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cette circonstance aux deux grandes puissances occidentales. De même, convaincu que des coups de main désordonnés ne pouvaient que rendre la situation plus mauvaise, le gouvernement sarde s’était abstenu d’appuyer le mouvement insurrectionnel suscité en Sicile par le malheureux baron Bentiv -gna au mois de novembre 1830.
Celte réserve, l’opposition la représentait comme une preuve d'indifférence et de déplorable inertie. Comme pour ajouter à nos embarras, le cabinet de Londres s’éloignait de nous et se rapprochait de l’Autriche, parce qu'il voyait de mauvais oeil que la Sardaigne, fidèle au principe de nationalité, eût appuyé vivement l'union de la Moldavie et de la Valachie dans les conférences relatives à l’organisation des Principautés. Ainsi le système d’alliances sur lequel le comte de Cavour avait assis sa politique paraissait faire défaut du côté de l’Angleterre, en même temps que nous semblions, dans les affaires de Naples, répudier le rôle où notre destinée nous conviait.
Disons tout de suite que l’affaire de Bolgrad offrit au ministère italien l’occasion de reprendre une bonne position dans l’alliance occidentale. 11 sut trouver une transaction entre les prétentions opposées de la Btissie, soutenues cette fois par la France, et celles de la Turquie, appuyées par l’Angleterre. La délimitation de frontières qu’il proposa fut agréée par tout le monde, et ce succès diplomatique accrut, comme il arrive toujours, l’influence du ministère à l’intérieur.
Les interjvollat ions de M. Brofferio n’eurent pour résultat qu’une lutte oratoire, où l'éloquence deM. Mamiani brilla de nouveau. Le marquis Pallavicini Trivulzio appuya le chef de la gauche. Cependant la Chambre des députés adopta à la presque unanimité l’ordre du jour pur et simple.
Peu de temps après son arrivée de Paris, M. de Cavour soumit à la signature royale un décret portant que la place d’Alexandrie serait munie de fortifications nouvelles destinées à en compléter le système de défense. Dauiele Manin prit à
pu COMTE DE CAVOUR.
Paris l’initiative d’une souscription pour 'l’achat de cent canons à placer sur les nouveaux remparts. Après quelque délai, l’Empereur autorisa la souscription. Un comité fut également institué à Londres, ainsi que dans les villes principales de l'Italie. Le parti mazzinien, voyant que la direction du mouvement lui échappait de plus en plus, tenta d’opposer à la souscription pour les cent canons d’Alexandrie une autre souscription pour l’achat de dix mille fusils destinés à l'armement de l’insurrection en Italie ; il échoua. Au contraire, lorsque la question des fortifications d’Alexandrie fut mise à l’ordre du jour de la Chambre, l’argent pour les cent canons était déjà presque entièrement recueilli.
Quelle était l’intention du comte de Cavour lorsqu'il poussait avec tant de vigueur 1’afTaire des fortifications? Avait-il en vue une guerre offensive ou défensive? A notre avis, il voulait prévoir les deux cas. Nos relations avec l’Autriche étaient chaque jour plus tendues. A la mort de la reine Marie- Adélaïde, qui était, on le sait, de la maison d’Autriche, l’empereur François-Joseph n'avait pas même répondu à la notification que le roi lui avait faite du malheur qui le frappait. Ce procédé, dans un tel moment, fut vivement ressenti. Le cabinet de Turin y répondit par une détermination qui du moins n’affectait que le cérémonial : il s’abstint d’envoyer complimenter l'empereur d’Autriche à son voyage à Venise et à Milan. En même temps tous les égards étaient prodigués à l’ impératrice-mère de Russie, qui était venue passer l’hiver à Nice. Les grands-ducs Michel et Constantin vinrent rendre visite à leur mère : ils s’arrêtèrent à Turin, où ils furent fêtés et accueillis par la population avec une cordialité intelligente; mais ils firent un détour pour éviter de passer soit à Vienne, soit à Milan, où se trouvait l’empereur d’Autriche. Blessé dans son amour-propre, le cabinet impérial laissa percer son mécontentement dans une note très-vive adressée le 10 février au comte de Cavour par l'intermédiaire du comte Paar, et contenant des plaintes
sur les excès de la presse piémontaise. Dans sa réponse, le comte de Cavour maintint avec fermeté les droits du gouvernement italien. Une rupture était à prévoir : elle éclata en effet peu de jours après le vote de la Chambre sur la loi des fortifications d'Alexandrie. Le 16 mars, le comte de Paar annonça au comte de Cavour qu’il avait ordre de se retirer, si le gouvernement autrichien ne recevait aucune satisfaction des griefs qu’il avait exprimés. Le comte de Cavour répliqua en rappelant de Vienne le marquis Cantono, chargé d'affaires de Sardaigne.
Cette situation justifiait notre empressement à fortifier Alexandrie. Cependant l’opposition cléricale ne se trompait pas entièrement lorsqu’elle disait que cette mesure n’avait pas une portée exclusivement défensive. Il était évident en effet, surtout après la guerre de Crimée, que la France et l’Angleterre ne permettraient pas à l'Autriche d'envahir le Piémont; lord Palmerston l’avait formellement déclaré au Parlement anglais dans la séance du 14 juillet 1856 : « Si le Piémont était menacé, ce serait le devoir de la France et de l’Angleterre de l’aider de tout leur pouvoir. » Toutefois le Piémont, quelque petit qu'il fut, devait à sa dignité de ne pas se reposer du soin de sa défense sur l'aide de ses alliés. Le comte de Cavour savait qu’il n’est rien de permanent ni de systématique en politique. Des occasions pouvaient se présenter où le Piémont n’eût eu à compter que sur lui-môme. En tout cas , il fallait pouvoir tenir un certain temps pour donner aux secours des puissances alliées le temps d’arriver : l’armée autrichienne avait si peu d’espace à franchir pour arriver au cœur du Piémont, qu’un coup de main pouvait trancher la question contre l’Italie si nos frontières restaient mal couvertes. Dans l'éventualité même d’une guerre offensive, un système de forteresses liées entre elles par des fleuves était indispensable pour fournir une base d'opérations à l'armée quand celle-ci franchirait le Tessin. Ces considérations furent justifiées par les événements de 1859. Sans
Dü COMTE DE CAVOUR.
l'appui que prêtèrent à la petite armée sarde les forteresses d’Alexandrie et de Casale, complétées par la tête de pont fortifiée de Valenza et reliées entre elles par un chemin de fer, nos troupes auraient pu être écrasées par le nombre avant que l’armée française eût eu le temps de franchir le mont Cenis ou de faire la traversée de Marseille à Gênes, la grande manœuvre qui précéda la bataille de Magenta n’aurait pas été possible, et l’Autriche n’aurait eu qu’à lancer toutes ses fcrces en avant avec rapidité pour aller dicter sa loi à Turin, ne fût-ce qu'un jour.
On peut saisir d’après ces indications sommaires la portée qu’avait la discussion du projet de fortifications. La loi qui allouait des fonds nécessaires fut combattue surtout par la droite et au point de vue du droit constitutionnel. On blâma le ministère d'avoir commencé avec vigueur l'exécution des travaux avant d’en avoir reçu l’autorisation du Parlement.
Telle fut l’opinion émise parle comte de Revel, qui vota cependant en faveur du projet. M. Solaro délia Margarita seul désapprouva la mesure dans son côté politique : il voulut y voir une provocation contre l’Autriche. Le comte de Cavour avait beau jeu pour lui répondre : puisque l’Autriche fortifiait Plaisance qui ne lui appartenait pas. le Piémont pouvait bien fortifier Alexandrie qui était à lui. Le général Lamarmora ^ ajouta que le roi Charles-Albert avait conçu depuis longtemps le projet de relever les fortifications d’Alexandrie abattues par l’Autriche en 1815; mais que ce projet n'avait jamais été exécuté, par la faute de ses ministres. La loi fut enfin votée; quatorze voix seulement furent contraires; elles appartenaient à l’extrême droite.
La translation de la marine militaire de Gênes au golfe de la Spezia a une signification analogue à celle des fortifications d’Alexandrie. Si la circonscription actuelle du royaume eût été regardée comme définitive, l'imprudence aurait été grande d’établir l'arsenal de la marine à l’extrémité la plus éloignée du centre de l’État, sur un point exposé du côté de