TRIOMPHE DU VIEUX BOUC
Bardouc pousse des fris lamentables. «Qn'ai-je fait? dit-il; que vais-;e devenir? Comment sortir de cet horrible tombeau ? Maudite gazelle ! tes conseils m'ont perdu pour jamais. Trouveras-tu quelque moyen de me sauver? réponds-moi. Tu gardes un morne silence. Tout m'abandonne au milieu des profondes ténèbres dont je suis environne ; il ne me reste plus que la mort. » Le vieux bouc prend la parole : « Nen , mon pauvre maître , tout ne t'abandonne pas encore ; il te reste un ami. Ta gazelle t'a trompé, et tu dois voir combien il est dangereux d'être toujours de son avis. Tu as fait là , sans doute , une mau-
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vaise affaire ; mais ne te livre point au désespoir : dans les grands périls l'homme doit recourir à la raison, réunir toutes les facultés de son intelligence, et les employer à son salut. Attends que le soleil donne à plomb sur ce précipice, et l'éclairé de ses rayons. Alors tu remonteras doucement, tu verras quel chemin tu as pris pour descendre. Je resterai sur le bord du gouffre, et je t'indiquerai les endroits dangereux , les rochers sur lesquels tu ne pourrais conserver ton équilibre, et qui, s'écroulant sous toi, t'entraîneraient dans leur chute. »
Bardouc accueillit avec joie l'avis de son vieux compagnon , et s'en trouva le moins mal possible. Apres s'être épuisé de fatigue, il arrive enfin sur le bord du précipice, avec les reins froissés, les mains et le visage tout déchirés. Son vieux bouc lui conseille de retourner dans sa cabane, de se coucher sur sa natte de jonc, et de laisser au temps et au repos le soin de le guérir.
Pendant huit jours entiers que dura la maladie de Bardouc, la petite gazelle n'osa reparaître devant lui; mais, en revanche, le vénérable bouc lui tint fidèle compagnie, et profita si bien du moment, qu'il crut avoir pris sur son maître un ascendant absolu et durable. En effet, Bardouc l'écoutait avec attention, et lui jurait de ne jamais suivre d'autres conseils que les siens.