kilos
Je ne m’attendais pas que ce sujet serait mis sur le tapis; je ne suis donc pas préparé à le traiter avec une précision suffisante; cependant, je puis encore dire qu’ayant 1848 nous n’avions pas une fabrique de machines, tandis qu’aujourd’hui nous en avons qui défient la concurrence étrangère ; je pourrais citer une usine génoise qui reçoit continuellement des commandes de l’étranger, surtout pour des machines hydrauliques.
Nos papeteries ne font pas de brillantes affaires , mais il en sera ainsi tant qu’elles voudront s’en tenir aux procédés employés par nos pères en l’an 1600.
Il n’y a pas. Messieurs, une branche un peu importante de notre commerce qui ne se soit développée depuis 1848. Le progrès a été non moins sensible dans l’agriculture. Les députés des provinces de la Lomelline, de Verceil, de Casai, de toutes les provinces de la vallée du Pô, peuvent témoigner des améliorations accomplies dans ces dernières années. Un fait donne la mesure de l’intelligence et de l’activité de nos agriculteurs : le guano n’était pas connu comme engrais il y a quinze ans; j’ai été, je crois, le premier à l’employer dans ce pays, et cela faisait beaucoup rire les autres agriculteurs mes voisins; mais peu à peu l’usage s’eu est répandu, et l’an dernier il s’en est employé dans nos Ktats de 7 à
8.000 tonnes; à 250 IV. la tonne, c’est près de trois millions dépensés pour ce seul objet par nos agriculteurs;
(Et VUE PARLEMENTAIRE
soyez certains que les hommes qui savent faire de ces sacrifices-là aiment le progrès et sont en état de l'aider.
11 est vrai qu’une malheureuse maladie a frappé la vigne dans quelques-unes de nos provinces dont le sort est digne du plus grand intérêt. Il faut reconnaître d’autre part que la vente des vins, par suite des mêmes circonstances, a enrichi les propriétaires de vignobles dans Jes provinces épargnées par le fléau. La perte des uns a été le bénéfice des autres, ce qui arrive quelquefois. La perte totale n’a pas été énorme; au lieu d’importer 22,000 hectolitres de vin, comme en 1844, nous en avons importé 250,000, mais l’exportation aux mêmes dates s’est accrue de 158,000 à 207,000. Les vins que nous importons sont d’ailleurs des vins d’Espagne peu coûteux, tandis que ceux que nous exportons sont beaucoup plus chers.
L’exportation des animaux de l’espèce bovine s’est élevée aux mêmes dates de 13,000 à 60,000 têtes de bétail; celle de l’huile et du riz présente des résultats semblables.
Mais, je le répète , le commerce intérieur s’est développé beaucoup plus encore que le commerce extérieur; nos manufactures visent moins à expédier au dehors qu’à fournir à la consommation intérieure, surtout celles de draps, de cotons, de peaux, et en général de tous les grands articles d’habillement. On commence à exporter du coton lissé. Si M. Ghiglini est au courant du mouvement commercial de son arrondissement, il a pu constater avec plaisir qu’il y a peu de jours, un chargement d’éloffes de coton de quelque importance a été expédié du port de Yoltri en Guinée.
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On veut aussi que les chemins de fer n'aient abouti qu’à enrichir quelques spéculateurs. Les chemins de fer peuvent être regardés comme un nouveau capital créé, et aussi comme une source de revenus propres à être capitalisés à leur tour. Que les chemins de fer représentent un capital nouveau, c’est chose évidente : ils peuvent rapporter plus ou moins à ceux qui les ont établis, mais ils constituent toujours une richesse sociale nouvelle. Il ne faut pas les considérer du côté des actionnaires seulement, mais aussi du côté des intérêts du pays. On peut, selon moi, admettre que les chemins de fer donnent une économie de moitié sur le prix des transports; à cet avantage, il faut ajouter le temps épargné; d’après ces deux éléments, vous pouvez constater qu’il en coûte aujourd’hui pour aller à Gènes en troisième classe moins de la moitié de ce qu’il en coûtait pour s’y rendre autrefois à pied. Cela posé, je prie qu’on observe que le produit brut des chemins de fer du royaume a été, l’an dernier, de 16 millions; les transports opérés eussent coûté précédemment 32 millions; c’est au moins 16 millions de bénéfice. Celte année, le produit sera, selon toute apparence, de 19 millions. Ce sont des chiffres qu’on ne peut contester.
La vente du tabac s’est accrue de beaucoup; elle rapporte maintenant 18 millions; je n’examine pas si l’habitude de fumer est bonne ou mauvaise, élégante ou grossière, je la considère du côté financier seulement, et à ce point de vue je la trouve excellente. La grande dépense qui se fait dans ce genre indique, en somme, une augmentation de la richesse publique , car je n’admets
point ce qui s’est dit un jour ici : que quand l’homme du peuple a faim, il serre sa ceinture et allume un cigare. Je crois que quand il a faim et qu’il a un sou à dépenser, il va acheter un morceau de pain.
Outre la recette du tabac, tous les autres impôts indirects rendent de plus en plus. Malgré les réductions et les abolitions, qui comportent en moyenne un abaissement de droits de 50 pour 100, les douanes ont augmenté de rapport, et les calculs basés sur celte augmentation prouvent que la consommation a doublé. Le rendement des postes augmente chaque année de 200,000 francs. Nos télégraphes rapportent plus que ceux de Belgique, quoique la Belgique en ait eu avant nous et qu’elle ait plus d’activité commerciale que nous. Si tous ces faits ne vous prouvent pas le progrès de l’activité industrielle du pays, il faut que vous soyez d’un scepticisme désolant en économie politique. (On rit.)
Cependant je me préoccupe vivement de la situation financière, et je ne viens vous proposer des dépenses nouvelles que lorsqu’elles sont exigées par un intérêt supérieur ou qu’elles sont productives. Or, je suis convaincu que le projet que je vous propose n’imposera pas une charge réelle il l’État.
Les ouvrages militaires actuellement projetés pour la Spezia ne coûteront pas plus de 15 millions, à répartir sur un certain noiuhre d’exercices. Comme compensation de ces 15 millions, nous avons d’abord les constructions militaires actuellement existantes à Gênes, et qui deviennent disponibles; puis l’avantage que trouveront le commerce et le pays en général à posséder les
DU COMTE DE CAVOUIt.
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docks qui seront créés à Gênes p.près la translation projetée, et qui ne pourraient l’être si cette translation n’avait pas lieu. Les économies calculables que fera le commerce à raison de la rapidité plus grande des déchargements, de leur prix moindre, etc., pour un mouvement de 500,000 tonnes de marchandises, sera, d’après toutes les données, de près de quatre millions. Le gouvernement, qui importe lui-même chaque année beaucoup de charbon, de sel, de salpêtre, de tabac, d’objets de gréement, etc., fera des bénéfices sensibles. La facilité et l’économie plus grande des opérations dans le port de Gênes augmenteront le mouvement sur le chemin de fer qui y aboutit ; car diminuer de 5 francs par tonne les frais de débarquement des marchandises , c’est la même chose que réduire de 50 kilomètres le trajet de cos marchandises sur la ligne de Gènes; de 15 une augmentation de la circulation qui sera très-profitable, surtout à l’État qui a créé et qui exploite celte ligne. De plus, Messieurs, cette épargne nette de f millions augmentera d’autant la richesse publique; ce sontt millions qui cessent d’être déboursés improductivement et qui sont employés d’une autre manière. Or, la richesse publique ne peut augmenter sans que les finances en profitent. Je défie le contribuable le plus sagace et le plus économe d'accroître son revenu sans qu’une partie proportionnelle de ce revenu aille dans les caisses du Trésoc, (On rit.)
Faites la somme de tous ces profits : vous verrez que les millions dépensés à la Spezia rapporteront de belles compensations à l’État , et que cette entreprise est par conséquent une bonne opération financière. A part même
les raisons de sûreté et de grandeur nationale, et les puissantes considérations militaires qui vous conseillent l’adoption de celle loi, vous devriez la voter par ce seul motif que le projet de la construction d’un dock à Gênes est étroitement lié à celui de la translation de la marine militaire à la Spezia.
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SCR LE PROJET DE LOI RELATIF AUX CONSPIRATIONS CONTRE LES SOUVERAINS Etrangers,
A L'ASSASSINAT POLITIQUE ET A LA COMPOSITION DES JURYS POUR LES PROCÈS DE PRESSE.
L’attentat d’Orsini, qui ouvre si tristement l’année 1858, vient exercer une grande influence sur la politique intérieure et extérieure de divers États européens. En France, le général Espinasse est nommé ministre de l’intérieur et de la sûreté générale, de nouvelles lois de sûreté sont rendues aussitôt et exécutées avec rigueur, et le gouvernement adresse à l’Angleterre, à la Belgique, à la Suisse et à la Sardaigne des notes où sont réclamées des mesures propres à prévenir de nouveaux attentats. En Angleterre, l'affaire d’Orsini a pour conséquence indirecte le retour des tories au pouvoir. A Turin, l’on prit à la hâte les dispositions nécessaires pour empêcher qu’une évolution analogue n’eût lieu * . La situation intérieure du Piémont rendait cette crise particulièrement
1. Une lettre familière de M. de Cavour témoigne de l'impression qu'avaient produite sur lui les événements de. junvier. En voici un fragment :
« Le temps qui rourt est. plein de difficultés et de périls. Choque jour
dangereuse pour lui. Placés entre les appréhensions en ce moment excessives de la France, et la nécessité de ne pas froisser le sentiment national en portant des lois restrictives qui pouvaient paraître imposées par la pression étrangère, «Victor-Emmanuel et son gouvernement surent maintenir avec fermeté la dignité du pays, tout en adoptant des mesures d’une convenance et d’une moralité rigoureuses.
Peu de jours après l’attentat, il se produisit en Piémont un incident de peu d'importance par lui-même, mais qui emprunta aux circonstances une valeur particulière : — l’acquittement par le jury d’un journal d’opinions extrêmes, la Ragione, mis en jugement pour un article contenant certains éloges de Félix Orsini. — Ce fait émut Vivement l’opinion, fit sentir le besoin d'empêcher qu’on ne rendît l'Italie solidaire du crime du l/i janvier, et affermit encore les résolutions du ministère, qui venait justement de présenter à la Chambre un projet de loi potlr la répression de délits qu’il n’était désormais que trop nécessaire de prévoir. D’après ce projet, la conspiration contre la vie d’un chef de gouvernement étranger était punie de la réclusion, et les listes de jurés pour les procès de presse devaient êlro non plus tirées au sort, mais composées par le syndic de la commune, assisté de deux conseillers provinciaux ou municipaux.
Malgré son penchant pour la liberté illimitée de la presse, le comte de Cavour ne s’était jamais dissimulé que, dans la situation où se trouvait l’Italie, la violence de quelques journaux et leurs excès dans la critique de certains gouver-
reux-ci et celles-là augmentent. La fureur de* sectes n’a plus de frein; leur perversité accroît les force* de la réaction , qui devient de jour on jour plus menaçante. Au milieu de ces dangers opposés, que feront les libéraux? S’ils se divisent, ils sont perdus, et la cause de la liberté et
de l’indépendance de l'Italie tombe avec eux Nous resterons sur la
brèche, imperturbables et résolus, mais nous tomberons certainement si tous nos amis no se serrent pas autour de nous pour nous aider contre les assauts qui nous seront donnés de droite et de gauche »
MJ COMTE DE C.AVOUR.
nements étrangers pouvaient entraîner, à un moment donné, des inconvénients sérieux. Cependant, il avait hésité toujours à proposer des lois préventives, préférant user en secret de son ascendant personnel pour obtenir des journajistes libéraux plus de réserve, particulièrement îi l’égard de la France. C’est ainsi qu’en 1856, au Congrès de Paris, sur les réclamations du comte NValewski contre la presse de Belgique, il appuya les observations de lord Clarendon en faveur de la liberté de ce mode de manifestation de la pensée : mais le même jour, écrivant de sa main une longue lettre à l’un de ses amis, il le pria de faire des démarches amicales auprès de quelques journalistes de Turin, et de faire appel à leur patriotisme pour la cessation d'attaques si imprévoyantes contre l’empereur Napoléon. « Qu’ils s'escriment plutôt, disait-il, contre le ministère et contre moi; je les en supplie. »
Mais l’attentat d’Orsini rendait nécessaires des mesures graves. Il fallait séparer absolument la cause italienne des théories effroyables qui louaient l’assassinat politique; il le fallait pour la justice, il le fallait pour l’Italie, dont l’honneur en pouvait souffrir, et qui avait, en réalité, les sympathies du souverain dont les jours venaient d’être menacés.
Orsini lui-même avait recommandé son pays à cçs sympathies, lorsqu’il avait écrit sa lettre du 11 février, que le Moniteur publia, et dans laquelle, prêt à mourir, il implorait l'Empereur pour l’Italie. « Je ne demande pas, disait-il, que le sang français soit répandu pour les Italiens. Ce que l'Italie demande, c’est que la France n’intervienne pas contre elle et ne permette pas à l'Allemagne de soutenir l'Autriche dans les luttes qui vont s’engager bientôt peut-être... Je conjure Votre Majesté de rendre à ma patrie1 l’indépendance qu’elle a perdue en 18ft9 par la faute des Français... » Mais surtout il avait senti quel mal pouvait faire à l’Italie l’exemple