‹ Œuvres, 1884-1888Chapitre 51 sur 65 · AVANT- PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT- PROPOS

Cet opuscule est composé : d'un journal de voyage adressé sous forme de lettres à la Revue géographique internationale } dirigée par M. Georges Renaud; d'une monographie de famille parue en compte rendu dans la Réforme sociale, fondée par M. Le Play.

Par le journal de voyage, j'ai voulu marquer à grands traits les impressions que peuvent donner dans un voyage au Nord des paysages très variés vus par vastes espaces; j'ai tenté, au contraire, dans la description prise sur le vif d'une famille laponne, de préciser et résumer les renseignements recueillis, au

courant de la marche, sur les divers habitants de cette, contrée.

J'ai pu joindre à mes propres notes un tableau complet de l'industrie baleinière dans ces régions, — d'après le carnet du prince Roland Bonaparte qui me permet de suppléer ainsi au mieux à mes lacunes sur ce chapitre, — après m'avoir accordé le privilège d'être associé à son excursion.

Notre petite escouade scientifique était ainsi composée par le prince Roland, qui accomplit, par ce voyage, un projet depuis longtemps médité : le marquis de Villeneuve, son beau-frère, plus spécialement adonné aux sciences qui se rapportent à l'histoire ; le Dr H. Ten-Kate, d'Amsterdam, récemment revenu d'une expédition d'études au milieu des Indiens de l'Amérique du Nord ; enfin, l'auteur de cet opuscule. — M. Boëtius, jeune philologue de l'Université de Copenhague, servait d'interprète. Le photographe ordinaire du prince et deux domestiques accompagnaient les explorateurs.

L'objectif de l'expédition était la connaissance aussi complète que possible des Lapons nomades ou sédentaires, répandus en Norvège depuis Tromsô jusqu'aux confins du Finmark. Nous notions les mensurations détaillées prises sur le vivant ; nous recueillions les objets, et on reproduisait par la photo-

graphie les monuments ethnographiques qui se rapportent à la Laponie ; enfin, nous collectionnions, en môme temps, les vestiges anciens qui peuvent ajouter à l'observation des familles laponnes modernes des notions utiles pour l'histoire de leur passé. De. cette accumulation de renseignements sortira une étude d'ensemble sur ce peuple, si intéressant pour l'ethnologie des races disparues ou presque entièrement fondues dans les races contemporaines ; le prince Roland, très affectionné à ce travail, le prépare activement; il veut bien, en attendant sa publication, me permettre d'en reproduire les notions scientifiques que voici, avec les gravures dont elles étaient suivies dans la revue La Nature (n°634i, qui en a eu la primeur.

« Tout le monde sait, dit-il, que le nord de la Scandinavie est habité par une race d'hommes qui diffèrent considérablement de leurs voisins Scandinaves ; ce sont les Lapons. Ceux-ci ne connaissent pas ce nom, ils s'appellent Sabme ou Same, au pluriel Samc/i ou Samelals. Ils nomment leur pays Su meâdnam. L'origine du mot « lapon » et sou él sinologie sont assez confuses; il n'est cité dans aucun document antérieur au xif siècle. Les Norvégiens appellent les Lapons Finnei\ Finnois, ainsi qu'ils sont désignés dans les plus anciens documents scan-

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