ILE MAURICE
A 600 milles géogr. du Krakatau, l'éruption a produit, même sur les côtes de l'Ile Maurice, des phénomènes inusités. Une des feuilles locales, le Progrès Colonial, dans son numéro du 29 août, donne un récit de ce qui a été observé par le capitaine Ferrât (steamer Toua-
reg), dans le port de St-Louis. Le 27 août, vers 2 heures, le capitaine, alors à bord de son navire, amarré dans le Trou fanfaron vit que la mer, dans cette partie du port, se retirait subitement, mettant à découvert quelques rochers à fleur d'eau. Il évalue à 4 ou 5 pieds la baisse du niveau de la mer. Une heure après, la mer revint avec tant de rapidité, que les navires amarrés et le Touareg éprouvèrent une violente oscillation. Le mouvement de va-et-vient de la mer dura jusqu'à 7 heures. Dans la matinée du 28, on observa de forts courants. Le même journal rapporte que le bateau du gouvernement, en traversant le bras de mer qui sépare Round Island de Coin du mur, fut subitement arrêté par un violent courant contraire, quoique le bateau courût vent arrière, poussé par une bonne brise. En même temps, autour de File Gabriel, la mer se retira subitement, pour revenir quelques minutes après.
Le Mercantile Record constate que, dans le Trou fanfaron, toutes les 12 minutes, la mer se retirait, mettant à sec plusieurs navires, pour revenir avec violence. Le Touareg et la Stella, ancrés plus loin dans la rade, semblaient immergés dans une mer écumante.
La Merchanfs and Planter' s Gazette dit que, le 27, dans le golfe du Tombeau, la mer tombait de
5 pieds, et avec tant de rapidité , que les poissons res tèrent sur la plage. Un quart d'heure après, la mer revenait et montait de 5 pieds au-dessus du niveau ordinaire.
L'équipage du navire allemand Berlice s'est trouvé, le 27 août, en face de la pointe ouest de Sumatra et y a passé des heures terribles. Les cendres y tombaient si dru que le capitaine évalue à 40 tonnes la masse qui se trouvait sur le pont du navire, Les plus gros fragments trouaient par leur chaleur les voiles et les habits; la cendre avait 3 pieds d'épaisseur ; des éclairs sillonnaient la nuit et des fragments enflammés tombaient sur le pont.
Les décharges électriques étaient tellement violentes, que le timonier se voyait forcé de lâcher la barre de temps à autre. A 3 heures de l'aprèsmidi, une vague, de vingt pieds, couvrit tout. Heureusement, le navire a pu résister et arriver à bon port à Batavia.