II
Celle politique trouva clans la guerre d’Orient une de ces occasions; elle put s’y déployer à l’aise. Le traité d'alliance avec la France et l’Angleterre fut donc, jusqu'à un certain point, une conséquence de nos tendances nationales; car s’il est vrai, comme on vient de le dire ici, que le gouvernement ait pris part à cette guerre parce que c’était une guerre de justice, une guerre de civilisation, il est également vrai qu’il eut en \ ue d’accroître le renofn de la Sardaigne et de lui donner de nouveaux droits à plaider dans les congrès européens la cause de l’Italie.
Nos espérances ne furent point trompées quant au crédit que la Sardaigne devait acquérir : cet accroissement de considération dont nous jouissons depuis la paix ne provient qu’en partie de notre diplomatie; la principale cause en est l’admirable conduite de nos soldats en Crimée. (Très-bien.)
Quant à la défense des droits de l’Italie, ce fut notre tâche au sein du congrès. Qu’il me soit permis de le redire après le discours de la couronne : c'élail un grand fait que la cause italienne fût soutenue pour la première fois par une puissance italienne.
Le député Solaro délia Margarita veut que les difficultés où nous nous sommes trouvés après l’attentat du 14 janvier proviennent précisément de l’attitude que nous avons prise au congrès. — Vous avez appelé, dit-il, sur l’Italie l’intervention étrangère; aujourd’hui l’on se mêle de vos affaires malgré vous. — C’est fort mal interpréter notre conduite à Paris. Loin d’admettre l’intervention, nous avons solennellement protesté contre elle.
ni; COMTE DE CA VOL' II.
La note que nous avons remise aux ministres de France et d’Angleterre n’est qu'une longue protestation contre l’occupation de l’Italie centrale par l’Autriche. — F.t l’incident de Naples? dira-t-on; n'est-on pas intervenu dans les affaires intérieures de ce royaume? — Je réponds que nous avons été entièrement étrangers à ce qui s’est passé à Naples. Les deux grandes puissances occidentales ont cru que l’état intérieur du royaume de Naples était de nature à les obliger de rompre leurs relations diplomatiques avec ce gouvernement ; c’est une détermination où nous n’avons eu aucune part. D’ailleurs ce n’est pas intervenir dans un pays et exercer une pression sur un gouvernement que de rappeler les représentants que l’on a auprès de lui.
Non , nous n’avons rien à regretter de ce que nous avons dit au congrès. Les événements, depuis lors, n’ont fait que venir à l’appui de nos paroles; ce que nous avons affirmé de la situation de l’Italie est, par malheur, aussi vrai en 1858 que ce l’était en 1856, et si j’avais à me présenter de nouveau devant celte illustre réunion, je n’aurais qu’à répéter mes avertissements, en ajoutant qu’ils ont déjà reçu des confirmations sanglantes.
On n’a pas manqué de revenir aussi sur cette remarque, que nous n’avons obtenu, à la suite de la guerre d’Orient, aucun résultat positif. Je redirai donc ce que j’ai dit souvent sur les résultats moraux de l’expédition et sur l’importance de la campagne diplomatique qui l’a suivie. Aujourd’hui, il n’existe peut-être pas un homme éclairé et impartial en F.urope qui ne reconnaisse que la situation de l’Italie n’est pas tenable. Eh bien. Messieurs, si
l’histoire moderne prouve quelque chose, elle prouve qu’il n’est pas une transformation politique considérable, pas une grande révolution qui puisse s’accomplir dans l’ordre matériel si elle n’a été préparée dans l’ordre moral , dans l’ordre des idées. (Marques nombreuses d’assentiment.) En opérant ce changement en notre faveur dans le monde des idées, nous avons fait plus que si nous eussions emporté plusieurs champs de bataille.
Je sais bien qu’on se plaît ici à nier que nous soyons plus hautement appréciés qu'auparavant ; les journaux des partis extrêmes, je le sais aussi, se montrent déloyaux et se rendent coupables à ce point qu’ils entreprennent chaque jour de démontrer à l’Europe que nous sommes en pleine décadence morale, intellectuelle et matérielle Mais leurs efforts n’ont pas de portée au delà de nos frontières. Observez un fait : ce qui se passe chez nous excite en Europe un intérêt sans cesse croissant. A l’exception de la presse ultra-réactionnaire et de la presse autrichienne, toutes les feuilles européennes sont bienveillantes et empressées pour ce qui nous touche. Nos compatriotes qui voyagent à l’étranger, se présentant sous le nom de piémontais ou de sardes, sont reçus partout avec cordialité. Le renom de notre patrie a passé l’Atlantique; les premiers citoyens de l’Athènes de l’Amérique du Nord, de Boston, nous ont envoyé un magnifique canon pour Alexandrie. On commence à nous connaître jusque dans l’extrême Orient. Vous auriez été émus comme je l’ai été, il y a quelques jouis, si vous eussiez entendu de la bouche d’un digne officier de notre nia-
1)U COMTE DE CAVOUIl. 421
rine1, proche parent (le l’un des hommes qui nient le plus violemment dans celte Chambre les progrès que fait le pays (on rit), le récit de l’accueil qu’il a reçu dans les mers des Indes; vous auriez été émus en apprenant que sur les rives du Gange, dans l'empire des Birmans, l’on vante la loyauté de notre lloi et les vertus de notre peuple, et l’on fait des vœux pour la prospérité de notre nation. (Bra\o!) Je demande à l’honorable Solaro délia Margarita si, de bonne foi, pareille chose arrivait avant 1848. (On rit.)
Celle politique, j’en conviens, n'est pas sans péril. Il était impossible de rester fidèle aux aspirations du roi Charles-Albert, à la liberté, â l’Italie, sans exciter le ressentiment des puissances qui ont en Italie des intérêts opposés. Ce ressentiment ne doit ni nous étonner, ni exciter nos récriminations; des intérêts contraires ne peuvent manquer d’engendrer des dispositions peu cordiales. Je ne nie pas que cette situation ne mérite toute l’attention du gouvernement et du pays, d’autant plus que nos forces sont inférieures à celles des puissances auxquelles je fais allusion.
Comment donc nous prémunir contre le danger? Au moyen des alliances. Nous avons tâché de nous unir étroitement aux puissances occidentales, qui n’ont pas en Italie des intérêts contraires aux nôtres. Le système des alliances est la base de la politique suivie par Massimo d’Azeglio et par scs successeurs.
Ici, je trouve sur mon chemin l’honorable Brofferio