‹ Œuvre parlementaire du conte de Cavour;Chapitre 53 sur 80 · RELATIVES AUX PRINCIPAUTÉS DANUBIENNES · texte numérisé non relu

RELATIVES AUX PRINCIPAUTÉS DANUBIENNES

Séaneo de la Chambre des députés du 13 janvier 1837.

Il fut décidé dans le premier congrès de Paris que l’on ne délibérerait sur le sort des principautés danubiennes qu’après que les vœux de ces populations auraient été manifestés par des assemblées composées de façon à représenter les intérêts de toutes les classes. Pour donner suite à cette décision , les puissances alliées invitèrent la

OELYIIE l> A HLEMENTAIHE

Porte |i prendre ses mesures pour les élections, s'en remettant à elle quant aux bases du système électoral à suivre pour composer ces assemblées, ou, comme dit la Turquie, ces div ans. La Porte présenta là-dessus son projet aux représentants des puissances alliées à Constantinople; après de longues discussions, un projet définitif a été adopté, et j’ai la salisfaclion de pouvoir annoncer à la Chambre que le système adopté par la Porte et par les alliés est fort large. Toutes les classes de la société seront représentées, même les paysans, dont le sort est si malheureux dans ces contrées. La réunion des comices électoraux qui doivent nommer ces divans n’aura lieu que lorsque les troupes autrichiennes auront évacué les Principautés, la plupart des représentants des puissances alliées ayant protesté d’avance contre toute élection qui aurait lieu dans les circonstances actuelles; c’est-à-dire qu’elle n’aura lieu que dans quelques mois, car le dernier protocole louchant le mode d’exécution du traité de Paris a fixé au mois de mars l’évacuation des Principautés. L’occupation ne deviendra donc pas définitive , M. Farini peut se rassurer; dans deux mois elle aura cessé.

Au bout de ces deux mois, les comices électoraux se réuniront et les divans seront interpellés. L’objet le plus important de leurs décisions sera la réunion des principautés, question grave et difficile.

Au congrès de Paris, la Sardaigne n’a pas hésité à se prononcer ouvertement pour l’union, qui doit améliorer l’état de ces populations dignes de tant de svnipatliie. Rien n’est définitivement arrêté ; une enquête a

été ordonnée, les populations seront consultées, et leur vote aura une grande influence sur tous les plénipotentiaires.

L’honorable Farini peut être certain, du reste, que la Sardaigne, tenant compte des vœux légitimes des lloumains, fera tout son possible pour qu’ils soient satisfaits, et pour que le problème de leur reconstitution soit résolu conformément aux principes de progrès et de nationalité que nous sommes décidés à soutenir en Orient comme dans des contrées plus voisines.

SUR LE PROJET DE LOI POUR LES KO RTI Fl C ATI 0.1 S

d’alexandhie.

Séanco do la Chambre des députés du 14 mars 1857.

Si j’ai bien saisi les paroles de l'honorable Solaro délia Margarita, il conclut de la manière suivante : <> Les fortifications d’Alexandrie sont inutiles pour la défense du territoire; elles sont inutiles et même dangereuses si nous avons l’intention de prendre l’offensive, parce qu’elles constituent une provocation anticipée contre l’Autriche, une manifestation nouvelle d'hostilité contre celte puissance; enfin elles n’ont pas même l’avantage de satisfaire ce parti extrême par lequel le ministère se laisse parfois entraîner. »

11 ne m’appartient pas de discuter la question toute

militaire de Futilité de la place d’Alexandrie pour la défense de l’État; c’est l’affaire de mon collègue de la guerre. Je remarque seulement que la nécessité de cette place pour notre défense est un principe traditionnel dans le gouvernement. Le roi Charles-Albert avait ordonné lui-même, et peut-être malgré ses ministres (On rit), qu’un projet fût élaboré pour la construction de fortifications nouvelles à Alexandrie ; le ministre de la guerre m’est témoin que ce projet existe. Les ancêtres de notre souverain ont toujours été fidèles à la même pensée ; ils se sont attachés à protéger nos frontières du côté de l’Autriche, et bien avant la révolution française les places de Valence, de Torlone, d’Alexandrie même, avaient été soigneusement fortifiées. El après la Restauration , ne fîmes-nous pas des efforts persévérants pour relever ces boulevards renversés par l’Autriche? S’ils étaient si inu tiles à notre défense, pourquoi l’Autriche, en 1814, mit-elle tant de soin à les faire raser? Peut-être par pur esprit de destruction? L’Autriche est trop conservatrice pour cela ! (On rit.)

Pour moi, dès que j’ai été appelé à régir les finances, j'ai toujours été tourmenté, dirai-je presque, par le ministre de la guerre qui me demandait sans cesse de présenter une loi pour les fortifications d’Alexandrie1; et je me rappelle que l’une des deux dernières choses qu’il me dit avant de partir pour la Crimée fut celle-ci : « Rappelez-vous bien que si vous ne pensez pas aux fortifications d’Alexandrie, un beau jour je proteste publiquement et solennellement contre vous. » (Hilarité.)

. Il s'agit du général Alfonso Lamarniora.

Mais c’est moins au point de vue militaire qu’au point de vue politique que l’honorable Solaro a nié l’utilité de ces fortifications. « L’Autriche, a-t-il dit, ne veut pas vous attaquer; et d’ailleurs, si elle le voulait, elle pourrait marcher droit sur Turin sans s’occuper d’Alexandrie. » Je ne cherche pas quelles probabilités il y a que l’Autriche nous attaque ; je pense qu’elle ne le fera ni aujourd’hui ni demain; mais on doit convenir que le devoir du gouvernement est de tenir compte de la possibilité d’une attaque; ce n’est point là, en effet, une éventualité chimérique. Il ne faut pas dire que la France empêchera toute rupture entre l’Autriche et nous, car il est arrivé bien fréquemment dans les derniers siècles que la France a été elle-même en guerre ouverte avec l’Autriche , et si le cas se présentait de nouveau , que nous fussions ou non les alliés de la France, la place d’Alexandrie nous serait infiniment utile.

Ce ne sera pas peu de chose d’avoir une place telle que peut l'être celle d’Alexandrie, capable de recevoir une armée, mise à couvert par de forts boulevards, et où pourraient être exercés à la hâte les corps nombreux que la patrie en danger verrait se lever pour sa défense; et je ne pense pas qu’une armée autrichienne osât s’avancer sur Turin pendant que la nôtre resterait en force entre Casai et Alexandrie. Je ne veux pas préjuger l’issue d’une lutte pareille: je ne nie pas que l’Autriche ne soit formidable; mais dans les guerres, le succès ne dépend pas seulement du nombre des combattants. Tout en admettant la possibilité de désastres nouveaux, nous pourrions du moins, appuyés sur Alexandrie, aller avec réso-

lution au-de\ant du péril, certains de sauver l’honneur du pays, quoi qu’il pût arriver.

Les secours d’une puissance étrangère ne diminueraient pas pour nous l'importance de cette place, car notre devoir serait, dans ce cas, de compter avant tout sur nos propres efforts. (Très-bien!) Ce n’est qu’à la condition de faire tout ce qui est possible, de résister de toutes nos forces, que nous pourrons accepter sans humiliation l’aide étrangère ; et pour résister sérieusement, il nous faut des fortifications à Alexandrie.

Je commettrais une imprudence si j’entreprenais de démontrer l’utilité de cet ouvrage pour le cas, peu probable si l’on veut, d’une attaque de notre part contre l'Autriche. J’ai seulement à dire que puisqu'on veut à toute force qu’il nous soit inutile pour l’attaque, il ne faut pas ajouter qu’il constitue une provocation contre l’Autriche. Si ces fortifications ne peuvent faciliter une attaque, elles n'annoncent pas que nous voulions attaquer. C’est, je crois, de la simple logique. (On rit.)

D’ailleurs, comment l’Autriche pourrait-elle nous accuser de provocation à ce propos, elle qui a dépensé de bien autres sommes depuis 1819 à fortifier Vérone, Goito, toute la ligne du Mincio?...

Vois diverses. Et Milan, et la forteresse du lac Majeur...

Cavocr. Et Plaisance, chose bien plus digne de remarque! car c’est sur notre propre terrain que nous élevons des ouvrages, tandis que l'Autriche fortifie à Plaisance un terrain qui ne lui appartient pas!

Je l’ai dit au congrès de Paris, je puis doue le redire

ici : les fortifications de Plaisance sont une violation directe du traité devienne, qui a donné à l’Autriche le droit de tenir garnison «à Plaisance, mais non de faire de cette ville une place de premier ordre. Les fortifications de Plaisance n’ont pas été élevées contre le duché de Parme, mais contre nous. Si donc il y a eu provocation, ce n’est pas de notre part.

TRANSLATION DE LA MARINE MILITAIRE DE GÊNES DANS LE GOLFE DE LA SPEZIA.

Séance de la Chambre des députés du 29 avril 1857.

Je crains d’avoir assumé hier une tâche supérieure à mes forces, en promettant de répondre aux orateurs qui ont combattu le présent projet de loi; car la mesure qui en est l’objet a été considérée sous tant de faces et de tant de manières diverses, contradictoires même, que je ne sais comment répondre à chacun avec ordre.

Les objections, je le répète, ont été contradictoires; hier et aujourd'hui, plusieurs membres de la droite ont cherché à prouver que ce projet n’est qu’une conséquence de la politique téméraire et aventureuse où nous nous sommes engagés, selon eux, au grand péril du pays; tandis que dans une séance précédente, un honorable député de Gènes a soutenu avec une violence insolite qu’au contraire nous n’avions été inspirés que par le désir anli-

patriotique de déprimer Gênes au profit de la capitale, — comme s’il s'agissait de fonder ce grand établissement militaire non pas sur une plage ligurienne, mais sur les rives du Pô, près de Turin!

J’examinerai d’abord les raisons qui nous ont été opposées au point de vue de la politique générale, puis la question de politique spéciale, et enfin le côté substantiel et pratique du projet; je laisse «à mon collègue le ministre de la guerre le soin de traiter les questions militaires, stratégiques ou simplement techniques.

L’orateur qui me paraît s'être le plus éloigné de la question est l’honorable Francesco Pallavicini. Il a reproché au ministère, ou plutôt à moi seul, de suivre une ligne incertaine et douteuse, d’être révolutionnaire aujourd’hui et conservateur demain , de serrer la main le malin aux députés de l’extrême gauche et de donner le bras le soir à ceux de la droite. (On rit.) Il a trouvé enfin que tous mes actes, tous mes discours, depuis le congrès de Paris, ont été un tissu de contradictions.

Nos sentiments sont pourtant les mêmes qu'alors. Nous avons déclaré que notre politique était libérale, non pas révolutionnaire; que dans la question italienne, nous croyions de notre devoir de respecter les traités existants, mais que nous nous croyions également en droit, en devoir de faire, dans les limites de ces traités, tout ce qui pouvait légitimement être fait pour les intérêts de l'Italie. Notre politique, avons-nous ajouté, a rencontré une opposition décidée de la part de l’Autriche, et nous avons dû quitter Paris sans que nos différends avec cette puissance aient pu être accommodés. Ces faits, ces principes.

nous n’avons rien fait qui les démente , et nous les proclamons aujourd’hui de nouveau.

L’honorable Pallavicini nous dit : « Un jour vous excitez les passions populaires au moyen de la souscription pour les cent canons d’Alexandrie ; un autre jour vous les comprimez en vous opposant à la souscription des dix mille fusils. »

Oui, Messieurs, nous avons approuvé ouvertement, nous avons aidé personnellement la souscription des cent canons, parce que nous avons vu là un acte vraiment national, un témoignage du patriotisme de nos populations, et de leur zèle pour la défense du pays ; mais nous nous sommes opposés énergiquement à la souscription des dix mille fusils ,. parce que nous y avons vu un acte révolutionnaire; ces deux déterminations, nous les avons prises dans le même temps, et elles ne sont que des conséquences naturelles de notre politique.

Je ne sais comment on a pu présenter l’affaire des fortifications d'Alexandrie comme une machine montée exprès pour rallumer l’enthousiasme populaire. J’ai eu l’occasion déjà de faire savoir à 1a Chambre, et mon collègue de la guerre le lui a fait connaître aussi , que le, projet a été étudié et mûri pendant plusieurs années; le ministre de la guerre a longtemps insisté pour qu’il fût exécuté; de retour de Crimée, ayant repris son portefeuille, il n’eut ni paix ni trêve jusqu’à ce que son collègue des finances se fût joint à lui pour obtenir le décret qui a sanctionné l’entreprise et alloué des fonds pour commencer les travaux.

Les notes diplomatiques émanées du cabinet, publiées

dans toute l’Europe, sont bien connues; il ne s’y trouve rien qui démente les principes par nous proclamés après le congrès. Il est bien entendu que les idées doivent revêtir diverses formes, que je ne puis pas écrire une note destinée à être communiquée à une puissance dans le style dont je me sers ici; mais le fond de notre langage est toujours le même.

L’honorable Pallavicini a dit encore que je n’avais pas eu, quant à la question religieuse, le courage d’agir en conformité des déclarations que j’avais faites sur l’opportunité d’accorder à l’Église des facilités plus larges, de supprimer quelques liens qui existent encore dans nos codes entre l’Église et l’État, et de régler les rapports de l’un avec l’autre selon l’esprit du Statut. Ces déclarations, je suis prêt à les répéter. Seulement, ce qu’il ne faut pas omettre, c’est que j’ai dit que ces concessions ne devront être faites à l’Église que quand nos différends avec elle seront arrangés, quand l’autorité ecclésiastique aura renoncé d’une manière absolue et définitive à se mêler des choses civiles et admis pleinement l’indépendance de l’État. .le n’ai pas mon discours d’alors sous les yeux, .mais je suis sur d’avoir dit cela. Si l’honorable Pallavicini veut employer son habileté à disposer l'Église à ces réformes si nécessaires, je lui promets de joindre ma faible voix à la sienne pour soutenir dans cette assemblée les concessions a accorder à l’Église dans un arrangement définitif. (Bien!)

L’honorable député a encore parlé incidemment d’un sujet assez scabreux (Pires), celui de l’état des mœurs dans cette ville. Je ne m’arrêterai pas sur ce terrain glissant;

je me permettrai seulement d'affirmer à la Chambre qu’ayant habité quelques-unes des grandes villes de l’Europe, j’ai pu constater qu’elles n’étaient pas supérieures à celle-ci en moralité; et je crois qu’en faisant appel à la bonne foi de l’honorable Pallavicini, et en lui rappelant le temps de notre jeunesse (Hilarité générale), je le ferais convenir qu’à Turin les mœurs ne sont pas plus relâchées qu’à Paris et à Londres.

Des considérations politiques ont été ensuite mises en avant par les honorables Solaro délia Margarita et Costa de Beauregard pour combattre le projet. M. Costa, dans un discours remarquable, a dit que la crainte s’était répandue que certaine puissance ne nous poussât à cette entreprise pour en recueillir elle-même les fruits, et qu’un second Gilbrallar ne fût élevé par nos mains sur la côte de Ligurie. Je ne pense pas que jamais une idée pareille se soit présentée à l'esprit des hommes d'Etat anglais. Ils n’ont jamais eu à émettre un avis directement ni indirectement sur ce point ; à en juger pourtant par l’impression qu’ont laissé voir les représentants de l’Angleterre à Turin quand la question de la Spezia a été mise sur le tapis, cette puissance verrait au contraire notre plan d’un œil peu favorable. Ce fut en 1850 que, pour la première fois, mon honorable ami le ministre de la guerre proposa à la Chambre la translation de notre marine militaire à la Spezia : lord Abercromby, ministre d’Angleterre à Turin, se rnonlra fort contraire à cette idée; il ne pouvait pas en faire et n’en fit pas l’objet de réclamations, mais, dans ses conversations particulières, il ne manquai! jamais d’en parler avec défaveur.

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. Comment d’ailleurs un péril semblable pourrait-il nous menacer? En supposant , ce qui me semble impossible dans l’élat actuel de la civilisation , que l’Angleterre eût la pensée de s’emparer de la Spezia pour en faire un ouvrage militaire pareil à Gibraltar, croyez-vous que toutes les puissances ne s’y opposeraient pas ? Sa présence à la Spezia ne menacerait pas seulement Gènes, mais aussi Toulon, situé à quelques heures de distance. Avant de s’y résigner, la France dépenserait son dernier écu. 11 ne suffirait pas d'une guerre heureuse sur le Pô ou sur le Rhin, il faudrait une capitulation imposée à la France sous les murs de Paris pour que l’Angleterre put réaliser un tel rêve. 11 n’y a rien là que d’imaginaire.

Aucune puissance n’a manifesté d’opinion sur la question, ni en faveur ni en sens contraire. La seule qui ait eu à s’occuper de la Spezia avec nous, c’est l’Union américaine, qui a, comme vous le savez, à la Spezia un dépôt pour sa flotte...

LAmarmora (ministre de la guerre). Un refuge.

Cavour. Un refuge. A raison de nos bons rapports avec le gouvernement des États-Unis, nous avions mis à sa disposition un local dans le Lazaret; les projets actuels élan* survenus, nous l’avertîmes que ce local n’était plus disponible; mais sur son désir, et après quelques négociations, le gouvernement put lui accorder deux emplacements qui paraissent convenables. Je ne crois pas qu’il y ait rien là qui puisse alarmer la susceptibilité d’aucun membre de cette Chambre.

Quant au député Solaro délia Margarita, il dit que notre entreprise de la Spezia fait sourire avec complai-

sanee l’Angleterre, la France et l’Autriche. J'en ai assez dit sur l’Angleterre. Pour la France, je ne crois pas qu’elle s’en préoccupe beaucoup; clans tous les cas, l’alliance qui l’unit à nous, l’intérêt qu’elle a à ce que le Piémont soit fort, sont pour elle des motifs de voir avec faveur le projet dont il s’agit. Si donc la France s’en réjouit, ce n’est point, quoi qu’en dise M. délia Margarita, dans l'espoir que cette dépense nous affaiblisse, mais plutôt dans la conviction qu’elle sera avantageuse h notre marine; il est peu probable, en effet, que celle-ci se tourne contre la France, à qui , au contraire, elle sein en état de rendre des services à l’occasion.

J’ignore absolument ce qu’en pense, pour sa part, le cabinet de Vienne. Je ne sais si les raisonnements par’ lesquels on a essayé de prouver ici que cette œuvre obérerait nos finances auront produit à Vienne une bonne impression; mais je doute beaucoup qu’une création qui, dans tous les cas, ne peut que favoriser puissamment les progrès de notre marine militaire puisse être bien vue au delà du Tessin. Si pourtant l'honorable comte Buol, se faisant illusion, s’en félicitait, je ne m’affligerais point de sa joie ; que le comte Buol soit content, c’est à merveille, et je n’y trouve rien à redire. »

Il est temps que je m’occupe des objections faites au projet par l’apport à la politique intérieure, à l’économie nationale et aux finances.

Quiconque a habité Gênes pendant quelque temps et s’y est occupé des affaires du commerce et de la marine a pu se convaincre de deux vérités : — l’insuffisance absolue de l’établissement militaire actuel pour les be-

soins d’une marine à vapeur; — le défaut, dans le port, de la plupart des commodités qu’offrent au commerce et à la navigation marchande les ports principaux de l'Europe. Le sentiment de ces deux graves inconvénients est ancien et profond chez moi, et lorsque, à mon entrée dans la vie politique, j’allais cherchant, sans être ministre, les moyens d’augmenter la richesse du pays, je mettais toujours cet objet en première ligne. Aussitôt entré au ministère que présidait Mnssimo d’Àzeglio, eu octobre 1 850, trouvant mon collègue de la guerre pleinement d’accord avec moi sur ce point, je m’occupai immédiatement avec lui de la préparation d’un projet pour la translation de la marine militaire à la Spezia et pour la construction d’un dock commercial à Gènes , deux mesures que j’ai toujours regardées comme les seules qui puissent remédier au mal que fait à notre marine de guerre et à notre marine de commerce l’encombrement résultant de leur réunion dans le même port. Celle con-* viction, qui a persisté chez moi pendant ces sept années sans être affaiblie par des difficultés infinies, par des oppositions violentes et de toute sorte , cette conviction , fondée sur les plus hautes considérations politiques et économiques, a été, Messieurs, notre seule conseillère.

Il m’a donc été pénible de voir l’un des opposants ré- \ ciller des jalousies éteintes, des rancunes assoupies, et rallumer cet esprit de rivalités municipales qui a fait à la patrie plus de mal que le fer de l’élranger. Je ne veux pas entrer dans- cet ordre d’idées ; je ne veux pas, sous l’impression de la douleur que nous fait ressentir cet incident, prononcer des paroles qui pourraient être mal

Dli COMTK DK CAVOI R.

interprètes ailleurs. Noire devoir à Ions c-t d'atténuer, de calmer aulnnt que possible ces radieuses irrilalions. (Très-bien !)

Je me contenterai donc do faire brièvement l'historique du projet. La double proposition dont j'ai parlé tout à l’heure et que je fis jadis à la Chambre, d’accord avec le ministre de la -guerre, ne fut pas bien accueillie par l'Assemblée. La commission qui représentait la Chambre, surprise par la nouveauté de cette idée, et préoccupée de noire grave situation financière, ne repoussa pas précisément le projet, mais invita le ministère à faire de nouvelles études et à réparer, en attendant, le port de Gènes, chose utile dans tous les cas, même dans l’éventualité de la construction de docks. Ces réparations devaient consister à draguer le port et à prolonger le môle.

Sans nous décourager de celle sorte de refus, le général Lamarmora et moi nous nous attachâmes à établir, par de nouvelles études, la nécessité de la double amélioration que nous demandions. Le ministère chercha alors des auxiliaires dans un lieu où il n’aurait dû, selon l’honorable Pareto, trouver que des adversaires : dans la municipalité et la Chambre de commerce de Gènes. Il invita ces corps à nommer une commission pour l’examen et la réforme du projet de docks tracé un peu à la bâte

en 1849, et mil à leur disposition plusieurs ingénieurs

éminents, entre autres l’ingénieur Maus, notre collègue le député Sauli, et, je crois, l’architecte Gardella. La municipalité se prêta à cet examen ; elle nomma une commission économique qui s’occupa, avec la commission technique, du projet de docks.

Mais ici le ministre (voyez sa perfidie!) ne se contenta pas d’avoir cherché à désarmer la municipalité de Gènes en l’associant moralement à l'entreprise, il voulut encore l’y associer matériellement; il lui fit comprendre que la construction d’un dock était une œuvre d’utilité publique, et qu’il serait fort convenable qu’au lieu d’une compagnie ce fût la ville elle -même qui s’en chargeât. Et comme la ville alléguait la difficulté de trouver les fonds nécessaires, le ministre, toujours par le même artifice malfaisant, lui offrit de proposer au Parlement que l’emprunt contracté par la ville de Gènes à cet effet fût garanti par l’État, ce, qu’elle accepta entièrement. Peut-être son aveuglement élait-il profond, mais enfin elle s’était mise à peu près d'accord avec le ministre des finances; il ne restait plus que des difficultés de détail.

Là-dessus, les circonstances me firent quitter le ministère ; je ne sais pas bien ce qui s’est fait sous mon successeur, mais, à mon retour d’un voyage à l’étranger, j’ai eu la douleur d’apprendre que l’affaire des docks n'était pas conduite de manière à pouvoir aboutir. Ce n’est pas que le gouvernement fit à la ville de Gênes des conditions trop onéreuses, puisqu’il s’offrait à payer ce qui manquerait aux recettes perçues d’après le tarif convenu pour faire face aux intérêts de la dette et aux fonds d’extinction. La municipaljté de Gènes eût été bien difficile si elle n’eût pas été satisfaite. L’embarras était venu d’une autre circonstance, c’est que dans le temps écoulé depuis mes premières négociations avec le syndic de Gènes, au printemps de 1852, jusqu’à l’automne de la même année, divers projets avaient été présentés en con-

DU COMTE DE CAVOl'R.

currence de celui de la commission technique , et la ville hésitait.

Sachant combien il est difficile à une municipalité de faire un choix entre des plans dont chacun intéresse une localité particulière, le ministère voulut que la décision filt prise d’après une autorité incontestable, et s’adressa à un ingénieur d’une réputation européenne, qui passe pour être sans rivaux dans son pays, où se sont accomplies les plus grandes œuvres de construction maritime connues. Cet ingénieur fut choisi pour son mérite éminent, et non pour les rapports qu’il pouvait avoir avec le gouvernement anglais; nous nous mimes en relation avec lui sans nous servir des voies diplomatiques; je m’adressai à une personne de ma connaissance à Londres pour le faire prier de venir à Gènes, et je dois dire qu'il accepta non point en vue des honoraires qu’on lui offrait, lesquels n’étaient certes point suffisants pour compenser son absence d’Angleterre, mais à cause de la sympathie qu’il avait pour l'Italie.

L’ingénieur Ilaiidel vint donc, examina le port de Gênes, étudia attentivement les divers plans, se rendit à la Spezia, et porta un jugement formel sur les projets présentés et sur la meilleure manière de satisfaire les besoins du commerce et de la navigation à Gènes. S’il m’était resté quelque doute sur la nécessité de la construction des docks, la visite de l’ingénieur llundel l'aurait dissipé. A son retour de Gènes, il vint me voir, et me dit d’un air étonné : « Comment donc le port de Gènes est-il dans un pareil état? Ce n’est pas un port, c’est une rade! » Ces mots, dont je me souviens fort

bien, me frappèrent douloureusement, ear Gênes n’est pas seulement importante pour notre commerce, elle est une gloire nationale, et il ne peut nous être qif infiniment pénible de la voir dans une situation peu digne de son ancienne renommée.

Revenu en Angleterre, M. Randel traça un plan dont il vous a été donné connaissance, et qui paraissait mériter l’approbation générale, eu égard à l’état de choses existant; le ministère s’occupa aussitôt de la formation d’une compagnie nationale composée de quelques-unes des principales maisons de banque de Gênes et de Turin. Déjà l’on préparait les statuts pour les présenter à la Chambre, quand la guerre d’Orient éclata. Il n’eût pas été prudent de transférer notre marine à la Spezia, ce qui est une opération énorme, à un moment où la guerre maritime pouvait s étendre de l’Orient à l'Occident. Mais nous n’abandonnâmes point notre idée; à la paix, mon collègue le ministre Lamarmora, qui est pour le moins aussi tenace que moi , ayant repris le portefeuille de la guerre, me dit : Alexandrie et la Spezia! et je lui répondis : la Spezia et Alexandrie! (On rit.)

Nous avons fait pour Alexandrie ce que vous savez. Pour la Spezia, il était devenu opportun de modifier en quelques points le projet Randel ; en premier lieu, parce que le chemin de fer avait été, dans l’intervalle, prolongé jusqu’à la place Carieamento, ce qu’on n’avait cru pouvoir faire d’abord : un système de plan incliné pour les déchargements avait ainsi remplacé le système de plan d’exhaussement en vue duquel M. Randel avait fait son travail. Une autre considéi ation très-grave

DU COM TU DK C AV O MR. V.»l

fil encore qu’on revint sur le premier projet : depuis que dans la navigation les navires d’un fort tonnage tendent à remplacer les petits navires jadis en usage l, on ne peut plus faire aux bâtiments les réparations nécessaires sans le secours de bassins de radoubement ; vous pouvez réparer un bateau de 300 tonneaux en le couchant sur le flanc, vous ne le pouvez pas pour un navire de 800 ou de 1000 tonneaux, et c’est également impossible pour tous les bateaux à vapeur. Il n’existe pas d’établissement de ce genre à Gènes, et c’est un obstacle sérieux au développement de notre marine. I^s principaux intéressés, entre autres l’association maritime de

1. Le 17 février 1851 , au sujet de la taxe de navigation , le comte de Cavour avait dit :

« ministère n’a pas formulé son projet de taxe fur les bâtiments en raison constante du tonnage; il diminue au contraire la proportion de la taxe à mesure de l’augmentation du tonnage. Je dois expliquer pourquoi.

« Si le commerce maritime de Gènes veut se maintenir h la hauteur qu’il a atteinte jadis, il faut qu’il cherche d’autres voies, qu’il s’éloigne, au moins en grande partie, de la Méditerranée pour chercher fortune dans les mers lointaines, sur les marchés qui lui sont ouverts en Amérique, dans les Indes, en Angleterre. Or, il est incontestable que notre marine ne pourrait soutenir sur ce nouveau théâtre la concurrence des grandes nations commerçantes, c'est-à-dirc de l’Angleterre, des États- Unis, de la Hollande, sans modifier radicalement la nature de ses bâtiments, sans remplacer par de grands bâtiments les petits navires qui composent principalement notre marine marchande.

« Un bâtiment de 600 tonneaux n’exige pas un équipage double de celui d’un bâtiment de 300, et en exige un à peu près égal à celui d’un bâtiment de 1000. Aussi toutes les marines qui progressent remplacent leurs petits bâtiments par de grands. L’un des effets de la loi de navigation anglaise a été de faire accroître le tonnage moyen des bâtiments en construction dan> le Hoyaume-l ni. C'est un changement de ce genre que le gouvernement a voulu aider en favorisant, dans une mesure équitable pourtant, le» navires d’un fort tonnage. »

Gènes, ont plusieurs fois exprimé leur vif désir qu’en cas de translation de la marine militaire à la Spezia, une partie de l’espace occupé maintenant par la darse fût affectée à l’installation d’un établissement de réparation pour les grands bâtiments. Ce désir a été pris en sérieuse considération par le gouvernement. L'avenir de notre marine en dépend ; car si pour toutes les réparations importantes nous sommes obligés d’envoyer nos bateaux à vapeur et nos bâtiments de fort tonnage à Marseille, à Naples, ou en Angleterre, il y a de quoi entraver tous nos progrès. Il fallut donc examiner à nouveau le projet Randel pour voir si nous ne pouvions pas avoir un dock et destiner en même temps une partie de l’emplacement de la darse à la construction d’un bassin de carénage pour la réparation des gros navires.

Un autre motif de différer fut enfin qu’une multitude de nouveaux plans avaient été proposés, soit pour un avant-port immense où devaient tenir toutes les flottes du monde, soit pour des magasins à élever sur les écueils de la partie occidentale du golfe, soit pour la transformation de toute celte partie en magasins et en dépôts francs. Il fallut bien examiner tout cela.

La commission a été nommée en juillet; nous pensions avoir bientôt sa relation, que cependant nous attendons encore. La longueur du travail explique ce retard. Nous avons donc le déplaisir de ne pouvoir présenter dans cette session le projet de docks; mais ce sera le premier présenté à la session prochaine. Dans notre pensée, le projet de translation de la marine militaire à la Spezia

n’est point séparé du projet de construire à Gènes un dock et un bassin pour les grosses réparations.

Je ne saurais comprendre qu'on doutât de la sincérité de nos vues sur celte question, qu’on nous supposât l’intention de diminuer l’importance de Gènes. Depuis que nous siégeons ici, il ne s’est pas passé de session où nous n’ayons présenté des projets avantageux pour Gènes. On nous accuserait d’hostilités envers les intérêts génois, nous qui avons proposé la réduction des droits de navigation, la réforme des vieilles lois sanitaires, débris barbares des plus barbares époques! nous, les promoteurs de l’une des plus larges réformes douanières qui se soient faites en Europe! nous qui, en dépit de la gêne du Trésor, avons proposé la suppression entière de ces droits sur les céréales qui pesaient principalement, pour ne pas dire uniquement, sur les populations liguriennes! Sont-ce là des actes hostiles envers Gènes? Quoique nous n’ayons pu faire triompher jusqu’ici notre projet de translation à la Spe/ia, avons-nous négligé pour cela telles améliorations utiles au port de Gènes? N’avons-nous pas fait pour le curage du port dix fois plus que ne faisait la municipalité quand le port était sous son administration? Ne vous avons-nous pas proposé la coûteuse entreprise du prolongement du môle? On ne l’a prolongé que de 150 mètres au lieu de 300, il est vrai; mais pour aller à 300, il faut bien passer par 150. (On rit.) Jusqu'à 150, tout le monde est d’accord ; l’ingénieur Randcl est contraire à un prolongement ultérieur ; si les inconvénients qu’il redoute ne se présentent d’aucune façon à 1 50 mètres, si les résultats du prolongement exécuté sont aussi heu-

reux qu’on l’espère, nous continuerons. Il va plus; nous avons tenté de suppléer en partie au défaut de docks par tous les palliatifs possibles; il ne s’est fait autre chose depuis plusieurs années que de construire et d’élargir des quais de déchargement, d'ouvrir des communications, etc.

J’espère que vous vous convaincrez, Messieurs, que le ministère n’a en vue, dans son projet, que le bien du commerce génois. On peut prétendre que nous sommes dans l’erreur, mais il n’est pas raisonnable de suspecter notre bonne foi; les Génois exempts de passions municipales doivent eux-mêmes la reconnaître. Je comprends leur regret de voir s’éloigner d’eux la marine militaire, car leurs traditions commerciales sont mêlées à de glorieux souvenirs «le guerre; je loue, j’honore bien haut ce sentiment; mais je crois qu’il part ici d'une fausse idée des choses. La gloire militaire de la marine génoise n’est pas attachée aux vieilles murailles d'établissements qui ne répondent plus aux besoins actuels. La darse , œuvre très-remarquable pour le temps où elle fut créée, témoignage frappant du génie entreprenant des anciens Génois, est entièrement insuffisante pour les navires actuels; elle ne peut plus faire honneur à la ville de Gènes ; au contraire, elle donne lieu à des rapprochements peu agréables entre l’ancien esprit génois et le nouveau. Non, Messieurs, les traditions des gloires génoises ne sont pas là : elles sont dans les braves marins que la Ligurie fournit à l’État et au commerce ; partout où il y a un navire génois monté par un équipage ligurien, la vieille Gênes est vivante; et lorsque nous travaillons à rendre son com-

DU COMTE DECAVOUH.

merct! plus florissant, à rendre nos établissements militaires plus respectables, à marcher avec le temps ainsi qu'on savait le faire jadis, nous rendons un plus bel hommage aux traditions de l’illustre cité que ceux qui veulent restreindre et étouffer nos deux marines, commerciale et militaire, dans un cercle devenu trop étroit.

.Malgré les passions excitées, malgré l’irritation présente, je suis sur que lorsque les Génois verront surgir à quelques lieues un magnifique établissement militaire, et dans leur port un dock qui rivalisera avec les premiers de l’Europe, ils reconnaîtront que nous étions plus véritablement leurs amis que ceux qui nous taxaient de malveillance pour la Ligurie. (Marques d’adhésion.)

J’en viens à la question la plus ardue, celle des finances. L’exécution de ce plan nous coûtera beaucoup, et nous avons dépensé beaucoup déjà dans cette session et dans les précédentes. Je ne le nie pas. Moi-même, je suis parfois près de me troubler en passant en revue toutes les grandes œuvres que nous avons terminées ou commencées. En vérité, je ne vois pas qu’une nation ait jamais mis la main à des entreprises si nombreuses et si considérables. Quand je pense aux routes de l’ile de Sardaigne, aux constructions de pénitenciers, à l’achèvement du cadastre, aux chemins de fer que nous jetons au travers des plus liantes montagnes de l’Europe, à la translation de notre matériel de guerre à la Spezia, à tout ce qui nous reste à faire ou à achever, je sens une certaine émotion.

Mais je me rassure, M essieu i‘s, en pensant que la plupart de ces dépenses sont essentiellement reproductives,

et que les finances finiront par en profiter directement et indirectement. Je suis rassuré aussi par l’expérience de ces dernières années, par l’accroissement évident de la richesse nationale.

On a dit dans cette Chambre que nous sommes, au contraire, moins riches qu’avant 1848. S’il en est ainsi, il faut renoncer immédiatement au projet actuel et à tous ceux qui sont en cours d’exécution ; il faut suspendre les travaux du cadastre, des routes de la Sardaigne et du reste des États, bannir l'idée de percer ces Alpes qui nous enferment. Mais il n’est rien de moins exact que cette assertion.

D’abord , sans entrer dans les chiffres, on peut faire une épreuve vulgaire, et demander à tous les étrangers qui reviennent en Piémont après quelques années d’absence, si l’aspect du pays n’indique pas un grand accroissement de prospérité. Chaque* jour nous recueillons des témoignages de ce genre, et le rédacteur de la ISiltmciu de Milan le confirmerait lui-même si on le faisait venir pour donner son avis. (Hilarité.)

Mais passons aux chiffres. Le député Ghiglini a dit : Sur 700 millions que vous avez dépensés cette année, il n’\ en a que 100 dépensés d’une manière productive; le reste l’a été improductivement; d’où sont sortis ces millions? N’est-cc pas le capital national qui se dissipe peu à peu? — Ma réponse est bien simple : cet argent est sorti de l’épargne de la nation. Tous les ans nous dépensons improductivement un certain nombre de millions, — en admettant que les dépenses faites pour la défense du pays, pour l'instruction publique, pour les établissements qui

intéressent la grandeur nationale, soient improductives. Ces millions, l’épargne des citoyens les fournit. La puissance de l’épargne est immense dans la société moderne; la masse des économies se monte à des sommes impossibles à fixer, mais certainement énormes.

I)’où vient l’argent consacré par les particuliers à des ateliers nouveaux, à des machines neuves, à des améliorations de tout genre? De l’épargne ; car dans une société bien constituée, le nombre de ceux qui économisent surpasse de beaucoup ceux qui dépensent au delà de leurs revenus. Comment expliquer, sinon par l’épargne, que dix milliards aient été dépensés en Angleterre pour la construction des chemins de fer? Et chez nous, d’où proviennent les constructions qui se font partout? — Ce ne sont pas là des capitaux nouveaux, dit M. Ghiglini, ce sont des sommes prêtées, puis retirées et employées en bâtisses. Mais ce n’est pas avec de l’argent seul. Messieurs, qu’on élève des maisons; c’est avec du travail et du capital. Chaque édifice construit est un nouveau capital créé, et partout où un nouveau capital est constitué, s’il ne vient pas de l’étranger, il est le résultat de l’épargne.

Les caisses d’épargne prouvent combien cet élément économique est considérable. On sait quel développement elles ont pris dans d’autres pays; à Turin, la caisse d’épargne, réorganisée il y a peu d’années, a réuni déjà deux millions, je crois, et l’augmentation du capital de la caisse s’est accru l’année dernière de 4 à 500,000 fr. 11 y aurait bien autre chose à dire de toutes les caisses de diverses natures qui offrent des intérêts plus élevés.

URLVRE PARLEMENTAIRE

Je le répèle : les nouvelles maisons construites, les nouveaux ouvrage* exécutés, les établissements industriels et commerciaux récemment fondés sont autant de capitaux nouveaux, fruits de l'épargne de ces dernières années.

On nie que notre commerce ait augmenté; mais la production de la soie ouvrée a doublé depuis huit ans, quoique, dans cette période, deux ans de crise politique aient arrêté les affaires; est-ce peu de chose? Il est bien évident que la production de la soie grége ne peut avoir doublé, car il faut du temps pour que les mûriers croissent; mais la fabrication qui opère sur les soies et qui fournissait '366, 000 kilos à l'exportation en 1844, et 478,000 en 1848, en a donné, l’an passé, 025,000. Ce n’est pas la quantité seule, c’est aussi la qualité qui est en progrès. Nos ateliers, nos moulins à soie luttent aujourd’hui avec les premiers de France et d'Angleterre; le plus grand nombre de nos fabriques travaillent sHr des soies de la Chine el du ltengale, achetées sur le marché de Londres, et les renvoie ouvrées à Londres.

L’industrie du coton s’est aussi beaucoup développée. F.ii 1844, il ne s’est introduit dans le pays que 28,000 quintaux de coton cardé; il en est entré 120,000 l'année dernière. Notre industrie cotonnière a donc presque quadruplé.

Celle des draps, qui avait été la plus violemment frappée par la réforme douanière, par les réductions de droits protecteurs , a résisté admirablement à cette épreuve. Elle n’a pas augmenté aussi fortement que les aulres, parce que ce genre de production est plus difli-

cile; cependant l'importation de la laine non ouvrée, qui se montait en moyenne, jusqu’en 1847, à moins de deux millions de kilos par an , atteint aujourd’hui

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