l’armée française, qui a certes donné des preuves égales de. courage et d’ardeur, subir des pertes infiniment moindres à cause de son organisation meilleure et sa meilleure administration. Nous sommes donc sûrs de trouver en Crimée l'armée française dans un état excellent et de voir avant peu descendre sur ces rivages une armée anglaise plus forte et mieux organisée.

Relativement aux conventions militaires, je sais qu’on blâme non le chiffre de quinze mille hommes assigné au corps d’expédition, mais la stipulation que ce corps sera maintenu à quinze mille hommes. Cependant, si nous voulons que notre présence en Crimée ait quelque signification, si nous entendons que les troupes piémonlaises Tassent honneur à leur pays, il faut bien les maintenir à un chiffre convenable. En vérité, je puis le dire à la Chambre, notre ministre de la guerre insistait beaucoup plus vivement que ne faisaient les puissances sur le mot maintenir ; il disait qu’aucun général jaloux de sa réputation ne voudrait prendre le commandement du corps d’expédition, s’il n’était certain que les vides causés par la guerre et les maladies seraient remplis à certains in-

1)1' COMTE DE CAVOüR.

lcrvalles; j’cslime que le ministre de la guerre avait grandement raison.

J’arrive à la partie politique du traité, la plus importante peut-être, et certainement la plus délicate à traiter pour moi, d’autant plus que je suis un peu fatigué, ayant déjà longuement abusé de l’attention de la Chambre. (Repos de dix minutes.)

Messieurs, le traité, au dire de quelques orateurs, doit avoir les conséquences politiques les plus fatales, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur. L’honorable Brofferio vous a dit que, quant à la politique intérieure, il implique un changement de conduite, une renonciation aux principes qu’a toujours soutenus le ministère et l’inauguration d’un système nouveau ; il a ajouté qu’il ne comprenait pas pourquoi ce malheureux traité, s’il devait être signé, ne l’était pas par l’honorable Revel et ceux de scs amis qui siègent à la droite.

Mais tous les journaux dont la couleur se rapproche des opinions du comte de Revel ont attaqué le traité avec des invectives plus violentes encore que les journaux, le dirai-je, de la démagogie... (Oh ! oh!)

Oui, Messieurs, Y Echo du Monl-Rlanr a été plus violent à cet égard que la Maga.

Laissons la presse. Dans le sein de cette Chambre -v et je ne crois pas manquer aux convenances en rappelant ce qui s’est passé dans les bureaux — presque tous les amis politiques du comte de Revel ont parlé et voté contre le traité, et l’ont fait ouvertement, avec cette loyauté et ce courage qui les distinguent. L’honorable député Rrolferio voit donc si son opinion est fondée, si

le .traité fait les affaires du parti auquel il a fait allusion.

Et puis, en quoi le traité d'alliance avec la France et l’Angleterre est-il contraire aux principes politiques des hommes qui siègent sur ce banc? En quoi est-il contraire au système suivi par le ministère? Est-ce d’hier que nous avons proclamé nos sympathies pour les puissances occidentales, la France et l’Angleterre? Mais je rappellerai à la Chambre et, en particulier, à l’honorable Brofferio, qui ne peut l’avoir oublié, qu’en toute circonstance, et comme ministre, et comme député, et comme journaliste, je me suis toujours montré l’ami de l’alliance anglaise et française, cl surtout chaud partisan des idées anglaises, à ce point qu’on m’a plusieurs fois traité d’anglomane. Lorsque, dans les premiers jours de notre liberté, je luttais contre le député Brofferio dans l'arène de la presse , après avoir battu en brèche de toute façon mes principes, il eut la belle idée, un matin, d’appeler le journal où j’écrivais Milord Risorgimento. (Hilarité.) Et aujourd’hui, après avoir montré tant de sympathies pour les idées que ces deux nations représentent, ne nous scia-t-il pas permis de vous conseiller de contracter une alliance avec elles? Nous aurions été dans un grand embarras si des circonstances funestes les avaient placées dans deux camps opposés; mais puisque, pour la première fois, nous voyons s’accomplir un fait qui domine toute l’histoire moderne, l'alliance franco -anglaise, notre décision ne peut être douteuse.

On affirme que l’Autriche est aussi l’alliée de ces deux puissances. Et quand cela serait? Si l’Autriche, inaugurant

une politique nouvelle, se tournait, elle aussi, contre le colosse du Nord, devrions-nous rester dans l'inaction et servir ainsi, par un caprice, les intérêts du plus grand ennemi de la civilisation ? Non, certainement. S’il arrivait jamais que les événements vinssent à rapprocher notre drapeau de celui de l’Autriche, je dirais que c’est l’Autriche qui a changé de principes et non pas nous.

Mais peut-être ceux qui craignent que ce traité n’amène des modifications dans la marche politique de notre pays pensent-ils qu’à cette occasion il y a eu des sollicitations, des conseils, des exhortations, une pression enfin de la part des puissances étrangères. J’ai répondu déjà à cette supposition ; s’il est nécessaire, je répéterai encore et solennellement que nous sommes entrés dans l’alliance avec tous nos principes, avec tous nos sentiments, sans renier aucun de nos actes passés et en tenant notre bannière haute et déployée. (Bravos de la Chambre et des tribunes.) Notre conduite est telle que le système représentatif, que les idées sagement libérales n’ont rien à craindre nous croyons, au contraire, avoir donné une plus grande force au régime constitutionnel, aux tendances libérales, dont nous sommes et dont nous

.serons toujours les partisans; nous croyons les avoir

servies en les faisant admettre avec nous dans le concert des premières puissances de l’Europe, en faisant reconnaître leur place dans le système européen. Nous rendons ainsi plus solides les fondements de l’édifice constitutionnel que, depuis sept ans, nous construisons avec lenteur; nous consacrons par un nouveau baptême le drapeau tricolore qui flotte sur cet édifice, et, en le do-

(EU VUE l'AULKMIi NTAIHK

tant ainsi d’une gloire de plus, nous lui donnons la force de résister également aux tempêtes révolutionnaires et aux efforts de la réaction. (Très-bien!)

Je me suis trop étendu peut-être sur le reproche d’inconséquence que m’a adressé le député Brofferio ; mais de tous les reproches que l'on peut faire à un homme politique, il n’en est pas de plus grave à mes yeux que celui d’avoir abandonné les principes qu’il a professés pendant toute sa vie, d’avoir démenti sa carrière tout entière.’ Rien ne peut nuire à la marche du système constitutionnel plus que la mobilité et l'instabilité des hommes politiques, parce que l’instabilité et la mobilité dans les principes ont pour effet de substituer la politique deg intrigues et des intérêts particuliers à la grande politique des droits et des intérêts généraux.

El puisque je suis amené sur ce terrain, je suis obligé de prier la Chambre de me permettre une digression; j’ai à repousser une autre accusation d’inconséquence qui m’a été faite d’une manière bien inattendue par le député Revel. (Marques de vive attention.) Le comte de llevcl a jugé opportun, pour faire connaître ses opinions sur le traité, de faire une revue rétrospective des événements, ou, pour mieux dire, de la part qu’il a prise aux événe-. inents, depuis 1818 jusqu’à nos jours. Je ne l’imiterai pas; des discussions sur ces faits, qui appartiennent à l’histoire, ne peuvent que soulever des ressentiments et susciter des discordes. Mais l’honorable comte a rappelé un acte auquel j’ai pris la plus grande part, l’acte par lequel le ministère présidé par Massimo d’Azeglio s’est séparé de l’honorable comte de Revel et de quelques-uns

DU COMTE CAVOIIH.

de ses amis, pour faire alliance avec une autre partie de la Chambre. L’honorable député donne à entendre que cet acte a eu des suites fatales qui nous ont rendus l'objet de la déliance de toute l’Europe, et qu’il a élééln véritable origine de la nécessité où nous nous sonîtnfes trouvés aujourd’hui d’entrer dans l’alliance.

En dépouillant ces paroles de tout artifice oratoire, j’v trouve que si le traité est nécessaire, c’est parce que mon honorable ami, le ministre Rallazzi, siège dans le cabinet. (Revel fait un signe d’assentiment. — Mouvement.) 4e le déclare hautement, Messieurs, je le déclare sans vouloir offenser qui que ce soit, saus vouloir le moins du monde diminuer l’estime très-grande qui est due aux membres de la droite de celle Chambré, il n’est pas d’acte de ma vie politique, malheureusement déjà trop longue, que je me rappelle avec plus de satisfaction que celui qui est si vivement blâmé par le député Revel* Je puis, Messieurs, être dans l’illusion, mais j’ai la ferme conviction que cet acte a eu pour effet de maintenir notre gouvernement dans celle voie de liberté progressive et régulière qu’il suit depuis l’avènement au trône du roi Victor-Emmanuel.

Tant qu’a duré en France le régime républicain, tant que les destinées de ce pays sont restées incertaines, tant qu’on put croire que le spectre de la Révolution surgirait à l’échéance critique de 1852, j’ai été persuadé que le parti réactionnaire, chez nous, ne tenterait rien contre nos institutions-, mais lorsque, à la suite de l’événement du 2 décembre 1852, l’ordre ne courut plus de danger en France, lorsque tout épouvantail eut disparu.

je compris que si d’un côté nous n’avions plus à craindre la faction révolutionnaire, de l'autre, le parti réactionnaire ou, si l’on veut, le parti qui voulait arrêter le développement progressif et régulier des principes du Statut, devenait désormais dangereux ; et je conclus de là, Messieurs, à l'opportunité, à la nécessité indispensable de constituer un grand parti libéral en appelant à en faire partie tous les hommes qui, différant d'opinions sur les questions secondaires, étaient d’accord sur les questions premières de progrès et de liberté. Je pense — je me sens forcé de le dire — avoir ainsi rendu un service au pays, en élevant contre la réaction une barrière qu’elle ne devait plus franchir. (Approbation.) Voilà, Messieurs, la raison de l’acte qu’a censuré avec tant d’amertume l’honorable député llevel. •

Revenons au traité pour quelques instants encore.

Notre entrée dans l’alliance est-elle nuisible ou avantageuse à l’Italie? Voilà le point à résoudre, la question à laquelle il faut répondre. Eli bien, je dis que le traité sera très-utile à l’Italie. Nous sommes entrés dans l’alliance en maintenant nos sympathies au dehors comme nous maintenions nos principes à l’intérieur. Nous n’avons donc pas caché notre haut intérêt pour l’avenir île l'Ilalie et le très-vif désir que’ nous avons toujours nourri de voir un jour son sort amélioré. Mais comment, me dira-t-on, ce traité pourra-t-il servir la cause de l’Italie? Je réponds qu’il la servira de la seule manière qui soit possible dans la situation où se trouve actuellement l’Europe. L’expérience des dernières années, l’expérience des siècles a démontré — à mon avis au

DU COMTE DK CAYOUR.

moins — combien peu ont valu à l’Italie les conjurations, les complots, les révolutions, les mouvements désordonnés. Loin d’améliorer sa condition, ils ont été l’un des plus grands maux qui aient affligé cette belle partie de l'Europe; et cela, Messieurs, non-seulement à cause du grand nombre de malheurs individuels qui en sont résultés, mais aussi parce qu’ils ont servi de prétexte à des rigueurs plus grandes, et surtout parce que ces complots continuels , ces insurrections répétées , ces désordres ont eu pour effet de diminuer l’estime, la sympathie que les autres peuples d’Europe pouvaient avoir envers l’Italie.

Maintenant, Messieurs, je crois que la condition principale de l’amélioration du sort de l’Italie, celle qui passe avant toutes les autres, est de relever sa renommée, de faire que toutes les nations du monde, que les gouvernements, que les peuples rendent justice à ses qualités. Pour cela, deux choses sont nécessaires : il nous faut d’abord prouver à l’Europe que l’Italie a assez de sagesse civile, pour se gouverner librement, qu'elle est en situation de se donner la forme de gouvernement la plus parfaite. Il faut en second lieu établir que la valeur militaire esl en Italie ce qu’elle y était du temps de nos aïeux.

Voici sept ans que vous faites beaucoup pour l’Italie; vous avez montré à l’Europe que les Italiens savent se gouverner avec sagesse, prudence, loyauté; vous devez faire davantage encore : notre pays doit prouver de nouveau que ses enfants savent combattre avec valeur sur les champs de bataille. Croyez, Messieurs, que la gloire que nos soldats sauront rapporter des rivages

de l’Orient fera plus pour l’avenir de l’Italie que n’ont fait toutes les déclamations du monde.

J’ai la confiance, Messieurs, de vous avoir convaincus que le cabinet, en concluant ce traité, n’a été animé que d'un sincère amour de la patrie, et que les hommes qui le composent ont été bien inspirés par celte grande cause de la liberté qu’ils ont toujours servie et qu’ils serviront toujours comme ministres et comme citoyens. (Vives marques d’approbation.)

DISCUSSION Sun LES DEUX CONVENTIONS ADDITIONNELLES • AU TRAITÉ D'ALLIANCE AVEC L’ANGLETERRE ET LA FRANCE.

Séance du Sénat du 2 mars 1855.

Je dois rectilier un fait avancé par l’honorable maréchal. Il a dit que le seul motif qui avait empêché le rétablissement des bonnes relations de la Sardaigne avec la Russie était que nous avions gardé à notre service quelques Polonais révoltés contre le czar.

Le sénateur de Latour (en français). C’est M. de Launay, ministre des affaires étrangères, qui me l’a dit. Il voulait renouer nos relations avec la Russie. M. de Launay s’était adressé au grand-duc Michel qu’il avait connu particulièrement en Savoie. Quand il

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parla de renouer les relations, le grand-duc Michel répondit que la principale difficulté venait de la présence des Polonais dans nos Étals. Je n’en sais pas davantage.

Cavoub. Quoi qu’il en soit, voici ce qui résulte des actes diplomatiques :

Quand le Roi monta sur le Irène, l’ordre fut donné à notre ministre en Prusse, le comte de Rossi, de faire des ouvertures auprès du ministre russe à cette cour, pour savoir si la cour de Russie accepterait la communication de l’avénement au trône. La première réponse fut que la Russie étant unie par des traités d’alliance à l’Autriche, et le Piémont ayant déclaré la guerre à celleci, la Russie ne pourrait renouer des relations avec la Sardaigne tant que le traité de paix ne serait pas signé. La réponse officielle était donc différente de celle que reçut le général de Launay.

11 ne fut pas fait d’autres instances jusqu’à la signature définitive du traité de Milan. Alors une nouvelle démarche eut lieu, et cette fois, comme le motif ou plutôt le prétexte tiré de la guerre ne pouvait plus senir, on nous répondit, ainsi que l’a indiqué l'honorable maréchal, que la Russie ne renouerait pas ses rapports avec la Sardaigne tant que celle-ci aurait des Polonais à son service. Le gouvernement ne considéra pas la question sous le même aspect que fait l’honorable maréchal ; il ne crut pas pouvoir céder à une injonction qui avait quelque chose de blessant pour notre dignité, ni repousser de nos rangs des militaires que nous avions accueillis avec empressement à l’heure du danger. Voila pourquoi nous

(IF. U \ RE PARLEMENTAIRE

n’avons pas insisté. Toutefois, il arriva que la plus grande partie de ces Polonais, pour diverses causes, obtinrent leur retraite, de sorte que le nombre s’en trouva réduit à deux ou trois, placés dans des conditions tout à fait subalternes. Alors, sans que l’initiative vint de nous, sur certaines insinuations faites au gouvernement par d’anciens diplomates russes très-influents par leur position, le gouvernement du Roi, assuré des intentions favorables de la cour de Russie, fit adresser un office par le chevalier de Revel au ministre de Russie à Vienne, qui fit personnellement ce qu’il put pour favoriser les négociations. Néanmoins, quelque temps après, ce ministre déclara au chevalier de Revel que la cour de Russie ne croyait pas pouvoir renouer ses relations avec la Sardaigne, non plus à cause des Polonais, mais parce que notre marche politique (il faisait évidemment allusion à nos institutions constitutionnelles) ne plaisait pas à l’empereur.

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