I. M. de Yiry
V22 (JEU Y UK PARLEMENTAIRE
qui fait peu de cas des alliances, et qui dit que lorsqu'un peuple a la conscience de ses droits et le sentiment de son énergie, il doit peu s’occuper d’alliances, .ou s’allier seulement au\ gouvernements qui professent les mêmes principes politiques. C’est à merveille; mais ce qui tranche en fin de compte les questions, ce n’est pas un tribunal d’amphictyons devant qui l’on puisse plaider et lutter à armes égales, raisonnements contre raisonnements. Lorsqu’on a lancé bien des notes, des protocoles, des mémorandum , c’est le tour des régiments et des flottes, et le sort des armes, aujourd’hui comme au temps du grand Frédéric, est favorable aux gros bataillons. Quand on n’en a pas d’assez gros, il faut tâcher de se ménager pour le besoin l’aide de ceux des amis, des alliés que l’on peut avoir.
Mais au moins alliez-vous avec des gouvernements qui aient les mêmes principes que vous, dit l’honorabîc Broffcrio. Je respecte le sentiment élevé qui lui dicte ces paroles; mais nous pouvons fort bien, sans faire acte de faiblesse ni de lâcheté, nous allier à des nations qui ne sont pas gouvernées précisément comme nous. Les peuples les plus libres et les plus tiers n’ont pas dédaigné l’alliance de gouvernements fondés sur des principes différents des leurs, quand ils ont eu à accomplir de grandes entreprises d’indépendance. Les généreux (ils de Guillaume Tell, quand ils se trouvèrent en face du puissant duc de Bourgogne, ne recherchèrent-ils pas l’alliance de Louis XI, qui professait, en politique, de bien autres maximes que les bourgmestres de Berne et de Zurich? Et plus tard, quand les Hollandais secouèrent la domination
de Philippe II, n’eurcnt-ils pas recours à l'impérieuse reine Élisabeth? Au dernier siècle, les puritains de la Nouvelle-Angleterre, après avoir combattu bravement, pendant deux années, contre la mère-patrie, ne s’adressèrent-ils pas au roi le plus absolu de l’Europe de ce temps, à Louis XVI ; et ne vit-on pas le doyen de la démocratie américaine, Franklin, se mêler dans les antichambres de Versailles à la foule des courtisans pour se rendre le roi propice? M. Brofferio et ses amis voudrontils être plus vertueux, plus purs que Franklin? (Hilarité générale.)
Soit, dira M. Brofferio; mais puisqu’il s’agit de la France, attendons. — Je parle sans rélicence: M. Brofferio peut supposer que, dans un avenir plus ou moins éloigné, le gouvernement soit changé en France. Je crois qu’en cela il se trompe grandement; je le crois et je l’espère, car malgré tout le respect qHe je professe pour la nation française, j’estime qu’elle est de toutes les nations du globe la moins faite pour un régime républicain. Cependant, je veux admettre pour un instant celte éventualité. Fh bien, je dis, Messieurs, que nous n’aurions rien à espérer d’une France républicaine. Et, à ce propos, qu’on me passe une petite dissertation historique.
Toute l’histoire montre que les républiques ont eu, toutes et toujours, une politique parfaitement égoïste. Relisez l’histoire des républiques grecques et romaine, vous ne trouverez pas une seule circonstance où elles aient été faire la guerre à l’étranger dans des vues de civilisation. La tirèce conquit l’Asie-Mincure, mais n’y fonda point la liberté. Rome promena ses aigles dans toute l’Europe, mais
elle n’implanta nulle part les institutions du municipe romain ; Rome détruisit des empires, des royaumes, des républiques, et ne fonda pas une république; elle renversa des tyrans, mais pour les remplacer par des proconsuls plus odieux que ces tyrans. (Rien.)
Au moyen âge, nos grandes républiques italiennes ont-elles jamais porté des efforts civilisateurs au delà des frontières italiennes? Venise, Gènes font des conquêtes au delà des mers; y établissent-elles la liberté? Venise prend Constantinople, mais c’est pour y mettre un empereur franc à la place d’un empereur grec; Venise devient reine de presque toutes les villes de l’Archipel, de la Morée, pays classique de la liberté; qu’y établit-elle? la domination de ses provéditeurs. Gènes ne fait pas autrement; Gènes répand dans l'Orient son commerce et son activité, mais non pas ses institutions libres ; et cet égoïsme va si loin, que Gènes et Venise n’étendent pas même leurs institutions au delà de leurs murailles, et que les provinces italiennes qu’elles possèdent sont soumises à un régime paternel, mais absolu.
Les républiques modernes ont-elles été moins égoïstes? Non certes. Les États-Unis, lorsqu’ils eurent conquis leur indépendance, lorsqu'ils furent devenus assez forts pour lutter sur terre et sur mer contre l’Angleterre, accrue en puissance par la défaite de Napoléon, les États-Unis tendirent-ils une main amicale aux Américains du Sud en guerre contre l’Espagne? Non; ils gardèrent la plus stricte neutralité, et ce ne fut point par humanité, par horreur du sang, puisqu’ils surent bien faire la guerre aux Mexicains pour leur prendre des provinces.
Mais pourquoi chercher dans d’autres histoires que celle de la France des preuves de l’illusion qu’il y aurait à compter sur l’appui d’une république française? On a vu en France deux républiques en soixante ans : l’une guerrière et conquérante, l’autre pacifique; l’une cl l’autre ont été plus qu’égoïstes envers l'Italie. La première république chassa, il est vrai, les Autrichiens d'Italie, mais ce fut pour faire marché avec l’Autriche elle-même des provinces conquises sur elle; et la Fiance en faisant ainsi ne donnait pas une part de l’Italie pour sauver le tout, elle livrait Venise pour assurer ses propres conquêtes dans les Pays-Bas, sur les bords du llhin et de la Schelde. (C’est vrai!)
Et la seconde république ? Elle était dirigée dans les premiers jours par des hommes qui passent pour être les représentants les plus avancés de la révolution, par les Ledru-Rollin, les Bastide; que lit-elle? Elle nous refusa tout subside, non-seulement d’hommes, d’argent, d’armes, mais jusqu’à l’aide d’un général que nous avions eu le tort immense d’aller lui demander. (Vifs applaudissements. )
Plus tard, lorsque la forme de ce gouvernement eut quelque peu changé et fut devenue plus voisine du système monarchique, notre gouvernement dut recommencer la guerre avec l’Autriche et demanda de nouveau des secours au chef du gouvernement français; savezvous quelle fut la réponse? Je vais vous le dire; je suis imprudent peut-être, mais il y a neuf ans que la chose s’est passée. Le chef de ce gouvernement était décidé à accéder à l’invitation que lui faisait le roi Charles-Albert
MO
de lui envoyer en Italie des secours matériels pour la guerre; qui l’empêcha de suivre celte disposition? Ce furent les chefs de l’Assemblée nationale, les ministres, parmi lesquels siégeaient quelques-uns des républicains d’aujourd’hui. 4e puis le dire avec certitude, car j’ai eu le chagrin profond de m’entendre raconter le fait en détail par un orateur renommé qui eut le triste courage de se vanter devant moi d’avoir pris une part très-grande à la funeste résolution imposée en quelque sorte par le gouvernement à son propre chef.
Voilà la générosité des républiques!
Je crois avoir répondu à tout ce qu’a dit M. Hrolferio. Des hommes qui vont beaucoup plus loin que lui parlen1, — hors de cette Chambre à la vérité, — dans un autre ton; ils disent que notre seule alliée doit être la révolution. Insensés, de croire que la révolution, qui mettrait de nouveau en péril les grands principes de l’ordre social, pourrait être favorable à la cause de la liberté en Europe! Insensés, qui ne voient pas qu’elle aurait pour effet de détruire tout vestige de liberté sur le continent et de nous ramener au moyen âge! Insensés, mais insensés de bonne foi, qui nous font connaître que leurs aspirations sont plus révolutionnaires que patriotiques et qu’ils aiment la révolution plus que l’Italie!
J’ai dit que notre système repose sur les alliances. Je dois maintenant vous dire comment nous l’avons pratiqué.
Pour former une alliance, il faut, avant tout, inspirer de la confiance et de l’estime. C’est à quoi nous nous sommes appliqués. Il faut ensuite favoriser les intérêts
communs, développer la bienveillance réciproque par une suite de services échangés et.de bons procédés. C’est ce que nous avons eu en vue en concluant les traités de commerce, les conventions consulaires et relatives à la propriété littéraire, en ne perdant enfin aucune occasion de rendre nos rapports internationaux meilleurs et plus faciles.
lit nous n’avons pas eu grand’pcine à y parvenir, car, je le dis avec satisfaction, nous avons trouvé les gouvernements d’Angleterre et de France fort bien disposés envers nous. Le système pourtant se déployait avec lenteur, quand la guerre d’Orient nous mit en situation de le consacrer avec éclat et de traduire les bienveillances réciproques en un traité formel qui y mit le sceau.
Le congrès de Paris nous permit en outre de contracter des rapports du même genre avec toutes les autres nations qui n’ont pas un intérêt contraire au nôtre dans les affaires d’Ilalie, et qui même ont intérêt à voir ces affaires s’améliorer. Nous avons donc fait tous nos efforts pour nouer de bonnes relations avec l’empire de Russie et le royaume de Prusse.
Je crois que nous avons réussi à l’égard de la Russie; nous pouvons nous flatter d’être avec elle dans d’excellents termes, et je ne crois pas que dans le passé les rapports entre les deux pays aient jamais été meilleurs. La Russie nous veut, je pense, tout autant de bien aujourd’hui qu’elle faisait au temps du ministère du comte délia Margarita, alors qu’elle nous menaçait sinon d’une guerre, du moins d’une rupture de relations diplomatiques ii propos de la couleur des barbes que la femme de
l’envoyé russe devait porter aux bals de la cour. (Hilarité.)
Nous avons en également un plein succès auprès de la Prusse, qui nous donne des preuves continuelles de sa sympathie.
Voilà comment nous avons entendu et pratiqué ce système. lin moment qu’on admet les alliances, il faut bien admettre aussi que nous écoutions les conseils de nos alliés quand ils sont dictés non point par un esprit de domination , mais par une sincère amitié. Je me hâte d’ajouter que ces condescendances ont des bornes qui ne doivent pas être franchies : non-seulement nous ne devons laisser porter atteinte ni à la dignité ni aux intérêts du pays, mais nous ne devons pas non plus nous laisser détourner des règles de conduite, fondées sur la justice, que nous nous sommes tracées.
Ces règles de conduite, nous les avons constamment suivies. Je me borne à citer deux exemples qui ont eu une grande publicité cl qu’il n’y a. par conséquent, pas d’inconvénient à rappeler.
La Chambre sait combien nous sommes attachés à l’alliance anglaise; mais nous n’avons jamais balancé à nous séparer de l’Angleterre quand elle ne nous a pas semblé avoir complètement raison sur tel ou tel point. Après le congrès de Paris, l’Angleterre persistait à vouloir pousser les conséquences du traité de paix à l’extrême, plus loin qu’il ne nous paraissait raisonnable ; et dans l’affaire spéciale, mais importante, de Bolgrad, elle insista auprès de nous pour nous décider à joindre notre action à la sienne. La question, examinée de près.
nous parut ne pouvoir être résolue dans le sens indiqué par l’Angleterre que si l’on s’attachait très-littéralement au texte de l’article ; l’esprit du traité était tout contraire. Nous refusâmes donc de nous joindre à elle, sans nous ranger entièrement pour cela du côté de la France et de la Russie. Notre façon particulière de voir la question fut adoptée, après quelques mois de discussion plus ou moins vive, par les deux parties.
C’est encore ainsi que, dans la question des Principautés danubiennes, no ifs nous sommes séparés de l’Angleterre. fidèles au devoir de ne point abandonner la cause des Roumains (très-bien!), et de continuer à faire prévaloir partout et autant que possible les principes posés par nous devant le congrès. De même, nous n’avons pu suivre l’Angleterre dans son rapprochement de l’Autriche.
Vous voyez, Messieurs, que nous savons concilier la déférence due a nos alliés avec le respect des grands principes sur lesquels se fonde notre politique.
J’arrive à l’examen des faits à la suite desquels le ministère a résolu de vous présenter le projet de loi actuel.
Les commencements de l’année courante ne semblaient pas devoir être sombres; les Fiais occidentaux s’occupaient de réparer les désastres d’une crise économique et financière qui avait sévi avec une violence sans exemple dans les principales villes de l'Europe, lorsque arriva l’attentat du 14 janvier. L’événement émut au dernier point le gouvernement français et la France entière. Les circonstances qui l’ont accompagné justifient
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cetle émotion. Les préparatifs de cet acte exécrable, les moyens employés et dirigés non-seulement contre le chef de l'Etat, mais contre une femme qui n’apparait que dans des actes de bienfaisance et qui est aimée et respectée de tous, l'enchaînement qui reliait ce crime à d’autres de la même nature, expliquent l'émotion qu’en ressentit le gouvernement français; il était naturel qu’il s’adressât aux puissances étrangères pour prévenir le renouvellement de laits pareils. L’oflice par lequel il s'est adressé particulièrement à nous, le 23 janvier dernier, et dont la Chambre a connaissance , est plein d’ailleurs de témoignages d'amitié et de bienveillance envers nous.
Mon opinion pourtant est que, dans cette dépêche, les choses de notre pays ne sont pas jugées avec une parfaite justesse; en ce qui concerne par exemple les événements de Gènes du mois de juin dernier, celle pièce est en même temps trop sévère et peu conforme à la vérité; je n’hésite pas à l’affirmer nettement. Le gouvernement français me parait s’être beaucoup exagéré les causes et les suites de cet incident, et en avoir garde une préoccupation excessive.
Nous n’avons pas répondu officiellement à celte dépêche, c’est-à-dire que nous n'y avons pas répondu au moyen d’une autre dépêche adressée à notre ministre à Paris et destinée à être communiquée au ministre des affaires étrangères de France. — Les usages diplomatiques n’exigent pas strictement qu’il soit répondu officiellement et par écrit à une dépêche communiquée; une dépêche de ce genre n’est pas une note et ne contient pas des ob-
DU COM T K l)K CAVOL’It.
ut
servations faites par un gouvernement à un autre par l’intermédiaire de son envoyé; on n’y attribue pas l’importance qu'a toujours une note, à laquelle il faut absolument répondre par une autre note; l’on peut répondre à une dépêche communiquée soit par une autre dépêche adressée au ministre accrédité près de la puissance qui a écrit, soit verbalement et à la personne de l’envoyé qui présente la dépêche, ou à celle du ministre des affaires étrangères de la puissance en question par l’intermédiaire de l’envoyé accrédité auprès d’elle. — Connaissant l’état de préoccupation légitime où se trouvait le gouvernement français, et ne voulant engager aucune espèce de contestation sur les faits, nous jugeâmes convenable de répondre verbalement; dans une réponse écrite, il eut fallu entrer dans des explications sur les événements de Cènes, ce qui eût pu avoir des inconvénients.
Nous avons donc répondu verbalement et en forme de communication confidentielle au gouvernement français, et notre langage a été digne de représentants d’un peuple noble et loyal. Nous avons dit «pie nous étions prêts à faire tout ce qui était en notre pouvoir pour empêcher le retour de tels actes; que nous étions disposés à appliquer dans toute leur rigueur les moyens légaux (pie nous possédons pour arrêter les conspirations qui viendraient à se former chez nous dans des desseins aussi détestables; nous exprimâmes l’opinion, alors réelle dans notre esprit, que les lois existantes nous suffisaient pour cela. Cette opinion, un fait postérieur vint la modifier.
CE r V R K P A R L E >1 F. N T A I H F.
Avant de toucher à ce fait, je dois noter que, dans le même temps où nous reconnaissions dans nos entretiens avec, l'envoyé français la nécessité d’empêcher que le Piémont ne fût pris pour base d’opération par les conspirateurs, nous ne laissions pas de lui rappeler de nouveau l’état misérable du reste de l’Italie, de lui dire que si l’attentat n’était que trop l’ouvrage d’émigrés italiens, la surveillance de ces émigrés ne pouvait être qu'un palliatif bien faible pour un mal si grand ; que le seul remède sur serait de faire en sorte que ces émigrations n’allassent pas sans cesse en croissant. Nous avons tenu enfin le même langage qu’au congrès de Paris; je le déclare au comte délia Margarita, afin qu’il sache bien que je suis un pécheur impénitent.
Oui; en même temps que nous cherchions quels moyens pouvaient empêcher le retour de semblables attentats , et si les lois existantes étaient suffisantes , en même temps nous appelions l’attention du gouvernement français et du gouvernement de Hume sur les suites de cette émigration des États de l’Église, qui nous met dans la nécessité de prendre chez nous des mesures extraordinaires contre un mal dont la source n’est certes pas en Piémont.
En effet, le 11 février, quatre semaines à peine après l’attentat, j’adressai à notre chargé d’affaires à Rome, le comte de la Minerve, une dépêche dont il avait l’ordre de laisser copie au cardinal Antonelli, et où j’indiquais les faits lamentables, les événements atroces qu’amenait le système rigoureux auquel il restait attaché. Je donnai aussi sans retard communication offi-
cielle de cette dépêche aux puissances amies. Il y était dit :
* « Ce système d’expulsion que le gouvernement ponti-
fical applique sur une large échelle, puisque sur notre territoire seulement le nombre des sujets de Sa Sainteté chassés de la sorte se monte à plusieurs centaines, ne peut qu’avoir les plus funestes conséquences. L’homme qu’on exile sur des soupçons ou popr une conduite peu régulière n’est pas toujours corrompu ou indissolublement lié aux sectes révolutionnaires. Laissé dans son pays, surveillé, puni au besoin, il peut s’amender ou du moins ne pas devenir très-dangereux. Jeté au contraire dans l’exil, irrité par des mesures illégales, contraint de vivre en dehors de la société honnête, et souvent privé de moyens de subsistance, il se met nécessairement en rapport avec les faiseurs de révolutions. Ceux-ci n’ont pas de peine à le circonvenir, à le séduire, à l’affilier à leurs sectes. C’est ainsi que l’homme de moeurs peu réglées devient un sectaire , et souvent un sectaire très-dangereux. On peut donc affirmer avec raison que le système adopté par le gouvernement pontifical a pour effet de fournir sans cesse de nouveaux soldats aux rangs révolutionnaires. Tant que ce système persistera, tous les efforts de tel et tel gouvernement pour dissoudre les sectes demeureront inutiles; car à mesure que les uns sont éloignés des centres dangereux où ils s’étaient laissé attirer, d’autres y sont en quelque sorte envoyés par leur propre gouvernement. C’est à cela que doit être attribuée la vitalité extraordinaire du parti mazzinien, et les mesures adoptées par le gouvernement
Mi OEUVRE PARLEMENTAIRE
lié Sa Sainteté ÿ contribuent en grande partie. » (Vive sensation.)
La Chambre voit qu'en reconnaissant franchement la nécessité de remédier à des maux très-graves, nous en indiquions avec courage l’origine véritable et nous conservions l’attitude prise au congrès.
Je continue mon récit. Tandis que nous songions aux moyens d’atteindre le but que nous nous proposions, un jutÿ de Turin acquitta le journal la Ragione, dont un ai ticle avait semblé au ministère public une apologie de l’attentat du 14 janvier. Cet acquittement produisit une si grande impression dans le pays et à l'étranger, que nous nous décidâmes à soumettre à la signature de Sa Majesté et à l’approbation du Parlement un projet de loi pour la punition des conspirateurs, pour une détermination plus exacte du crime d’apologie du régicide et pour des changements dans la formation des listes semestrielles des juges du fait.
A parler sans détour, les considérations politiques furent notre principal mobile. J’entre ici dtins la partie la plus délicate, la plus épineuse de mon discours, et je vous demande toute votre indulgence.
Après 1831, il se fonda, au dedahs et au dehors de l’Italie, une secte qui, pleine d’ardeur patriotique, se proposa pour but l’indépendance nationale. Toute liberté manquant en Italie, la générosité de l’entreprise devait attirer dans ses rangs une grande partie de la courageuse jeunesse italienne. Celte société est celle de la Jeune Italie. Ses premières tentatives ayant mal réussi, elle perdit, dès avant 1848, une partie de ses adhérents,
DU COMTE DE CAVOuk. «5
cl qiiand vint l'ère des réformes, èri 1847, iine autre partie d’entre eux se réunit aux hommes qui croyaient pouvoir arriver à améliorer le sort de la nation par des moyens pacifiques. Cependant la société était nombreuse encore lorsque éclatèrent les guerres et les révolutions de 1848. Je ne veux point récriminer sur ce triste sujet; mais je puis exprimer une conviction profonde chez moi : c’est que l’opposition que cette société a faite au roi Charles-Albert n’a pas pett contribué à l’insuccès de nos armes. (Assentiment.)
Quoi qu’il en soit, après cette période éclatante et malheureuse, quand tous les gouvernements furent rétablis, quand la secte dut se réfugier à l’étranger, les hommes qui la formaient se trouvèrent aigris plus que jamais et déterminés aux plus sinistres entreprises. La secte en vint à modifier ses doctrines et à prêcher comme légitimes des moyens qui, avant 1848, faisaient horreur à ses hietnbres eux-mêmes; elle déclara qu’il fallait changer les épées contre des poignards et remplacer la bataille par l’assassinat.
La première application de ces déplorables idées eut lieu à Milan le G février '. Passons sur ces actes funestes à la Lombardie et à l’Italie, qui ouvrirent du reste les yeux à beaucoup de gens et éclaircirent les rangs de la faction. Les hommes sensés et honnêtes s’éloignèrent
1. Le 0 février 1853, un mouvement mazzinien éclata . à Milan; des hommes armés de poignards tuèrent des sentinelles et tâchèrent de s’emparer des canons de la grand* garde. L’Autriche accusa les émigrés lombards résidant en Piémont de complicité duus l’alTaire, et mit le séquestre sur leur» biens.
du personnage qui les conduisait à de telles extrémités. Diminuée encore de nombre, la secte grandit alors de plus en plus en audace, et recourut à des moyens de plus en plus violents. De temps à aylre l’on a pu apercevoir çà et là sa main dans des entreprises criminelles, et l'entendre prêcher explicitement la théorie de l’assassinat politique.
Ceci est un fait grave, Messieurs, un fait des plus désolants. 11 est douloureux au delà de toute expression de voir une faction italienne professer et pratiquer de si horribles maximes. Je sais bien que toute la responsabilité ne doit pas retomber sur les malheureux qui se sont égarés à ce point; je sais, et je dis bien haut que les systèmes de gouvernement qui jettent tant d’hommes et depuis si longtemps dans les douleurs de l’exil, dans les angoisses de la misère, dans le regret amer de la patrie perdue, que ces systèmes de gouvernement, qui arrachent aux influences bienfaisantes de la famille des hommes doués de noblesse et de générosité de cœur, ont une grande part de responsabilité dans tout ce qui s'ensuit. Mais enlin il est déplorable qu’on puisse dire à l’étranger qu’il existe une secte en Italie qui professe l’assassinat politique.
Ce qui est plus douloureux encore , c'est que -ces enseignements trouvent dans la Péninsule des milieux préparés à les recevoir. Los. députés Parmi et Mamiani vous l'ont dit avec éloquence, et bien mieux que je ne saurais le lairc; ils vous ont dépeint l’état des Romagnes, le caractère passionné des habitants de ces provinces, le travail qui a été fait par les sectes sanguinaires pour
égarer leur sens moral, l’aide puissante prêtée à ce travail par les excès mêmes de la réaction. Voilà d’infortunées populations que les sectes trouvent toutes prêtes à exécuter leurs desseins.
Ces deux faits sont d’une importance inexprimable et peuvent faire à la patrie un mal immense. Ils entravent l’œuvre que nous avions commencée, entachent la réputation de l’Italie , contrarient cette victoire morale que nous désirons si vivement remporter, et empêchent enfin que toute l’Europe ne reconnaisse la nécessité de réformer la situation de l’Italie.
Eh bien, Messieurs, en présence de tels faits, nous avons jugé qu’il était absolument nécessaire (avec chaleur), pour le bien de l’Italie, que dans le seul État libre de la Péninsule, la nation entière, représentée par son Parlement, protestât solennellement contre cette criminelle théorie. (Vive approbation dans toute la Chambre.) s
Outre ce motif, un autre plus cruel encore nous a déterminés. Après l’attentat du 14 janvier, le gouvernement reçut avis de divers points de l’Europe que les sectaires étaient plus excités que jamais, et songeaient à étendre leurs tentatives jusqu’à un souverain qui nous intéresse de beaucoup plus près. (Sensation profonde.) Tant que ces nouvelles nous sont venues de pays qui avaient intérêt à nous pousser dans les voies préventives, nous avons hésité; il nous semblait impossible que de telles pensées pussent naître dans une âme italienne; mais quand le fait nous fut confirmé par un gouvernement très-favorable et très-hospitalier à nos émigrés, il
(JE r V B F. P A n L F M F. N T A I B F
fallut bien l'admettre. Qu’on ne dise pas que c’est moralement impossible. Comme l’a dit hier mon honorable ami le député Rallazzi, celui qui est une fois enlré dans la voie du crime ne revient point en arriére quand le délire, quand l’intérêt le pousse en avant; et il n’est que trop dans l’intérêt de ceux qui veulent voir triompher en Italie la révolution, de ne pas avoir devant eux le roi Victor-Emmanuel, car seul il suffirait pour l’anéantir. (Très-bien!)
Aucune hésitation n’était possible. Fallait-il donc se borner à entourer notre bien -aimé souverain de précautions de police? N’employer que des moyens matériels pour sa sûreté eût été de notre part un acte d'incurie qui eût soulevé l’indignation du pays entier; et en voyant un ministère qui se dit libéral faire si peu de chose pour sauvegarder les jours du souverain, l’opinion eût pu se jeter dans une réaction profonde et irrésistible qui eût emporté tous les amis de la liberté. (Bien !)
Non , Messieurs , personne ne verra dans l’acte que nous proposons le résultat d’une pression étrangère; il n’y a eu d’autre pression que celle à laquelle cède tout homme honnête , la pression de notre conscience. (Trèsbien ! )
Mais pourquoi toucher, dira-t-on , à l’institution du jury? — Il y a longtemps que nous avons dit que le système de jurés établi par la loi de 18f8 est mauvais. Nous aurions voulu même pouvoir le réformer entièrement dans cette occasion; mais l’urgence de la mesure que nous vous soumettons est telle, que nous n’avons pas voulu
soulever à ce propos les longues discussions auxquelles donnerait lieu une réforme complète. Celte urgence vient précisément de ce que la répression des délits de presse, l’honorable Rattazzi vous l’a démontré hier pièces eq main, est impossible dans tous les cas avec la composition actuelle des jurys. La magistrature cntièrp le proclame. Aussitôt après l’acquittement de la Rngione, un magistrat dont on ne soupçonnera pas le libéralisme et les vertus civiles, le même qui, dans un temps oq nqs libertés étaient moins enracinées, eut le coupage de requérir devant la cour (l’appel la prison pour l'archevêque Franzoni1, donna immédiatement sa démission, déclarant que sa conscience ne lui permettait pas de rester à la tète d’un ministère public privé des pioyens de faire exécuter les lois.
Ni directement, ni indirectement, il n’a été questiop, avec une puissance étrangère quelconque , de réformer nos jurés. C’est une proposition qui vient de notre seule initiative. IS7ous la faisons, en premier lieu, parce que nous sommes très-chauds partisans du système des jurys, très-désireux d’en étendre la pratique, et parce que nous voyons que la mauvaise application qui en a été faite nuit à cette institution dans l’esprit de bien des hommes éclairés. Nous voulons cette réforme, en second lieu, parce qu’il faut que la loi, qqelle qu’elle puisse être, soit exécutée; il est d’un déplorable exemple qu’une loi puisse être violée chaque jour impunément. L’existence de journaux ouvertement républicains, occupés de prê-