Il disait dans une autre occasion
« Un grand fait s’est produit en Europe dans ces dernières années, un fait dont sc sont réjouis tous ceux qui ont à cœur les intérêts de la religion. Dans plusieurs parties de l'Europe il s’est manifesté une vaste réaction, un retour général des esprits vers les doctrines religieuses. Mais où donc ce changement des classes éclairées s’est-il fait remarquer? Est-ce dans les pays où pullulent les ordres religieux? Non. En Espagne, dans les États romains, jamais la rupture n'a été plus complète entre les idées religieuses et celles qui sont l'âme de la société civile; c'est dans la savante Allemagne, dans la Belgique libérale, en France, en Angleterre, là enfin où ces débris du moyen âge ont été déblayés, que rette réaction s'est fait sentir. »
cette loi, d’être inconséquents avec les idées que nous professions quand nous siégions à la droite de cette Assemblée. La Chambre se rappellera qu’en 1850, alors que la discussion du budget démontra si clairement la nécessité absolue de pourvoir au besoin des finances, soit par de nouvelles charges, soit par des moyens extraordinaires, l’on s’imagina dans le pays que l’on pourrait remédier h la gêne du trésor par Yincaméralion des biens ecclésiastiques; cette idée fut acceptée avec empressement non-seulement par la presse, mais aussi par des corps qui ont une grande importance politique, par les conseils municipaux de plusieurs villes considérables et par un assez grand nombre de conseils provinciaux. Ce fut sous cette impression que s’ouvrit la session de 1851. Quelques jours auparavant, j’avais eu l’honneur d'être appelé à faire partie du ministère présidé par Massimo d’Azeglio, dont l’honorable comte de Revel vient de faire à jusle titre l’éloge. Eh bien, dans la première séance de la Chambre à laquelle j’aie assisté comme ministre du Roi, quelqu’un mit sur le tapis, je ne me rappelle plus à quel propos, la théorie de Yincaméralion; sur l’invitation expresse de mes collègues, je me levai pour répondre, et je déclarai résolûment que le ministère était contraire à un tel système; mais aussitôt j’ajoutai que le ministère estimait' devoir s’occuper de rendre plus équitable la distribution des revenus ecclésiastiques, qu’il croyait que cette réforme devait se faire à tout prix, autant que possible après un accord avec la cour de Rome, et par l’État tout seul si cet accord faisait défaut. Personne ne réclama contre mes paroles. La loi actuelle n’est que
l’accomplissement do celle promesse, le résultat de cet engagement.
On a voulu aussi mettre en contradiction le ministre des finances qui a proposé celte loi, avec l’ancien député qui s’opposa, en 1848, à la suppression des ordres religieux demandée parle député Broflerio. Lors même qu’il serait vrai, Messieurs, qu’en 1848 j’eusse plaidé la cause des ordres religieux, tandis qu’en 1854 je viens vous en proposer la réforme, j’aurais du moins le mérite de marcher dans un sens contraire à celui où ont marché tant d'hommes politiques, car, en 1848, les idées de réforme des ordres religieux avaient beaucoup plus de vogue qu'elles n’en ont aujourd’hui. Mais cette contradiction. Messieurs, n’existe pas.
Il s’agissait en 1848, si je ne me trompe, de l’emprunt forcé et de l’emprunt à la banque de Gênes, au moyen desquels on avait obtenu CO millions. L’honorable Broflerio vint à s’écrier : « A quoi bon les emprunts? A quoi bon le cours forcé des billets de banque? Prenez les biens des corporations religieuses, réformez la circonscription des diocèses, vous aurez tous les fonds qu’il vous faut. » Je combattis sa proposition, ne croyant pas, alors comme aujourd’hui, qu’une réforme absolue, radicale, complète des ordres religieux fût d’une bonne politique. Je la combattis particulièrement au point de vue financier, parce qu’il était évident que la vente des biens des couvents, à cette époque, ne rendrait pas le dixième de ce qu’on en attendait.
On nous traite de révolutionnaires. Voulez-vous un exemple d’une mesure bien réellement révolutionnaire.
celle-là, exécutée chez nous, et il y a peu d’années? C’est l’expulsion des jésuites et des sœurs du Sacré-Cœur, dans l’hiver de 1848. Si je la rappelle, ce n’est point pour en faire un reproche aux hommes honorables qui étaient alors au pouvoir, car je comprends, malgré mon aversion pour les actes révolutionnaires, qu’il survient quelquefois des circonstances où ils deviennent une douloureuse nécessité. Mais enfin la mesure avait en soi un caractère absolument révolutionnaire ; elle fut appliquée sans aucun égard pour les personnes; les jésuites et les sœurs du Sacré-Cœur furent chassés de leurs maisons, sans qu’on pourvût en rien à leurs besoins ; et ils le furent non pas légalement, mais par molu proprio, sous l’impression des tumultes de la rue ; non point par des hommes portés aux réformes, mais par des personnages très-modérés qui avaient toujours, et à juste titre, été considérés comme favorables aux ordres religieux. Quelle différence entre celte mesure et celle qui vous est maintenant proposée! Je prie l’honorable comte Délia Margarita et ses honorables amis d’y prendre bien garde; les foudres qu’ils lancent contre le ministère ne peuvent arriver jusqu’à nous qu’après avoir frappé d’abord, et bien plus cruellement, l'honorable comte de Revel*. (Bien! Hilarité.)
1. En juillet 1818, le comte de Cavour avait proposé d’excepter les jésuites polonais de la mesure qui expulsait la compagnie de Jésus du royaume, par la raison que ces religieux, entrés dans l’ordre malgré la défense et les pénalités portées par l’empereur de Russie, n’avaient plus de patrie. « Si quelqu’un, disait-il , est excusable d’être jésuite, ce sont ces quelques Polonais, venus au monde dans un pays sans liberté, où il
Il me reste maintenant, Messieurs, à parler de la question d’opportunité. (Écoutez, écoulez.) L’opportunité peut se considérer sous trois aspects : par rapport à la cour de Rome, par rapport à l’état général de l’Europe et, enfin, par rapport à la situation intérieure de notre pays.
Ce projet de loi serait inopportun, en ce qui concerne la cour de Rome, s’il existait quelque probabilité, dans un avenir prochain, d’un rapprochement entre elle et nous; car je n’hésite pas à répéter ce que j’ai dit souvent : il serait désirable que la réforme que nous proposons fût le résultat d’un accord avec Rome. La minorité mal disposée pour ce projet recevrait ainsi une satisfaction, et c’est évidemment nn principe trèssalutaire aux gouvernements constitutionnels de tenir compte non-seulement de la majorité, mais aussi, autant que possible, des minorités.
Mais qui donc peut encore se flatter de l’espoir que Rome se décide à s’entendre avec nous sur cet objet? A Dieu ne plaise que je veuille mettre en doute les sentiments de conciliation du vénérable pontife; je suis sûr que si le pape pouvait suivre l’impulsion de son cœur, s’il ne rencontrait pas des obstacles a peu près insurmontables dans la situation oû il se trouve, il en viendrait aisément à cet accord si désiré. Mais les obstacles existent ; ils proviennent de l’esprit qui domine mainte-
n'cxiste aucun moyen de s'éclairer sur la différence qui sépare la religion catholique de l'esprit jésuitique, et où, persécutés de même que les autres prêtres, les jésuites se confondent avec eux. » La Chambre repoussa cette proposition.
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liant la cour de Home, du parti qui , en Europe , se constitue le champion exclusif des intérêts catholiques.
Il est certain que les événements de 1848 et de 1849 ont amené une réaction de la part de la cour de Rome, et porté toute l’influence, tout le pouvoir du côté des moins avancés, des moins conciliants de ses membres. Ce n’est là, du reste, qu’un détail du vaste et déplorable plan de campagne adopté dans toute l’Europe par le parti soi-disant catholique, qui aspire à exploiter selon ses vues, par une sorte de monopole, les intérêts religieux. Partout en Europe, dans ces dernières années, ce parti a pris une altitude agressive et belliqueuse que je crois absolument contraire au véritable esprit de la religion. Remarquez les catholiques d’Angleterre : après avoir obtenu la pleine égalité des droits, leurs chefs, au lieu de chercher à se concilier l’opinion publique et à vivre en bonne harmonie au moins avec le parti libéral qui les avait toujours aidés, ont affiché, au contraire, des prétentions excessives, soulevé de nouveau contre eux l'opinion publique et mis en danger ces lois qu’ils avaient employé tant d’années à conquérir. Les mêmes faits se sont passés en Hollande, où les exigences déraisonnables du parti ultra-catholique furent cause de la chute d'un ministère libéral qui lui avait toujours été favorable, et ramenèrent au pouvoir les ultra-protestants. Il en a été à peu près de même dans presque toute l’Allemagne. Mais où la levée de boucliers a pris la physionomie la plus caractéristique, c’est en France; là le parti ultra-catholique, dans son zèle pour la réaction, ne connaît pas de mesure. Si vous avez suivi les discussions
des journaux catholiques de France, vous aurez vu qu’ils ne se contentent pas de faire la guerre aux philosophes du xvui' siècle (guerre qui peut être approuvée jusqu’à un certain point), qu’ils s’attaquent aux lumières les plus éclatantes de l’Église gallicane au xvur siècle; vous aurez vu, chose extraordinaire, certains écrivains ultracatholiques combattre également et Voltaire et Bossuet, condamner en même temps l’Encyclopédie et les quatre propositions de 1682. Voilà l’esprit funeste qui s’èst emparé de la partie la plus active, la plus ardente du parti catholique. Eh bien, ce parti (il est douloureux de le dire) est très-influent en cour de Rome; et son influence ne peut que s’accroître encore, car il s’est posé en défenseur ardent des intérêts et des vues de celle cour, il n’a pas manqué par là de lui être agréable, et il en est écouté en raison même de l’exagération de ses doctrines.
Enfin, pour dire tout haut ma pensée, j’estime qu’en ce qui nous concerne présentement, ce n’est pas seulement le parti ultra-catholique des autres contrées do l’Europe qui travaille à envenimer et à aggraver nos dissentiments avec la cour de Rome , c’est encore le parti ultra-catholique de l’intérieur; les mauvaises dispositions de la cour de Rome dans nos négociations, sa promptitude à recourir à des moyens que je me permets de trouver extrêmes, lui ont élé en grande partie suggérées par les hommes de notre pays qui professent les doctrines catholiques exagérées.
Or, Messieurs, on ne peut pas espérer que cet état des opinions en Europe se modifie de sitôt. Les choses chan-
Dll COMTE DE CAVOUn.
geronl, a coup sûr, car tout mouvement excessif atteint bientôt sa limite et occasionne un retour en sens inverse; je ne redoute nullement ces fureurs de l’ultra-calholicisme (hilarité) ; je suis très-sûr que dans quelques années le courant s’arrêtera et se détournera nécessairement vers des idées beaucoup plus sages; mais celte salutaire réaction ne saurait être regardée comme prochaine ; quelques années doivent s’écouler encore avant qu’elle se produise; la parabole n’est pas entièrement décrite, elle n’est pas arrivée à son point culminant. (Hilarité.) S’il nous fallait attendre un revirement dans les dispositions de ce parti , je craindrais qiic nos réformes ne se trouvassent renvoyées à une époque beaucoup plus éloignée que le pays ne i’entend. C’est pourquoi je ne crois pas que l’on puisse qualifier d’inopportune, par rapport à la cour de Rome, la mesure que nous proposons.
Examinons maintenant la situation politique de l’Europe ; elle est de nature à fortifier nos résolutions. Les tendances mêmes du parti ultra-catholique prédisposent en effet la plupart des hommes d’tëlat de l’Europe en faveur de quiconque cherche à soutenir avec fermeté et modération le principe de l’indépendance du pouvoir civil. Je pense que les exagérations dont je vous ai parlé sont précisément une des causes de l’intérêt qu'inspire généralement en Europe la lutte que nous soutenons; j’en vois chaque jour la preuve dans les feuilles, dans les livres qui nous viennent de France, d’Angleterre, de Belgique et d’une partie de l’Allemagne.
Mais lors même qu’il serait vrai, ce que je conteste
absolument, que nos réformes ne soient pus bien vues des cabinets, cette considération ne saurait nous arrêter. Les gouvernements étrangers ont bien d’autres soucis, bien d’autres préoccupations que ces questions de couvents (on rit); ils ont des affaires trop graves sur les bras pour donner beaucoup de temps à l’observation de nos petites discussions intérieures. A ce point de vue encore, rien ne peut faire taxer le projet d'inopportunité.
Mais ce qu'il faut surtout considérer, c’est notre situation intérieure. Je ne méconnais pas ce qu’il peut y avoir de fondé dans l’opinion émise par l’honorable député Genina, appuyée avec beaucoup de chaleur par l’honorable Ghiglini : ce n’est pas, disent-ils, un moment à choisir pour soulever des questions irritantes, que celui où le pays va prendre part à une grande guerre, où il entre dans une phase mal déterminée jusqu’ici, mais, à coup sùr, très-critique. — Cette observation aurait à mes yeux un grand poids si la question religieuse avait été pour la première fois posée par ce projet, si le pays avait joui jusqu’ici de la tranquillité la plus absolue, si un parti n’avait pas déclaré, au nom de la religion, une guerreacharnée au gouvernement, aux institutions nationales. Mais il y a des années que la lutte est engagée, il y a des années que le parti catholique extrême nous bat en brèche de toutes ses forces : les membres de cette Chambre se souviennent des polémiques des journaux cléricaux et, dans un genre plus sérieux, des soulèvements de la vallée d’Aoste. Le projet de loi sur les couvents a le petit inconvénient de rendre un peu plus acerbe le ton
des polémiques; mais il n’aecroit pas de beaucoup les rangs de nos adversaires.
D'ailleurs, pour obtenir cetle paix que d’honorables députés invoquent aveç des appels à la concorde qui me touchent profondément, il n’aurait pas suffi de retirer celte loi, il aurait fallu refaire en arrière tout le chemin que nous avons fait depuis 1848, et consentir à des concessions qui, à mon avis, répugnent d’une manière absolue à l’esprit de nos institutions. (Bien.)
Nous repoussons, dans tous les cas, le reproche qu’on nous a fait d’avoir, par cette loi, troublé l’union et suscité la division des esprits. Celte loi n’eût-elle pas été présentée par le ministère, la tranquillité n’en serait pas plus grande; la partie nombreuse de la population qui réclame depuis si longtemps celle réforme, qui la réclame par tous les moyens légaux que lui fournissent nos institutions, et qui ne s’en est jamais rapportée à nos promesses sur ce point, aurait continué de s’agiter, et à bon droit. Qu’en serait-il résulté? Vous auriez eu l’agitation cléricale comme par le passé et, par surcroît, l’agitation libérale. Beau moyen de ramener et de maintenir la calme dans le pays! (Bien, bravo!)
Messieurs, le seul moyen de pacifier les esprits, c’est d’accomplir la réforme proposée, parce qu’on ne réussira pas autrement à en finir avec cette question. Ceux mêmes qui voient tout en rose ne peuvent supposer que, le ministère une fois renversé, et un autre cabinet venant à retirer la loi, la question cesserait du même coup de préopctfper le pays. Tant qu’on inscrira au budget de l’Ktpfun million de francs pour le clergé, tant que la population saura que
OK tvn K PA U L t M E M A I IU.
lçs .revenus ecclésiastiques dépassent quinze millions, tant queivoûç conserverez intacte toute une armée de plus dp dix-huit mille moines, n’espérez pas que les esprits se tiennent tranquilles. La grande majorité du pays insistera toujours. pour que l’on raye du budget la somme allouée au clergé et que l’on réforme les corporations religieuses. Faites la réforme, le calme reviendra. Et pourquoi? Par une raison très-simple : c’est que l’expérience démontre que les effets d'une réforme de ce genre sont tout autres que ne les représentent ses adversaires, qu’ils sont sans inconvénients réels pour le clergé lui-même, et qu’au lieu d’être contraires aux intérêts de la religion, ils leur sont profitables. Faites la réforme, et vous aurez la paix’.
Nous pouvons, jusqu’à un certain point, former des conjectures d'après notre passé. Quand nous discutions la loi sur l’abolition du for ecclésiastique, on vous peignait sous les couleurs les plus sinistres les effets qu'elle produirait; il semblait qu’on allât être contraint d’envoyer partout des carabiniers pour arracher les prêtres de leurs tribunaux et les traîner devant les nôtres, que les portes des églises couraient le risque d’être enfoncées; les tableaux qu’on faisait de ce qui allait se passer étaient épouvantables. Eh bien, Messieurs, de bonne toi, celte loi a-t-elle donc fait tant de mal à la religion, à ses ministres? Bien au contraire, ils y ont gagné; car chacun sait que, depuis ce temps, les ministres de l’autel, placés sous la garantie de la législation. commune, ont joui de plus de crédit dans les transactions civiles et ont vu s’améliorer leur condition personnelle. Il en
sera de même dans le cas présent. Après cette rélorme, vous verrez le clergé plus influent, la religion plus respectée, et tous les hommes de bonne foi finiront par convenir, sinon ouvertement, en secret du moins, qu’au bout du compte c’était une bonne chose. (Bien.)
On a beaucoup cité l’Angleterre dans cette discussion : je lui emprunterai, à mon tour, un exemple. Au commencement de ce siècle, Guillaume Pitt parvint à effectuer l’œuvre de l’union législalive de l’Irlande avec la Grande-Bretagne; cet acte, qui fut accompli par des moyens que je ne veux pas justifier, souleva les haines, les ressentiments de toute la population catholique d’Irlande. Guillaume Pitt, animé d’un véritable .sentiment de justice, inspiré des vues politiques les plus droites, crut devoir apaiser cette irritation en accordant aux Irlandais l'émancipation tant désirée; il la proposa au Parlement; mais, malgré l’autorité que lui donnaient les services publics par lui rendus, il ne put triompher des obstacles qu’elle rencontra auprès des grands pouvoirs de l'Etat. Ne pouvant donc tenir parole à l’Irlande, ne pouvant compenser par le bienfait de l’émancipation le préjudice fait aux catholiques, il renonça au pouvoir. Ses successeurs, moins habiles, ne purent gouverner que grâce à la guerre. Pitt, par patriotisme, ne leur lit pas d’opposilion, et la réforme catholique resta ensevelie pour bien des années. Mais personne n’ignore quelles furent les suites de cette immense erreur politique! Trenle années de dissensions civiles, trenle années de mauvaise administration , de misères souffertes, de sang versé, auraient probablement été prévenues si le Parlemenl an-
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glais n’cùt'eu la faiblesse de sacrifier une grande réforme à des considérations trompeuses tirées de l’état de guerre où l’on se trouvait. (Bien.)
Je crois. Messieurs, vous avoir démontré que la loi que nous vous proposons est utile sous le rapport financier, plus utile encore sous le rapport économique, qu’elle n’est pas condamnée par la saine politique, et enfin qu’elle est opportune de tout point. Toutefois, il est un point de vue sous lequel la loi, je l’avoue, est peutêtre inopportune, c’est celui des intérêts particuliers du ministère.
Incontestablement, Messieurs, la présentation de ce projet a attiré sur quelques ministres les colères les plus vives, les animosités les plus violentes; elle leur a fait perdre des amitiés chères et appréciées et a pu, jusqu’à un certain point, accroître les forces de leurs adversaires politiques. Tout cela pouvait être prévu, et (permettez que je vous le dise) nous l’avions prévu avant de vous soumettre celle loi ; mais nous n’avons pas cru qu’il nous fut permis de nous mettre à couvert en différant un acte que nous regardons comme urgent et nécessaire; et, malgré la perte de nos amis, malgré le nombre croissant de nos ennemis, malgré les haines qui s’exaltent, nous ne regrettons pas la résolution que nous avons prise, et nous nous enorgueillirons toujours d’avoir sacrifié des considérations privées à l’accomplissement de ce que nous avons regardé et que nous regarderons encore comme un devoir sacré et rigoureux. (Vives marques d’approbation.)
Dl’ COMTE DE CAVOUR.
Séance fie la Chambre dea df<putM du SS ff4 Trier 1R5.Y
S’il est des ordres religieux que nous jugeons nécessaires de réformer, il en est d’autres pour lesquels le moment ne nous semble pas venu de le faire. Nous vous avons manifesté l’intention de conserver quelques ordres qui se consacrent à la prédication, à l’instruction et à l’exercice de la charité.
Quant aux ordres de prédicateurs, mon honorable collègue du ministère de grAce et justice ne vous a pas caché que nous n’en voyons pas bien nettement l’utililé et que, s’il n’était indispensable de les laisser subsister pour obtenir plus facilement la suppression 'des ordres mendiants, nous serions assez disposés à les envelopper dans la mesure actuelle ; mais quant aux ordres qui se vouent à l’instruction et à la charité, nous jugeons nécessaire d’éviter de les soumettre à une réforme radicale, ou môme à une réforme trop étendue; outre les considérations financières, bien des considérations morales, économiques et sociales réclament cette exception.
Je n’ai aucune envie de faire l’éloge de l’éducation donnée par les corporations religieuses. Si j’avais des enfants, je proteste formellement que je ne les enverrais pas dans des établissements dirigés par des moines; mais je suis persuadé que, dans l’étal où se trouve chez nous l’instruction publique, il y aurait de grands inconvénients