SUR LA REPRISE DES HOSTILITÉS CONTRE L’AUTRICHE
<20 octobre 1848.)
« Tout le inonde, disait en 1853 le comte de Cavour, tout le monde en Piémont a voulu la guerre de 1869, M. de Revel comme Pietro di Santa Rosa , comme M. Rattazzi , comme moi. » De même qu’il avait poussé l'un des premiers le cri de guerre à la nouvelle de l’insurrection de Milan, il comprenait aussi, au commencement de 1869, que le pays ne pouvait sortir que par un dernier effort, heureux ou malheureux, de l’impasse où il se trouvait. Mais entre la campagne de 1868 et celle de 1869, le comte de Cavour, membre de la droite dans le premier parlement piémontais, conseillait la modération , et l’on voit par son discours
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du 20 octobre 1848 comment et par quels motifs il le faisait. Ses conseils ne pouvaient être suspects. On savait que le créateur, le directeur du RisnrgimnUo n’était pas un partisan de la paix ài»(out prix; que, bien qu’il eût été élevé à l’école du régime 'parlementaire en Angleterre, en Belgique et en France, il n’apportait point en Italie les doctrines relâchées, le scepticisme politique, l’esprit de tergiversation enfin que la démocratie piémontaise regardait alors comme inhérent à la vie constitutionnelle. Certes, il avait acquis le droit de recommander au Parlement le calme et la prudence même dans des temps aussi critiques, l’homme qui avait écrit ces mots à propos de la politique suivie pendant les dernières années par le cabinet des Tuileries : « Politique indécise et timide, qui voudrait rester neutre entre les idées de progrès et l’esprit de résistance, et qui n’est digne en rien de la grande nation... erreur immense qui fait paraître d’autant plus grande, par le contraste, la politique anglaise en Italie. » Pourtant le comté deCavour était en butte à une prévention d’un autre genre : il rapportait de ses voyages une certaine ressemblance de caractère et d’esprit avec les hommes d’État anglais, et le parti démocratique, alors en force, se défiait de cet « aristocrate, » qui savait du reste commander l’attention de la Chambre. l.e moment n’était pas venu encore où la noblesse en Piémont et dans le reste de l’Italie se mit décidément à la tête du mouvement national.
La situation politique où se trouvait le Piémont à la date du discours qu’on va lire, ressort assez du discours luimême ; il n’est donc besoin ici que de reproduire les traits principaux de la discussion. La Chambre, après une interruption de deux mois et demi, avait reprisses travaux le 17 octobre. Le ministère Casati, auquel elle avait conféré les pleins pouvoirs avant d’être prorogée, avait été remplacé, à l’époque de nos revers, par un ministère présidé par le général comte Perrone di San Martino et composé en outre de
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MM. Pinelli, Uahormida , Merlu, Hcvel et Santa liosa. L’o|>position, dès la première séance, réunit tous ses efforts contre le cabinet.
Ilépondant aux interpellations d ïtavina, sur l’état des négociations relatives à la médi- on. anglo-française et sur les intentions du gouverne rte- ^ à l'égard de la guerre, M. Pinelli déclara qu’il ne lui était pas permis de dire où en étaient ces négociations, mais que le gouvernement n'accepterait la paix que si elle avait pour base la reconnaissance de la nationalité italienne : l’armistice était expiré et n’avait point été renouvelé; l’une et l’autre des deux puissances avait la faculté de le dénoncer huit jours à l’avance; les tergiversations de l’Autriche pouvaient lasser le gouvernement et le décider à recommencer la guerre, mais lui seul devait être laissé juge <du .moment pù il conviendrait de s’\ déterminer.
L’opposition, représentée par MM. Buffa, Brofferio, Montezemolo et Valerio, exprima ensuite ses griefs. Ni la France, ni l’Angleterre n’étaient des alliés surs; leur jalousie réciproque les portail seule à intervenir dans les affaires de l’Italie par une médiation, il était dangereux de rester plus longtemps dans une situation fausse qui n’était ni la paix ni la guerre, à la merci d’une médiation impuissante et qui il’avait été utile à l’Italie qu’un instant, lorsqu’il s’était agi de gagner du temps. Si la Sardaigne avait des amis en Europe, le seul moyen de les décider à la secourir était d’agir avec vigueur, avec enthousiasme, et de recommencer sans délai la guerre d’indépendance. La révolution de Vienne, la guerre de Hongrie, l’état violenUoù se trouvait toute l’Italie étaient autant de circonstances propices qui devaient décider le gouvernement à employer ces forces révolutionnaires, lesquelles, autrement, se tourneraient contre lui.
Là-dessus, le comte de Cavour prit la parole. — La discussion continua ensuite avec une certaine violence. L’ordre du jour assez froid adopté par la Chambre comme conclu-
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sion du débat se borna à prendre acte des déclarations faites par les ministres.
SÉANCE DK LA « Il A M B R E D K 9 DÉPUTES
rlu -i.,bre 1848.
Le ministère et I 'o|>i>ositioii sont en désaccord sur deux points : l’utilité de persister dans les voies de la médiation, et l'opportunité de recommencer immédiatement la guerre. Au fond, tout le monde regarde la guerre comme probable et comme pouvant devenir d'un jour à l’autre très-opportune popr nous. Ile même, tout le monde accepte la médiation, au moins comme fait accompli. La seule discussion possible porte donc sur le point de savoir s’il convient de renoncer à la médiation sans plus attendre, ou s’il faut écouler pendant quelque temps encore les puissances médiatiques. C’est, comme on le voit, une pure question d’opportunité , que l’opposition pense résoudre en disant que cette guerre, regardée par tous comme à peu près inévitable, doit être déclarée sans délai et que le moment présent est pour nous le meilleur.
.le crois que tel est le fond de la question. Examinons les deux systèmes.
L'opposition dit qu’il faut rompre sans autre délai avec 1a médiation, parce qu'elle ne peut nous apporter des conditions acceptables et qu elle est fatale à nos intérêts. Le député Bufla a dit à ce sujet : « Voyez l’Angleterre : elle a accepté la médiation pour faire plaisir à la France, pour ne pas rester isolée ; mais elle ne l'a pas fait avec sincérité, car chez elle le pouvoir el l'opinion sont ac--
luellement hostiles à l’Italie. Songez aux discussions du Parlement, lisez les feuilles anglaises, vous vous convaincrez aisément que les sympathies de cette nation penchent bien plutôt vers l’Autriche que vers nous. » J’avoue que mon opinion est fort différente , et que l’Angleterre me parait être entrée franchement, loyalement, résolument dans la médiation. Cette affirmation m’expose, je le sais, à être plus encore qu’à l’ordinaire taxé d’anglomanie, et à continuer de servir de point de mire au bel esprit de quelques journalistes de cette ville; mais quels que soient les jugements du dehors, j’ai la conliance que mes collègues reconnaîtront à mon langage que nul n’aime plus que moi son pays.
Certes l’Angleterre n’a pas adhéré à la médiation par pure générosité, par esprit de philanthropie; je crois que c’est un véritable, un puissant intérêt qui l’y a engagée; deux raisons me le prouvent :
La première, c’est que, comme le ministre des affaires étrangères1 nous l’a donné à entendre, l’Angleterre désire vivement le maintien de la paix, parce que les commotions politiques et les guerres internationales nuisent à sou immense commerce et ébranlent l’édifice gigantesque de son industrie. Les révolutions qui ont troublé le continent cette année ont diminué de plusieurs millions slerling l’exportation des produits des manufactures anglaises. Ce seul fait pourrait suffire à \ous prouver que l’Angleterre veut la paix , et c'est parce qu’elle la veut, que le ministère anglais est entré avec empressement