BA&DOUC
duisent en nous les scènes magnifiques de la nature.
Bardouc errait eà et là entre sou bouc et sa petite gazelle ; il les entretenait de toutes les \ entées qui se présentaient à son esprit. Souvent le vieux bouc lui prouvait clairement quil n'avait pas le sens commun ; mais la petite gazelle avait le talent de réfuter d'un seul mot les discours peu flatteurs de son vieux camarade, se moquait de lui, et prouvait que Bardouc raisonnait à merveille, que personne ne le surpassait pour la justesse et l'étendue de l'esprit. Le pauvre pâtre était, sur ce point, de Tavis du sa gazelle.
Ils se promenaient ainsi tous les trois depuis quelque temps, lorsque tout à coup Bardouc pousse un cri d'étonnement et de joie. « Mes amis, dit-il, regardez au fond de ce précipice I Quelle lumière éditante brille au milieu de cette obscurité! Qui de vous pourra me dire ce qui jette de si vives étincelles? — C'est un énorme diamant, dit soudain la petite gazelle. — Un diamant! Oui, sans doute, et bien plus gros que celui du Grand -Mogol. — O Mahomet , que je suis heureux ! s'ccrje Bardouc ; quelle source de richesses! j'aurai des palais magnifiques, de beaux jardins, les plus belles femmes de l'univers, les eunuques les plus laids et les plus fidèles !...»
Aces mots, il veut descendre au fond du précipice. Le vieux bouc prend la parole et dit : « Que vas-tu faire , jeune insensé? Qui t'assure que tu ne trouveras pas un tombeau dans les profondeurs de cet abîme? Avant de descendre , il faut être bien sûr de remonter. Cet objet qui brille à tes yeux te parait un diamant; mais tout ce qui brille n'est pas diamant, et tu vas t'exposer à la mort pour une chimère ! »
Bardouc est indécis; il regarde en silence la petite gazelle, qui n"hésirc point et lui dit: «Il faut que tu sois bien lâche pour laisser échapper une si belle occasion de l'enrichir à jamais! Tu n'étais fait que pour être un misérable pâtre, et tu ne seras jamais autre chose. — Non,
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non, s'écria Bardouc j je vais raivre Ion conseil <'t descendre au rond de ce précipice.» il se prépare! l'exécution de ce périlleux dessein. Le vénérable bouc , ne pouvant le retenir, lui conseille au moins d'agir avec précaution, de peur de se casser le cou , ee qui ne l'enrichirai! I>,is La petite gazelle lui crie an contraire de bc dépêcher, qu'elle brûle d'impatience de la Noir possesseur de ce superbe diamant. L'avide berger descend donc tantôt atec prudence, tantôt avec précipitation. Plus il s'approche du but, plus son espoir s'allume et se fortifie; il ne doute pas que lH>t objet si vivement désiré ne soit le plus beau diamant de l'univers. Il arrive au fond du gouffre, son cœur palpite avec violence ; il étend la main pour s'emparer du précieux trésor ; mais , ô surprise ! ô douleur !.. . Ce magnifique diamant n'était qu'une petite bulle de phosphore qui jetait une vive lumière dans l'obscurité du précipice, et qui s'évapora dès que Barcioiic voulut la toucher. Ainsi , pauvres ambitieux ! vos espérances ne sont souvent que des étincelles, et vos jouissances que de la fumée !