‹ Œuvres, 1884-1888Chapitre 12 sur 65 · DANS L'INSULINDE · texte numérisé non relu

DANS L'INSULINDE

Tout le monde sait les luttes héroïques que les Pays- Bas eurent à soutenir vers la fin du xvic siècle pour conquérir leur indépendance. Mais ce que l'on connaît moins, ce sont les premiers voyages que firent les Néerlandais pour entrer en relation directe avec les Indes, afin d'y aller chercher les produits qu'avant leur révolte ils allaient prendre dans les ports d'Espagne et de Portugal.

Nous allons retracer à grands traits ces premières navigations qui révélèrent le génie maritime des Pays- Bas.

i. Cet article est extrait de la préface d'un ouvrage sur les populations de l'Insulinde que l'auteur termine en ce moment, et qui doit suivre l'ouvrage « Les Habitants de Suriname », qui vient de paraître.

Comme la guerre avec l'Espagne rendait la route ordinaire des Indes très dangereuse, on se demanda s'il n'y aurait pas un autre moyen de parvenir dans cette partie du monde.

On résolut de chercher un passage parla mer Glaciale arctiqne. D'après les idées géographiques répandues à cette époque, on se figurait que le chemin qui serait découvert dans cette direction devrait être plus sur et plus court que celui du cap de Bonne-Espérance. Les trois tentatives faites de 1594 à 1597 échouèrent complètement1.

Cependant, on n'attendit pas les résultats des deux dernières expéditions pour essayer de se frayer une route vers les Indes par un autre chemin. De hardis commerçants se décidèrent à envoyer quelques navires qui devaient suivre la route habituelle des Portugais. Mais comment les Hollandais furent-ils amenés à choisir une voie tant de fois parcourue par ces derniers, et comment leurs expéditions furent-elles préparées? Au point de vue historique, il est curieux d'étudier cette préparation. Yoici d'abord comment l'exposaient les anciens auteurs.

Les commerçants hollandais avaient déjà de nombreux renseignements sur ces contrées lointaines ; ils les devaient à van Linschoten. Ce dernier étant au service des Portugais était parti, en avril 1583, de Lisbonne avec une de leurs escadres forte de cinq navires

1 . A. J. van der Aa. Nederlands Oost-Indiè. Amsterdam, i 846, 4 vol. (t. T, p. 17).

qui devait aller aux Indes sous les ordres de Joâo de Saldanha'. Mais les promoteurs les plus ardents de l'expédition projetée furent Gornelis et Frédéric Houtman, tous deux fils de Pieter Corneliszoon Houtman, brasseur de Gouda. Ces deux frères, séjournant à Lisbonne, s'étaienl entretenus souvent avec les Portugais au sujet de leurs voyages aux Indes. Ils avaient profité de ce séjour pour s'informer de tout ce qui se rapportait au commerce dans cette région et pour étudier les causes qui avaient favorisé son développement si rapide.

En 1593, nous trouvons les deux frères Houtman en prison à Lisbonne : pourquoi y étaient-ils ? Les documents historiques sont contradictoires à ce sujet. Toujours est-il qu'on ne voulait leur rendre la liberté que contre une forte rançon que leur fortune ne leur permettait pas de fournir. Ils eurent alors l'idée de s'adresser à des marchands d'Amsterdam pour obtenir d'eux l'argent nécessaire; en revanche, ils s'engageaient à leur révéler tout ce qu'ils avaient appris concernant le commerce des Indes; ils ajoutaient en outre que les commerçants ne pouvaient tirer que du profit en envoyant une expédition dans ces riches contrées.

I. Valentyn. Oud en Nieuw Oost-lndicn. Amsterdam, 1724, 8 vol. (t. I, p. 171). — Diego de Goutos. Decada undecima. Lisbonne, 1788 (chap. 34, p. 182-183). — A. Tiele. De Européen in den Maie ischen Archipel ; in Bijdragen tôt de Taal-Land-en Volkenkunde van Nederlandsch-Indiè (5e série, 5e partie, 2e section, p. 201). — A consulter : 1° Itinerario, Voyage ofte Schipvaert, van Ian Huygen van Linschoten naer Oost ofte Portugaels... by Cornelis Claesz. op't Waler, lo9t>. —2° Reys-ghesehrift Vande Navigatien derPortuga Inijsers in Orienten... by Cornelis Claesz. op't Water, 1595.

Leur proposition fut acceptée par les marchands d'Amsterdam auxquels s'étaient joints quelques Anversois résidant alors dans cette ville. Les deux frères Houtman quittèrent leur prison le cœur plein de reconnaissance et l'esprit rempli de leurs projets.

En 1594, ils étaient de retour dans leur patrie, et Cornelis Houtman se rendait de suite à Amsterdam1. Après avoir obtenu de lui tous les renseignements nécessaires, les commerçants résolurent de fonder une société pour eene reyse op de landen liggende voorby de Cabo de Bona Esperanza' '; elle prit le nom de Compagnie van Verre, c'est-à-dire Compagnie des Pays lointains. Les fondateurs de cette compagnie sont tous à citer. Ce sont eux qui jetèrent les premières bases de la grandeur coloniale de la Hollande.

C'étaient : Heyndrick Hudde, Reynier Pauw, Pieter Dirkszoon Hasselaar, Jan Janszoon Karel, Jan Poppen, Heyndrick Buyck, Dirck van Os, Sivert Pieterszoon Sem, Aèrent ten Grootenhuys3.

On voit que cet ancien récit est un peu vague ; il en résulterait en effet que c'est seulement un heureux hasard qui donna l'idée aux Hollandais d'entreprendre un voyage aux Indes par la route des Portugais. Des documents publiés plus récemment nous permettent de dé-

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